CHAPITRE PREMIER
JEiat du commerce, rfe la navigation et de V industrie des sept Provinces-Unies , depuis la fondaiion de la République Jusqu'à l'entrée des Français en 1794.
g^L y a des nations dont on ne saurait calculer le 'comqalerce ni par l'étendue du territoire ni par le ^nombre des habitans ; situées favorablement pour »la navigation et pour le développement de l'industrie , elles s'ouvrent spontanément des relations avec tous les peuples de la terre. C'est ainsi qu'on a vu successivement Venise, Gênes, Bruges, Anvers, Lisbonne, la Hollande et Tome II. 1
l'Angleterre , dominer par le commerce sur les mers , et unir les peuples par l'échange des productions de tous les pays.
Néanmoins , si le commerce ava i t déjà pris une nonvelle face à la découverte du Cap de Bonne-Espérance et à celle du Nouveau Monde, nous allons voir qu'il se développa bien autrement encore, lorsque les Hollandais, affranchis du joug de l'Espagne, qui réunissait h son sceptre celui de Portugal, se furent emparés des clefs du commerce des Indes, et qu'après avoir fondé Batavia , ils se furent mis à la tête des grandes puissances commerçantes. Ces puissances étaient la Hollande , F Angleterre et la France. I.a France profita tard des connaissances et des entreprises des ^leux auftres nations , elle arriva la dernière aux deux Indes et fut la plus mal partagée; elle resta sans industrie jusqu'à l'époque de Louis ÎLIV , qui fit beaucoup pour animer le commerce.
Les nations en général languissaient encore , parce qu'^es ignoraient souvent, la plupart, les avantages et les ressources de leurs territoires. Il fallait, pour mettre fin à cet engourdissement , qu'un peuple se levât tout à coup , qui répandit la vie et la lumière dans les esprits , Tabondance dans tous les mardiés, qui put offrir toutes les productions à un meilleur prix , échanger le superflu de chaque nation avec ce qui lui manquaH , et donner par là une grande activité u la circulation des denrées , des marchandises et de Fargent , qui , en facilitant et en étendant la consommation, encourageât la population , l'agriculture et tous les genres d'industrie. L'Eu rope dut aux Hollandais tous ces avantages , et les sources de Ifi prospérité qu'elle goûtait. La reconnaissance doit célébrer et perpétuer la gloire des bienfaiteurs de l'humanité , c^est à la philosophie et &la politique de suivre , s^il est possible, la généreuse marche qu^ils lui ont tracée.
Lorsque les habitans desProvinces-Unies se levèrent contre
lâ tyrannie espagnole , ils s'aperçarent bientôt qa'ilsne pouvaient asseoir le» fondamens de leur liberté , sur un sol qui ne leur offrait même pas les premiers besoins de la vie. Us sentirent aussi que le commerce , qui pour la plupart des nations n'est que d'un intérêt secondafre » qu'un moyen d'accroJtre la somme du revenu des productions territoriales, était le seul point d'appui pour leur état naissant. Sans pro- Quctions territoriales suffisantes , ils résolurent de faire valoir celles des autres peuples , convaincus , que de la prospérité oniverselle sortirait leur prospérité particulière. L'événement justifia leur politique.
Leur premier pas établit et assura entre les peuples de l'Europe, l'échange des productions du Nord avec celles du Midi , et bientêt les mers se couvrirent des vaisseaux de la Hollande. C'était dans ses ports que tous les objets commerciaux venaient se réunir. C'était de ses ports qu'ils étaient expédiés pour leurs destinations respectives, on y réglait sans concurrence la valeur de tout , et cela avec une modération qui écartait la concurrence elle-même. L'ambition de donner plus de stabilité, plus de carrière à ses entreprises, rendit dés les premiers temps la république conquérante , et sa domination s'étendit sur une partie des Indes et sur toutes les îles précieuses de l'Océan qui Fenvîronne. Elle tenait asservies par ses forteresses ou par ses escadres , les côtes d'Afrique , où elle avait porté le conpd'oeil attentif et prévoyant de son utile ambition. L'immensité de ses combinaisons, dit un grand écrivain , embrassait ruÀivers, dont elle était l'âme; par le travail et l'industrie elle était parvenue & la monarchie universelle du commerce, et celui-ci était l'expédient le plus efficace pour attirer les artisans , les manufacturiers et les marchands qui émigrèrent des autres pays pour venir habiter la terre classique de U liberté.
