CHAPITRE SECOIID
Etat du commerce des Pays-Btu Autrichiens depuis Var"chiduc Albert et V archiduchesse Isabelle, jusqud rentrée des Français en 1794.
cinaulcs exereêes par les Espagnols en>ei*$ les ^prisonniei^ de guerre, sur lesquels ils s'arrogeaient l^clroit de vie on de mort, excitèrent une si grande 'terreur , que dans ce temps grand nombre d'artisans quittèrent le pays, et que les villes populeuses et manufacturières parurent tout-à-fait abandonnées- L'Angleterre s'empara entièrement des manufactures de dra^M' Le commerce aban-
donna alors entièrement les provinces méridionales , et alla s'établir en Hollande* L'archidnc Albert et rarchidôchesse Isabelle trouvèrent le pays dans l'état le pins déplorable : en grande partie dépeuplé, appauvri par les guerres, ragricolture négligée, les prairies inondées, les terres dévastées par les loups , enfin les guerres qui se succédèrent à de trèscourts intervalles, à-peu-près jusqu'au règne de Marie- Thérèse, jointes à tous les autres fléaux, rendirent le commerce et l'industrie dans les Pays-Bas Autrichiens, pendant environ un siècle et demi, sans importance aucune, eteela dans le temps que les provinces, qui avaient résolu de s'en séparer, tenaient le trident de Neptune, et portaient le sceptre du monde-
La Flandre, qui était la province la plus manufactnrièra , rentra donc après vingt années de troubles affreux et toale inondée de sang , sous la domination espagnole. La citadelle fut reconstruite , et une tranquillité morne et triste reparut dans cette ville, naguère le théâtre de tant de passions différentes. On porta à ])lns de onze mille individus le nombre de ceux qui avaient quitté la ville , et étaient allés les uns porter leur misère, les autres leur fortune ou leur industrie en Angleterre, en Hollande et en Allemagne ; un tiers des maisons de la ville étaient vacantes, et cette cité, autrefois si manufacturière et si commerçante, voyait tarir toutes les sources de sa grandeur et de sa prospérité.
L'état déplorable dans lequel se trouvaient les provincesméridionales , ne permit pas même de s'appliquer à conduire i bonne fin les projets salataires que les archiducs et lears successeurs auraient pu concevoir.
Un grand nombre d'ouvriers manufacturiers s'attachèrent
aax nouvelles doctrines ; le bruit de TaiTivée du ducd'Albe avait déjà fait déserter les ateliers et le retour des Espagnols les fit abandonner entièrement L'Angleterre surtout en profita ; Elisabeth n'avait pas tant en vue de secourir les réformés , que de foire passer dans son royaume cette prospérité des Pays-Bas que TAngieterre voyait depuis longtemps avec envie. Elle y réussit pleinement, et c'est aux réfugiés belges queTAngleterredut par la suite la supériorité de ses manufactures.
Les mêmes raisons amenèrent la chute du commerce , dont le sort est si intimement lié à celui des manufactures. Les marchands étrangers s'étaient retirés, les uns après les autres, d'un pays qui était tous les jours le théâtre de quelque émeute populaire , d'un pays, toujours à feu et à sang- Les négocians étrangers qui étaient restés à Anvers jusqu'à la reddition de cette ville au prince de Parme , s'étaient vu forcés, à cau^^e de leurs opinions religieuses, de se retirer également du territoire, et portèrent ainsi le dernier coup au commerce de* cette brillante cité-
On fit plus tard des efforts , mais en vain , pour engager à y rentrer les marchands qui, à cause de ces mêmes persécutions avaient quitté le pays* C'était surtout à ceux qui s'étaient retirés en Allemagne que Ton s'adressait.
Après la paix de Ryswyck on voulut, par de sages régiemens, porter remède à l'état déplorable du commerce- Des députés des principales villes et des chambres de commerce furent appelés à Bruxelles , pour délibérer sur les moyens de rétablir le commerce et les manufactures- D'après leurs conseils, le gouvernement décréta plusieurs belles ordonnances, fondées sur de bons principes , tendant à corriger les tarifs des droits, à favoriser les manufactures nationales, età prohi-
— Ï3tt ^
ber i TeBlrée toutedles dearées de fabrîoation étraogére^ niit* sible aa débit de celles du pays *). Les inaoufaclares^ qaoi* c|iie déchues, avaienl enc<M«^ de la renommée par suite de lev anciçime célébrité.. Leroi d'Angleterre Charles H, fut obligé d'appeler en Angleterre des ouvriers belges, pour «nseigncr à ses sujets l'art de teindre les draps.
