‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 4)Chapitre 18 sur 23 · FUI · texte numérisé non relu

FUI

(4)Debuitper omnia fratribus similari, ul miscricors

EN MATIÈRE D£ KEUGION. 4^3

VOUS : notre orgueil n'est-îl donc pas assez expié, assez confondu? Non , tant qu'il restera quelque opprobre à subir , THomme-Dieu ne sera pas satisfait ; il manquera quelque chose à la plénitude de son sacrifice. Il faut qu'il recueille, pour prix de son amour , le mépris et la calomnie ; il faut qu'on le représente comme un séducteur (i) , comme un homme de bonne chère et qui aime le vin (2), comme un ministre de Béelzebub (3) ; il faut qu'il soit livré à l'insulte, à la dérision, traité comme un insensé (4) j moqué, outragé , maudit par la populace , et enfin qu'il meure du supplice des scélérats , au milieu des railleries et des exécrations d'un peuple entier. Le sacrifice est-il complet? De la droite du Père au sommet du Golgotha, la distance est-elle assez grande , et le Fils de Dieu a-t-il assez descendu? Vous qu'il racheta par son abaissement , apprenez à vous abaisser à son exemple; car

fieret.... In co enim, in quo passus est ipse et tentatus , potens est eis , qui tentantur , auxiliari.... Tentatum autem pcr omnia pro similitudine absque peccato. Ep. ad Hebr. II, 17, 18, et /r, 16.

(1) Joan., l^II, 12.

(2) Homo vorator et potator vini. Matth., XI , 19. (3)Ibid.,XII, 24.

(4) Luc, XXIIl, 11.

4i4 £s^^i ^^^ l'indifférence

cette étonnante expiation est aussi un modèle qui vous est offert , et une leçon qui vous est donnée. ^'Ayez en vous, nous dit TApôtre, >» les sentimens qui ont été ceux de Jésus-Christ, » qui , égal à Dieu , s'est anéanti lui-même en » prenant la forme d'un esclave, en se rendant » semblable aux hommes , et se faisant recon- » noître pour homme par ce qui a paru de lui au » dehors. 11 s'est humilié lui-même , se rendant » obéissant jusqu'à la mort , et la mort de la » croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé, et lui a » donné un nom qui et au-dessus de tout nom, » afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse » dans le ciel , sur la terre et dans les enfers , » et que toute langue confesse que le Seigneur » Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le » Père (i). »

(i) Hoc sentitein vobis , qiiodet in Christo Jesu : qui cùm in forma Dei esset , non rapinam arbitratus est esse se œqualcm Deo :sed semetipsum exinanivlt formam servi accipiens, in similitudinem hominum lactus, ethabitu inventus ut homo. Humîliavit semetipsum factus obedîens usquc ad mortem, mortem autem cruels. Propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi nomen , quod e»t Auper omne nomen : ut in nomine Jesu omne genu ilectatur cœleslium^ terrestriuni, et infernorum ; et omnis lingua confileatur, quia Domiiius Jésus Chrislus in gloriû est Dei Patris. Ep, adPhilipp, II , 5 — lo.

11 n y a point à hésiter : Timmolation de l'orgueil est le premier acte de la vie chrétienne , le fondement de notre régénération , et Thomme ne commence à se retrouver qu'en prononçant en lui-même qu'il n'est rien. Cet intime anéantissement , qui renferme une pleine reconnoissance de la souveraineté du seul Etre existant par lui-même , est l'état naturel de toute créature devant Dieu jflfeplus encore celui d'une créature déchue ; laseulemeilt elle est dans l'ordre. Plus elle s'abaisse, plus elle se rapproche de la perfection de l'Homme-Dieu, plus elle se rend digne d'entrer comme lui dans la gloire du Père ; « car celui qui s'élève sera humilié , et celui qui » s^iumilie sera élevé (i). » Et maintenant plaignez-vous d'être abject aux yeux du monde, plaignez-vous du mépris , du dédain , de l'opprobre ; plaignez-vous de votre grandeur !

L'orgueil avQit rompu la société entre l'homme et Dieu ; le sacrifice de nous-mêmes la rétablit : il nous replace au rang de ses sujets ; nous redevenons ses enfans , par notre union avec son Fils (2), qui est tout ensemble et notre ■ ■ ■ ■ ■■ ■ . . .