Les Hôllandafs étaient donc bien dignes cFadmiration. Ils
conservaient au milieu des malheurs qui désolaient leur patrie » le grand et audacieux projet de lier le Nord avec le Midi , dé se frayer un chemin à travers les glaces du pôle , pour arriver triomphans aux sources de la lumière. Ces nouveaux et hardis républicains ne luttaient pas seulement contre leurs redoutables ennemis., ils avaient encore à soutenir de longs combats contre les flots et les tempêtes. La Hollande à peine constituée promit déjà à l'Europe d*étonner un jour l'univers. On a vu Hoùtoiian voguer soi* les traces de Gama , et Van Noord faire le tour du monde , du ceuchant au levant.
Les Hollandais ont su dompter TOcéan dans le Nouveau comme dans l'Ancien Monde; on les a vu donnera leurs plantationsvune culture et des perfectionnemens qu'on ne trouve pas dans les po^essions anglaises et françaises les plus floris* santés; l'esprit d'économie les a mieux éclairés que les autres nations de l'Europe ; leur ambition s'est arrêtée là où ils ont trouvé de sûres barrières contre celle deleurs voisins.
Il'résiriteclairement de tout ce que nous ^venons de dire, que la 'République des Provinces-Unies est sans contredit un des événemens les plus remarquables de rhistoire moderne ; pas à pas elle monta jusqu'au plus haut point de gloire et d'éclat; plus de quarante ans avant que son indépendance fut recon<nue par un premier traité, celui de Munster, elle se posa en puissance formidable en Europe, et ce traité fixa îriévocablement ses destinées et assujettit pour longtemps d'autres peuples à son industrie. Sa position même entre les mers du Nord et le grand Océan, au centre des peuples boréales et méridie* naux, lui fournit indubitablement de grands avantages pour son commerce; mais il en fut principalement redevable au caractère à la fois calme et courageux de seshabitans, et à leur persévérance inébranlable dans les plus pénibles entreprises, à la bonne foi dans le commerce à mesure qu'il s'étendit de la manière la plus surprenante; en un mot , cette République cle
Hollande, dont les fondemeos avaient etù ctablis |iai' la |ialience.la constaare, rinlrépidilé et l'indiisdie, maintenant anermie par ta trùve que s«s anciens maili-os viennent de lui accorder, jone dés ce moment nn rôle considérable. Ses armées ia Tout respecter comme la rivale des rois, et ses Hottes la font, pour ainsi dire , considérer comme la leînc des mers. Un commerce dont l'origine est aussi étonnante que le sout st-s progrès, attire dans sa capitale les productions et les trésors des deux mondes et assure sa prospérité elsa gloire. Ses villes se peuplent, n'enrichissent, s'embellissent; elle fait creuser des caaaai, élever des dif>;ucs .construire des ports, <.'li.in{;er ses marais en champs ft>rtiles, e( ses bourgs en villes su)ierbes. Les nonveaux républicains, devenus les égaux des pIuspHJssnns monarques, commencent à tenir la balance politique du monde. Philippe III avait eu l'imprudence de mettre des entraves à leur commerce en interdisant lises sujets la commur nîciton avec les Provinces-Unies; les Hollandais, bravant ces vaines mesures , imaginèrent le projet de transjiorter le centre de leur commerce en Asie , et jetèrent les Tundemens de leur poissante Compagnie des Indes. Leurs premiei-s succès leuu avaient dorme les moyens d'essuyer de plus vastes entreprises en ormant des flottes immenses, et déjà dés l'année 1612, des hardis navigateurs tentèrent A. s'ouvrir un chemin pour les lodes-Orienlales par le détroit Vaignts.