.». . ■ Déj<^ une Compagoîe pour le commer^ des Iivles-OrientaL^ et de la côte de Guinée , Fut octroyée le 7 juillet 1688 à Ja demande des Etats de Flandre- Cet octroi , composé de vingt six ai*ttçlas^ devait accordai la franchise de la navigation your trente ans. .
Toutefois Brdges fit encon? d'itiutiles efforts pour satfVer les débris de son commerce- Le magistrat de cette ville, craignant que les nëgocians espagnols ne pussent transporter à Anveris l'entrepéft dé leurs laines, dont Bruges avait été de tout temps en possession, obtint le 12 septeril^bré 1602, de l'arcbiduc Albert et de l'archiduchesse Isabelle, la confirmation des piivilégcs ordonnant que personne ne pourrait éntréposeï* ses lainet», les faire peiier et ménaè en phye^ les droits d'entrée , ailleurs qu'à Bruges. Ces mèméè privilèges furent de nouveau confirmés le 13 mai*s 1632.
En 1665 le magistrat de la ville de Bruges manifesta encore sa sollicitude pour le commerce et le désir de le voir
. *).)£• fut (Uni la luémuaMçinbJèe qu'on rcsiilot de creuser uu canal au travers dn paysdeWaei, depuU Bruges jusqu*au fort Sainle-Murie prés Calloo sur rEscaui,aGn éé donittr à ÀnT^rt unto communicatîbn directe arec la mer. La mort du roi Cbartea II etiWtpbraa^meiii0cnéral qui le suivit ne permireqt pas d'eiéculer ce projet.
Le ronmiercc entre Ostcnde elle Brabant, ayant fait quelques progiès, donna lieu ,1e 15 janvier 1G99. à des représentations delà part des neufs métiers de Bruxellea, appuyant sur Isi nécessité d'ouvrir nnr communication eniro Onlcmle cl !*K»cautn(in de coiiduirc 1rs dcntccjtparcaii jusqu'à Brokclici.
rpTonir dans celle ancienne cite , fit pi-enclrc la irsoltitioil"^ d'y cieuser le ningnifiqtiu basîïtn qu'on v voit encore- Otti dit que les travaux en ont coulé huit cent mille florins. On prolou^ea aussi A la même époque , le canal vei-»* Srhipsdaeir, et eu 1638 les mapistrals de Bruges, de Ftirne et de Dimkerque réunis , avaient obtenu un octroi du souverain pour faire creuser â leurs frais le canal . commençant à Plasscheiidaele veis iNienpoi't et Furne, et se prolongeant jusqu'à ikerque-
^rs l'imuée 1H75 il subsistait cucore île faibles trares du nimmerre de Bru(;eN , puisque l'histoire fait mention qu'en «■ temps on travaillait au» fjrindes écluses de Slyckes ; mais les fonds manquaient, et le gouvernement ordonnait déjà de sursotr aux travaux et de vendre les matériaux . ]oi-8(|ue quarante négocians des plus notables de Bruges s'engagèrent A avancer d'abord cent mille florins pour continuer les ouvrages. Les écluses furent achevées la même et les frais de leur construction ne s'élèvent pafl
uns de deux millions de florinS'
Bn publia lu 1 avril 1699 deux ordonnances qui défendirent l'enli-ée de tontes sortes de drai>!t étran([erH, manufaclures de laine, étolFes des Indes et toutes sortes de tissus de coton, cl il fut également défendu sévèrement d'cxpoiler des laines ccriic« ou du til de laine. Les Brugeois saisirent avec empressement œlXe occasion |>our faire une tentative en faveur de la fabrication des tissus de laine. Le 20 juillet de tn même année ils avaient pour une première épreuve remis dix-huit pièces de draps de divers couleurs fabriquées en ville, el ([non |>orta comme en tiiomphe par les principalos rues el placer, prècédèes de la musique de In Tille.
