LIBRAIRES, RU£ DE SAVOIE, M^6, F. S. G
M. DCGG. XX.
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PRÉFACE
li A première partie de V Essai sur Findifi férence en matière de Religion y parut il y a deux ans. La bienveillance avec laquelle elle fut accueillie , montre combien les peuples sentent le besoin de la vérité , et combien il seroit facile de rétablir son règne, si les gouvernemens secondoient cet heureux mouvement des esprits , s'ils connoissoient leur force , s'ils avoient foi dans la puissance que Dieu leur a donnée.
Mais, au contraire, ils se croient plus foibles que toutes les erreurs , plus foibles que toutes les passions. Ils ont des désirs , et point de volonté. Irrésolu, craintif, le
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pouvoir demande grâce , comme s'il igno* roit que le peuple ne l'accorde jamais. La royauté descend de peur d être précipitée, et on la voit partout occupée d'écrire son testament de mort. Hélas ! elle auroit pu s'épargner ce dernier soin; elle n'a pas d'espérances à léguer.
On s'est imaginé de nos jours que l'art de gouverner consistoit à tenir le milieu entre le bien et le mal, à négocier sans cesse avec les opinions , et à composer avec le désordre. Dès lors plus de principes certains, plus de maximes ni de lois fixes ; et comme il n'y a rien de stable dans les institutions , il n'y a rien d'arrêté dans les pensées. Tout est vrai , et tout est faux. La raison publique, fondement et règle de la raison individuelle, est détruite. Qui pourroit dire quelles sont les doctrines des gouvernemens , quelles sont les croyances des
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peuples? On n'aperçoit qu'un chaos d'idées inconciliables; et dans les peuples une violence , et dans les souverains une foiblesse, présage d'un sinistre avenir.
Tantôt la nécessité de la religion se fait sentir , et Ion protège la religion ; tantôt on s'effraie des cris de fureur que poussent ses ennemis ^ et Ton se hâte de la bannir des lois 5 et de désavouer Dieu comme un allié dont on rougiroit. Si l'État déclare qu'il est catholique , les tribunaux décident qu'il est athécé Que croire au milieu de ces contradictions ? Quel effet doivent-elles produire sur le peuple? Les bons sont ébranlés ; les méchans, avertis de leur force, se flattent d'un triomphe complet; ils redoublent d'audace et d'activité. N'est-ce pas là ce que nous voyons? Une nouvelle société se constitue secrètement au sein de l'ancienne , et deviendra bientôt peut-être la société pu-
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blique. Le mal régnera : on a douté de Tordre , on aura foi dans le crime. Ceci n'est point exagéré, l'expérience ne le prouve que trop. Quand les esprits sont dans le vague , ils s'inquiètent ; dans leurs ténèbres et dans leur effroi , ils se font des croyances terribles ; et déjà n'avons-nous pas une religion secrète qui se révèle par le meurtre? L'athéisme aussi a la sienne, froide comme l'orgueil , ce qui n'exclut pas le fanatisme. On adore sous le nom de science la raison humaine : la science ^ pour cer* tains esprits, est le Dieu de l'univers ; on n'a foi qu'en ce Dieu , on n'espère qu'en lui 5 sa sagesse et sa puissance doivent renouveler la terre, et, par de rapides progrès , élever l'homme à un degré de bonheur et de perfection dont il ne sauroit se faire une idée. Cette religion se développe , elle a ses dogçaes , ses mystères , ses prophéties même et
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^es miracles ; elle a son culte , ses prêtres , ses missions , et ses sectateurs se flattent de la substituer à toutes les autres.
En considérant la société sous un point de vue plus général , il est impossible de n y pas remarquer un principe de division qui en pénètre toutes les parties, et par conséquent une cause très-active de dissolution. Deux doctrines sont en présence dans le monde ; Tune tend à unir les hommes , et l!autre à les séparer ; Tune conserve les individus en rapportant tout à la société ^ l'autre détruit la société en ramenant tout à rindividu (i). Dans lune tout est général , l'autorité, les croyances, les devoirs; et
chacun n'existant que pour la société , con-
(1) Hors de la société, Thomme ne peut ni se conserver, ni se perpétuer. Se perpétuer , c'est se conserver toujours ^ et le désir de se perpétuer, de même que le désir de se perfectionner, n^est que le désir de vivre ; car être plus par£ut ,
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court au maintieu de l'ordre par une obéissauce parfaite de la raison , du cœur et des
c'est vivre davantage ; la perfection est le développement complet de la vie.
L'esprit, le cœur , les sens même ou le corps , en un mot , rhomme tout entier désire natarellement se conserver oa 8e perpétuer , parce que naturellement il vent visrre , et <|a'3 n'est point en son pouvoir de ne pas vouloic vivre*
Mais , dans Tisolement contre nature où le place la phî* losophie, tous les efîorts qu^il (ait pour se conserver, tendent à le détruire. Seul , l'homme ne produit rien ; la vie est un don du souverain Être ; les créatures la transmettent, et voilà tout. Or, transmettre > c'est communiquer cei qu'on a reçu. Recevoir et rendre , voilà donc en quoi consiste la vie , et le moyen par lequel elle se conserve : donc point de vie bors de la société ; et la société , considérée dans son existence intellectuelle, se compose essentiellement de trois personnes, celle qui reçoit, celle dont elle a reçu | et celle ?^ qui elle rend ou transniet ce qu^elle a. reçu» ^(
Tout ce qui, dans Tbomme , a un mode de vie partica* lier , Tesprit , le cœur , les sens ou le corps y est soumis à cette loi universelle d^upion et de dépendance.
Qu'arrive-t-il donc quand l'homme est. seul?