‹ Essai sur l'hygiene militaire des Antilles;Chapitre 5 sur 5 · IX. — Des Hôpitaux des Antilles · texte numérisé non relu

IX. — Des Hôpitaux des Antilles

Les hôpitaux tiennent le premier rang parmi les objets les plus importans de l'administration des troupes des Antilles. C’est de leur organisation que dépend la vie d’un nombre immense de militaires , dont la conservation dimi-^ nuerait ces recrues que les métropoles envoient annuellement aux colonies , sans qu’on puisse encore le plus souvent former des garnisons assez fortes pour assurer leur défense.

Dans leur état actuel , la plupart des hôpitaux des îles du Vent sont bien plutôtun foyer pestilentiel , une sorte de charnier d’où s’exhalent des contagions sans cesse renaissantes, qu’un asyle ouvert aux malheuretix Européens poursuivis par tous les maux d’un climat dévorant. Leur situation dans des lieux bas et marécageux, le voisinage dangereux de canaux bourbeux , de cloaques et même des cimetières , la réunion de toutes les maladies dans les mêmes bâtimens , le défaut d’infirmiers , la mal-propreté des salies , Fin suffisance des fournitures , la rapacité des entrepreneurs , la négligence dans l’administration des remèdes et dans leurs préparations pharmaceutiques , l’opposition, la rivalité et la zizannie entre les chefs des différons services , le défaut d’autorité dans celui qui doit être investi de la surveillance principale , le défaut plus fatal d’une juste appréciation du mérite de quelques hommes éclairés dont le secours offrirait l«s plus grands avantages , et que l’on dégoûte de fonctions

pénibles et dangereuses par de l’indifférence, de l’oubli ou des persécutions; enfin le nombre insuffisant d’officiers de santé joignant à l’expérience de la pathologie des pays chauds , les connaissances que l’art doit à ses derniers progrès, sont les causes puissantes et multipliées qui font des hôpitaux des Antilles des lieux de terreur, de désespoir, de souffrance et de mort.

Les remèdes qu’il serait nécessaire d’apporter à ces maux sont presque tous au-delà dé l’autorité des chefs militaires, et même quelques-uns sont à peine au pouvoir de l’Administration supérieure des colonies. L’établissement des hôpitaux dans des lieux plus secs , plus aérés et plus sains , ne peut gueres s effectuer sans de grandes dépenses , et on ne peut l’espérer que des circonstances les plus favorables; mais cette époque pourrait être devancée par l'amélioration importante que recevrait le régime intérieur, s’il était confié aux soins des soeurs de la charité ; leur institution précieuse , dont les hôpitaux du royaume éprouvent le bienfait, serait, s il est possible, plus utile encore aux Antilles où rien ne peut la remplacer. Il est vraisemblable qu’elle aurait , même dans les épidémies une influence directe sur les résultats du traitement des malades ; en effet , les sentimens de crainte et de chagrin , qui préparent l’invasion de la fièvre jaune et aggravent si cruellement ses ravages, s exaspèrent aujourd hui par l’insouciance, l’abandon et la

dureté des esclaves qu’on emploie comme infirmiers ; tandis qu’ils seraient puissamment combattus par les soins, les consolations et 1 intérêt du sexe le plus doux et le plus compatissant. Il en serait sans doute ainsi des maladies <lysentériques,qui enlèvent annuellement tant de militaires et de marins , et qui guérissent bien moins souvent par les remèdes qu on leur oppose , que par un régime et des soins qu’on ne peut se flatter de trouver dans les hôpitaux des colonies ,

^ue lors de cet heureux changement que réclament également une sage politique et 1 humanité.

Sans entrer dans l’examen détaille des causes qui rendent si dangereux le séjour des hôpitaux des Antilles, on ne peut cependant omettre de faire ici mention de 1 une des plus actives et des plus funestes : la reunion de toutes les maladies, soit dans le même édifice, soit dans des édifices d’une très-grande proximité. Delà proviennent le plus souvent la propagation rapide des contagions , l’invasion des fièvres intermittentes, l’effet fatal des lésions organiques et des opérations chirurgicales , enfin l’aggravation de toutes les affections pathologiques. En général, il suffit de vingtquatre heures pour faire prendre un mauvais caractère aux plaies les plus belles, et beaucoup de soldats 'qui entrent aux hôpitaux pour de légères excoriations , meurent au bout de quelques Jours de maladies gagnées par l’infection de 1 air, ou bien gardent pendant plusieurs années des ulcères qui tirent leur origine d’une simple écorchure.