Néarinioius rAiitiJcbc A qui les pinvitioes es|>agDoIos lom- Itèrent en partage au commencement du XVlII''si(ïcte , {>uissauce maritime , dépourvue de flotte , ne pouvant pi-ott^ger son pavillon , devait nécessairement souscrire A toutes les conditions onéreuses pour le commerce des provinces flamandes , i|iie lai imposèrent les Elats-Géneraux des Provinces-Unies, pnr les stipulations si déplorables pour ces provinces, du tr:iité dos barrières de 1715 et décelai de Vienne de 1731. Ce traité eirtnt les Bel|^es de la navigation et du libre commerce des Indes, et abolit la Compagnie d'Ostende à cette époque; mais c'en était fait de nouveau de tout projet de haut commerce pour les provinces belges; tous les cllorls qu'on tanla pour le relever , échouèrent.
Dés le mois de juin de l'anuée 1723, ou avait appoilt- de Vienne à Bruxelles l'oclroî du 19 décembre 1722, par lequel l'empcri^ur avait autorisé rét.nbtissemeut d'une Compagnie générale des Indes-Orientales, dans les Pays-Bas Autrichiens. Ce donumeot , contenant cent et trois artieles, établissait, outre Ie4 dispositions réfrlomcntanes , que cette Coinpaf;nie aurait ta Faculté de naviguer et négocier aux Indes-Orientales ot Occidentales , et sur les cotes d'Afrique , tant en deçA qu'au delA du Ciip de Bonne-Espérance , dans tous les ports, havres, lieux et rivières, où les autres nations IraRquaienl librement en observant les us et coutumes reçus et approuvés par ledroitdes gens, pour le terme de trente années , à compter de l'enlérinemeot de l'octroi. Le souverain permettait ;ï la Compagnie d'arborer son pavillon impérial et royal sur ses vaisseaux et lui accordait uu écusson d'armoiries pour former un sceau à l'usage de ses transactions. La Compagnie a lait autorisée à faire fondre des canons aux armes de l'empereur à placer aa-dcssou^ des siennes, lesquelles elle pourraK aussi fairu melire «tu' ses navires, jmrls, m
»iDS vl autres édifices ou roiti^tosses qui lui appartiendraieiil.
La promu Iga lion de cet octroi excita une joie extrême- dans le» Pays-Bas Aiilriciiieus et les piiiicipaus négocians de tout le pays s'empressèrent d'y prendre des actions.
Mais bientôt elle éveilla l'attention jalouse des pays toIsîns , qui depuis lonj^iemps étaient en [>ossession de semblables Compagnies qui avaient réalisé d'immenses bénétices. D'abord les elTorts qu'on fit eu Angleterre pour obtenir des actionnaires, des bi'itimens, des officiers et des marins, provoquèrent une disposition de la chambre des ronimuoes par laquelle il fut dél'endu sous {leine de confiscation et autres peines sévères (la mort exceptée) de souscrire dans la nouvelle Compagnie ou de concourir par tout autre moyen à sa réussite.
Les Etats-Généraux interdiicnt de leur côté par ordonnance spéciale à tous leurs sujets de prendre directement ou indirectement part au commerce d'Ostende, ou de prendre service sur les bàtîmens de cette Compagnie. A cette (tn l..enrs Hautes Puissances défendirent sous des |>eines corpol'eues et le bannissement ù perpétuité, tout recrutement ou em-olement pour ladite Compagnie sur leur territoire, déclarant (jue les biens de reus <|uî se laisseraient circonvenir par de semblables recruteurs à prendre service, seraient confisqués, et eux-mêmes punis de la peine capitale.
Les Ëtats-Généraux défendirent en outre que personne, dans leur jinidiction , put acheter pour la Compagnie d'Ostende aucun bâtiment de mer, le louer ou amarrer, sous peine de confiscation du bâtiment et de la cargaison, et d'une amende de quatre fois la valeur de l'un et de l'aulie. Les mêmes pénalités furent appliquées à ceux convaiQCHx d'avoir avancé des capitaux pour cet ubjef.
Une foule dVciiCs de part ei d'aulre virent le jour à cé sujet, et des représentations nombreuses eurent lieu de la pari de la Répablique et de TAngleterre auxquelles réppndit la cour de Vienne. *)
Néanmoins, la première assemblée de la nouvelle Compa(j[nîe eut lieu à la bourse d'Anvers, le H août 1723. On réimit en ;peu >de jiMira pour %\x millions d'actions; Xe concours des souscripteurs fut si considéjr^ble que, le. 15 jdu même mois, on vendit les actions à la bourse d'Anvers jusqtiïi 10 et 1 2 pour cent aa-4essus du, pair, f)
Bans une assemblée du 6 octobre de la même année , on mit en délibération:
\^ Si l'on donnerait de l'extension à la Compagnie vers le Nord , au moyen de la pêche de la baleine et du hareng.
