TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IV : 4xx
dont elles se réclament ; la solidarité tribale ou familiale et le faible niveau de culture des habitants achevent de fausser le jeu des institutions électorales,
$ 1. — Les incidents d’origine extérieure
Pour pouvoir étudier la politique albanaise dans la période que nous avons atteinte. il convient, afin de dégager les caractères authentiques de l'évolution politique au cours de cette période, de nous abstraire tout d’abord d'événements qui, pour importants qu'ils soient historiquement, ne comportent pas néanmoins de signification profonde du fait de leur origine purement extérieure, qui leur ôte toute portée générale. Il faut donc se garder de leur conférer une place exagérée dans l’évolution de la politique albanaise pendant les années que nous allons considérer.
Mentionnons tout d’abord le plus important de ces faits qui est le mouvement, favorisé par la Yougoslavie, de Baïram Zuri, chef d’une tribu de Haute Albanie et ancien ministre de l’intérieur du cabinet Evangheli. Colonel de l’armée albanaïse, il avait reçu du Gouvernement la mission d'aider, avec son unité, les travaux de la Commission de délimitation sur la frontière yougoslave ; maïs au début dé Mars 1922, mû par l'ambition de s'emparer du pouvoir, il conjugua les forces régulières dont il disposait avec celles des tribus d'Elez Yussuf et de Hamid Bey Toptani, pour marcher simultanément contre Scutari et Durazzo. Cette dernière ville fut occupée par Hamid Bey Toptani le 11 Mars, malgré la résistance opposée par les troupes loyalistes. Le Gouvernement,
Axa ESSAI SUR L'INDÉPENDANCE ALBANAISE
en effet (2), avait imprudemment dispersé ses forces en les envoyant en colonnes séparées contre les rebelles ; l’une de ces colonnes, surprise à peu de distance de Tirana par les forces d'Elez Yussuf, fut complètement défaite, ce qui permit aux insurgés de s'emparer de la capitale (3). Le Gouvernement dut se retirer à Elbassan, et sa situation aurait été des plus précaires, si le Ministre britannique, M. Eyres, n'était pas intervenu pour convaincre les insurgés de renoncer à tirer tout l'avantage immédiat de leur situation, en leur représentant que l'opinion publique, dans son ensemble, était hostile à leur mouvement, qui ne pourrait se maintenir que peu de temps, et par la force. Il réussit, en particulier, à convaincre Elez Yussuf de traiter avec le Cabinet, offrant de lui procurer un sauf-conduit pour lui et ses hommes, à condition qu'il donnât sa parole de s'abstenir à l'avenir de toute tentative révolutionnaire. Le Gouvernement put alors se tourner avec toutes les troupes dont il disposait contre se autres chefs, qu’il défit complètement.
Les mesures rapides et efficaces de réorganisation et de répression menées immédiatement sous la direction d'Ahmed Zogou, ministre de l’intérieur, contribuèrent à renforcer l’autorité gouvernementale et à restaurer l’ordre public. Une nouvelle tentative sera faite par Baïram Zuri en Janvier 1923, qui n'aura pas plus de succès.
Nous ne parlerons pas de l'attentat commis, le 27 Août 1923, contre le Général Tellini, alors qu'il
se rendait, en tant que président de la Commission e
(2) Cf. Rapport de la Commission d’Enquête soumis au Conseil le 12 Mai 1922.
(3) Vide Rapport complémentaire de la Commission d’'En-
quête, op. cit.