‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 4)Chapitre 17 sur 23 · VOILA L'HOMME · texte numérisé non relu

VOILA L'HOMME

Oui, le voilà dans toute sa misère, dans toute sa foiblesse, dans les souffrances du corps , dans les angoisses de l'âme , dans la détresse et l'abandonnement , dans l'opprobre et la dérision , dans la vanité de ses grandeurs , dans le tourment de ses pompes^ qui ne recouvrent que des plaies , dans l'agonie de sa puissance , dans le néant de sa vie. Est-ce bien là cet être déchu que poursuit une justice inexorable? reconnoissez-vous le fils d'Adam? Oui , encore une fois , le voilà revêtu des dons de son père, et en pleine possession de son héritage. Je me trompe, il lui reste un dernier legs^à recueillir. Ecoutez ce cri qui s'élève : Qu'on le crucifie! L'homme rap-

(i)Isa., LUI, 5 et 4.

400 • ESSAI SUR l'iM DIFFÉRENCE

pelle à rhomme son arrêt, et prononce sur lui la malédiction qui doit le suivre jusque dans la mort (i).

Ainsi Jésus-Christ, exempt de péché, a voulu porter la peine du péché , et réiinir en lui tout ce qui appartient à la nature humaine «qu'il yenoit réparer. Et pour entendre en quoi consiste cette grande régénération, et de quelle mahîère elle s'est accomplie , considérons l'homme à son origine, voyons ce que renferme le crime qui le sépara du Créateur, et ne craignons point de sonder cet abîme que la miséricorde divine a comblé.

Ce qui fait l'essence du péché , c'est la désobéissance à Dieu; et dans le péché de notre premier père , nous trouvons une désobéissance complète de l'homme , de sorte que , dégradé jusqu'au fond de son être, il ne resta plus en. lui rien de sain.

L'orgueil , principe de tout mal , corrompt d'abord son esprit rebelle. Il écoute cette parole funeste : Vous serez comme des Dieux (2) : il s'égale au Tout-Puissant 5 il cesse de reconnoître

(1) Christus nos redemit de maledicto legis, factus pro nobis maledictuin : quia scriptum est : Alaledictus ouiqU qui peodet in ligne. Ep. ad Galat, III ^ i5.

(a) Erîtis sicut dii. Gènes,, III , 5.

sa souveraineté ; et puni aussitôt , il perd Tempire qu'il exerçoit sur les créatures que Dieu lui a voit soumises , et sur lui-même. Condamné à subir tous les genres de servitude, esclave du Prince des ténèbres qui Ta séduit, esclave de ses propres penchans , de ses appétits les plus vils, il descendra si bas , qu'au delà il ne verra rien; et cependant inquiet, tourmenté, il essaiera de descendre encore. Où va-t-il ? Que veut-il ? Il cherche, au-dessous du désespoir , je ne sais quelle affreuse joie qui saisira son intelligence aliénée , et alors on Tentendra se dire : Il n'y a point d'autre Dieu que moi !

De If corruption de l'orgueil naît la corruption des désirs , et le cœur à son tour se déprave. Vos yeux s'ouvriront ; vous serez comme des dieux j sachant le bien et le mal (i). A cette promesse flatteuse , la curiosité s'éveille. Ce n'étoit pas assez de l'innocence et du bonheur; l'homme aspire à la science, il entreprend de ravir à l'Eternel son secret. Le châtiment suit de près. La honte et la crainte s'emparent du coupable (2). II voudroit se cacher de Dieu , se cacher de lui-

même ; et de tout ce qu'il ignoroit il n'a encore

(1) Aperientur oculi vestri : et eritis sicut dii, scientes boQum et malum. Ibid.

