PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Ill
C'est alors que l'Autriche intervint en se fondant sur la protection des Catholiques albanais (6), dont elle revendiquait l'exercice.
En même temps, le 1° Mai 1911, un Comité central albanais adressait « à l'opinion publique et au Gouvernement Jeune-Turc » un important document destiné à présenter les Albanais au monde. (7)
(6) L'origine de cette protection de fait est ancienne ; dès le xvrr° siècle, lors des grandes victoires du Prince Eugène, les Franciscains s'étaient faits en Albanie les soutiens de la politique de Vienne.
Arrivés le 5 Août 1885 à Scutari,’les Jésuites y avaient fondé un important établissement conventuel que subventionnait l'Empereur François-Joseph. L’Autriche prenait ainsi figure de puissance spirituelle au point que les tribus catholiques du Nord (Hoti, Castrati, Mirdites, etc...) tombèrent progressivement sous son influence et finirent par la considérer comme leur protectrice naturelle.
(7) « Cinq siècles se sont écoulés depuis que l’Albanie a été soumise au joug turc. Au long de cette période de guerre et de misère, les Albanais ont fourni la preuve de la loyauté là plus profonde, et, par le sacrifice de leur personne, ont porté le glorieux étendard turc de victoire en victoire.
« Nous avons toujours partagé les succès et les désastres de l’Empire ottoman, même à des moments où son existence dépendait de notre courage et de notre loyauté. Nous n’avons jamais désiré revendiquer de privilèges spéciaux et, d’un commun accord, nous avons réussi à vivre sous les auspices d’un régime patriarcal, ‘peut-être trop peu conscients de notre entité distincte et de notre nationalité.
« Mais une période désastreuse de trente ans de tyrannie pour l’Empire ottoman nous a amenés à suivre la voie du développement nätional, sur laquelle nos voisins se sont, depuis longtemps déjà, avancés. Nous avons bravement attaqué le despotfsme, nous avons apporté notre aide au mouvement jeune-turc, et c’est à nous qu’il doit son succès.
« Mais, au lieu de nous montrer la gratitude que nous avions bien méritée, au lieu de nous garantir le droit que les autres éléments de l’Empire ottoman possèdent déjà, ils ont
Mais, plus que ce plaidoyer, la démarche autrichienne devait peser sur les décisions du Gouvernement de Constantinople. Tandis que, peu de temps auparavant, les Jeunes-Turcs niaient encore l'existence d’une nationalité albanaïse au point que, pendant un débat à la Chambre des Députés sur l'abolition des privilèges accordés aux nationalités, le ministre de l’intérieur ottoman s'était levé pour déclarer, en des termes similaires à ceux de Bismark au Congrès de Berlin, « qu'il n’y avait pas de nationalité albanaiïise », à quoi les représentants albanais avaient répliqué par le célèbre Var Effendem var. « Il y en a une, Monsieur, il y en a une », qui devint bientôt le cri de ralliement des patriotes albanais ; maintenant, alors que les révoltes albanaises semblaient devoir être surmontées, les Jeunes-Turcs
attaqué nos droits les plus sacrés avec brutalité et cruauté politique.
« Accablés par l’infortune, désespérant du présent et de l’avenir, nous déclarons que telles sont nos demandes. Nous désirons :
« a) que nos écoles albanaises soient subventionnées par VEtat ;
« b) que l’Albanie soit de nouveau unie en un seul Vi- Jayet ;
« €) que, en temps de paix, nos soldats puissent accomplir leur service militaire en territoire albanais.
« En raison de la gravité de la situation actuellé en Albanie, et de l’infériorité des éléments turcs en Europe ; en raison aussi de l’injustifiable propagande menée par des agents étrangers dans notre pays, nous insistons, pour préserver notre existence nationale, sur la concession des susdits privilèges. Au nom de tous les Albanais musulmans ét chrétiens, aù nom des innocents dont le sang a été versé dans notre lutte pour établir les droits de la nation albanaise, nous adressons nos revendications à l’humanité et à l’opinion publique en demandant que justice nous soit faite. »