‹ Essai Sur l'Indépendance AlbanaiseChapitre 26 sur 224 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE If · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE If

tenir, comme on l’a fait parfois en droit international — comme Hauriou le fit pour la loi en droit interne —, que le traité n’est parfait qu'après l’assentiment des populations, assentiment qui se constaterait par l'absence de résistance à application de ses dispositions. |

Considérons nonobstant, avec la doctrine clas- Sique, que le traité de Berlin a valablement opéré le transfert.

Il s’agit, dès lors, de savoir quelle influence peut avoir sur cette opération la résistance des populations, qui sont un élément de l’une des parties, un €lément de l’objet conventionnel, également enfin un élément de la communauté humaine, bénéficiant, à ce dernier titre, de certaine protection du droit des gens. |

Essayons d'examiner successivement le problène en considérant, ut singuli, le triple caractère

des populations du territoire cédé.

Il nous faut remarquer immédiatement que les internationalistes semblent avoir rarement aperçu dans sa totalité le complexe que nous venons d’énon- Cér.

Si nous nous reportons à l’époque des événements qui nous retiennent, c'est-à-dire à la fin du X1x° siècle, nous voyons qu'assez généralement seul le premier aspect sous lequel peuvent être considérées des populations annexées, à savoir objet partiel de l’acte juridique de cession, est retenu.

Résumer brièvement les doctrines en ce sens reviendra donc à voir le problème du premier point de vue, ce qui est notre propos initial.

La principale des doctrines partant de cette conception étroite, est dite de la puissance. Elle n'a plus aujourd'hui, peut-on espérer, qu'un intérêt historique, quoiqu’elle demeure, il faut bien le dire, un

des fondements médiats des nationalismes intégraux. Elle peut schématiquement s'exprimer ainsi : Les Etats sont des organismes tendant naturellement à augmenter leur puissance, le critère de leurs actes sera a-moral et a-juridique, il sera historique. Seront considérés comme «bien » les actes ayant abouti ou tenté d'aboutir à une augmentation de puissance, comme « mal » ceux qui auront eu un résultat ou une fin inverse (1). Il est impossible, en raison de l'absence même d’une parcelle d’objectivité dans une telle théorie, de l'utiliser comme critère logique ; en effet, elle aboutit à des conclusions | concrètes absolument opposées selon l'Etat qui l'in-! voque. Aussi ne pourrait-elle en rien fournir une base à ses tenants éventuels pour apprécier la légitimité de la résistance albanaise à l’annexion. Nous voyons par conséquent que, faute d’une base assez large, nous n'obtenons aucun résultat. Vouloir, par une assimilation simpliste, ne voir uniquement dans des populations « de chair et de sang » : qu’un objet contractuel, c’est se condamner à méconnaître les réalités profondes du présent problème. Si nous nous éloignons de cette première doctrine purement dynamique, le premier des systèmes que nous rencontrons est celui de l'équilibre. Son but est pacifique ; la fin désirée étant de rendre aussi rares que possible, ou même de supprimer les guerres, le moyen le plus pratique de l’atteindre est d’établir entre les Etats un rapport de forces tel qu'il garantira les puissances contre les entreprises de l’une d’entre elles menaçant l'indépendance des autres. C’est là une doctrine morale au sens large, mais

(1) On reconnaît, transposé sur le plan étatique, la doctrine nietzchéenne (Cf. La volonté de puissance et Par delà le bien et le mal).

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