PREFACE. XVII
La souveraineté de Dieu^ raison suprême j est le principe général du Christian nîsme, et il en résulte un devoir général , qui est une obéissance libre à Dieu premiè* rement, et ensuite au pouvoir politique et au pouvoir domestique , à cause de Dieu, Or , une obéissance libre est une obéissance d^amour ; c'est un sacrifice y et j^int de sacrifice sans amour. L'amour est donc le sentiment général des chrétiens.
Que voyons -nous, en effet, chez les hommes qui adorent Jésus-Christ , qui IV dorent en esprit et en vérité ( i ) ? A quel caractère les reconnoît - on ? N'est-ce pas précisément à cet amour immense , universel , qui , chaque jour , sous nos yeux , inspire tant de nobles dévouemens et produit tant de mer\'^eilles? Amour de Dieu, amour
(i) Joan. IV^ ^3.
du Roi , amour plus inflexible que V enfer et plus fort que la mort (i); amour du prochain toujours prêt à se répandre en bienfaits^ en services, en consolations; amour des ennemis même ^ qui consiste, non dans l'oubli des torts , car l'oubli n'est pas une vertu (2) , mais dans une disposition constante à les pardonner ; amour de Tordre , et dès lors aversion de la licence et amour de la liberté, qui n'est qu'une pleine conformité à Tordre ; amour des lois qui maintiennent cet ordre; amour des magistrats qui font régner les lois; en un mot, amour dans Tétat, dans la famille , amour de tous les hommes, civilisés ou
ate
(1) Foriis est ut mors dileciio, dura sicut mfemm éemuUuio. GinU VIII , 6.
(1) Among our crimes oblîvîoa maj be set. L^oubli peot être compté parmi nos crimes. Sur ie couronnement de Charles II ^ par Drjdea*
PREFACE. XtX
sauvages, jusqu'à mourir pour les sauver; amour sans réserve et sans bornes , parce que la perfection où l'homme social est appelé n'en a point.
Les doctrines philosophiques toutes négatives, ou, ce qui est la même chose , toutes destructives , ont pour principe général la souveraineté de rhomitie.L'homiïie qui se déclare souverain se constitue , par cela seul , en révolte contre Dieu et contre tout pouvoir établi de Dieu. Or , qui se ré*volte 9 hait ; la haine est donc le sentiment général qu'enfantent les doctrines philoso^ phiques.
Et qui pourrait en douter après notre ré^ volution? Que s'est-il passé depuis trente ans ? Qu'apercevons-nous encore ? Ces passions qui se remuent, ces soulèvemens, ces forfaits inouïs, n'est-ce pas la haine dans ce qu'elle a de plus violent et de plus
XX PRÉFACE
atroce ? Haine de Dieu , on voudroit abolir^ non-seulement sa religion , son culte , mais jusqu'à son nom ; haine des prêtres, qu'on calomnie, qu'on insulte, qu'on opprime dans l'exercice de leurs fonctions, et que dëjà ccr-, tains hommes proscrivent en espérance ; haine des Rois, des nobles, des institutions établies ; haine de toute autorité , haine de l'ordre , et dès lors amour de la licence , et haine de la liberté qui n'existe que sous le règ^e des devoirs, lorsque tous les droits et principalement ceux du souverain Être sont reconnus et respect es î haine des lois qui conservent la paix en réprimant les passions; haine des magistrats qui défendent ces lois; haine dans l'État, dans la famille (i); haine universelle qui se manifeste par la rébellion,
(i) lies crimes domestiques 9 les parricides , rassassinit