Tlon-seulement la Hollande a, la première, donné l'cxempla d'une navigation hardie, mais elle a devancé toute l'Europe dans tes entreprises manufacturières; elle possédait, vers la fin du seizième sidTle, les plus belles fabriques de drap, et encore aujourd'hui elle conserve la supériorité pour ses toiles on lui doit des découvertes très- importantes dans la chimie telles que les préparations du mercure et du plomb; elle a établi des machines ingénieuses pour moudre les bois de tein~ ture et la garance , et toute l'Europe entière a été longtemps tcibulairede son industrie.
Dans les provinoes qui^ par leor poeilionyOd partîoipaat pasamsi direotemeni au oommerbe inaritiaia> la Holbuide a porto l'agricaUiire à an haut degré de perfoclioB. b^i^ila culture variée du lin » du tabac , de la garance et da blé^luî donne des récoltes abondantes, là, de riches pâturages ibqr* nissent la nourriture à un grand nombre de bestiaux , djoù résulte cette immense fabrication de fromage qui forme une branche si importante de son commerce.
La prospérité agricole , commerciale et manufacturière de la Hollande, pi>ésente un phénomène d'autant plus étonnant, que l'administration est forcée de lutter sans relâche contre les ▼agues de TOoéan, qui menacent d*englou tir une grande partie de son territoire. La persé?érance et le courage qu'elle oppose à leur irruption, ne sont pas un des moindres prodiges de son industrie. Indépendamment d'un commerce très-^tendu qoe font les Hollandais avec les seules productions de leur sol et de leurs colonies, ils se sont constitués les principaux courtiers de TËurope ; leurs ports sont devenus un entrepôt général de mar* chandises de toute espèce ; la modicité des droits qu'on y perçoit, l'absence de toute formalité vexatoire , leur donnent par le fait le privilège de la franchise, et toutes les nations y dé* posent leurs richesses avec une entière confiance.
On peut donc regarder le navigateur hollandais, conune un agent intermédiaire entre le producteur et le consommateurt et, sous ce ra|^rt, son commerce forme le complément des relations de chaque pays avec les autres nations.
Abordons les détails de ce que nous venons de dépeindre sommairement en grands traits.
Le commerce néerlandais acquit encore de Teitension ver»
ce tampspai'IadécuJeucc des nù^uciaasaubéntitjuesalleiDands U Londres. Ces deroicrs, qui avaient eu ea cette ville depuis plas de deux siècles une balle aux dem-ées commerciales , furent, dès le temps d'Kdoiiai-<l VI et de Marie, privés de leurs privilèges; par l'envie que les Anglais porterait à ce commerce, et quoique la sévérité qu'on dt ploya contre eux se radoucit «ODS Elisabeth, les anciennes querelles renaissaient bientôt. Les négociuns se plaignirent il l'empereur qu'on lésait à leur égard les droits que quatorze rois avaient juré de maintenir; la reine, au contraire, les accusait de tendre au monopole au pi-éjudice des sujets anglais. Le roi d'Espagne tâcha en vuiu d'attirer ces marchandises vers ses provinces néerlandaises. En attradant, rem|>ereur prît vivement le parti de ses sujets contre le gouvernement anglais, au point qu'il força les marchands anglais qui, sous le sobriquet d' aveniariers , se livraient en Allemagne, surtout à Stade, au commerce d&draps, de quitter dans un certain délai le territoire de l'empire. Elisabeth prit sa revanche envers tes Anséatiqucs , qui résidaient en Angletorre. Lorsque les soi-disant aventuriers qui n'avaient pas demeuré aussi longtemps en Allemagne et n'y étaient pas ti-ès attachés , Irsvei^aient la république, ils furent vivement sollicités par les villes de s'y fixer, et plusieurs privilèges leur fui'ent oQerts. Finalement ils se fixèrent à Middelbourg en Zèlande, et y établirent leur entrepôt de laine, parce que l'eau y était excellente pour purilier la laine; la reine, afin de favoriser cette société , ordonna que toute la laine anglaise destinée [lour la Hollande devait passer par l'entrepôt de la société. Les Etats publièrent l'année suivante de leur côté une ordonnance, d'après laquelle les sociétaires et tous les Anglais qui habitaient le {>ays , apportaient exclusivement leurs draps et autres étoffes de taino aux marches de l'endroit habité par la société.