(1) Qui autem se exaltaverit, humiliabitur ; et qui se humiiîaverit, exaltabitur. Matt,^ XXIII ^ 12.

(2) Quotquot autem receperunt cutn, dédit eis poteslatcm filios Dei fier! , his qui predunt in nomine ejus :

4l6 ESSAI SUR l'indifférence

frère et notre chef. Nous n'avons d'autre volonté que la sienne, comme il n'a lui-même d'autre volonté que celle de son Père ; et par une parfaite obéissance à cette volonté parfaite , s'accomplit ce que disoit le Christ : « Je leur ai » donné la gloire que vous m'avez donnée , afin 3 qu'ils soient un comme nous sommes un. Je 3 suis en eux , et vous en moi , afin qu'ils soient » consommés en l'unité , et «Bb monde con- » noisse que vous m'avez envoyé , et que vous » les avez aimés comme vous m'avez aimé (i). » Quel est l'homme qui , en méditant des vérités si élevées au-dessus du sens humain, pourroit n'y pas reconnoître la pensée de Dieu même, l'ordre éternel qu'il a établi? Lorsqu'avec une douce puissance elles commencent à s'emparer de votre entendement, ù pénétrer votre cœur, est-ce que vous ne vous sentez pas comme re- . nouvelé dans tout votre être? Doctrine étonnante, doctrine sublime , et doctrine cependant que les plus simples esprits ont conçue ! Cette

qui non ex sanguinibus, neqiic ex voluntatc Garnis , nequc ex voluntate viri, sed ex Deo nati sunt. Joan,, /, 12, i5. (1) Ego claritatem, quam dcdisti mihi , dcdi eis ; ut sint unum , sicut et nos unum sumus. Ego in eis , et tu in me ; ut sint consummati in unum ; et cognoscat mundu» quia tu me misisti , et dilexisti eos , sicut et me dilexisti. Joan.j XV II 5 214, 25.

EN matieue de religion. 4*7

créature qui n aimoit , qui ne voyoit, qui ne cherchoit qu'elle , ne doit plus se chercher , se voir en rien : sa vie entière doit être un sacrifice perpétuel; et remarquez que ce sacrifice, fondement de la société divine , est également la base de la société humaine. L'orgueil ou l'amour désordonné de soi sépare l'homme de ses semblables , comme il le sépare de son auteur. Il détruit le pouvoir en détruisant l'obéissance; il brise tous les liens sq^^iaux. Quiconque est luimême son Dieu , veut être aussi son roi. Alors il n'existe ni droits, ni devoirs; la force seule commande ; ses caprices , voilà l'unique loi. Le souverain qu'elle fit hier, elle le renverse aujourd'hui : un autre le remplace ; son sceptre c'est l'épée ; tous ploient sous elle , nul n'obéit. On lit la terreur sur le front du maître , et la haine dans l'œil de l'esclave. Quelquefois , se dressant tout à coup, il secoue ses fers avec fureur, et réclame à grands cris sa souveraineté ; et le moment d'après il se courbe sous une plus dure servitude.

De l'esprit de sacrifice , de lui seul , naît la société véritable : il fait les sujets comme il fait les rois. Il n'en coûte point d'obéir à ceux qui ont entendu et goûté cette parole : « Si quelqu'un » veut venir avec moi, qu'il renonce à soi-même, » qu'il porte sa croix tous les jours , et qu'il me 4. 27

4l8 ESSAI SUR l'indifférence

V suive (i)- » En se renonçant ainsi , on ne vit plus, à l'exemple de Jésus-Christ , que d'une vie de dévouement, se rendant, s'il le faut, obéis-^ tant jusqu'à la mort y pour le salut de ses frères , pour maintenir dans la société du temps , une fidèle image de l'ordre qui régnera sans fin dans la société étemelle. Et , chose admirable, c'est par cette noble obéissance que nous sommes délivrés de l'esclavage où gémissent les enfans d'Adam, les hommes d'orgueil ; elle nous rend la vraie liberté. Dès que nous abjurons la souveraineté de nous-mêmes, nous ne dépendons plus que de Dieu , il est notre unique maître, ainsi que l'Apôtre nous l'apprend : a Que tous soient » soumis aux puissances supérieures ; car il n'y » a point de puissance qui ne soit de Dieu ; c'est 1 lui qui les a ordonnées. Celui donc qui résiste » au pouvoir, résiste à l'ordre de Dieu. Le prince » est le ministre de Dieu pour le bien. Il est • donc nécessAÎre que vous soyez soumis non » seulement par la crainte du châtiment \ » mais par un devoir de conscience. Rendez à » chacun ce qui lui est dû : le tribut , à qui vous » devez le tribut ; l'impôt , à qui vous devez

