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choient uniquement au mal particulier dont le fruit étoit présent pour eux. Le crime n'étoit qu'un moyen , et jamais un but. On assassinoit par vengeance ou par cupidité , mais personne ne songeoit à proscrire par système ; et , en assassinant y on ne nioit point la loi étemelle qui dit : Tu ne tuer€ts point. La dépravation du cœur s'étendoit rarement à Fintelligence. Les mots de vice et de .vertu avoient un sens ^ tt le même pour toujSL II existoit un fonds commun de vérités reconnues , des droits avoués y un ordre général que nul n'imagînoit qu'on pût renverser. Lors même qu'on le violoit partiellement y on en respectoit l'ensemble. La guerre se faisoit à l'extrême frontière , ou dans l'ombre contre quelques individus isolés y et les tribunaux sursoient pour défendre l'État et chacun de ses membres.
Maintenant tous les Uens sont brisés^
PRKFACE. ^ XI
Vhomme est seul ; la foi sociale a disparu , les esprits, abandonnés à eux- méxaes, ne savent où se prendre ; on les voit flotter aii hasard dans mille directions contraires. De là un désordre universel, une effrayante instabilité d'opinions et d'institutions. Las de l'erreur et de la vérité, on rejette également Tune et l'autre. Il y a au fond des eceurs^ avec un malaise incroyable , comme un immense d^oût de la vie^ et ub insatiable besoin de destruction. Ce besoîa se. igaanifeste de mille manières et dans toutes les classes. Riches et pauvres , peuples , grands , rcHis même , tous , comme s'ils se sentoient pour* suivi;} par les sièqles qu'ils ont renié, se hâtent 9 se précipitent vers un avenir in-* connu. Les gouvememens , pressés de finir, s'altèrent eux-mêmes, mais, pas assez peut-^ être et pas assez vite à leur g té, et au gré de la multitude. On aperçoit encons dans le
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présent quelque chose du passé, et celte ombre fugitive inquiète. Plus de bornes , plus de barrières que les esprits ne franchissent On ne rêve rien moins que des révolutions totales dans chaque État et dans le monde , que rentière abolition de tout ce qui est , sans s'occuper même d'y rien substituer. On veut une nouvelle religion , mais on ne sait quelle ; une nouvelle forme de société , mais on ne sait quelle ; une nouvelle législation et de nouvelles mœurs , mais on ne sait quelles ; déplorable symptôme de la perte de tout sens , et de Textinction de la raison sociale.
L'isolement absolu, effet immédiat de rindépendance absolue à laquelle tendent les hommes de notre siècle, détruirait" le genre humain , en détruisant la foi , la vérité, lamonr, et les rapports qui constituent la famille et l'état. Dieu même n'est
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pas indépendant , selon le sens qu'aujour*' d'hui Ton attache à ce mot j il est soumis aux lois qui dérivent de sa nature y lois parfaites comme lui , immuables comme lui.
Dans l'unité de son être, il n.'est point isolé ; et dès qu'altérant sa notion réelle j, les déistes le représentent éternellement seul , l'athée le cherche en vain dans cette vaste solitude.
Bien moins encore Thomme peut-il subsister isolé; essayez de le concevoir affranchi de toute dépendance , vous concevrez le néant; car, hors du néant, tout s'enchaîne, tout s'appuie mutuellement. Les esprits comme les corps n'ont de vie que celle qu'ils reçoivent, à condition de la communiquer. Pas un être qui ne se doive aux autres êtres , parce qu'il leur doit tout ce qu'il est.
De ces relations réciproques nait l'ordre,
iilV PRÉFACE»
qiii se maintient par lautorité et robéis* sance. Mais , fatigué d'obéir , Torgûéil ne veut plus reconnoître d'autorité I L'homme se dit : Je serai mon maître. On ne croit qae soi , on n'aime que soi , on ne rapporte rien qu'à soi: et qu'est-ce que cela, sinon le renversement de la société ? car la société consiste dans la croyance de certaines vérités sur le témoignage général ^ dans l'amour des autres , et dans le dévouement que produit cet amour. Société signifie union, et là où tout se sépare et devient individuel , chacun dès lors se trouve dans l'impossibilité de se défendre contre tous, ou dans l'impossibilité d'exister : d'où il suit que le sacrifice de soi, seul principe d'ordre , est aussi le seul moyen de conser-* vation.
Ceci nous conduit à examiner , sous un nouveau rapport , les deux doctrines dont
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nous avons exposé les effets divers. L'une , comme on Ta dû remarquer , n'est que le christianisme ou la religion traditionnelle que tous les peuples ne connoissent pas 9 ou n'admettent pas dans son entier déve* loppement , mais à laquelle cependant ik doivent ce qu'il y a de vrai , et par conséquent d'utile j dans leurs religions particulières. L'autre est cet assemblage d'opinions incohérentes qu'on a nommé philosophie y et qui, par une pente plus ou moins rapide, viennent se perdre dans Tathéisme.
Nous* montrerons ailleurs que chaque croyance ou chaque opinion , produit un sentiment qui lui est analogue. Prenons pour exemple cette grande loi sociale : Tu honoreras ton père et ta fnère ( i ). De ce précepte admis résulte le respect et l'amour
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(1) £xod. XX9 la*