La levée des troupes en Hollande, on 1598, fut considéra-
ble>' les Ëtats pi^rent mille Suisses à leur solde ^ la caralerie futadgrnefitée de neuf compagnies. Les Etats de Hollande devant beaucoup contribuer aux charges de ces nouTelles lovées ,'résolnrent^e prélever un quarantième denier sur la vente des biens fonds , et à un empreint ou taxe de un «ur deux cent» de toutes les propriétés de ceux qui possédaient plus de Crois mille florins. Cette taxe rapporta plus de huit cent mille florins-, néanmoins les frais et les dépenses à faire étaient si considérables que les levées extraordinaires d'argent ne suffisaient pas; Les dépenses furent évaluées pour Texercice de 1 509, à 5,800,000 fl. ; le revenu montait à peine à 4,600,000 fl. Pour combler le déficit de 1,200,000 fl., on avisa à des moyens extraordinaires.
Le roi Philippe II avait souvent fermé les yeux sur le commerce qui se faisait par les habitans des Provinces-Unies en Espagne ; c'étaient notamment les Hollandais et les Zélandais qui |K>arvoyaient ce pays de denrées du nord et de Test dont les Espagnols et les Portugais ne purent se passer, et pour lesquelles on rapportait en échange de ror,de l'argent et des fruits de Tlnde et de l'Espagne. Néanmoins le jeune Philippe III , présumant que les Etats tiraient en grande partie de ses propres pay« les moyens de lui faire la guerre, leur interdit le commerce et fit saisir quelques bâtimens hollandais et jeter les équipages sur les galères. L'infante Isabelle fit dans les Pays-Bas espagnoles la même défense ; il est dit dans l'ordonnance , que les Provinces-Unies rejettant la paix par l'orguéil que leur donnait la supériorité de leur commerce , il est sèrérement interdit pour ce motif dans les états de Bourgogne et dans les Pays-Bas placés sous sa domination, d'entretenir des relations commerciales avec les Provinces-Unies. Les Etats-Généraux étaient extrêmement indisposés contre cet ordonnance qui faisait craindre quelques troubles parmi le
bas-ppiiplt^ ; néaninuiiis ils ne pcnlireat pas courage , et , [leritnadés que Philippe était le plus faible dans ses propres états, ils résolorent de lui faire la guerre par mer, afin de lui a|>prendrc à conoaitre ses véritables besoins , toDt en espérant qnc le peuple , privé des denrées qu'il était habitué à se voir fouitiir, se livrerait à la révolte contre le roi. Les Etats déreodenl donc à leur tour , tout envoi de vivres ou autres marchandises vers l'Ëspa^^e, non-seulement aui étrangers qui y demeuraient, mais même à leurs propres sojets, sous jieioe de voir saisir tes marchandises, les bâtimens et chanots qui les chargeaient. L'ordonnance fut envoyée aux puissances étrnn- (■ères ; la France déclara que ceux qui tralitjaaient pendant sis mois avec l'Espagne, le feraient à leurs risques et périls ; eu d'antres pays, on se borna (\ passer l'ordonnance sous silence. Le roi de Danemarck se refusa par suite des sollicitations des envoyés des Etats à faire publier l'ordonnance. En attendant , les Etats montent une flotte sons le commandement de l'amiral Van der Does, [K»ur aller attaquer Philipj>e.
Les frais pour réqui[»ement de cette flotte furent en grande partie rouverts par un droit de tonnage de trois Oorius par lasl sur les grands . deux sur les i>ctits bàtimcns, et 18 sous sur les barquettt*. Ce moyen souvent tenté sans snccès.tvitssil alors malgré rop[K)sition de quelques villes.