(i) Dicebat autem ad omoes : Si quis vult post me venire abneget semetipsum, et toUat crucem suam quotidien et sequatur me. Luc^ IX, 23.

» i'impôt , la crainte , à qui vous devez, la » crainte ; l'honneur , à qui vous devez Thon- » neur- Ne demeurez redevable envers per- » sonne 9 excepté de Tamour qui est toujours *» dû ; car celui qui aime le prochain accom- * plîtla loi (i). »

Jésus-Christ , modèle du sujet dans son obéissance à son Père, est aussi , dans le pouvoir qui lui est confié , le modèle d;u souverain. « Vous j> savez que les princes d^es nations dominent » sur elles , et que céux^qui sont les plus grands » exercent sur elles la puissance. Il n'en sera pas » ainsi parmi vous : mais que celai qui voudra » être plus grand parmi vous , soit votre servi- » teur ; et que celui qui voudra être le premier^ M soit votre esclave : carleFilsderHomme n'est » point venu pour être servie mais pour servir

( i) Omnîs anima potestatibus sublîmioribus subdita sit: non est enim potestas oisî à Deo : quae autem sunt, à Deo ordîaatae suot. Itaque qui resistit potestati, Dei ordiaationî resistit. .. Dei enim minister est tibi ( prînceps) in bouum. .. Ide6 necessitate subditi estote , non solùm propter Iran), sed etiam propter conscientiam...! Redditeergo omnibus débita : cui trlb^tum , tributum : cui vectigal , vectigal : €ui timorem, timorem : cui honorem, honorcm. Nemini quidquani debeatis , nisi ut invicem diligatis : qui enim diligit proximum, legem implevit. jE/?. ad Rom, XI H, 1 et segq.

» et donner sa yie pour le salut de la inultin tude (i). »

Ainsi la société ne subsistant que par l'abnégation que fait de soi chacun de ses membres , elle n'est, pour ainsi parler , qu'une sainte hiérarchie de sacrifices. Le ministre de Dieu reçoit tout dfe lui, et ne reçoit rien pour lui-même. Jl n'est le premier qu'à condition d'être le serviteur de tous; il doit au peuple qu'il lui est ordonné de conduire , plus que l'esclave ne doit à son maître; il lui doit jusqu'à sa vie même. Oui, le trône n'est qu'un autel où l'Homme -Roi s'immole pour le salut de la multitude. Et lui aussi connoit le poids du manteau de pourpre , et la couronne d*épines, et le sceptre de roseau I Nous Tavons vu montant au calvaire , et il a pu dire comme THomme-Dieu : Ebignez de moi ce calice ; cependant , ô mon Père j que votre volonté se fasse et non la mienne (2) 1

(1) suis quia principes gentium dominantur eorum ; et qui majores sunt , potestatem exercent in eos. Non ità erit inter vos ; sed quicumque yoluerit inter yos major ieri , sit Tester minister ; et qui Yoluerit inter tos primus esse , erit Tester serrus. Sîcut Filius Hominis non Tenit ministrari, sed ministrare, et dare animam suam, redemp^ tionem pro multis. M ait h, j XX , 25 — 28.

(2) Pater, siTis, transfer calicem istum à me : Terumta men non mea Toluntas , sed tua fiât. Luc, ^ XXII ^ 4^*

Toutes les fonctions sociales émanant de la royauté en portent le caractère; et, sous le christianisme, qui ôte à la domination sa dureté et à la soumission sa bassesse, s'élever c'est se dévouer davantage, et ceux-là sont grands qui, détachés de leur intérêt propre et consacrés à leurs frèrçs sans réserve^ vivent pour les servir, et meurent pour les sauver.

