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DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VI

dant si, au moment où les troupes helléniques étaient concentrées afin d’évacuer le territoire albanais, les Puissances ne considéraient pas qu'il y avait une occasion convenable pour faire une réponse à l'égard des garanties demandées pour les populations épirotes dans la communication grecque du 21 Février.

Korcha était, en effet, en même temps qu'un centre du nationalisme albanais, le siège d’une. grande activité pro-hellénique : un lycée grec y fonctionnait et, l'évêque orthodoxe y siégeant, les sympathies se groupaient aisément sous son autorité.

Les Puissances répondirent de concert, le 24 Avril, qu’elles étaient prêtes à appuyer le principe de l'égalité de langue et de religion, que la Commission de contrôle avait déjà recommandé, et qu’elles conseilleraient au Gouvernement albanais de prendre en considération les propositions à lui faites par le gouvernement hellénique.

Cette note enlevant à la Grèce son dernier prétexte pour retarder l'évacuation, celle-ci fut continuée et déclarée complète le 28 Avril 1914.

Dès avant l'occupation de la ville de Korcha par les autorités albanaises, la faction grecque avait joué le rôle d'agent provocateur par des froissements fréquents infligés aux autorités nationales, dans le but de susciter des mesures de répression, qui auraient motivé une intervention grecque. Mais la modération du service d'ordre et le prestige du Gouverneur, M. Pandeli Evangheli, empêchèrent la réalisation de ce plan. |

Aussi, fallait-il passer à l’action directe. Dans la nuit du 11 Avril, la conspiration fomentée par l’évêque orthodoxe Ghermanos éclata. Les soldats orecs hospitalisés et des bandes d’Epirotes descendirent dans les rues, munis d'armes automatiques.

En quelques heures, les bâtiments publics furent entre leurs mains, et la ville sembla perdue sans retour.

Mais, très rapidement, la population civile prit part au combat contre les insurgés, une bataille de rues s’ensuivit ; elle tourna au désavantage des Grecs, qui laissèrent sur le terrain des prisonniers, parmi lesquels. d’ailleurs, on identifia des soldats réguliers de l’armée du roi Constantin. Au bout de quatre jours, la gendarmerie, sous les ordres du commandant Schnellen et du capitaine Doorman, parvint à restaurer l’ordre.

Bientôt, pourtant, la lutte s’étendit à d’autres points du territoire, et une importante partie de J’Albanie du Sud devint le siège de soulèvements inquiétants.

Ces graves événements montrèrent à l'évidence l’erreur du Prince d’être venu en Albanie avant que n’eût été définitivement résolue la question des frontières méridionales, alors qu'il eût pu disposer, en soumettant son arrivée à cette condition, d’un moyen de pression efficace sur les Puissances.

Au moment même (16) où les manœuvres grecques se multiplièrent, il négligea encoré d'attirer l’attention des Puissances et de se reposer sur elles de la responsabilité d’un règlement rapide, pour faire une tentative, qui échoua, d'entente directe avec les prétendus Epirotes.

Aux excès des insurgés, cependant, la population opposa un courage tranquille, et, devant son attitude, ceux-ci furent enfin contraints de se

(16) Sanglantes émeutes de Kodo, au cours desquelles des dizaines de personnes furent massacrées dans le couvent orthodoxe où elles avaient cherché asile,

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