Vers l'année lft02 , Spilbergen était le premier des Hollandais qui fût venu dans l'rle deCcylan. U mît pied A terre a Matiralo, capitale do cette île cl tributaïi'e des Portugais. Il n'avait d'antre but, que d'y faire quelques tentatives de commerce. Ayant appris que le souverain de l'île tenait sa coiir A Candi , il y alla. L'empei-eur le reçut avec bonté , maiit voyant qu'on mettait le jtoivie et lacanellei im prix cïcCBsif. le négociant rrul devoir déjjuiser le but qui l'avait
attiré à Candi , il fit entendre àTeoipereur, qu*il n'était pas Tenu à m conr poar faire le commeroe , mais pour lui rendre visite au nom de ses maitres et lai offrir leur amitié et leor alliance.Le monarque accueillit ses offres arec plaisir, et Spii* bergen 9 après étro resté quelques jours à sa cour et lui avoir fait espérer du secours contre les Portugfais, en partit comblé des présens; d'autres Hollandais y furent également bien reçu par l'empereur; mais ayant eu l'imprudence de se faire soupçonner de eonniwnoe avec les Portugais, ils y furent pour la plupart massacrés. Les Hollandais crurent ne pas devoir venger oet attentat^ ils renouvelèrent au contrain leurs tentatives et parvinrent en 1612 à faire un traité avec Tempereur , dans lequel ce prince consentit entr'autres, à œ que, hormis les Hollandais, aucune autre nation européenne ne put faire le commerce dans ses états.
Ce fut vers Tannée 1607 que le» Anglais fondèrent une société de négocians pour le commerce en Amérique, et qu'ils envoyèrentquelques vaisseaux i la Guianne et au Virginie. Cette première entreprise ne fut point heureuse, et donna occasioa auxhabitans des Provinces-Unies, à songer sérieusement à l'établissement d'une nouvelle Compagnie des Indes-Occidentales pour leur pays. Quelques négocians riches présentèrent à cette fin un projet qui fut approuvé, et obtint octroi pour trente-six ans, et, afin de le protéger efficacement, les Etats Ini accordaient pour la durée de six ans, un subside annuel de deux tonnes d'or; son règlement d'ordre était le même que celui de la Compagnie des Indes-Orientales. Ce projet fut vivement défendu par ses partisans qui firent remarquer qu'on attaquerait les Espagnols en Amérique^ point où ils étaient les plus faibles et d'où ils tiraient les plus grands revenus ; qu'on y découvrirait des terres encore inconnues , qui se dirigent ver» les pôles ; qu'on s'approprierait une partie de l'ilr
lie Tiiiiidutl; que le»* |K)ssc9»>ion8esjia)jnoles, t^'lanl Uùs-disu:tDilMM», seiaionl faciles à maîtriser; que lus iodigèoes de l'Amérique , dvjii indisposés contio les Espa^^ols, fouiuiraieul probablement des l'orces pour attaquer l'ennemi aven es)K)ir (te succès, et, cnHa, queue serait un bienrail pour l'hnmanilu que la prapagatiou du christianismo dans ce pays, ■ <
Les anta(;oDi9tes de la Compagnie soutinrent, de leur côté, ijue l'expérience avait prouvé que lu guerre maritime était as> «ujclli à bien des chances, que les Espagnols, quoique ])eu ex- [térimcntés, n'étaient |>as moins heureux dans les combats navals , qu'ils étaient (lés-cxcixés par tene, que quarante vaisseaux ne snllisaient point pour altiiquer une si grande étendue où tout accès pouvait manquer, voire même l'approvisionnement d'eau, et où, dans le cas d'uD débarquement, il fallait encore qu'on put disposer A l'instant d'une armée pour disperser les légions espagnoles ; ils élevaient encore d'autres dillîeultés, en soutenant que tons les trésors du pays ne suffiraient point à couvrir les frais de cette expédition. Le vif désir que les villes éprouvèrent d'attirer chacune l'armement chez soi, eut pour résultat qu'on ne parvint pas à s'accorder. Le oonimerco du sel qu'on amenait de l'Amérique fut cause de nouvelles coulestalions, et l'établissement de la Compagnie ■les ludcs-Occidentales fut doue encoi-e ajour'né pour quelque temps. 1
Les envoyés de Danemarrk et autre» r-ours, arrivent en llollaiule pour négocier do la paix; les plénipotentiaires des Ëtals- Ucnéraux communiquent l'opinion dos provinces; les députés Je Franco et d'Angleterre entrent eu délibération avec eux, et pendant qu'on négociait de cette paix , on ne perdit pas un ioslaut de vue l 'établissement d'une société pour faire le cominetie u\or l'Afrique et l'Amérique, à l'instar de celle des In-