Le renoncement à soi-même produit ainsi Tordre général. 11 unit les hommes entre eux, et il établit dans chaque homme une paix inaltérable, cette douce paix que Jésus-Christ sur le point d^ quitter la terre promettoit à ses disciples. « Je vous laisse la paix , je vous donne ') ma paix , non comme le monde la donne. Je » vous ait dit ces choses , afin que vous aye» la » paix en moi. Vous serez opprimés dans le » monde, mais ayez confiance^ j'ai vaincu le » monde (i). » 11 l'a vaincu en effet par ses humiliations , par son anéantissement , par /'flmour du Père qui étoit en lui , et qui est souverainement opposé à l'amour du monde :

(] ) Pacem relinquo y obis , pacem meam do vobîs : non quomodû mundus dat, ego do vobis. — Hœc locutus sum robis > ut in me pacem habeatîs. In mundo pressuram habebitis : sed confidite, ego vici mundum. Joan ,XIVy •i: s et XVI, 33.

4s 2 £SSÂI SDH l'INDIFFERENCK

« car tout ce qui est dans le monde est convoi- » tîse de la chair , et convoitise des yeux , et » orgueil de la vie ; qui n'est point du Père y » mais qui est du monde. Et le monde passe , » et sa convoitise ; mais celui qui fait la volonté » de Dieu demeure éternellement (i). »

Imitons le Sauveur , associons-nous à son sacrifice , et nous vaincrons aussi le monde y et nous recueillerons l'héritage de paix que Jésus-Christ nous a laissé. Au dedans comme au dehors , c'est de Torgueil que naît le trouble.- Nous voulons être riches , puissans, posséder les dignités, les honneurs, la gloire , nous voyions être en tout les premiers. Voilà ce qui nous tourmente durant la veille , et ce qui agite encore notre sommeil. De là les vaines espérances , les regrets , les chagrins , l'envie , la défiance , la haine, et cette inquiétude secrète qui aigrît nos douleurs et corrompt nos joies même. L'homme superbe ne jouit de rien ; les désirs dévorent sa

(i) Nolite diligere mundum, neque «a quœ in inundo sunt. Siquis diligit mundum , non est charitas Patrîs in eo : quoniam omne quod est in mundo , concupiscentia carni» est, et concupiscentia oculorum^ et superbia vîtae: qu» non est ex Pâtre , sed ex mundo est. Et mundus transit , et concupiscentia ejus. Qui autem ïaCii voluntatcm Dei f manetin œternum. Joan^^Ij Ep» II , i5 — 17.

vie; qui l'entendit jamais dire , asseï? Ses jours s'écoulent en tumulte comme Teau du torrent ( i ) ; il passe , et l'on n'aperçoit que des débris dans «on lit desséché.

» Celui qui aime son âme, la perdra; etcie- » lui qui hait son âme en ce monde, la conserve » pour l'éternelle vie (3). » Plus de crainte , plus d'anxiétés , lorsqu'on s'est détaché de soimême. Un calme céleste environne l'autel où s'accomplit le sacrifice volontaire. Oh ! si l'on connoissoit le don de Dieu (3) l Si une seule fois on avoit goûté les délices qui accompagnent le parfait anéantissement dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple , cette joie intime , inénarrable, de se sentir dans l'ordre, de sentir tout son être uni à l'Être qui renferme en soi tous les biens ! Que peut offrir le monde en échange d'une semblable félicité P Ses plaisirs mêmes si rares , si fugitifs, si vides, sont toujours mêlés de quelque amertume. « Lorsque l'homme conçoit « un désir désordonné, aussitôt il devient inquiet

(1) Slcut torrens qui raptim transit in convaUibus. Job.f VI j i5.

(a) Qui amat animam suam , perdet eam ; et qui odit animam suam in hoc mundo , in vitam SBternam custodît eam. Joan,^ XII , 25.

(3) Si scîres donum Dci. Ibid., IV ^ 10.