2^ S'il était opportun d'entreprendre le commerce avec les Indes-Occidentales.
3<^ Si l'on continuei^ait la colonisation sur la cote de (mt ràinandt»! entreprise par le colonel De la Merveille.
4'' Si l'onr établirait des magasins au Bengale et à Canton . on Chinei
S^) Si l'on ordonnerait la construction d'entrepôts à Ostende.
6^ Si l'on accorderait des dividendes aux actionnaires, ou s'il était plus convenable d'ajourner cette distribution.
. Un dividende de six pour cent qui Fut accordé, soutint le crédit des actions a 12 pour cent au-dessus du pair.
*) hc priiicipii Ééràoire , en faveur de la roinpagaie d'Ostende est celnî de-lH Neify réfiitajil celui de M. Westerveen , avocat de la Compajjpnie des Indes de la Hollande.
'{') Beaucoup de seigneurs belges avaient sdnsc'rit dans cette Compagnie : le fifo. Tetuciir marquis de Prie pour 150,000 fl. ; le duc d'Arembérg' pour 80,000, et ainai ée siiiU*. ïrt rointcM de Lalang. de CnUcnberg, de Hlaldeghem , rlc. Tl rit à remanittCT i.H>petid«iiilqtic le marquis de Prié était leuiinistre de l'cmpt-reur.
" Un arrêta d'envoyer deoit navires au Bengale et autant en CKine, è1, si le temps le permettait,- d'en équiper un cinqiiféme ponr Snratte ou Maoca.
Qu'on continuerait la colonisation entreprise par lechevali4^ de la Merveille à Trankdbar sur le côte de Coromandel.
Il fut encore conveân de faire constraire un nouveau- magasin on loge an Bengale.
Les propositions touchant les pèches furent rejetée»^ celles relatives à l'établissement des magasins en Chine obtinrent l'approbation de rassemblée, ainsi que le projet de* navigaftion et de commerce avec les Indes-Occidentales^
On fit encore bâtir la même année les entrepôts des quais d'Ostende; ils coûtèrent à la Compagnie 32,000 florins.
Pendant que T Angleterre et les Provinces^Unies continuaient à réunir lenrs efforts, afin d'empêcher et d'enti*aver les progrès de la nouvelle Compagnie , celle-<^i envoya deox de ses directeurs à Vienne pour remercier l'Em^reur *) de l'oc* troi qu'il lui avait accordé, et Ton décida d'équiper encore
*) Ce» metiieiirt obtinrent une audience lolenaetle de l'eipperenr qo^ bar-ienouirela TaMurance de toute ta protection et du libre usage de ton pavillon. Les directeur» offrirent comme gage de reconnaÎMance à S. M un groupe en or d*un trarail eiquis , fint ii ADvert et du poids de trente-cinq liTres; il représeirfailtm lion monte Buk* ui^ rocber tenant de la dextre un sceptre et un glaive , de la senestre lea armes impériale* et celles de la CiMnpagnie; le lion foulait de ses pattes de derrière un loup et un oiirau dt proie (allusion aux pirates) ; au pied du rocher se trouvaient les quatre vents oarlinauz, et deux figures représentant la Flandre et le Brabant qui se tendaient U nain en signe de foi et d'alliance. Sur le devant se trouvait PEacaut, soqs les traits d*ttn vieillard versant de l'eau . et séparant les deux provinees , de l'autre côté Repiuae , et à ses pieds un enfant tenant une .bonitole symbole de oomm^nicataen «ntre les quatre parties du monde, lesquelles étaient représentées sur quatre médaillons suspendus au rocher. L'Empereur admira beaucoup la richesse et la perfeclion de re morceau.
cette afinée deux bàtimens, et d'acheter dorénavant à Hambourg tous les matériaux que nécessitera la construction dés navires.
La Compagnie fut autorisée d'envoyer aux côtes Barbaresques un délégué qui au nom de l'Empereur put entamer des négociations ayant pour but de faire respecter le pavillon im^ périal.