des-Orientales; quelques négociaas avaient déjà rédigé uo ptojeid'associaiîoOy mais les affi^ires politiques retardèrent de nouveau- sa mise à exécation^
Le^Espagnols , jaloux et pour faire senls et à l'exolusion des Hollandais, le commerce aux deux Indes, tâchèrent d'établir tous les points de leurs traités sur cette base, et proposèrent dé ne point stipuler de dédooMnagement pour 1^» perles causées réciproquement, d'admettre la liberté du commerce, à l'eteeption de lu navigation aux Indes. Quoique les rois des Indes , de pins en pins fatigués de la domination des Porlu-« gais, missent le plus grand empressement dans leurs r^ipports avec l'es agens de la Compagnie > les Hollandais continuaient à s^occaper de là société des Indes^Occidentales ; les Espagnols s'en plaignirent; les^affaireS'entreles Etats et- L'archiduc ne m terminèrent paSi
Les Anglais avaient, jusqu'en 1608, envoyé lénr^ draps blancs on écrus vers nos provinces ; là ils furent préparés et teints, et renvoyés en Angleterre poor les vendre: Mais, à cette époque, un teinturier anglais avait obtenu du roi un privilège exclusif pour y préparer et teindre des draps; cette au torisation* qui fut suivie d'une défense d'exporter les draps blancs et écrus, fit éprouver à nos cardeurs et à nos teinturiers une perle tellement considérable, que les Etats jugèrent à propos de défendre à titre de répresaille l'exportation des draps anglais teintures. Les tisserands anglais, mécontensde leur côté du manque de débit, obtinrent du roi qne l'expoi^lion d'une certaine quantité de draps blancs et écrus fut de nouveau accordée. Les expéditions redoublèrent , et on respecta peu la stipulation de la quantité à exporter; le gouvernement le toléra , et en peu de rcmps le commerce de draps fut rétabli sur l'ancien pied. Néanmoins le roi Jacques défendit, au mois de
mi de l'année sBîyante, à tous les étrangers la i)écbe sur le» o{lt0 d'Angleterre. La pêche du hareng , exploitée par les Hollandais et les Zélandais, en a considérablement souifert; plus tard on obtint du roi au moyen d'une somme d'argent la liberté ^ la pèche sur ces côtes. Cependant Jacques voulut retirer de iioarean cette franchise, mais les Etats se maintinrent dans la poi80ssi<m et firent appuyer ce droit en faisant accompagner la fhrtiedes pêoheors de hareng parquelqiies bâtimensde goen'e.
En 1608 , on négocia de nouireau larec FEspagne sur les bues de la paix ; cette puissance se montra disposée à abandonner set droits sur les provinces rénnies , mais exigea que Deiies-ct renonçassent à la navigation aux Indes. Ce point eiota les plus vifs débats , pendant lesquels les directeurs de la Gompagnie des Indes-Orientales, si intéressés au maintien de cette navigation , firent des représentations réitérées aux Etat- Généraux et démontrèrent la nécessité urgente pour la Hollande à s'opposer aux exigences de l'Espagne , attendu que la Hollande étant par sa position un pays marécageux et peu fBrtile, elle était obligée de trouver dans cette navigation ses moyens de subsistance et sa force politique. La navigation était déjA si étendue qu'on allait avec vingt bâtimens sur Géo^, avec quatre-vingts aux îles du Cap Vert , avec environ vingt sur les autres côtes de l'Amérique, avec quarante aux Indes-Orientales ; plus de huit mille matelots y trouvèveht la subsistance. Il était d'ailleurs notoire, que les bénéfices de la Compagnie avaient depuis quelques années considérable* neDt augmenté, et qu'ils étaient au point d^accroitre progrèsnvement Cambage, Malabar, Ceilon, Mardingue, Coromandd et Queda avaient été jusqu'à présent à peine fré^ qneiitées, et si l'on parvenait à prendre pied en Chine,. il y Avait espoir de passer par la Mer du Sud en Amérique et de découvrir au pôle du Sud de nouvelles terres. La navigation ^fnr l'Espagne , dirent-ils, quoiqu'on ne l'eut pas encore entièrement abandonnée aux Françaiset aux Anglais, n'était
rien en ooniparaison avec oélle da Midi. L'Espagne /d'atl^ le»r»y voalail accorder à la Hollande ce qu'en aaconiemps die n'anrail pa lai ^ter et lui prendre ce qu'elle ne pommait plus reconquérir.