On diminuerait certainement l’activité meurtrière de ces causes, en isolant les fiévreux et en formant des établissemens séparés pour les blessés. Quant aux militaires attaqués de la gale ou de maladies syphilitiques , leur nombre est si borné et leur traitement tellement favorise par le climat , que dans bien des cas on pourrait se dispenser de les envoyer aux hôpitaux et les faire guérir par les officiers de santé des corps, en les reléguant dans quelques-uns des pavillons qui servent au logement des garnisons dans les citadelles.

Il en devrait être ainsi de ceux qui sont atteints d affections rhumatismales • au lieu de les laisser languir dans les hôpitaux , où tôt ou tard quelque autre maladie termine leur existence , ou pourrait peut-être employer avantageusement pour leur guérison le$ eaux thermales; gazeuses, maie

tiales et Salines si multipliées à la Guadeloupe et à la Mar

ttmque. Danscette dernière ile , celles des pitL du CalT

gm sont analogues aux eaux de Spa, conviendraient selon

Lettirr”^' à ces maladies, tandis que celles du La!

cutanées cor"“l salutaires dans les maladies

cutanées , comme les eaux de Bourbonne et de Balaruc.

expérience a prouvé si complètement le danger d’un ong séjour dans les hôpitaux.des Antilles, que faute d’au res moyens on fut obligé à la Martinique , l 1804 , Z

cZs 7ajT Z'"""" P-*- PO«r convales-

cen , et quils furent envoyés chez les Colons, dont les ha-

buatmns sont situées de la manière la plus salubre ; mais cet

^pedient quoiqu utile ne laisse pas que d’avoir de très-

pves mconvemensj les soldats restés ainsi sans surveil-

ne!LVà"l à des écarts de régime fu^

gestes à leur santé chancelante. Ceux sur-tout qui viennent

dechapperak dysenterie, et que tourmente une voracité

prodigieuse produite par l’état maladif de leurs viscères sabandonnent sans mesure à leurs goûts dépravés, et éprouvent des rechutes presque toujours mortelles. L’extreme bienveillance de l’hospitalité coloniale est non-seulement fatale dans ce cas, mais encore plus, peut-être, dans celui ou les convalescens tombent entre les mains de quelques-unes de ces personnes si communes aux Antilles, qui persuadées de leur habileté médicale , prescrivent et admi- Bistrent a tout venant mille remèdes ridicules ou funestes, ^s considérations prouvent k nécessité de l’établissement d un hôpital uniquement destiné aux convalescens, et dont

situation salubre puisse répondre parfaitement à son objet.

Les mesures générales relatives aux hûpitaux, etconcer-'

nant immédiatement les troupes, sont principalement celles ci~apres :

I.® Dans le cas d’un débarquement , veiller à ce que l’établissement des hôpitaux soit fait ^ s il se peut ^ à 1 avance ^ et à ce qu’il soit proportionnel à la force des troupes ; c’està-dire qu’on soit préparé à recevoir de dix à douze malades par compagnie. Cette proportion est celle des temps ordinaires i pendant les épidémies , 1 effectif des hôpitaux est beaucoup moindre, les militaires mourant très -souvent avant que d’y être apportés , ou n’y faisant alors qu’un séjour borné à quelques Jours , ou même à quelques heures , par la marche précipitée de la maladie ;

3.° Séparer autant que possible les divers genres de maladies , et sur-tout les convalescens , ainsi qu’il a été dit ci-dessus ;

3.^ Faire traiter sans délais les militaires atteints précé-^ demment d’affections syphilitiques , dont ils ont été mal guéris , et dont les symptômes ne tardent pas à reparaître aussitôt qu’ils ont atteint les pays chauds ;

4*^ Empêcher que les militaires ne se fassent traiter par les femmes de couleur ou quelques empyriques, et surtout qu’ils n’adoptent , soit dans l’intérieur des corps , soit au-dehors , l’usage aveugle de la saignée , qu’ils imaginent parfois être un moyen général de hâter l’acclimatement, en détruisant la prédisposition européenne aux maladies inflammatoires , quoiqu’il en résulte presque toujours un relâchement de tous les systèmes d’organes , qui favorise l’invasion des maladies asthéniques ;

5.® Dans le cas d’une invasion de la fièvre Jaune , avec un caractère épidémique et contagieux, diminuer les effets de la terreur et de la consternation par tous les moyens possibles , en détournant l’attention des troupes , en les dw visant sous des prétextes spécieux , en leur cachant les pertes qu elles éprouvent, etc. ;

