‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 3)Chapitre 53 sur 64 · ESSAI SUR L ISTDIFFERE^CE · texte numérisé non relu

ESSAI SUR L ISTDIFFERE^CE

pent j notre raison s'éclaire ci se fortifie » nom corps même se conserve; nous croyons et nous vivons; et forcés de croire pour vivre un jour , ncus nous étonnerons qu'il faille croire aussi pour vi^re éternellement !

Lorsque notre esprit paroit le plus indcpeiidarit, lorsqu'il examine; juge, raisonne , il obéit encore à la loi de 1 autorité , et il n'est même actif que par la foi ; car pour agir il faut vouloir, et point de volonté sans ci-oyance. Comment la ratson pourroit-elle opérer avant d'être? Et qu'est-ce que- la raison, si ce n'est la vérité connue? Une intelligence qui ne connoîtroit rien , que seroitelle? Cherchez dans cette nuit un objet que h pensée puisse saisir. Vous ne trouvez , vous ne voyez que des ombres , parce que la vérité , la lumière n'y est pas. Dieu la retient en lui-même ; et CCS organes si parfaits , ce corps plein de grdice et de majesté que sa main vient de former avec coipplaisance, ce n'est pas l'homme encore ; nuis tout à coup la parole l'anime. Que l'intelligence soit ! et l'homme fut. Dès lors , sans pouvoir s'en défendre , et par une invincible née»siié dêtre, il croit à la vérité que le témoignage lui révèle , et prend par la foi possession de l'existence.

Tel est Tordre établi par le Créateur; nous ne

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pouTons l'altérer; il est au-dessus de nos atteintes. Cependant la vëritë reçue dans notre intelligence , n'y demeure pas stérile ; cultivée par la réflexion j elle se développe y elle fructifie; de nouvelles idées paroissent, et nous les jugeons vraies ou fiiusses, selon 4a nature des rapports que nous apercevons înlre elles et les vérités primitives : juger n'est lutre chose que comparer des idées nouvelles à les idées déjà existantes en nous , et qui n'ont pu elles-mêmes être jugées , puisqu'elles n'ont pu être comparées à rien d'antérieur. Ainsi ^ pour nous , la vérité , ce sont nos idées premières , et l'erreur , tout ce qui n^est pas compatible avec ces idées; la logique y qui nous apprend à faire avec méthode ce discernement , n'est que la théorie de la foi.

Rappelée à son origine y la raison humaine s'affermit inébranlablement. On la voit y si je l'ose dire y étendre ses fortes racines jusque dans le sein de Dieu. C'est là qu'elle puise la vie. Nous naissons à l'intelligenoe par la révélatioii de la vérité; et les vérités premières, rc^pbsant sur le témoignage de Dieu , bu sur une autorité infinie , ont une certitude infinie (*). Elles constituent notre

(^ Les idées les plus clairei^ontëtë teHement obscardles dans ce siècle philosophique , quUl est nécesMure de répondre ici à une question que nous ^vons «entendu pro-

§4 XSSAl SUR l'indifférence

raison y qui ne peut être conçue sans elles ; et réié lées originairement par la parole , elles se transmet* tent paiement par la parole ; donc dans la société » et seulement dans la société , parce que la ymté i qui est le bien commim des intelligences , doit être possédée en commun par elles ; et aucune intelli* gence ne pouvant exister qu'à Faide de certaina yérités nécessaires ^ on doit retrouver ces vérita dans toutes les intelligences , et le témoignage pir lequel elles se manifestent n a pas moins de certitude que le témoignage de Dieu , parce qu au fond il n'en diffère pas.

De même notre raison , en tant qu'active , ayant été créée de Dieu pour une fin qui est la connoissance de la vérité , la raison générale ne saiiroit errer 9 ou ne .pas atteindre sa fin : donc le témoignage universel est infaillible.

Ainsi la vie intellectuelle , comme la vie phy-

ipojbr quelquefois. Dieu pouvoit-îl tromper Tbonmie oa lui réréler l'erreur ? Il y a contradiction dans les termes mêmes ; car on ne rérèle que ce qui est, et rerreur nî^est pas. Qu'cm se représente Tâme humaine comme une ctpacité vide : demander si Dieu y pouvoit mettre Verreur, c'est demander s'il pouvoit n'y rien mettre, ou laisser rintelllgence dans le néant ; c'est demander s'il pouvoit h la fois créer et ne pas créer. L'erreur n'est que la négation d'une vérité connue , une destruction ; que voolovous détruire là oli il n'existe rien ?

