PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
$ 5. — Jugement sur l'attitude des Jeunes-Turcs
Comment devons-nous apprécier l'attitude des Jeunes-Turcs dans leur tentative d’étouffement des Albanais ?
Du point de vue général, il est incontestable que, pour FEmpire ottoman, des réformes unificatrices et centralisatrices s’imposaient.
Mais, du point de vue albanais, n'y avait-il pas, par contre, engagement pris de respecter les libertés locales ? Force nous est de répondre négativement.
D'une part en effet, s’il y a eu, et la preuve n'en est pas rapportée, promesses formellement faites aux Albanais de respecter leurs libertés locales, elles ne l'ont été que par des éléments de l’opposition, qui ne pouvaient engager le gouvernement ture, quand bien même ils en seraient devenus personnellement les membres par la suite.
D'autre part, même si le gouvernement luimême avait promis à une fraction de la population d'agir de telle ou telle manière à son égard, il ne saurait y avoir là une source d'obligation juridique ; en effet, les organes compétents pour dégager la loi immanente et la formuler ont cette compétence d’une manière absolue, ‘et ne la peuvent déléguer ni lier contractuellement, si Ce.n’est, el encore‘n’est-ce pas unanimement admis, par un acte passé dans un plan juridique supérieur, c'est-à-dire par un traité international.’
Or, qu'est-ce qui détermine l’ordre international ? Ce sont les sujets en présence et, à l'intérieur d’un Etat, il ne peut exister que des actes juridiques d'ordre interne, dont le plus éminent est la constitution, qui ne saurait donc être conditionnée par
aucun autre. Et les mesures prises par le Gouvernement turc étant, sinon au point de vue formel, à coup sûr au point de vue matériel, d'ordre contitutionnel, ne pouvaient donc qu'être libres. Aïnsi, l’attitude du Gouvernement jeune-turc, outre qu'elle était opportune, nous paraît avoir été absolument légitime ; et la réaction consécutive des Albanais ne peut être justifiée en droit par une prétendue violation d'engagements dont ils auraient été les bénéficiaires. ne