^ 6.® Dans le même objet, omettre de rendre les honneurs

lunebres quon accorde aux officiers dans les circonstances or inaires , et qui pendant les épidémies contribuent à répandre la terreur, soit par les réflexions tristes que font naître ces cérémonies, soit par l’idée bien ou mal fondée quon s’expose à la contagion en suivant le convoi, ou en

portant les coms du drap mortuaire de ceux qu’elle a fait périr (i);

Écarter les militaires des hôpitaux , où quelquefois ils veulent aller veiller ou visiter leurs camarades ;

8.° Astreindre, au contraire, les officiers supérieurs à des visites fréquentes, afin d’éloigner de l’esprit des malades ia pensee qu’ils sont abandonnés*

9-° Prévenir ou faire connaître , par une surveillance active une inspection journalière , et des rapports détaillés , verbaux et écrits, les abus dont les malades sont si souvent Victimes dans les hôpitaux des Antilles ;

10." Ordonner qu’il soit fait par les chirurgiens des régimens, dans les casernes, ainsi que dans les pavillôns des officiers, des visites journafières, et dans l’occasion récidivées, afin d’envoyer les malades aux hôpitaux au moment meme où l’invasion de la maladie est perceptible;

ir.o Faire concourir au même but les officiers et les sous-officiers, afin de découvrir les militaires qui, dans l’appréhension d’aller à l’hôpital , cachent leur état et les pro-

<i) Un auteur anglais , dans ses notes sur la Guyane Hollandaise , cite entr’autres exemples un capitaine qui, ayant assisté au convoi de l’un de ses camarades , fut frappé de l’idée que son cadavre exhalait l’odeur de la maladie épidémique , et qui , en moins de quarante-huit heures , le suivit au tombeau. Pendant Pinvasion de 1803, la fièvre jaune de la Martinique

offrit à l’auteur de cet essai plusieurs exemples exactement

semblables.

grès de la tnala-Jîe , dont il arrive très-souvent que la cure n’est aü-dessus des moyens de Fart ,que parce que les secours ont été trop tardifs (i) ;

Veiller à ce que, sous des prétextes quelconques, aucun militaire ne se fasse traiter , soit dans les villes , soit dans les campagnes, par des charlatans qui abusent de la confiance et de la crédulité que fait naître la terreur dés maladies tropicales ;

i3.^ Prendre garde, avec un soin égal, à ce que les femmes de couleur, qu’üne manie singulière de médicamenter rend souvent coupables de meurtres bienveillans , n’interviennent dans la cure des affections légères, dont les militaires sont atteints dans les premiers temps de leur séjour aux Antilles ;

14.0 Occuper les troupes sans les fatiguer , et chercher à distraire le soldat par tous les moyens possibles , jusqu’à ce que l’habitude du climat ait consolidé sa santé , observant que le repos et l’oisiveté favorisent cet état de stupeur mélancolique , ordinaire à l’homme et aux animaux des pays froids transportés sous la zone torride ;

15.0 Dans l’incertitude où l’on est encore aux Antilles sur le caractère contagieux de la fièvre jaune , prendre toutefois , lors de son invasion épidémique , les mesures nécessaires pour prévenir la possibilité de sa propagation de

(1) Cette terreur , que causent les hôpitaux , est générale dans tout l’Archipel. « Les soldats Anglais , dit le docteur Pinchard , « craignent tellement d’être envoyés aux hôpitaux , qu’ils pi èce fèrent mourir sans secours , et qu’ils cachent la première c< atteinte du mal , lorsqu’il est encore temps d’y apporter €c remèdes. »

Voye^s Notes on the 'west Indies , JLçndon , i8o&.

quelque manière que ce soit. Notamment -soler les liôpitaux où l’on reçoit ceux qui sont atteints de cef te terrible maladie ; éloigner des lieux habités ou fréquentés les dépôts de leurs cadavres , les salles de dissection , et sur-tout les cimetières, qui presque par-tout sont situés dans l’enceinte ou à la porte des villes , et dans le v^oisinage des hôpitaux ^ Observer les précautions les plus sévères pour Tin-^ humation des cadavres , employant exclusivement à cet emploi des Nègres, qui ne sont. que peu ou point susceptibles de contracter la maladie ;

17. ° Brûler les objets qui ont servi aux individus atteints de la lièvre jaune; désinfecter, par des lavages longs et répétés à leau froide et à l’eau chaude, ceux de ces objets dont la perte serait trop grande ou le remplacement difficile j observant toutefois que rien n’est plus incertain que la purification des vétemens de laine et des couvertures de cette matière , dont ont fait usage des personnes attaquées d’une maladie contagieuse ;