ESSAI SUR L INOIFFERENCE

» en lui-même : TorgueUleux et l'avare n'ont «» jamais de repos ; mais le pauvre et l'humble » d'esprit demeurent dans l'abondance de la » paix ( 1 ). lî faut que vous appreniez à vous bri- » ser en beaucoup de choses, si vous voulez con- » server la paix et la concorde avec les autres (2). » Je vous enseignerai la voie de la paix et de la » vraie liberté- Àppliquez-vous à faire la vo- » lorité d'autrui plutôt que la vôtre ; choisissez • toujours d'avoir plutôt moins que plus ; cher- » chez toujours la dernière place , et à être au- » dessous de tous ; désirez toujours et priez que » la volonté de Dieu ^'accomplisse parfaitement » en vous *: celui qui agit ainsi entre dans la » voie de la paix et du repos (3). »

Aimable paix de l'homme humble , vous êtes ce bon trésor que les vers ne consument point, et que personne ne peut nous ravir. Combien doucement l'âme se repose dans cette pensée , je ne suis rien , je n'ai droit à rien , et c'est parce que rien ne m'est dû, que j'espère posséder tout ; car la grâce , la miséricorde , l'immortelle jouissance du Dieu à qui mon cœur aspire , ne sont jamais , ne peuvent jamais être

(i) Imit. Christi , lib. I,cap. yi,n. i.

(2) Ibid., cap. XVII, n, 1.

(3) Ibid., lib. IIÎ , cap. XXIII, n.' 1 et 3.*

EN M.iTl^RE DE RELIGION. /|«5

qu'un dou gratuit de son amour. Oh! quand verrai-je décliner les ombres qui le dérobent à mes regards ! J'ai langui dans cette at^ tente (i) , danà l'attente du jour éternel. Laissez aller , Seigneur, votre serviteur en paix, afin que ses yeux contemplent le salut que vous avez promis.

Le péché de notre premier père ne fut pas seulement un péché d'orgueil. Une curiosité criminelle , le désir insensé de connoître ce que Dieu , dans sa bonté , avoit voulu qu'il ignorât , corrompît la raison de l'homme et dégrada son cœur. Il perdît à la fois l'innocence et la vérité. L'incertitude , le doute , Terreur, s'emparèrent de son esprit ; tous ses penchans l'inclinèrent au mal (â).

Par quelle expiation le Fils de Dieu efifacerat-îl le crime? Comment guérira-t-il cette funeste plaie? Lui qui est l'éternelle lumière, il couvre sa splendeur du Toile de l'humanité , il obscurcit à nos yeux son éclat. Tous les trésors dé la sagesse et de la science sont en Jésus-Christ ,

( i) GoDcupîscit et déficit aniiD a mea. Ps. LXXXIIIy 5.

(a) Eramus enim aliquando et nos insipientes , increduli , errantes , servantes desideriis , et voluptatibiis varîis , in malitiâ et învidiâ agentes , odibiles , odîentes invicem. Ep. ad TU, III , 3.

) mais ils y sont cachés (i). Sa divine intelligence

paroit, comme celle des enfans des hommes , croître et se développer peu à peu i il écoute les enseignemens de ceux qu'il vient instruire; il se soumet à l'autorité des docteurs qui ont charge pour annoncer et pour expliquer la loi. On ne voit pas en lui une pensée , un désir qui ne se rapporte à cette loi , qui recevra de lui sa perfection. H nous apprendra véritablement la science du bien et du mal^ ce que nous devons éviter et ce que nous devons faire ; il nous l'apprendra par son exemple autant que par ses leçons. Suivons ses pas , ne le quittons point ^ observons ses œuvres avec respect, prêtons l'oreille à ses discours. Quelle simplicité ravissante^ quelle pureté , quelle dignité dans ses actions I Quelle douceur inexprimable , et quelle puissance dans ses paroles ! Elles ont un charme , une grâce d'amour qui touche et persuade les âmes les plus dures; le peuple les comprend sans aucune peine , et jamais l'esprit de l'homme n'en pénétrera la profondeur. Quelle inépuisable charité ! Quelle ardeur , quel zèle , et en même temps quel calme divin ! Il fuit les plaisirs et les grandeurs. Sa vie est une vie de travail , de dé-

(i) In quo sunt omnes thesauri sapientige et scienti» abscondîti. Ep* ad Coloss, II y 3.