La Compagnie une fois détruite serelererail difiSoilemeiil, et puis les bàtimens qui lui appartenaient étaient en état'^ faire la guerre , et formaient en tout cas une flotte pour la dè^ fense de l'état. La Hollande ne s'y méprit point, elle découvrit d'abord que les dispositions pacifiques de l'Espagne énianèrent uniquement du vif et nmque désir d'exclure lesPwvînoes-Uuiesdela navigation aux Indes.
C'était aux deux Lades que l'Espagne devait le haut réiig que Philippe tenait parmi les puissances contin^itales, elee fut pour cette raison qu'il déployât tous ses moyens afin d'en éloigner ses ennemis ; mais ceux-ci défendirent leur droit dé naviguer et de trafiquer là où bon leur semble , comme k» libre usaige de l'air et de la terre.
Le prince Maurice et Oldenbameveld travaillèrent, l'oe et l'autre , pour la conservation du commerce des Indes , et les Etafit prenant en considération que les habitans avaient fait des sacrifices pour obtenir ce commerce, qu'ils avaient coiudii des alliances avantageuses aux Indes, au moyen desquelles il était permis d'espérer de disputer avec succès le commerce aux Portugais , laissèrent donc le choix à l'Espagne , ou de foire une paix» ayaat pour base la liberté des mers, ou bimi, à l'exemple de la France et de l'Angleterre, d'abandonner an sort de la guerre tout ce qui était à l'autre hémisphère, on bien enfin de conclure une trêve avec le maintien de l'état de Aoêe existant L'Espagne ne s'accorda point avec ces pro* positions.
Les négociations continuèrent et l'on rencontrait de nouvel-
l0i difliciiltès, touchant le commerce réciproque des deux «igiidles divisiond des Pays-Bas. Les HoUandais et les Zélan* j0^ craignirent de voir leur commerce anéanti , si la nan* cration sur Anvers , qu'ils maîtrisaient par leurs forts et leur loarine, s'ouvrit de nouveau, ainsi que les Espagnols le proposaient et l'exigeaient ; ils refusèrent donc d'y souscrire ; otanmoins, les Etats, désireui de conclure la paix et disposés ieèderan commerce autant qu'il leur fut possible , sans sacrifier ee qu'ils avaient acquis au prix de tant de sang , proposèrent qn''il leur serait loisible pendant l'espace de neuf ans après la conclusion de la paix , de naviguer sur l'Inde » à l'exeeption des places qui étaient sous la domination du roi dïspagne, et que, avant l'expiration de neuf années on tikheniit de eondure une paix définitive. Les Espagnols rejettérent encore cette proposition, et exigèrent à l'égard du tXNiunerce des Pays-Bas , que les charges levées sur les déniées» durant la guerre , seraient abolies , que les anciennes taxes modérées seraient seulement exigibles , et que le di'oit d'entreposer, que quelques villes, telle que Dordrecbt , pour les vins du Rhin, et Middelbourg^ pour les vins de France, Vêlaient arrogé , ne serait point imposé que par rapport à leors habitans; ils consentaient à ce que les privilèges de MS villes fussent conservés et resteraient dans Fétat où ils. se tnmvaicait avant les troubles ; ils exigèrent ensuite sécurité poor leurs bâtimens navigant vers l'Espagne; toutes ces xiégodations restèrent de nouveau sans effet
Voici l'ultimatum que les plénipotentiaires espagnols dirent diargés de soumettre aux Etats : l'Espagne reconnaîtrait irandiement le nouvel Etat comme libre et indépendant, et -en échange l'Espagne demandait comme une condition raisonnable, qu'on lui accordât la renonciation au commerce «des Indes. Parmi quelques autres points on exigeait encore le libre exercice du culte catholique romain.
