DEUXIÈME PARTIE — CITAPITRE Il
qui. aurait facilité la pénétration des influences exos
« Le Roi Nicolas passa outre à l'engagement qu 1 avait pris de prévenir la Russie, au cas où il voudrait déclarer la guerre et de lui demandér son assentiment. Néanmoins, l'Empereur prêta une aide magnanime au Monténégro, lui procurant des ressources et donnant son assistance à la population.
« Lorsque la question de Scutari fut résolue, le Roi en fut amicalement prévenu et reçut Due cation de la grave responsabilité qu’il assumerait en cas de continuation de la résistance. Il reçut le conseil de se soustraire aux reproches d’avoir, pour poursuivre ses vues personnelles, condamné les Monténégrins à des massacres inutiles. Ces démarches auprès du Roi Nicolas restèrent infructueuses et il devint clair que ce souverain basait ses calculs sur une immixtion de la Russie et des Grandes Puis- . sances dans les affaires balkaniques et. même, sur
une guerre européenne ; le gouvernement russe ne
put donc pas résister à l'exécution des mesures devenues nécessaires depuis le refus du Roi Nicolas de se soumettre à l'arrêt des Puissances..
« Le Gouvernement Impérial ne LE pas be de. vue sa responsabilité primordiale devant le peuple russe, laquelle implique le devoir de ne verser une goutte de sang russe que si les intérêts de la patrie l’exigent. La Russie, grande puissance slave, orthodoxe, n'a jamais ménagé les secours et les sacrifices à ses frères, mais ces derniers, à leur tour, ont notamment le devoir, qu’on ne sait pas. toujours leur rappeler, de respecter les conseils dont la Russie n’abuse pas, et de se souvenir que, si celle-ci est fière de leurs succès, ces succès n’auraient pas pu être obtenus sans la Russie qui donne là vie à ces peuples et continue de leur être néces-
saire dans la joie aussi bien que dans la: douleur, et surtout pour la réconciliation mutuelle, en dehors de laquelle ils ne peuvent acquérir ni force ni vigueur. De telles relations de la Russie avec les peuples slaves excluent toute hostilité avec les autres nations. La différence de races ne conduit pas inévitablement à l’antagonisme de races. Il est difficile d'admettre que la cause de la paix gagnerait à opposer une race à une autre.
« Consciente de son droit absolu et de sa force, la Russie n’a pas besoin de passer de l'inquiétude aux menaces qui n'expriment pas la force d'un peuple. »
La France ne pouvait se montrer plus russe que lés Russes qui, on vient de le voir, étaient très durs pour le Roi Nicolas personnellement.
Cette sévérité se justifiait d’ailleurs par les conditions plus que suspectes dans lesquelles il était parti en guerre, l'automne précédent, devançant de plusieurs jours l'action de ses associés balkaniques. (22)
D'autre part, alors que les Grandes Puissances avaient, par l'intermédiaire de leurs ambassadeurs à Londres, décidé de la façon la plus formelle que le Monténégro devait renoncer à Scutari, il en poursuivait énergiquement le siège, avec la collaboration des Serbes, pensant que grâce à l'appoint de ces derniers, la place pourrait être emportée.
Il s'était agi alors de faire respecter les décisions de l'Europe : l'Autriche s'étant déclarée prête à procéder à une démonstration navale et ayant demandé aux autres pusisances de se joindre à elle, faute de quoi elle exécuterait cette démonstration toute
(22) Cf. supra. Première Partie. Chapitre IV, $ 2.