(2) Ibid., 7 et seqq.

appris à conuoitre que le remords. Sa raison s'obscurcit et s'cgarc ; il se demandera ce que c est que le vrai, ce que c'est que le faux , et il ne saura que répondre. Son jugement et ses passions l'abusent de concert > l'abusent sans cesse. Il se fatigue à poursuivre des ombres; il s'enfonce dans toutes les voies , et nulle part il ne trouve de repos. Regardez cet être déchu ; une sombre ardeur l'agite ; au fond de son âme est un regret immense ; il a perdu quelque grand l)ien, il en a comme un souvenir confus 5 et le voilà qui remue avec un travail opiniâtre les ruines de son intelligence , les ruines de son cœur; il espère découvrir parmi^es débris la science que lui promit l'Esprit de mensonge, et il ne trouve que le doute , l'incertitude, l'erreur, des désirs dévorans qui le consument, une image trompeuse du bien , la terrible réalité du mal.

Au moment où l'orgueil et la curiosité dégradent ses facultés les plus nobles ^ la convoitise achève de le corrompre. Le fruit auquel il lui étoit défendu de toucher lui paroît bon à manger^ et beau à voir^ et 4' un aspect délectable (i). Il se laisse vaincre à ses sens, à l'attrait du

(i) Yidit... quod bonum esset lignum ad vescenduin , etpulchnim oculis , aspoctuque delectabile. /W., 6.

plaisir qui le tente : de là sortiront les souffrances 5 la maladie , les angoisses , Tagonic , la mort; et cette mort , où il arrive par un chemiii de douleur , sera éternelle comme son crime , comme la justice qui le punit, éternelle comme Dieu même.

En vain Ton se feroit illusion , tel est notre état : il n'est pas un de nous qui ne sente en soi cette triple corruption dont la nature humaine fut infectée dans sa source (i). Interrogez votre père j et il vous instruira ; vos ancêtres y et ils vous diront (2). L'homme sait qu'il est tombé , qu'il porte la peine d'une faute antique, et toutes les générations répètent les plaintes du fils de Syrach.

« Un joug pesant accable les enfans d'Adam , » depuis le jour où ils sortent du sein de leur » mère, jusqu'au jour de leur sépulture dans le » sein de la mère de tous; les pensées" de leur » esprit , les appréhensions de leur cœur , » l'attente de ce qui arrivera , et le jour qui finit » tout : depuis celui qui est assis sur un trône

(1) Omne quod est inmundo, ooncupiscentia carnis est et ooncupiscentia oculorum, et superbia vit». Ef>. I Joan, II f 16.

(2) Interroga patrem tuum , et annuntiabit tibi ; majores tuoi et dicent tîbi. Deuteron,, XXXII j 7.

4o4 ESSAI SUR L*[NDIFFéKENC£

» de gloire, jusqu'à celui qui est couché sur la » terre et dans la cendre ; depuis celui qui est » vêtu de pourpre et ceint du diadème, jus- » qu'à celui que recouvre un lin grossier , la fu- » reur, la jalousie, l'inquiétude, l'agitation, les » querelles , la colère opiniâtre , les transes du » trépas , bouleversent son âme dans le lit » même , pendant le sommeil de la nuit , au » temps du repos. Il n'a que peu de repos, » presque rien ; et ensuite , dans le sommeil » même, il est comme une sentinelle qui veille. » Il se trouble dans les visions de son cœur , » comme un homme qui échappe à l'ennemi » au jour du combat. C'est là le sort de toute » chair ; et déplus la mort^ le sang, la guerre , » l'épée, l'oppression, la famine , et la ruine, et » tous les fléaux (i). »

(i) Jugum grave super filios Adam, à die exitûs de ventre matris eorum , usquc in dîem sepulturœ , in matrem omnium. Gogitationes eorum , et timorés cordis , adinventio exspectationis, et dies finitionis : à résidente super sedem gloriosam , usque ad humîliatum in terra et cinere : ab eo qui utitur hyacintho , et portât coronam, usque adeum qui operitur lino crudo , furor, zelus, tumultus , fluctuatio , et timor mortis , iracundia pcrseverans , et cor^tentio, et in tempore refectionis, in cubîli somnus noctis immutat scientiam ejus. Modicum tanquàin nihil in requie, et ab eo in somnis, quasi in die respec-

EN UATIÈBE DE RELIGION. c\oh

Condition désolante! et cependant Teffet le plus terrible du péché , ce ne sont pas ces calamités passagères , ces maux qui s'endorment dans la tombe : à peine sorti du temps, l'homme coupable se réveille ; il se réveille dans l'éternité , loin de Dieu , loin de la lumière , loin de toute espérance. Une immobile douleur pèse sur lui sans fin. Il sait ce qu'il vouloit savoir, le bien et le mal ; et cette science, qu'il n'épuisera jamais , c'est le secret du désespoir , et les mystères du remords.

