‹ Essai sur l'importance du commerce, de la navigation et de l'industrie, dans les provinces formant le royaume des Pays-Bas, depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1830Chapitre 43 sur 126 · PÊCHE DE LA BALEINE · texte numérisé non relu

PÊCHE DE LA BALEINE

La pêche de la baleine, plus moderne en Hollande que celle du hareng et du cabillaud, puisqu'elle n*a pris naissance qoe longtemj» après la fondation de la République, fut, aussi bien que celle du hareng., vivifiée parla protection du gouvecnement , et cette pêche en avait un grand besoin par les hasards infinis qui raccompagnaient, et qui souvent la rendaient infructueuse, et même mineuse pour les entrepreneure.

l,a pêche de la baleine était depuis longtemps dans les mains des Basques. C'était parmi eux que Tart de harponer *s'était formé , et que se trouvaient en même temps les matelots les plus intrépides, indispensables au succès de cette pêche. Les Hollandais apprirent des Basques. la route du GroëBlapd et du détroit dp Davis, et outre Fart de hairponer la baleine , celui d'en tirer Thuile et de raffinerie spermaceii.

L*exemple de quelques négooians hollandais, qui avaient envoyé des vaisseaui; à cette pêche, et. qui avaient eu du^q;oês, engagea bientôt un plus grand nombre à s'y livrer, et comme il se forma ensuite différentes sociétés pour cette pêche, on conçut l'idée d'établir une compagnie. On la forma, et les Etats-Généraux lui accordèrent,le 27 janvier 1614 un octroi sous le nom de Campat/me du Nord^ à laqnelle ils donnèrent le privilège exclusif de la pêche de la balëtne. Cet octroi q^i n'était qne.pour trois années, fut prolonge «n 1617:pourquatre années. En f 622 la compagnie futrén-

niB à une aqtre qui s'était formée en Zélande et obtint un noQYel octroi pour dousie ans. A Texpiration de ce terme, les Etats Iqi en accordèrent le 25 octobre 1633 an nouveau pour huit années , avec interdiction nouvelle à tous les habitans des Provinces-Unies de se livrer à la pêche de la balaine. Il conste par cet acte de prolongation que la compacte avait construit des forts , des maisons et des magasins , tant en Groenland qu'au détroit de Davis et qu'elle entretenait des vaisseaux armés. Cette Compagnie ne subsista que jusqu'en 1645. La modicité des bénéfices en dividendes, qui peut-être étaient absorbés par des frais d'administration, — car c'est là le défaut qu'on a toujours reproché aux compagnies de commerce — portèrent celle-ci à se dissoudre d'elle-même. Là pêche de la baleine redevint libre et o^tte liberté qui était nécessaire pour la relever, n'aurait pas été soflbante, si le gouvernement n'y avait ajouté des encouragemens subséquens. Cette pêche ne se soutint d'abord que par l'abus que plusieurs négocians faisaient de la liberté, en opérant parleurs vaisseaux les retoui*s de la pêche dans les ports étrangers, afin d'éviter de payer le droit d'entrée qui était de deux pour cent.

Nous avons déjà eu occasion de remarquer que le commerce du Nord fut le premier que les Hollandais aient entrepris, qu'il naquit avec sa pêche et sa navigation et que ces trois branches de prospérité se fortifièrent ensemble. Ces branches étaient dans un état florissant à la naissance de la République. Les Hollandais avaient cependant encore à combattre la concurrence des villes anséatiques , attendu que de ce cdte-ci elles étaient susceptibles de recevoir de nouveaux développemens ; mais à peine les Hollandais étaient-ils formés en République, qu'ils s'empressèrent d'abandonner à ces villes l'avantage qu'elles convoitaient ; et c'était d'une sage politique , car indépendamment du crédit que la République eut bientôt acquis et de l'influence que ce crédit

exerça naturellement sur ces branches en général , les accroissemons mêmes de toutes les antres parties de leur commerce , qui à la naissance de la République embrassait déjà , pour ainsi dire , les quatre parties du monde , acquit particulièrement le monopole des relations du Nord.

Ce commerce que les villes anséatiqnes du Nord avaient d'abord possédé seules ,et qui le disputèrent ensuite pendant plusieurs siècles aux Hollandais , le perdirent presqu'entièrement après la fondation de la République Elles furent obligées de consentir à des traités qui assuraient la liberté de la navigation de la Baltique , et il ne fallait que cette liberté aux Hollandais pour acquérir bientôt la supériorité qu'ils conservèrent durant tont le siècle dernier ; ils ont été la nation dominante dans toutes leurs relations avec le Nord. Leur commerce de Tlnde , de rAmérique et du Levant, leur fournissait les moyens d'approvisionner toutes les nations du Nord, de tout ce dont elles manquaient , et avec des avantages que les villes anséatiqnes ne pouvaient se procurer; elles furent approvisionnées elles-mêmes d'çine infinité d'articles qu'elles ne pouvaient tirer que des Hollandais. Dès que ces derniers eurent acquis l'avantage d'appro- Tisionner le Nord d'un grand nombre de choses qu'ils tiraient de première main, et dès que les villes anséatiques ne purent se les procurer que de la seconde main , ils eurent naturellement t'avantage di' la concurrence <et partant ia supériorité.