SN IfATIÂRE DE RELIGION. 4^7

vouement et de prière. Rien ne l'attache ici-bas que les devoirs qu'il y remplit, les bienfaits qu'il répand ; la terre n'est pas sa demeure ; il passe en accomplissant la volonté de celui qui l'envoie.

Les pauvres sont ses amis , et il ne rebute point le riche. Il appelle à lui les enfans , il nous les offre pour modèles. Il ne raisonne point , .il ne discute point , il dit : Faites cela , et vous vivrez (i). Que demande-t-il à ceux qui le pressent de guérir leurs maux? de croire (2) : Qu'il vous soit fait selon que vous avez cru (3). Et encore : Votre foi vous a sauvé (4). H attire à lui les pécheurs par une onction toute céleste , et alors on entend cette voix qui bénit et console le repentir : Beaucoup de péchés lui sont remis ^ parce qu'elle a beaucoup aime (5). 0 Jésus ! l'homme ingrat souvent vous méconnoît ; mais vous , ô Dieu fait homme l vous ne méconnoissez aucun de vos frères, et le plus vil, le plus coupable est toujours reçu quand il vient à vous.

rtB.r.,e..„..w,;r,.s.

(a) Nolîtimere, crede tantùm. Id,f VIII, 5o. (5) Sioutcredidisti, fiattibi. MatM., VIII, i3.

(4) Fides tua te salvum tecit. Luc, XVIII , 42 ^t alib.

(5) Remittuntur ci peccata multa , quoniam dilexit multum. Luc, y Vil, 47«

4^8 ESSAI SUR r/lNDI^FÉRENCE

Vos bras s'ouvrent pour le presser sur votre cœur divin , sur ce cœur que lamour blessa au sommet du Calvaire, etd'oÙB'épanche éternellement une intarissable miséricorde !

De quelle vertu n'offre-t-il point la plus sublime perfection? et quel autre que lui put jamais dire : Qui de vovm me reprendra de péché ( i )? Inflexible comme la vérité dans ses enseignemens , il est plein d'indulgence et d'une douce pitié dans ses rapports avec les hommes; il n'achève point de rompre le roseau déjà brisé , il nVieint pas la mèche qui fume encore (a). Quelle active compassion pour les malheureux ! Quelle tendresse touchante pour les siens l II pleure près du tombeau de Lazare. Le disciple qu'il aimoit se repose sur son sein la veille de sa mort, et avant d^expirer il lui confie sa mère : Voilà votre fils ! dît-il à Marie ; et au disciple : Voilà votre mère (3) ! Toute l'âme humaine est là. Sa patience , au milieu des plus horribles épreuves , n'est pas ébranlée un moment. Trahi ,

( i) Quis exvobis arguetme depeccatoP/oon., f^///f46.

(a) Calamam quassatum non oonleret, et linum furnigans non extinguet. Isa., XLII 9 3. Matth., XII 9 ao.

(5) Ciim YÎdisset ergo Jésus matrein, etdiscipiilum stantem quem diligebat^ dicit niatri suae; Mulîer, ecce filius t uus. l>eîndèdicitdiscipulo : Ecce mater tua. Joan.^XIX^^^^

par uii de ses apôtres , il n'a que ce mot pour se plaindre : Mon ami (i) i H prié sur Ja croix pour ses bourreaux. Tout est consommé (2) !

Oui, tout est consommé de la part du Sauveur : il ne pouvoit rien de plus pour nous. Les égaremens de notre esprit , nos passions , nos désirs criminels, sont expi-és, et c'est à nousd'achever, par unlibre concourra la grâce, Tœuvre denotre régénération, en travaillant sans relâche à nous réformer sur le modèle de toute perfection.

« Vous étiez autrefois éloignés de Dieu et ses » ennemis, à cause des œuvres mauvaises con- » çues dans votre esprit. Mais qciaintenant Jésus- » Christ vous a réconciliés par sa mort , pour .) vous rendre saints, purs et irrépréhensibles » devant lui : si toutefois vous demeurez fondés » et fermes dans la foi, et inébranlables dans Tcs- »> pérancede TEvangile que vous avez entendu , » et qui a été prêché à toutes les créatures qui » sont sous le ciel , afin que tout homme de- » vienne parfait dans le Christ Jésus (5). »

Nous cherchions inutilement la vérité en nous-mêmes ; nous la retrouvons par la foi. En

(1) Àmice, ad quid venisti? Mattk.j XXVI , 5o. (a) Consummatum est. Joan., XIX s 5o.