Les commissaires envoyés à Vienne obtinrent de rEmpéreor son appui afln dé faire restituer tin bâtiment de la Compagnie, la Ville de Vienne, que les Algériens leur avaient pris » et il fut formellement stipulé dans le traité conclu entre l'Empereifr et la Porte, que les pirates respecteraient le pavillon impérial. Un arrangement semblable fut fait avec Tunis et Alger en 1725. On assure que le compte-rendu publié vers ce temps , porta que la Compagnie avait vendu du thé pour la Talent d'un million de patagons. Ce thé fut en grande partie acheté par dés marchands Hollandais.
La même année on vit sortir du port d'Ostende trois naviresi le Charles VI, V Impératrice et le Marquis de Prié. C'est A Tile de St.-Iago que les bâtimens de la Compagnie faisaient de l'eau et des vivres ; en d'autres places ils établirent des factoreries ; à Canton ils avaient un commissionnaire qui leur procurait des marchandises.
Les trois navires qui étaient sortis l'année précédente rentrèrent avec de riches cargaisons qui se vendirent trés-avan^ tageusement aux Anglais et aux Hollandais.
Les directeurs, satisfaits de ce résultat, envoyèrent en 1/26 cinq autres bâtimens aux Indes-Orientales. Ces résultats engagèrent beaucoup du monde à y prendre part ainsi, qti*â l'équipement de barques pour la pêche du hareng , do la mo-
rue et du poissoo frais ; il se forma en même lemps une So* cîélé à Bruges pour la pêche de la baleine sur les côtes du Groenland. Cette entreprise n'eut point de succès , et l'association fut dissoute peu de temps après sa formation.
Le$bÂtimens rentrèrent l'année suivante, chargés de çar> gaisons considérables provenant des Indes-Orientales , et qui se vendirent avec des bénéfices énormes. La direction expédia de nouveau quatre bâtimens vers les Indes-Orientales , ces quatres navires furent les derniers que la Compagnie y envoya; les admires de la Société déclinèrent visiblement par les obstacles que firent naître les représentations des puissances, maritimes auprès de l'empereur.
Les navires de la Compagnie rentrèrent cependant des Indes au grand avantage des actionnaires ; ils étaient cette fois chargés d'étoffes de soie , de mousselines perses , de cotons , de damas imprimés et peints à la main, de porcelaines de différentes sortes , de thé , de café , de poivre , d'épiceries, de bois de teinture et d'autres denrées.
Les circonstances politiques favorisèrent les vues des puissances maritimes relativement à la suppression de la Compagnie d'Ostende : toute l'Europe était encore en agitation , et la guerre était au point d'éclater, et comme l'Autriche de* sirait la paix , on lui imposa comme condition fondamental^ la suppression de cette Société ; les préliminaires par lesquels elle fut sacrifiée , furent approuvés par l'empereur, et signés à Paris le 31 mai 1727.
Les principaux articles de cet arrangement portaient que S« M. ayant remarqué que le commerce d'Ostende faisait naître le malaise et la jalousie chez quelques puissances voisines , consentait, pour le bien-être et le repos de l'Europe, à suspendre pour le terme de sept années consécutives, l'octroi qu'elle
a?ait (iccardé à lu Coinpag^nie pour faire le commerce aim Indes. Pendant ce temps on conviendrait des articles et des conditions qui serviraient de base an traité de paii générale et définitive.
La Compagnie employa tout son crédit et tons ses eflTorf^ auprès de l'empereur afin qu'il s'opposât à ce qu'elle fut sacrifiée à la paix définitive. Mais l'empereur répondit qu'il devait céder aux circonstances. Le sort de la Compagnie était jeté, elle devait se sonmetfre, renoncer au commerce des Indes^Orien ta les et rompre tonte relation avec les eôles d'Asie.
Dans cet état des choses les dirccteui^ de la ci-devant Compagnie, résolurent démonter deux navires ponr faire voile vers la Chine et le Bengale , afin d'aller prendre les biens , les papiers et les gens de service de l'empereur et de la Compagnie. Au même moment trois bâlimens des Indes- Orientales, arrivaient à Ostende, en vertu des stipulations du nouveau traité, portant que les bâtimens de la Société auraient la liberté de rentrer sans entrave dans le port d'Ostende.