Telle eût été sans la Rédemption , l'inévitable destinée de tous les enfans d'Adam ; et de là Ton peut comprendre quelle reconnoissance, quel amour est dû à celUi qui les a rachetés. Une infinie miséricorde est venue au secours d'une misère infinie. « Dieu a tant aimé le monde , qu'il » a donné son Fils unique , afin que quiconque » croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie » éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans » le monde , pour juger le monde , mais pour » que le monde soit sauvé par lui (i). »

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tûs. Conturbatus est ia irîsu cordis sui, tanquàm qui evaserit in die bclli.... Gum omnî carne , ab homine usque ad pecus, et super peccatores septuplum. Ad ^haac mors , sanguîs, contcntio , ctromphœa, oppressiones ;, famés, et contritio, et flagella. Ectlesiast.^ XL s i et seqq, (t)Sic Deus dilexit mundum,ut Filium suumunigeni-

.4O6 ESSAI SUR l'indifférence

Substitué à riuimanité tout entière. Jésus- Christ 5 en s'immolant , a satisfait pour elle à la justice divine, qui exigeoit une victime d'un prix infini. Il nous a délivrés de la mort . et de l'esclavage des Principautés et des Puissances deYen-fer^ abolissant y dit saint Paul, le décret de notre condamnation j et l'attachant à la croix (1). Rédempteur de l'homme condamné , réparateur de l'homme dégradé , il est encore le modèle de l'homme parfait , et la source de toutes les grâces par lesquelles nous pouvons, en suivant ses préceptes , et en imitant ses exemples , rétablir en nous l'image de Dieu, que le péché avoît effacée (2). Voilà ce que le Christ a fait pour nous. Entrons dans les pensées de réternelle

tucn darct : ut omnis qui crédit in eum non pereat ^ sed Iiabeat vitam actcrnam. Non enim misit Deus Fiiium ?uuin in munduni , ut judicet niundum, sed ut salvetur mundus per ipsum. Joan,^ II ^ 16, 17.

(1) Et vos, cùm mortui essetîs in dolictis...., convivificavit eum illo, donans vobis omnia delicta; delens quod adversùs nos erat chirograplium decreti , quod erat contrarium nobis^ et ipsum tulitdemedio, afïigcnsillud cruci; et expolîans princîpatus, et potestates , traduxit confidenter, palàm triuraphans ilios in somclipso. Ep. ad CoL 11^ i5, 1 5.

(a) Ëxpoliantes vos veterem liomincm eum actibus suis , et induentes novum ,eum qui renovatur in agnitionem, secundumimagînemejus quicreavit Whim. Ih., III ^Çi et 10^

sagesse, et contemplons ses voies dans l'œuvre merveilleuse de notre régénération.

Les volontés de Dieu , toujours conformes à la souveraine raison , constituent Tordre ; et le désordre ou le péché n'est dès lors, nous lé répétons , que la désobéissance à ce que Dieu commande, ou l'opposition de la volonté libre de la créature à la volonté de Dieu. Mais, la volonté de Dieu étant Dieu même, s'opposer à sa volonté , c'est non seulement se séparer de lui, non seulement s'élever au-dessus de lui , c'est encore, autant qu'il se peut , attenter à son être ( i ) ; et le péché seroit impossible, si l'ordre qu'il trouble n'étoit rétabli par le oJiâtiment. Ainsi la créature demeure à la fois libre et soumise à

