PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE II
rentes races de l’Empire auraient une autonomie administrative locale ; on ne pouvait mieux dire.
C'est pour soutenir ces revendications, qui leur paraissaient fort à propos, que les Albanais du Sud participèrent en masse à la première manifestation du lac Ochrida, tandis que ceux du Nord se liaient par une Bessa pour soutenir la demande d’application de la constitution de 1876. (8)
Lorsque vint le moment de l’action violente, vingt mille Albanais, réunis à Férizovitch, menacèrent de marcher sur Uskub si le Sultan ne donnait pas rapidement satisfaction aux demandes des Jeunes-Turcs. Au même moment, une armée jeuneturque s’avançait de Salonique sur Constantinople. Le monarque céda : le 24 Juillet 1908, un iradé impérial ordonnait la convocation d’un Parlement dans la forme de la Constitution de 1876 ; le Parti Jeune- Turc triomphait.
C’est alors que se placent les importants événements de l'annexion pure et simple de la Bosnie-Her-
(8) On sait que, le 23 Décembre 1876, pendant la première réunion de la Conférence internationale de Constantinople, siégeant au Palais de l’Amirauté, sur la Corne d'Or, les plénipotentiaires entendirent des salves d'artillerie tirées de l’autre côté du Golfe ; le Président Safvet Pacha, Ministre des Affaires Etrangères ottoman, se leva pour déclarer solennellement : « ‘Ces salves annoncént la promulgation de la constitution que le Sutan octroie à son Empire. Get acte chänge une forme de gouvernement qui a duré six cents ans, et inaugure une ère ne Le pour la prospérité des peuples ottomans. »
Il s'agissait seulement là d’une manœuvre diplomatique, destinée à donner une apparence superflue à l'intervention européenne, et dépourvue de toute portée interne.
94 ESSAI SUR L'INDÉPENDANGE ALBANAÎSE
zégovine par l'Autriche (9), de l’abandon par la Bulgarie de la suzeraineté turque et de la proclamation par la Crète de son union avec la Grèce. Car le mouvement révolutionnaire Jeune-Turc, en affaiblissant l'Empire, favorisait son démembrement. Cependant, l'agitation continuait.
À Monastir, en Novembre 1908, les Albanais groupés réclament des écoles, l'usage de leur langue et de l’alphabet latin.
En Avril 1909, les troupes albanaises de la garnison de Constantinople se mutinent ; le to Mai enfin, Mahomet V, frère cadet d’Abdul Hamid, remplaçait celui-ci déposé.
Maintenant qu'ils avaient le pouvoir, les Jeunes- Turcs allaient agir d’une manière que n’escomptaient pas les Albanais. Au lieu d’une sorte de fédéralisme libéral, le Gouvernement faisait bientôt voter par le Parlement une série de mesures autoritaires : censure de la presse, suppression pratique du droit de réunion et d'association, enseignement en langue turque uniquement, suppression du droit de port d'armes, centralisation et uniformisation absolue de l'administration.
En application de ces mesures, les écoles albanaises, qui venaient de s’ouvrir furent fermées Les journaux albanais durent cesser de paraître dans. le pays et le mouvement national fut freiné. De plus, les Jeunes-Turcs ordonnèrent que la langue albanaise elle-même devrait s’écrire désormais en caractères turcs.
(9) Ce coup de force provoqua un profond ressentiment en Serbie, l’annexion de ces provinces étant inscrite au proogramme de la Jeune-Serbie. Ce ressentiment n'est pas étranger aux événements de 1914,