La Compagnie avait des possessions sur les cotes des Inde^- Orientales, et y avait fait élever des magasins pour son service à Savary, etc., situé sur la côte de Coromandel ; ces magasins ont passé ensuite enti^ les mains des indigènes : à Baltasor,*sur la rive gauche dn Gange, où tous les Européens avaient leur entrée pour les pilotes et cotiers ; àBankibazar 011 les établissemens de la Compagnie avaient été pris par les nègres; à Itchapour , séparé par une petite rivière de Bankibazar, et où les magasins de la Compagnie étaient également tombés au pouvoir des nègres.
On voit par ce qui piwéde, que la Compagnie avait déjà
établi ses possessions et que son comnierce se développait insensiblement , et afin que Ton puisse s'en former une idée pins complète , nous donnons ici la liste de tous les navires que la Compagnie d'Ostende avait, depuis son origine jusqu'à sa suppression » envoyés aux Indes-Orientales :
V empereur Charles F, de 36 pièces de canon , destiné pour le Bengale ; ce navire a péri dans le Gange.
L* impératrice Elisabeth y de 28 pièces de canon» pour la Chine
L'Aigle , de 26 pièces de canon , allant en Chine.
Les deux derniers rentrèrent heureusement dans la Mère- Patrie.
Le Charles VI , de 36 pièces de canon , pour le Bengale.
L'Impératrice t de 34 pièces de canon» destiné pour la Chine.
. Le Marquis de Prié , ayant à bord 36 pièces de canon , aussi pour la Chine.
Ces trois bâtimens sont également rentrés.
Le Lion d'Or , monté de 36 pièces de canon, pour la Chine.
L'Aigle , de 34 pièces de canon , également destiné pour la Chine.
Là Paix , de 36 pièces de canon , allant au Bengale.
Le Tigre , monté de 34 pièces de canon, allant en Chine.
L'Espérance , ayant à bord 34 pièces de canon , et destinéei pour le Bengale.
Le navire Archiduchesse , monté de 32 pièces de canon. Tome IL 10
Le CharleêVI , de 28 pièces de canon, destiné, ainsi que V Arohiduchesse ^ poar le Bengale.
La Concorde , ayant à bord 36 pièces de canon , allant à la Chine.
Le Marquis de Prié , de 26 pièces de canon , destiné aussi pour la Chine.
Le Saint-Antoine de Padoue^
La Sainte-Anne.
Le Saint- Joseph.
Les trois derniers étaient des frégates de service , envoyées aux côtes du Brésil , à la rencontre des bâtimens en retour, afin de leur communiquer des ordres et des avis tonchant l'état et la situation de la Compagnie dans les Pays- Bas.
La paix fat définitivement conclue en 1731, et Tempereur s'engagea finalement par le traité de cette date , à faire cesser pour jamais la navigation et le commerce aux deux Indes dans tous les Pays-Bas autrichiens.
Cependant le port d^Ostende ne restait point désert; des bâtimens dedifférentes nations continuaient d^y arriver^ lorsque le 11 mars 1756 la ville d'Ostende fut déclarée entrepôt de marchandises de toutes espèces. Le décret de l'impératrice portait que les denrées pouvaient y séjourner pendant on an , moyennant un demi pour cent de la valeor.
Ce fut vers le même temps qu'une association do Brabant établit à Ostende la grande raffinerie de sel au moyeii de l'eau de mer^ etcpii a servi ilepuis de modèle.
La ville d' Ostende était environnée d'un grand nombre de moulins à vent, destinés à scier le bois, ces moulins y avaient été établis par une compagnie^ dans de dessein
de s'affranchir des rétributions qu'on payait à Docdrecht et antres places de la Hollande , pour scier le bois dn nord , et avec l'intention d'en tirer eli même temps ptfrtie pour scier le bois da pays.
En l'année 1766 on établit, à un quart de lieue d'Ostende, un bassin ou dépôt pour les huîtres , afin de les y nourrir et
engraisser. Ce fut une Société gantoise qui fit cette entreprise , après avoir obtenu un octroi exclusif; l'organisation de ses baies ou bancs à huîtres était très -ingénieuse : l'eau de mer s'y renouvelait quatre fois en vingt-quatre heures , ce qui était le principal moyen de purifier et d'engraisser les huîtres qu'on y amenait par bàtimens des bords de l'Ecosse } cet étaa parfaitement répondu à l'attente des entrepreneur.