(î) Tel sera , comme saint Paul nous l'apprend , le caractère de l'homme de péché , dont la venue annoncera las dernière apostasie , après laquelle il n'y aura plus de temps, mais l'éternité de l'enfer et l'éternité du ciel, « Le fils de » perdition s'opposera à Dieu , et s'élèvera au-dessus de » tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu'à » s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-mêm« lî passer pour Dieu. »> 'He qiils vos seducat ullo modo : quoniam (non Veniet dies Domini ) nisi venerit discessio primùm, et revelalus fuerit homo peccati ^ filius perditionis qui adversatur , et extollitur supra omne quod dicitur Deus, aud quod coUtur , ità ut in templo Dei sedeat, ostendens se tanquam sit Deus, Ep. ad Thessal. II , 3 et 4.

4o8 ESSAI SUR l'indifférejnce

l'empire du souverain Etre. Quiconque résiste u sa bonté , plie sous sa justice : et soit qu'on envisage le péché en lui-même, soit qu'on en considère les suites i on reconnoit la vérité de ce que dit Bossuet , « qu'il n'est pas en la puis-

> sance même de Dieu qu'il y ait une misère » plus grande (i). »

Afin donc d'expier le péché de L'homme , le Verbe divin uni à notre nature , a offert pour nous une obéissance infinie. « Je suis descendu

> du ciel, non pour faire ma volonté, mais la » volonté de celui qui m'a envoyé (2). Je fais s toujours ce qui lui plaît (3). » C'est ainsi qu'il nous a réconcilia avec son Père, c'est ainsi qu'il a effacé, par une volonté parfaite, le crime de notre volonté rebelle. « En entrant dans le monde , » il a dit : Vous n'avez voulu ni d'hostie ni d'oj» blation ; mais vous m'avez formé un corps : » vous n'avez point accepté les holocaustes pour » le péché. Alors j'ai dit : Me voici 1 D est écrit » de moi, à la tête du livre, que je ferai, ô Dieu, » votre volonté. Et nous avons été, ajoute

(i) I" sermon pour le IP dimanche de TAvent.

(2) Desceudidecœlo, nonutfaciam voluntatem meam^ sed voluntatem ejus , qui misit me. Joan.y f^/, 58.

(5) Quœ placitasuntei, faciosemper. Ibid,^ Vlll^i^^ Tid. et. IbkLylVjV^'y r, 3o.

» l'Apôtre , sanctifiés dans cette volonté , par » Toblation faite une seule fois du corps de » Jésus-Christ (i). »

Dans la soumission de THomme-Dieu , dans son sacrifice, tout est au-dessus de nos pensées. Lorsqu'on médite ce profond mystère, et que , de la volonté humaine de Jésus-Christ , s'élevant jusqu'à sa volonté divine, on découvre dans le sein de l'Etre éternel, une souveraineté et tout ensemble une obéissance infinie; lorsqu'on le voit , si on l'ose dire, commander selon tout ce qu'il est, et obéir selon tout ce qu'il est, et qu'ensuite on se souvient que ces deux actes également parfaits de la puissance suprême , ont pour objet la régénération de l'homme déchu , l'esprit s'abîme dans ces merveilles , et il adore en silence la justice, la sainteté , l'amour , qui éclatent dans la Rédemption.

Mais il ne sufiit pas de l'admirer : pour en recueillir le fruit, il est nécessaire que l'homme

(i) Ingrediens mundum dicit : Hostiam et oblationem noluisti ; corpus autem aptastî mihi : holocaustomata pro peccatonon tibi pla^cuerunt. Tune dixi : Ecce venia: îii capîte libri scriptum est de me : Ut faciam , Deus, volun-

tatem tuam In qml voluntatc sanctificati sumus per

oblationem corporis Jesu Christi semel. Ep» ad Hebr. X^ 5,6, 73 10.