18. ° Laver à l’eau bouillante et blanchir à la chaux les lieux qui ont été habités par des individus frappés de 1 épidémie ;

19. ® Transporter aux hôpitaux ceux qui en sont atteints^ en se servant pour ce transport d’un brancard de bois, purifie chaque fois par des lavages multipliés, et veiller à ce qu on ne se serve pas , comme il arrive presque toujours, du hamac appartenant au militaire malade , qui ensuite est mis en magasin , et donné à quelque autre militaire , ou bien au meme, quand il parvient à échapper à une première invasion er à sortir de l’hèpital;

20. ® Empêcher toute espèce de communication entre les militaires bien portans et les malades ou les convalescens ; le pi^eservatif le plus sur de l’épidémie étant sans doute d’éviter ^vec soin l’approche de ceux qui font contractée, et

d’év'iîar également l’usage ou le simple cckitact des choses où la matière contagieuse peut avoir adhéré ;

2i.° Dans la nécessité (ju’imposent les devoirs militaires, de visiter les hôpitaux où sont des individus atteints de la lièvrV jaune , s’arrêter le moins long- temps possible dans leur atmosphère ; s’abstenir de's’asseoir sur leur lit ou de les toucher; prendre avant de les visiter une petite quantité de liqiieur spiritueuse ou d’alimens ; et lorsqu’on a terminé ce service pénible et dangereux , se rincer la bouche et le nez; nettoyer soigneusement toutes les parties du corps qui aaraient pu être en contact avec la matière de la contagion; se laver les mains et le visage ; changer d’habits ; laver ou soumettre aux fumigations ceux que l’on quitte ; préférer ceux qui ne sont pas de laine, etc.

Ces moyens préservatifs paraîtront minutieux et même ridicules à ceux qui n’ont point été témoins du spectacle effrayant d’une grande épidémie ; mais ils ne seront point ainsi aux yeux des personnes qui , dans ces terribles circonstances , auront vu ce que les hommes y montrent de faiblesse , d’amour de la vie, de consternation et de crédulité. Quoiqu’il ne demeure point encore bien prouvé qu’ani Antilles (i) la fièvre jaune se communique comme les ma-

(i) Voyez dans le quinzième yo\wme à\x Dictionnaire des Sciences Médicales ^ l’article Fièvre jaune , auquel les savans Collaborateurs de cet ouvrage précieux ont voulu que contribuat Paut0iir de cet essai.

Parmi les matériaux nombreux et encore incomplets qu’on peut réunir en ce moment sur cet important sujet , ce n’est qu’avec une juste méfiance qu’on se permet d’indiquer ici un Précis historique sur P irruption de la Fièvre jaune à la Martinique, en 1802; la Société Médicale d’Emulation de Paris, qui a donné à l’auteur tant de marques de sa bienveillance , a. bien voulu ordonner l’irapressio» de cet opus.cule , dans ses transactions du mois d’ Avril.

ladies pestilentielles , il n’arrive point d’irruptions épidémi-» ques, que les Européens n’adoptent aussitôt la croyance que l’air atmosphérique est le véhicule de la contagion. Cette opinion agit avec tant de puissance, que ce n’est qu’avec une répugnance presque insurmontable que les militaires remplissent les diverses espèces de service qui nécessitent leur présence dans les hôpitaux. Le danger auquel ils se croient exposés les fait recourir à des préservatifs la plupart inefficaces. Les uns portent au cou de petits sachets remplis de camphre ; les autres coupent un citron , qu’ils se mettent sous le nez tant qu’ils sont dans l’atmosphère supposée infectée , et ils ont soin de cracher et de se mour cher fréquemment.

Ces derniers moyens ne doivent point être méprisés , car il est vraisemblable que la salive et les mucosités retenues dans le nez doivent servir à transporter les miasmes contagieux; mais néanmoins il est douteux qu’ils soient suffisans , puisqu’il est à supposer que l’épidémie se contracte principalement par les voies pulmonaires et cutanées. Les frictions d’huile , qu’on a indiquées comme un remède contre l’épidémie , semblent plutôt propres à préserver de son invasion ; elles pourraient peut-être diminuer dans certaines circonstances les chances du danger , en mettant obstacle à l’introduction des miasmes par les vaisseaux absorbans, et peut-être pourrait-on les indiquer avec quelque confiance aux personnes qui par devoir sont obligées de s’exposer long-temps dans les hôpitaux aux exhalaisons délétères dont on y est enveloppé. L’expérience prouve que le corps humain peut recevoir également par sa surface les germes des maladies ou de la santé , et que de même que l’atmosphère animalisée où vivent ceux remplissant certaines professions , leur donne ordinairement un embonpoint singulier , quoiqu’en général ils mangent très-peu j de même Fair vicié des

hôpitaux est la cause première de la maigreur habituelle des hommes qui y séjournent et suffit pour communiquer, par le système absor bant , les maladies dont il contient le germe funeste^