Les plénipotentiaii^es des Provîuces-Unies , ayant fait rapport aux Etats-Généraui de Tétat des négociations, trouvèrent les membres si exaspérés contre les Espagnols, qu'ils résolurent unanimement de rompre sur-le-champ toute négociation et de recourir de nouveau aux armes*
Pendant Tété de 1610^), il arriva des Indes cinq vaisseaux richement chargés ; Tun d'eux avait négocié et conclu un traité de commerce avec Tempereur du Japon, et en apporta l'acte au prince Maurice que l'empereur qualifia àe Prince de Hollande. On reçut la même année la nouvelle que les Hollandais avaient rencontré les Espagnols quelque part près Sernate, et qu'ils avaient perdu quatre vaisseaux attaqués par la flotte de Jean de Silva. Les Anglais commencèrent aussi à s'adonner davantage à la navigation des Lides , et ils avaient engagé deux habiles marins hollandais connaissant les Indes,afin de les seconder dans leurs entreprises mercantiles, et entreprendre le commerce sur la cote de Coromandel, qui, jusque-là, n'avait point été fréquentée par les Européens ; plus tard il arriva souvent que les sujets de la nouvelle république s'engageaient auprès des puissances étrangères > afin de faire le voyage des Indes. C'est pour ce motif que les Etats-Grénéraux firent publier, en 1616, une ordonnance, par laquelle ils défendirent ces sortes d'engagemens envers les étrangers , sous peine de bannissement et de confiscation de biens.
Après la conclusion delà trêve de douze ans, le commerce et la navigation des Hollandais, étaient déjà dans un état de prospérité sans exemple ; en voici la preuve :
^) Quelques hittoiient rapportent que , Tert cette année , Zacharie Jansen , opticien , déoouTiit par hasard à Middelbourg lea premières longues-Yues ou lunettes d*approelie (Ulescopes) quiontété perfectionnées depuis; d'autres soutiennent que cette déooa- ▼erte a été faite plusieurs années avant, puisque les Etats avaient , dès Tannée 1608 , commandé deux lunettes d'approche à Tinventeur, destinées à être offertes en cadeiu au roi de France.
On employa tous les ans près de dix mille vaisseaux , moatës |Mur cent-vingt mille marins , ce qui rapportait en droits fixes d'eatrée dans les ports de la république , environ vingt millions de florins; savoir:
Navire». Marin». Meniant de» droit»
A ^ pèche do nord 5,200 54,000 4,942,500
A la pêche d'eaa douce. . . . 600 3,000
Dans l'Orient 3,000 42,000 6,144,000
Aux îles de Hinorque, de Majorque, dans la Sardaigne, la Corse, la Sicile, etc 2,000 5,000 6,000,000
A Gênes , Livoume, Pise, Florence , Ancône , Maples , Venise, Raguse, etc 600 15,000 2,348,000
Aux îles Canaries 60 1,320 232,500
En Barbarie, aux Ports d'Oran, Tunis , Alger , etc 50 1,200 100,000
Totaux. . . . 11,510 121,520 19,767,000
Styl confirme qu'après la mort de Philippe II, son fils Philippe m avait fait arrêter et capturer les navires des Hollandais dans ses états, ce qui leur fit étendre leur commerce dans Ibs deux Indes. Ils s'ouvrirent par là uqe source de richesses , qui a pris un prodigieux accroissement. Dès lors Topulence d*an grand nombre de négocians devint égale à celle des rois , et la Hollande, une de premières puissances du monde '^).
*\ Le marquis d*Argence , qai Toya«[eait pendant la première moitié du dernier siècle MiIollande,eat une si haute idée destinées de la Hollande qu'il dit quelque part:
t La Tille de Rotterdam , sensible aux Tcrtus d*£rasme , a fait placer sa statue dana la •place publique. C'est Téritablement considérer le mérite di^sgensde lettres que d*ésleter «n pareil monument à un habile écrivain. Cette ftatue semble avoir changé de tfemw et de matière , à mesure que la république est détenue plus florissante. £Ue fat •d'abord de bois, et on Périgea Tan 1540. On en fît ensuite une de pierre, Tan 1567. Ensfin celle de bronse qui se Toit aujourd'hui fut placée Tan 1622. Peut-étre si noua STÎVMma encore un siècle , en Terrions -nous enfin une d*or ! »