Le port d'Ostende devint plus fréquenté en Tannée 1771; on augmenta le nombre de pilotes, qui ne suffisaient pas au besoin des navires qui devaient entrer dans le port ; on les divisait en deux brigades, dont l'une pour le service des bàtimens qui arrivaient, et l'autre devait rester dans le port , pour les bàtimens sortant, sauf à se relever de dix en dix.
Le navigation et le commerce augmentant progressivement dans le port de cette ville , il fut fait une représentation au gouvernement^ afin d'élever un fanal, ce qui fut accordé et exécuté au moyen d'une rétribution à payer par les bàtimens de mer ; ce fanal réprésentait une colonne de l'ordre Toscan, bâti en pierre de taille *) , le feu y fut allumé pour la première fois le 15 octobre 1772, et deux années plus tard la ville d'Ostende obtint un octroi pour l'établissement du bassin, afin de faciliter le chargement et le déchargement des navires. Le 23 novembre 1776 , on y vit entrer pour la première fois quatre grands bàtimens de mer.
*) U fut adjugé pour U kotnim* éa diit mille florinë argent de change.
Le commerce d'Ostende fil en 1780 des progrés remarquables par la déclaration de guerre entre la France » TAngleterre et l'Espace; les maisons de commerce y abondèrent » et les bnreanx se trouvèrent partout trop peu spacieux pour oon* tenir le grand nombre de commis. Le prix du loyer des maisons fut doublé; beaucoup de maisons de commerce anglaises et françaises s'y établirent ; grand nombre de bâtimens sous pavillon autrichien , respecté par toutes les nations , y affluèrent, chargés de riches cargaisons ; on comptait qa'en une seule marée et par un vent d'est , cinquante-deux bâtimens de diverses dimensions appareillèrent de ce port. La même année, les magasins et entrepôts étant devenus absolument insuifisans , on obtint rautorisation d'en bâtir entre les deva bassins , et l'Impératrice promulgua un règlement touchant le commerce et la navigation et la police des bateliers de la Tille d'Ostende.
Les registres du port mentionnent que depuis le 1 janvier 1772 jusqu'au dernier décembre de l'année 1780, formant un intervalle de neuf années, il est entré dans le portd'Oa- ^tende et qu'il en est sortie, savoir:
Entrée. Sortit.
En 1772 435 439
Total . . 5781 5654
L'empereur Joseph II visita la ville d'Ostende en 1781. Le jour de son arrivée (le 11 juin), il déclara le port d'Ostende
pôit franc, ce qai attira de noaveaa beaacoap de négociant* étrangers qui vinrent s'y établir ; lesmaisons ne suffirent plus ;. laTÎUe étant trop resserrée, le 7 juillet suivant l'empereur en décréta Tagrandissement , ce qui fut exécuté immédiatement après ; les maisons déjà existantes furent agrandies ou élevées de nouveaux étages, et les cours et jardins changés en magasins qu'on loua à un prix exorbitant, l'argent y alxmda ; les spectacles en diverses langues et toutes sortes d'amnsemens y furent établis et fort recherchés.
Le 15 avril 1782, une Compagnie créa une banque pour rechange et le négoce des différen» papiers ; par cet établissement qui favorisait puissamment les affaires, le papier affluait à Ostende. Un an après , les premiers dividendes furent de 10-| pour cent. Vers la même époque, lé chef de la Compagnie de la Banque obtint un octroipour l'établissement d'ime société d'assurance sous lé titre de Compagnie (jC assurances delà Flandre autrichienne^ avec un capital de deux millions de florins, argent de change.
Ostende avait attiré à cette époque tous les grands établistemens de commerce , et fa ville était tellement encombrée d'étrangers, que plus de six cents habi tans , appartenant à la cdasse inférieure, se virent obligés de quitter la ville aa printemps, l'élévation du prix de loyer que les étrangers, et surtout les Anglais, payaient à cette époque, était telle, que le prix d'une seule année égalait presque la valeur totale du bâtiment qu'ils habitaient;
Pendant cette même année, 1782, le chiffre des arrivages dé navires de toute dimension dans le port d'Ostende a'éleva à 2,636.