La Russie dont les Hollandais possédaient le commerce par Revel et Nerva , avant de s'être constitués en république , était la partie du nord la moins intéressante. Mais à me* sure que les Russes devinrent une nation policée et industrieuse le commerce s'y développa. Les Hollandais ne dé couvrirent le port d'Archangel , que vers la fm du XVI :'«iècle-, ils en firent bientôt le siège d'un grand commeirce

Us obtinrent do Czar , en 1604» la liberté d'y négocier, et ifs y étendirent leur navigation jusqu'à 60 et 80 vaisseaux. Ce oommerce est tombé par raccroissement de celui de St.-Pétersbourg, que le gouvernement de Russie a encouragé et favorisé en augmentant les droits de douane à Archangel ; €*est ainsi qu*on a fait passer presque tout le commerce d* Archangel à St.-Pétersbourg. Par les institutions de Pierre I<^'', soutenues par ses successeurs > le commerce de la Russie devint la plus riche partie ducommerce du Nord , et formait encore au commencement de ce siècle une des branches les plus importantes du. commerce des Hollandais dans le Nord«

Reprenons la description de la- |>éche de la baleine.

On porte à cent soixante on à deux cents le nombre des vaisseaux que Ton envoyait chaque année au Groenland et an- détroit de Davis pour y faire la pêche de la baleine ; un grand nombre de personnes trouvaient leur subsistance dans la fabrication des différentes- choses qui entrent dans l'équipement d'un vaisseau destiné pour le Groenland. AGn de donner une idée complète des avantages qui résultaient de la pêche de la baleine , on reproduit ici deux calculs faits à ce SBJet , à l'occasion de quelques fanons , que deux vaisseaux de la compagnie des Iiides-Orientales ont apportés ^n 1733 des Indes en Hollande. Les commissaires pour la pêche du Groenland , craignant que leur commerce n'en souffrit trop , représentèrent alors A la régence d'Amsterdam , quel coup iV serait porté à la navigation du Groenland et du détroit de Davis, si la compagnie des Indes-Orientales continuait à rapporter de ce pays des fanons de baleines; ils établirent donc ainsi les avantages qui revenaient de cette pèche à l'état par un exposé que voici :

- lié -

' En équipant iBO navires (niombre auquel le» commfsàai*

res faisaient monter ceux qui partaient tous les ans pour là pêche de la baleine) les entrepreneurs risquent dix mille

florins par chaque navire, ou un total de dix-huit tonnes d'orfl. 1,800,000.0-0.

Cette somme se paie , quand même l'on ne rapporterait pas un quàrtautde lard; un tiers à-peu-prés de cette sonMie est employé à l'achat des objets suivans :

2,700,000 cerceaux pour les tonneaux

ou cuves fl. 43,300-0-0.

36,000 tonnes neuves » 108,000-0-0.

Aux tonneliers » 21,600-0-0.

400,000 livres de viande du pays. . » 40,000-0-0.

2,880 quartauts de beurre y> 57,600-0-0.

150,000 livres de stokvisch ou morue

sèche » 12,000-0.0-

550,000 livres de biscuit » 40,000-0-0.

72,000 pains ordinaires y> 18,000-0-0.

172,000 livres de cordages y> 35,000-0^0.

550 ancres de boisson forte .... » 5,500-0-0.'

En épiceries, sucre, ètc » 3,000-00.

Aux maréchaux pour ferrailles .... » 5,000-0-0»*

Pour construction et équipement des

chaloupes » 15,000-0-0.

60,000 livres de lard de Frise. ...» 8,000-0-0.

144,000 livres de fromage » 18,000-0-0.

20,000 livres de fromage vert et de

Lcide y> 1,500-0-0.

10,800 tonnes de bière avec l'accise. » 27,000-0-0.

9000 sacs de gruau et de pois. ...» 40,500-0-0.'

Harengs et poisson salé » 3,000-0-0.

En cuivreries, poteries, batteries de cuisine pour le transport des tonnes cl cuves

ik bord , et aatres objets de moiàdre impoi-

tance fl. 3^,000.0.0:

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