PÉEMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IV
cord unanime des parties, lorsqu'il s’agit de régler le partage des territoires éventuellement conquis en commun, il fallut confronter les prétentions concurrentes des Alliés. à
Le traité bulgaro-serbe de Sofia, signé le 29 Février 1912, prévoit bien, dans l’article II de son annexe secrète, que tous les accroissements territoriaux qui seraient réalisés par une action conjuguée tomberaient sous la domination commune ou condominium (2) des deux Etats alliés, mais leur partage définitif devait s'effectuer dans un délai de trois mois à compter du rétablissement de la paix, dans des limites préétablies et après arbitrage de l'Empereur de Russie.
Quant au traité gréco-bulgare du 16/29 Mai 1912, signé également à Sofia, et complété par une convention militaire du 22 Septembre 1912, il ne porte, lui, aucune stipulation d'ordre territorial.
Nous verrons que l’absence d'un accord préalable précis entre les Alliés sur l'attribution de leurs conquêtes deviendra la source d’un conflit entre eux, qui aura nom de seconde guerre balkanique. (3)
En ce qui concerne plus spécialement les territoires albanais, les ambitions des balkaniques en étaient le dépècement pur et simple : le Monténégro
(2) C'est le terme consacré par l’usage diplomatique, auquel on pourrait avantageusement substituer celui de co-imperium.
(3) À laquelle elle mit hâtivernent un terme en raison même des événements balkaniques par RER préliminaire du 15 octobre, signé à Lausanne.
Texte in Archives diplomatiques, T. 125-1918. pp. 12
et S:
Vide ibid. p. 16 le texte du traité de Lausanne du 18 oc-
tobre 1912.
convoitait une importante partie du Vilayet de Scutari ; la Serbie prétendait à celui de Kossovo, comme faisant partie de la Vieille-Serbie, mais en réalité surtout pour se ménager un accès à la mer ; la Bulgarie visait à l'annexion du Vilayet de Monastir ; la Grèce désirait celui de Janina..
$ 2. — Les hostilités
Les circonstances ne tardèrent pas à se montrer propices aux projets des Alliés.
La Turquie, retenue en Lybie par la guerre contre l'Italie, est, de plus, affaiblie par ses dissensions politiques intérieures, et par les révoltes albanaises. Le 14 Octobre, les Etats balkaniques lui adressent un ultimatum réclamant, au profit des nations de Macédoine, une reconnaissance d'autonomie semblable à celle que venait d'obtenir l’Albanie.
Comme ils l’espéraient, le Divan rejette cette demande ; la guerre est désormais certaine.
Le 30 Septembre, les Etats balkaniques avaient décrété la mobilisation sur leurs territoires, la Turquie le fit le lendemain.
Le 8 Octobre, le Monténégro avait déjà déclaré la guerre à la Turquie, mais c'est seulement quelques jours plus tard, après la signature hâtive de la paix italo-turque à Ouchy, du 15 Octobre 19712, que, les représentants de la Grèce, de la Serbie et de la Bulgarie ayant quitté ConStantinople, la Turquie déclara la guerre à ces deux derniers Etats ; la Grèce, elle, n’entra dans le conflit que le 19 Octobre, deux jours plus tard.
Dès le début, les opérations tournèrent à l’avantage des Alliés, et les armées ottomanes subirent des défaites répétées.