‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 30 sur 64 · PREFACE. XXI · texte numérisé non relu

PREFACE. XXI

par le meurtre et par un dësir ardent de destruction.

Quelle étoit la doctrine du monstre qui vient de ravir à la France un fils, sa dernière espérance peut-être ? Cet homme dont le crime étoit toute ïdme y cet homme qui vouloit aller dormir après avoir versé le sang innocent, étoit athée (i).

Des senti mens que produisent les deux

des femmes par leurs maris, Ats maris par leurs femmes, les empoisonnemeos , le suicide , sont devenus presque aussi communs que le simple vol Tétoit autrefois.

(i) Dieu n'est qu*un mot ; il n'est jamais venu sur la terre. Celte parole est bien propre, sous plus d'un rapport , à faire naître de profondes réflexions. Dans Tesprît de ce misérable, Texistence de Dieu se lioit à sa venue sur la terre. Il n'étoit pas venu , selon lui , donc il nVxîsloit pas. Tant il est vrai qu'il faut aux peuples un Dieu réellement présent ^ do Dieu qui se soit manifesté d'une manière sensible , qui ait vécu parmi les bommes et conversé avec eux. Il n'y a point de déisme pour les nations.

XXir PREFACE.

doctrines opposées, résultent deux genres de sacrifices; le sacrifice de soi aux autres ou le sacrifice d'amour , le sacrifice des autres à soi (^ le sacrifice de haine. Mais la haine a divers degrés ; moins terrible là ou subsiste la notion de la Divinité, elle est contenue dans certaines bornes, parce qu'on reconnoit certains devoirs. Ainsi y dans les religions païennes , on sacrifioit l'honmie individuel à la société ; dans la religion phi« losophique y on sacrifie la société entière à rindividu.

Le sacrifice volontaire de chaque homme à tous les hommes , qui constitue Tordre parfait , ne se trouve que dans la religion chrétienne ; et ce sacrifice est celui de tout rhomme; sacrifice de ses opinions ou de ses pensées particulières, sacrifice desespen* chans ou de ses intérêts particuliers , sa* crifice de sa vie même , quand le bien gé-

PREFACE. tXIII

n^ral Texige. Voilà Tunique fondement d une société durable , et la société ^ en £u« rope, ne renaîtra que par la religion* Aussi le mouvement qui entraîne vçrs elle , est-il bien sensible en tous ceux que des principes de vertu et de nobles sentimeos ^ attachent encore à Tordre social. Ce moU"vement croîtra de telle sorte , que partout il se formera comme deux peuples dans I4 même peuple ^ Tun s'enfonçant de plus eu plus dans le mal, l'autre s'élevant dans I9 bien de plus en plus j et si les gouverne* mens persistent à chercher le salut dans les concessions faites à ce qu'on appelle les lumières du siècle ^ c'est-à-dire aux opinions et aux passions individuelles , s'ils refusent de s'allier sincèrement à la religion , d^ la fondre dans toutes les institutions de TÉtat, le monde politique tombera dans une effroyable confusion p et il n'existera plu^

XtrS^ PRÉFACÉ.

d'autre société que l'Église, parce qu'il n'existera plus d'autorité et d'obéissance^ de vérité, d'amour, et d'esprit de sacrifice qu'en elle.

Et qu'on ne s'y trompe pas, la religion qui seule peut nous sauver , n'est pas cette vague religion chrétienne que nous vantent quelques rêveurs, mais la religion catholique, hors de laquelle le christianisme n'est qu'un nom. De quoi s'agit-il ? de reconstitue]^ la société politique à l'aide de la société religieuse qui consiste dans f union des esprits par F obéissance au même pouvoir.

V Les sociétés protestantes qui ne recon- A noissent point de pouvoir spirituel, d au- » torité vivante ayant droit de comman- » der la foi , de porter des lois obligatoires, » mais qui laissent chacun juge de ce qu'il » doit croire et de ce qu'il doit faire ^ n% >i sont donc pas une société. Elles consti^

PEEFACË. XXV

» tuent Tesprit dans une indépendance ab-

» solue , et rÉcriture , livrée à Tinterpréta-

« tion de la raison particulière, variable

» en chaque homme j ne lie pas plus que

» la raison elle - même. C'est en religion

^ rétat de nature , c'est-à-dire, Tabsence

» de tout gouvernement, de toute loi, de

n tout tribunal , de toute police , et par

» conséquent la destruction de toute so-

w ciété.

c< L'Église grecque, si l'on peut donner ce » nom commun à une multitude d'Églises w indépendantes, l'Église grecque admet » un pouvoir, mais un pouvoir particulier, » et même elle confond , surtout en Rus- » sie(i), le pouvoir politique et le pou-

(i) Da Pape, ton). I, p. 91. On trouve dans cet evcelleni ouvrage de M. le comte de Maîstre , des détails extrêmement

curieux sur TEglise russe.

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