DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
contingentes, qui semblent avoir motivé ce choix, étaient l'accès facile de la ville et le fait que s’y trouvait un bâtiment se prêtant à être converti en palais.
Néanmoins, dans l'enthousiasme des premières semaines, les lourdes difficultés intérieures qui menaÇaient l'Etat furent un moment oubliées et la population tout entière, voyant l'unité nationale incarnée dans son souverain, montrait une grande confiance dans les destinées du pays.
Il eut été politique de profiter de cette période euphorique pour prendre le pouvoir exclusif en ruinant les entreprises divergentes des ambitieux. I] semble bien que des mesures même très énergiques cussent été alors acceptées sans réaction.
Pendant huit jours affluèrent des délégations dont certaines venaient d'outre-mer pour jurer fidélité au Souverain.
La remise de leurs lettres de créance par les diplomates des grandes Puissances, et des royaumes de Roumanie, de Serbie, de Grèce et de Bulgarie, semblait une marque concrète de la solution définitive des problèmes extérieurs.
Pourtant, au lieu d'imposer aux chefs locaux par une attitude que lui permettait sa situation exceptionnellement favorable, le Prince commit l’erreur de ménager le plus puissant et le plus dangereux d’entre eux, Essad Pacha.
En position, par son ignorance même des:problèmes politiques internes, de ramener, par une impartialité aveugle, les classes sociales et les religions au sentiment d'une égalité qui l’eût élevé au-dessus de toutes, le Prince, au contraire, crut devoir, en considération de ses richesses considérables et de sa religion mahométane, faire une place éminente dans l'Etat à Essad Pacha, à qui il laissa une large part du pouvoir.
258 ESSAI SUR L'INDÉPENDANGE ALBANAÏSE
Le premier gouvernement fut formé le 17 Mai 1914 par Turkhan Pacha Premeti (9), ancien ambassadeur du Sultan à Saint-Pétershbourg, après qu'eurent décliné successivement ce périlleux honneur Omer Pacha Vrioni et Ferid Pacha Vlora.
La composition de ce cabinet, constituait une première maladresse, Essad Pacha mis à part, aucun des ministres sauf Aziz Pacha, n'avait habité le pays depuis de longues années, ils ignoraient donc presque tout de l'évolution politique importante qui avait suivi les guerres balkaniques et l’on pouvait craindre avec juste raison qu'ils ne tombassent sous la complète influence d’Essad Pacha, très averti au contraire, de l’état de l'opinion, et habile à se faire une popularité factice.
Or, outre le danger que constituait l'insatiable ambition du général, il représentait l'élément oriental, et ne cachait pas sa préférence pour les méthodes turques d'administration, ce qui pouvait, sans doute, flatter une partie de la population, mais était tout à fait en opposition avec le progrès qui, seul, eut pu donner des résultats profonds et rallier, par là, l'approbation unanime.
En outre, comme pour mieux s'isoler des réalités nationales, le Prince s’entoura d’un conseil intime, de composition éclectique sur le plan des nationalités, mais qui semblait peu apte à lui rendre
(9) La composition de ce cabinet était la suivante :
Premier Ministre el Ministre des Affaires Etrangères : Turkhan Pacha Premeti ;
Ministre de l'Intérieur et de la Guerre : Essad Pacha Toptani ;
Ministre de la Justice et-des Culles : Mufid Bey Libohova ;
Ministre de l'Instruction Publique : Dr. Tourtoulis Bey ;
Ministre des Finances : Dr. Adamidi Bey Frasheri ;
Ministre des Travaux Publics : Hassan Bey Prishtina ;
Ministre de l'Agriculture et du Commerce : Aziz Pacha Vrioni.