£N UATIÈRE DE EBLIOIOIT. q6

AÎquCy dépend de la sociëté^i a toat reçu et conaerve tout par ces deux grands moyens , l'autorité et la foi , conditions nécessaires de l'existence. Premièrement ^ société avec Dieu , principe de la vérité, source étemelle de l'être; secondement, société des intelligences créées, que Dieu a unies entre elles, comme il les a unies à lui-même, et par les mêmes lois. Nous n'avons de vie , de mouvement , d'être enfin qu'en lui (i ) : noble émanation de sa substance, notre raison n'est que sa raison, comme Botre parole n'est que sa parc^e. Oui, nous sommes quelque chose de grand , et je commence à comprendi*e ce mot : « Faisons l'homme à notre image s et à notre ressemblance (2). » JFaisons : il y a ici délibération , conseil , quelque haute et secrète société , dont la parole encore est le \\ea ; et je me demande , que seroit donc l'homme seul , l'homme aépàxé de ses semblables et. séparé de Dieu ? Je vois son être qui le fuit de toutes parts ; plus de «certitude, plus de vérité, plus de pensée, plus de parole; fantâme muet !.... Non, il ri est pas bon que V homme soit seul (S).

(1) In ipso enim yîvlmu9 , et niovemur, et sumus» Ad. XVir, a8.

(a) Facîamus liominem ad imagmcm et slmîlitudmeni nostram. Gen. 1,26.

(3) Non estbonom esse hominem solum. lèid. II> ig.

^6 • ESSAI SUR l'iT^DIFFERENGE

Et quand nous parlons de lliomme , il faut en* tendre que les mêmes lois naissent toutes les intelligences. Aucun être fini n'a en soi la lumière qui doit Téclairer y et le plus élevé des esprits célestes, n'existant non plus que parce qu'il croit, n'est pas moins passif que l'homme en recevant h vérité, et pour lui comme pour nous, la certitude n'est qu'une pleine foi dans une autorité infùUible.

Ne rougissons donc point de nous soumettre i cette sublime autorité , sous laquelle ploient les anges mêmes , et qui régne encore plus haut. L'univers matériel lui obéit, et ne la connoit pas. Une voix a parlé aux cieux, et les astres dociles redisent incessamment , dans tous les points de l'espace, cette grande parole qu'ils n'ont point entendue. Pour eux l'autorité n'est que la puissance; mais , pour les êtres intelligens qui vivent de vérité et doivent concourir librement à Tordre, die est la raison générale ^ manifestée par le témoignait ou pai* la paivle. Le premier homme reçoit les premières vérités , sur le témoignage de Dieu raison suprême, et elles se conservent parmi les hommes, perpétuellement manifestas pjir le témoignage universel , expression de la raison générale. La société ne subsiste que par sa foi dans oes vérités, transmises de générations en généra-

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tioofi comme la vie , qui s eteindroit sanB elles , Cransmise» comme la pensée , puisqu'elles ne sont que la pensée même reçue primitivement et perpétuée par la parole. Se roidk' contre cette grande loi , c'est lutter contre l'exist^ice ; il faut y poilr #'en aOranchir , reculer jusqu'au néant. Créatures 0uperbes qui dites, Nous ne croirons pas, descendez donc. £t nous , guidés par la lumière que repousse votre orgueil , nous nous élèverons jusque dans le sein du souverain Etre, et là encore nous retrouverons la loi qui vous humilie ; car la vérité n'est en Dieu même que l'étemelle raison manifestée par le témoignage du Verbe, et la certitude divine n'est qu'une foi infinie en oe témoignage ëiemellement rendu et éternellement cru ; et la religion ^ qui nous unit à Dieu en nous faisant participer à sa foi et à son amour , n'est encore , dans ses dogmes , que ce témoignage traduit en notre langue par le Verbe lui-même revêtu de notre nature f ou la mai|iFestation sensible de la raison uni^ verselle; en sorte que si nous voulons y être attentifs, nous comprendrons que Dieu, avec sa toutepuissance, ne nous pou voit donner une plus haute certitude ^des vérités que son fils est venu nous révéler, puisqu'd ne les connoit, ou ne se connoît lui-même que par une semblable révélation. Mais l'ordre des idées ne nous permet pas en ce 2. 7

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moment d'arrêter nos regards sur ces magnifiques harmonies , qui ravissent de joie l'intelligence. Ayant d'admirer par quels moyens la religion a ^të établie et se coÉterve , nous devons prouver qu'il en existe nécessairement une véritable. Cette tâche sera facile ^ maintenant qu'ayant placé la raison humaine sur sa base , nous savons comment on peut reconnoître avec certitude la vérité. Nous ne la demanderons pas à l'esprit de l'homme , mais à la raison de la société. Nous interrogerons les croyances, les traditions du genre humain , nous constaterons ses décisions ; et s'il se présente un contradicteur ^ ouvrant devant lui deux voies, dans Tune • desquelles il faut absolument marcher , la voie solitaire et ténébreuse du jugement individuel, qui aboutit au néant, et la voie sociale de 1 autorité , qui èonduit à la vie &ti à Dieu même , pour toute réponse nous lui dirons : Choisissez.

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