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TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

Le premier acte important en fut d’ordonner la mobilisation générale, opération qui se révéla su- perflue dès après la édarbhe britannique du 3 Novembre 1921 (12) que nous avons examinée déjà.

Le Cabinét ne devait pas survivre aux causes pressantes'qui avaient nécessité sa constitution (13). Moins d’un mois après son arrivée au pouvoir, Pandeli Evangheli fut renversé par l’action d'Hassan Bey Prishtina (14), qui lui extorqua de force la démission. Ne voulant pas donner à la Com- -mission d'Enquête, qui venait de commencer ses travaux, le spectacle d’une guerre civile, Pandeli Evangheli ne chercha pas à reconquérir le pouvoir qui lui était enlevé d'une manière si illégitime ; et le Conseil de Régence, ayant vainement proposé à l’ancien Préfet de Valona, Kiasim Kotsouli, de former le Gouvernement, dut, après le refus de celui-

laisser prendre le pouvoir aux auteurs du coup d'état.

Mais l'opinion publique, cependant, n'accordait aucun crédit à ces derniers, qu’elle sentait confusément être italophiles. Le mouvement de protestation se déclencha tout d’abord parmi les agents des services publics et les militaires ; il gagna très rapidement l’ensemble de la population ; quatre jours après son arrivée au pouvoir, Hassan Bey Prishtina

(12) Cf. supra. Troisième Partie, Chapitre IE, $ 4. * (r3) Télégramme de la Commission d'Enquête du 25 Décembre 1921.

« a) La situation intérieure n'est pas tout à fait calme, mais le parti populaire jouit d’une autorité absolue ; % « b) Evangheli a été renvoyé par la Régence et deux Régents ont démissionné ; « c) Deux nouveaux Régents ont été désignés. »

(#4) Aidé de Mustapha Kroïa, Hedja Kadri et Zia Dibra.

devait s’'incliner devant la réprobation nationale et donner sa démission. (15)

(15) Deux versions ont été données de ces événements 0 ; 1° Télégramme de la Commission du 13 Décembre 1921

« Valona, 18 Décembre,

« Apprenons que nouvelles circulent concernant révolution sanglante Albanie. Pouvons cerlifier changement Gouvernement effectué calmement et sans violence. Tirana absolument tranquille. Evénements déroulés façon suivante : Ministère Pandeli Evangheli a démissionné cause différend avec Régence (Conseil des IV), 7 Décembre. Remplacé par ministre Hassan Bey Prishtina qui, n'ayant pas confiance de la population, a été obligé démissionner après quatre jours. Actuellement ministre intérieur Kostouri, en attendant réunion Parlement qui aura lieu 19 Décembre. Suivons événements et informerons. £

» (S) Commission Albanie. »

2° Rapport de la Commission d’Enquête du 20 Décembre 1922 (C. 542-M. 387). |

« Situation politique en Albanie : /

« Le 7 Décembre, par suite d’un différend avec la Régence, M. Pandeli Evangheli dut donner sa démission. Tout d’abord, il ne semblait pas disposé à le faire, mais, afin d'éviter les désordres dont les conséquences auraient pu être sérieuses, il céda, et un nouveau Gouvernement fut formé, sous la présidence de Hassan Bey Prishtina ; ce dernier étant généralement très impopulaire dans le pays, on craignit que sa présence au Gouvernement n'’entraînât de graves complications à l’extérieur. Aussi une manifestation eut-elle ieu à Tirana ; la Commission, craignant que cette manifestation n'ait fait l’objet de rapports exagérés dans la presse, doit signäler qu'elle n’a donné lieu à aucune violence ni à aucune effusion de sang.

« Toutefois, Hassan Bey reconnut qu'il lui était impossible de rester en’fonctions, et dut donner sa démission quatre jours plus lard. La Régence nomma alors M. Kostouri, pour le remplacer et expédier les affaires courantes, avec le concours de sous-secrétaires d'Etat agissant aux lieu et place

des ministres. Le Parlement a été immédiatement convoqué

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ho calmer les esprits, qui étaient ragités par de tendances divergentes et toutes extrêmes, une

solution d'attente fut alors adoptée sous la forme d’une Commission gouvernementale présidée par

Kiasim Kostouli, et cormposée. des directeurs de ministères ; mais, d qu'eurent cessé ces remous provoqués da l'opinion par le coup d'état, le Parlement vota, le 26 Décembre 1927, à Ca dite une résolution de confiance à Djafer Ypi ‘et Ahmed Zogou,

‘qui prirent respectivement, en conséquence, la prési-

dence du Conseil et le portefeuille de l'Intérieur. (16) En même temps, le Parlement avait prononcé la déchéance d’Agif Pacha et de Mgr Bumci, mem-

bres du Conseil de Régence, qui avaient trempé dans :

le coup d'état ; mais, par solidarité avec ceux-ci, les deux autres membres du Haut-Conseil, Abdi Bey Toptani et M. Vonriouns donnèrent aussitôt jour démission.

et se réunira le 2r Décembre. La démission de M. Pandeli Evangheli semble avoir provoqué dans plusieurs régions une violente hostilité contre la Régence, mais il est impossible, à l'heure actuelle, de prévoir le cours des événements.

« (5) Jens ee Col. Ch. Schaeffer, J.J. Sederhoôlm. »

(16) 27 Décenibié 1921. Télégramme de la Commission donnant les noms des membres du nouveau cabinet formé à Tirana après la Réunion de l’Assémblée, le 26 Décembre :

« Premier Ministre : Djafer Ypi.

Minsitre des Affaires Etrangères : Fan Noli.

Ministre de l'Intérieur : Ahmet Mati (°).

Ministre de la Guerre : Ismaïl Tatzaii.

Ministre de la Justice : Hussein Vrioni.

Ministre des Travaux Publics : Spire Koleka.

Ministre de l’Instruction Publique : Redjep Mitrovitza. » (DOS D N; Les rentre

(@) Alias Ahmed Zogou.

Il fallut donc reconstituer le Conseil, et le Parlement y nomma quatre nouveaux membres. (17) . Le Cabinet constitué par Djafer Bey Ypi s’attacha à la réorganisation intérieure, dont le premier élément devait être la pacification des esprits. Il réussit du reste dans cette tâche, et se maintint au pouvoir pendant une période relativement longue, puisque ce n’est que le 2 Décembre 1922 que le premier ministre donna sa démission ; et ne le fit, d’ailleurs, que pour accepter de siéger au Conseil de Régence, en remplacement d'Omer Vrioni, qui avait résigné ses fonctions ; ainsi donc, il s’agît là d’un abandon de pouvoir ayant pour cause une incompatibilité constitutionnelle, et non plus, cemme précédemment, un motif politique particulièrement pressant, ce qui marque le progrès réalisé au point de vue intérieur pendant cette année 1922.

$ 3. — Ahmed Zogou et la réforme constitutionnelle

C’est le membre le plus marquant du cabinet précédent, Ahmed Zogou, qui avait pris la tête du Gouvernement, et ainsi se trouve assurée une continuité politique qui constitue dans l’histoire albanaise un élément nouveau. Dans sa déclaration au Parlement du 2 Décembre, Zogou exposa d’ailleurs son intention de mener une politique constitutionnelle et démocratique. Le nouveau Gouvernement disposait, à vrai dire, d'une majorité assez faible,

(17) Omer Pacha Vrioni, Notz Pistouli, Sotir Petsi et Refik Toptani.

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