Plusieurs des mesures qu’on a indiquées dans cét essai d apres 1 autorité d’une longue expérience et celle des hommes les plus célébrés dans l’art de guérir, sont sans doute étrangères en Europe aux chefs militaires qui se reposent avec raison de cés soins importans sur les médecins éclairés attaches aux armées de terre et de mer ainsi qu’aux hôpitaux ;■ mais dans les contrées éloignées de la patrie des sciences et de ceux qui les cultivent avec succès , il n’en peut etre presque jamais ainsi. Rarement des hommes d’un mérite supérieur se déterminent à un exil, à une expatriation pénible et douloureuse ; et lorsqu’il s’en trouve quelques-uns , il est encore plus rare qu’ils ne succombent bientôt, victimes des maladies contagieusès auxquelles leur zele les expose ,^ou des calomnies et des chagrins que leur suscitent l’envie, l’ignorance ou une médiocrité ombrageuse (i). f

Ces circonstances exposent les troupes au malheur d’ètre abandonnées aux fatals effets de l’inexpérience , de l’impéritie ou de la témérité , ce qui arrive sur-tout lor;squ’elles

(i J Qu il soit ici permis à l’amitié de rapjieler aux savans qui les connaissent et les apprécient , le docteur Savaresi , ancien médecin en cbefà Damiette , à la Martinique , à Naples , etc., le docteur Le/or#, ancien inspecteur du service de santé des prisonniers de guerre en Angleterre, médecin en chef à Gênes | le docteur Delorme ^ chargé en chef du service chirurgical au bagne d’Anvers , à la Pointe-à-Pitre , etc. , et le docteur Ro~ choux , élève de la Faculté de Paris , digne , sous tous les rapports , de cette illustre Ecole.

sont séparées parles événemeiis delà guerre ou privées par les épidémies tropicales des officiers de santé de la marine , attachés piimit.ivement àleur service et à celui dçs hôpitaux. Piien m’est plus dangereux que la nécessité où l’on est alors d’employer les empyriques et les prétendus médecins du pays (i); mais on est forcé de céder à la loi de la fatalité; et tout ce que les chefs militaires peuvent faire pour en diminuer tes fâcheux résultats , c’est de s’occuper euxmêmes , avec une sage activité , de tous les moyens qui peuvent conserv er la santé des ïnilitaires.

P. S. On est heureux de pouvoir annoncer que différentes mesures bienfaisantes , salutaires et prises récemment par la haute Autorité, aux soins de laquelle sont confiées les colonies , donnent l’espoir de voir se réaliser les améliorations médicales et militaires dont on a osé exprimer le vœu dans cet ouvrage , écrit squs l’impression pénible de circonstances bien différentes.

(i) Il n’est pas rare aux Antilles de voir des aventuriers se parer du titre de docteur en médecine et pratiquer aux dépens j

de qui de droit. En 1809 , les papiers et les effets d’un officier de santé distingué , étant tombés entre les mains d’un garnement appartenant à un dépôt colonial, cet homme se fît passer sans peine pour celui dont il avait pris le nom ^ ce qui lui fît confier un détail important. Les circonstances favorisèrent cette déiiision , qui evit des suites déplorables.

Noms des Plantes vénéneuses ou suspectes crois~ sant spontanément à la Martinique.

Le Lys rouge. — Amaryllis punicea^ Lam.

L’Arbre à soie. — Asclepias gigantea»

Le Bois laiteux. « — Tahernœmontana citrifoliam Le Bois lait. — Kawo^a nitida.

Le Brinyillier. — Spigelia antJielmîa.

Le Chardon béni. — Argemone mexicanam Le Mancenilier. — Hippomane mancanilla*

Le Gliitier. — Hippomane higlaudulosa^ L.

Le Mauroë. — JatropJia maniot*

Le Médeciniër. — Jatropha carcas.

Le Médecinier des hauts. — Jatropha multifida*

Le Mexicain. — JSJomordica elaterium.

La Pomme -poison. — Solarium mammosum»

La Quadrille. — Asclepias incarnata*

Le Sablier. — - Hura crepîtans.

La Pomme épineuse. — Datura ferox.

— Stramonium^

— Fastuosa^

Cestrum vespertinum^ laohelia grandijlora*

Allamanda catkartica*

Echites bifiora^

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