DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII Fe
à ce moment, l’état politique de l'Albanie (5), essayons de voir maintenant les principaux facteurs qui devaient concourir à former la décision du Prince. : |
Il faut mentionner, d’une part, les pressantes instances du Roi Charles et de la famille royale de Roumanie. Il faut, d'autre part, tenir compte de ce que le Prince croyait pouvoir compter sur l’appui des Puissances pour asseoir son autorité. Or, cette attente devait se révéler bientôt absolument vaine, si l’on excepte l’aide financière, dont le Prince avait fait une condition suspensive de son acceptation, qui s'exprima en effet par le message suivant, adressé, de Potsdam, aux Ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne et de Russie à Berlin :
« Messieurs les Ambassadeurs d'Autriche Hongrie et d'Italie à Berlin viennent de m'informer, au nom de leurs Gouvernements, qu’un Institut de Banque austro-hongroiïs et un Institut de Banque italien, agissant sous la garantie de leurs gouvernements respectifs, sont prêts à mettre immédiatement à ma disposition, pour le Gouvernement de l'Albanie, une somme de 10 millions de francs, comme avance sur le montant total de l'emprunt de 75 millions, à la garantie duquel les autres Grandes Puissances se sont également montrées disposées à adhérer en principe.
* « En portant ce qui précède à la connaissance de Votre Excellence, j'ai l'honneur de lui déclarer que je me suis décidé à accepter le trône d'Albanie et à me rendre prochainement en Albanie. »
Nous savons déjà que l’acceptation solennelle
(5) Cf. supra : Deuxième Partie. Chapitres IV et N-
ne devait avoir lieu que le 21 Février, auprès de la délégation albanaise, conduite par Essad Pacha. (6)
$ 3. — Le départ pour l’Albanie
et les premiers actes
Cependant, le Prince hésitait à se rendre dans
son Etat avant que la situation gréco-albanaise, dont nous avons décrit toute la confüsion (7), ait été résolue.
Le comte Berchtold insista cependant pour qu'il le fit, et le Prince, sur ses instances, se mit en route avec sa maison, négligeant ainsi d'utiliser le plus cfficace des moyens de pression pour amener les Puissances à l'aider à ruiner les projets grecs.
C'est le 7 Mars 1914, que, sous le titre de Prince héréditaire souverain d’Albanie, il arrive à Durazzo, à bord du yacht autrichien Taurus, escorté des vaisseaux de guerre des Grandes Puissances, dont Îles canons mêlaient leurs voix à celle des pièces de Îa forteresse.
Le choix de Durazzo comme capitale avait mécontenté les populations de Scutari et de Valona, et il présentait bien, en effet, un inconvénient réel, celui de placer les services centraux sous l'influence directe d’Essad Pacha (8). Les seules raisons, bien
(6) Vide le texte des Allocutions prononcées par Essad Pacha et par le Prince Guillaume, au cours de la réception au Château de Neuwied, du 22 Février 1914, in Archives Diplomatiques, T. 130, pp. 417 ets.
(7) Cf. supra : Deuxième Partie. Chapitre VI.
(8) Cf. supra : Deuxième Partie. Chapitre IV, $ 4.