4 10 ESSAI srn l'indifférence

concoure à son propre salut par une obéissance libre, semblable à celle de Jésus-Christ , et par une pleine conformité de sa volonté à la volonté divine. « Tous ceux qui me disent , Seigneur , » Seigneur, n'entreront pas dans le royaume » des cieux ; mais celui qui fait la volonté de » mon Père qui est dans le ciel, celui-là entrera » dans le royaume des cieux (i). » Chacun de nous doit accomplir en soi le sacrifice du Rédempteur : sa grâce nous en donne la force; et, uni au sien, notre sacrifice devient digne du Dieu à qui nous l'offrons, et à qui le Christ luimême l'offrira éternellement.

Et pour entendre en quoi consiste ce sacrifice de nous-mêmes que nous devons à Dieu, considérons celui de son Fils. Par làjpous apprendrons encore mieux quelle expiation exigeoit le péché, et ce que le Sauveur a fait pour réparer la nature humaine.

L'homme tomba premièrement par l'orgueil: il voulut s'égalera Dieu ; et, chose remarquable> ce désir si stupide et si criminel est resté au fond de son cœur , et il se manifeste de nouveau toutes les fois que l'homme cesse de reconnoître

(i) Non omnis qui dicit inihi. Domine, Domine, intrahit in regnum cœlorum , sed qui facit voluntatem Patris mei qui in cœlis est, ipse intrabit in regnum cœlorum. Matt.^ F II, m.

EN MATIEKE DE RELIGION. /fil

une loi supérieure à sa raison; etnousTavons vu , après dix-huit siècles de christianisme , séduit encore par cette parole , Vous serez comme des dieux ^ proclamer sa divinité, se consacrer des autels, et à la face des cieux qui racontent la gloire du Très-Haut ^ lui disputer Tempire, et s'adorer lui-même.

La perfection de Thumilité expiera l'excès de Torgueil. Par un abaissement incompréhensible, le Verbe divin descendra jusqu'à nous , il se revêtira de notre chair mortelle et de toutes nos misères, il se fera homme pour effacer le péché de l'homme qui voulut se faire Dieu ; et par cet ineffable anéantissement , qui forme l'esse^nce du sacrifice volontaire , non seulement il satisfera pleinement à la justice divine , ce qui étoit évidemment au-dessus du pouvoir dé l'homme , mais encore il confondra l'orgueil même du Prince de l'enfer , en montrant que ce que sa haine jugeoit impossible* l'amour infini peut

l'effectuer. L'ange rebelle avoit vaincu l'homme en le flattant d'être Dieu , et l'esprit séducteur sera lui-même vaincu , et l'homme sera sauvé par l'Homme-Dieu.

Tout ce qui blesse l'orgueil, Jésus-Christ a voulu l'éprouver. Roi par le droit de sa naissance , il s'est réduit à la plus humble condition. N'est-ce pas làj disoient les Juifs , le fils^du

4ia ESSAI SUR L INDIFFERENCE

charpentier [\)? Il partage, en venant au monde, kl demeure des animaux , parce qu'il n'y av9it point de place pour ses parens dans l'hôtellerie (2). Une crèche , un peu de paille , quelques langes, Toilà les richesses , voilà la pompe du Libérateur des hommes. Pendant trente ans il vit du travail de ses mains dans une obscurité profonde. Il en sort pour exercer la charge du Messie, pour prêcher la pénitence et annoncer le salut au peuple ; et son dénûment croît à mesure que ses fonctions s'élèvent. Les renards ont leur tanière et les oiseaux du ciel leur nid; mais le Fils de l'Homme n'a pas ou reposer sa tête (3). Pauvre jusqu'à la fin , il reçoit tout de la charité, et le pain qui le nourrit , et les vêtemens qui le couvrent , et le linceul dans lequel on l'ensevelit. Il se soumet encore à une humiliation plus grande : lui qui est le Saint par excellence , lui qui doit écraser la tête du serpent, il souffre que le Démon le tente , a/IH d'être en tout semblable à ses frères (4). 0 Jésus l c'en est trop, arrêtez-

(1) Nonne hic est fabri filius? Matt.j XIII ^ 55.

(2) Quia non erat cis locus in ûiversono. Luc^ II , 7.

(3) Vulpes foveas habent, et volucres cœlî nidos : Filius autcm hominis non habet ubi caput rcclinet. Matt/t.^

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