L'année suivante , la Compagnie de la Banque résolut de gofter sonppital à un million de florins de plus et de fonder
dû méaie temps une banque à Bruxelles , oe mèmi$ capital devapt servir à pourvoir aux besoins des deux banques.
Les premiers dividendes payés , à la fin de Tannée » aiixaivtionnaires de la Compagnie d'assuranœ ne fut pourtant que de huit pour cent, mais on garda un grand capital en caisse.
Vers la fin de Tannée 17S3, et bientôt après lapais, le commerce d'Ostende commençait déjà à diminuer ; quelques négocians quittèrent la ville, abandonnèrent leurs comptoirs, et d'autres firent banqueroute ; le nombre des bâtimens entrés dans le port n'était plus que de 1694.
Les négocians firent cependant toutes sortes d'efforts pour conserver le monopole du commerce. Le 17 juillet 1784, U arriva à Ostende cinq grands bâtimens venant des Lades- Orientales doQt les marchandises se vendirent au port. Ces navires étaient chargés comme suit :
m^iS DES NAVIRES.
«lé Bohé livres.
» Con^o ))
» Pecco »
» Souchon »
» IlQyton »
j» HaysonSkin »
» àSODgIo )j
1 Tonkay »
Nankin pièces.
Candie diveraea, en caÎMes
et ballots livres.
Rhubarbe, en laiasei. ... j»
Etoffés de soies »
Papiers peints rouleaux.
Porcelaines blanche et bleue, raiss.
» de diverses couleurs »
Cannes dvjoQQs. . . . ^ . . »
Les années suivantes il arriva encore des bâtimens dont les cargaisons ^ vendues à Ostende , consistaient en
262^716 livres de Thé Bohé.
443S8 yy y> Soiichon.
30^720 » » » 1« qualité.
3,538 » )» » id. en petites caisses.
33,857 y> n Hayson.
40,353 » de Poivre.
6,666 y^ Sago.
13,333 y> Joncs.
10,000 Pièces de Nankin.
200 Caisses de porcelaines diverses.
Les arrivages continuèrent encore à se soutenir pendant quelques années , c'est-à-dire jusqu'aux troubles et aux révo* lotions diverses qui étirent lieu.Lors des différends qui s'étaient élevés , peo d'années auparavant ^ entre llËmpereur et la Hol* lande touchant la libre navigation de l'Escaut, le port d'Ostende avait pris un aspect guerrier ; les bords de la mer étaient garnis de bouches à feu ; des bâtimens chargés de poudre et de projectiles y furent envoyés, et les garnisons amplement pourvues de moyens de défense.
U ne peut échappei* cependant à l'œil de l'observateur, que la ville d'Ostende , qui, pendant quelques années , avait attiré l'attention de l'Europe par son commerce et sa navigation, n'était cependant pas importante par sa population qui ne parait pas avoir atteint le chiffre de 6,000 âmes, même aux beaux jours de sa richesse et de sa prospérité ; ce qui est , effet, sans exemple dans les fastes du commerce.
£n résumant ce que nous ven<ms de dire sur l'histoire com-
merdale de celte dernière époque , nous ietom de plas remarquer que le commerce était encore dans son état de stagnation et d'inactivité où le traité de 1731 l'avait plongé, lorsque l'empereur Joseph n parvint au trône. Ce souverain avait, en parcourant ses états en 1781, vu avec le plus yif chagrin, que la politique avait dépouillé ce beau pays des avantages du commerce maritime , auquel il était si propre par sa situation. L'empereur Joseph s'était déclaré le protecteur du commerce des Flamands , il voulut relever leur commerce et lui faire reprendre son ancienne splendeur ; il ne se borna point à déclarer le port d'Ostende port-franc , mais il parvint par ses vives instances , à modifier les traités des Barrières et de Vienne, par celui qu'il signa le 8 novembre 1785 à Fontainebleau , avec la Hollande , sous la médiation de la France , au point que le commerce belge n'éprouva plus d'autres entraves que celles qu'y mettait la fermeture des Bouches de l'Escaut, article sur lequel il trouva les Pix>vinces-Unies inflexibles , et ces dernières eurent même soin de le consolider de nouveaux.
Les troubles survenus peu d'années après, et les révolutions qui se sont succédé jusqu'en 1815, ont presque fait oublier ces événemens, qui en temps ordinaires eussent eu un effet important sur l'état du commerce de cette époque.