CHAPITRE VII
Conséquences à déduire de nos connaissances sur la fièvre jaune et obligations qu'elles imposent aux gouvernements.— Prophylaxie. — Le régime sanitaire des ports de la Méditerranée est appliqué aux ports de l'Océan. — Déchargement sanitaire et assainissement. — Flambage au gaz. — Sabordement. — Dangers du lazaret flottant.
Nous avons vu que la fièvrejaune, qui avait semblé pendant deux siècles circonscrite aux Antilles et aux golfes qui les entourent, avait franchi ces limites et s'était propagée à une grande partie des deux Amériques.
Mais cette extension ne constitue pas seule une nouvelle cause de dangerpour nous. Les progrès de la navigation, en multipliant nos relations avec le nouveau monde, ont mis la fièvrejaune aux portes de l'Europe. Toutes les provenances de l'Amérique doivent donc être l'objet d'une rigoureuse surveillance. Cette surveillance doit s'exercer et au départ et à l'arrivée du navire.
Au moment du départ il faut s'assurer de l'état du navire et caractériser cet état par la patente de santé. Enfm, il faut éviter pendant toute la traversée les contacts compromettants et exiger l'application des mesures hygiéniques. Nous avons tracé précédemment l'ensemble de cette réglementation.
Avant les événements de Saint-Nazaire, nos règlements en matière sanitaire établissaient une différence marquée entre les ports situés sur la Méditerranée et ceux qui sont sur l'Océan. Plus sévères pour les premiers, ils étaient beaucoup moins rigoureux pour les seconds. Ainsi, à Marseille, Toulon, Cette, etc., tout navire venant d'un pays actuellement suspect était soumis, en arrivant, à une observation de sept à dix jours ; dans l'Océan, au contraire, comme au Havre, à Cherbourg, Brest, etc., il était admis à libre pratique si, dans les dix derniers jours de la navigation, il n'avait eu ni mort, ni malade.
A la suite des accidents causés par V Anne-Marie, un arrêté spécial du ministre du commerce assimila, au point de vue des mesures sanitaires, les ports de l'Océan à ceux de la Méditerranée. Ils ont été depuis soumis au même régime (1).
Une autre mesure a été prise. Adoptant en principe les pratiques inaugurées à Saint-Nazaire, l'administration en a étendu l'application. Depuis lors, le règlement de Saint-Nazaire, adressé à tous nos agents, est devenu la base des instructions données et des moyens employés.
(1) Voir l'arrclô ministériel qui applique an littoral do l'Océan et do la Manche les dispositions delà convention sanitaire internationale et du règlement qui l'a suivi.
Partout où des navires arrivant de lieux atteints de fièvre jaune se sont présentés dans des conditions de nature à inspirer des craintes, ces navires tenus à l'écart ont été déchargés avec les précautions et selon les règles que nous allons avoir tout à Theure à préciser (1).
Le nombre des navires ainsi traités pendant la saison de 1862 a été, d'après le rapport de Mélier, considérable. 11 s'en est présenté à peu près partout, et nulle part il n'y a eu d'accidents (2).
La conférence sanitaire internationale de 1852 avait déjà proposé contre l'importation de la fièvre jaune des mesures générales et permanentes et spécialement les quarantaines. Leur durée avait été fixée au minimum de 5 jours, et au maximum de 7 dans le cas de traversée heureuse (3), et de 10 à 12 dans le cas d'accidents ayant eu lieu postérieurement au 10^ jour du départ. Mais cette réglementation ne donnait pas une garantie suffisante, et depuisfépidémiede Saint-Nazaire la question a été posée sur un terrain beaucoup plus pratique, et les garanties sont devenues beaucoup plus efficaces.
Un navire arrive d'un pays à fièvre jaune , muni
(1) Voir les instructions ministérielles pour les mesures à prendre à l'égard des provenances des pays atteints de fièvre jaune. Cette épidémie de Saint-Nazaire fut aussi la cause de modifications dans l'organisation sanitaire du port de Saint-Nazaire. Saint-Nazaire fut érigé en direction de santé à l'instar de nos grands ports : Marseille, Toulon, Nice, Bordeaux, Brest, Cherbourg et Cette. Ce port nouveau fut doté d'un lazaret.
Voir procès-verbal de la séance du comité. Rapport do Tardieu sur l'organisation du service sanitaire à Saint-Nazaire.
(2) Voir comme exemples aux pièces justificatives du rapport de Mélier, n» 25, A, B et C, les rapports relatifs aux arrivages de Saint- Nazaire, Marseille et Toulon. {Mélier, p. 197.)
(3) Voir le tableau sur la durée des quarantaines applicables à la fièvre jaune, à la peste et au choléra.