(3) Et vos cùm essetis aliquando alienati ^ et inimicî sensu in operibus malis : nunc autem reconciliavit in

' nous unissant à celui qui est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde , elle nous délivre du doute et de Terreur, elle fixe nos incertitudes , « elle nous remplit de toutes » les richesses de la plénitude de Tintelligence, « pour connoitre le mystère de Dieu le Père et » de Jésus-Christ (i).»

Le sacrifice de l'esprit rétablit Tordre dans nos pensées , et celui du cœur dans nos sentimens, en les rendant conformes aux sentimens et aux pensées de Dieu. L'homme enivré du désir de la science , voulut la substituer à la foi , et une nuit éternelle couvrit son entendement. II a fallu que le Verbe , se faisant homme , entrât si Ton peut le dire , dans cette nuit pour la dissiper. Iji lumière a lui dans les ténèbres (2) , la

corporecarnîs ejus per mortem, exhibere vos sanctos , et immaculatos 9 et îrreprehensibiles coram ipso : si tamen permanctis în fide fundati , et stabiles , et immobiles à spe Eyangelii , quod audistis , quod prsedicatum est in unî-

Tersâ creaturâ, quœ sub sole est Quem (Gbristum)

nos aDDuntiamus^ corripientes omnem homînem, et docentes omnem hominem ^ in omni sapientiâ , ut exhibeamus omnem hominem perfectum in Ghristo Jesu. Ep» ad Coloss. /, 21 , 2a, 23, a8.

(1) Instructi in charitate, et in omnes divitias plenîtudinis intellectûs , in agnitionem mysterii Dei Patris et Christi Jesu. Ibid.,II , 2.

(2) Et lux in tenebris lucet. Joan,^ I , i5.

EN MATIERE DE RELIGION. i^5i

parole a de nouveau maiaifesté la vérité, et tous ceux qui croient la possèdent. «Ne cherchez donc » point à comprendre pour croire ; mais croyez n afin de comprendre. La foi doit précéder Tin- » tclligence , afin que Fintelligence soit le prix » de la foi (i). » La réparation de notre nature est rimage de sa création primitive : Tune et l'autre sont Touvrage-du Verbe (2). Il a renouvelé notre intelligence, comme il Tavoit formée, en se communiquant à elle ; écouter , croire , obéir, ce fut son premier acte; elle naquit par la foi, et la parole qui lui donna originairement la vie, est la même qui la lui rend (3).

Craignons d'obscurcir en nous la lumière que le Verbe fait homme, que Jésus-Christ, auteur et consommateur de la foi (4), est venu nous apporter ; craignons de déchoir une seconde fois

(1) Noli quœrere intelligere ut credas; sed crede ut intelllgas. — Fides débet praecedere intellectum ^ ut sit intellectus fidci prœmium. S, August, in Psalm. CXFIl et in Isa.

(a) In ipse condîta sunt uni versa in cœlis, et in terra , visibilia et invisibilia.... : omnia per ipsum, et in ipso créât a sunt. Ep. ad Coloss. /, 16.

(5) Yoluntarièenîm genuit nos Yerbo veritatis, ut simus initîum aliquod creaturse ejus. Jacob, ^ / ^ 18.

(4) Aspicientes in auctorem fidei , et consummatorem Jesuui. Ep. ad Hebr. XII » 2.

du grand don que nou&|iTons reçu , par une présomptueuse confiance en notre raison, par une curiosité indiscrète et criminelle. Ayons toujours présent ce conseil de Saint-Paul : « Pre- » nez garde que personne ne vous surprenne » par la philosophie , et par des raisonnemens » vains et trompeurs , selon les traditions des » hommes , selon les principes d'une science » mondaine, et non selon Jésus-Christ (i). »

La pleine conformité des pensées de FHomme- Dieu , de ses désirs et de ses volontés, avec les ▼ôlontés, les désirs, les pensées de son Père , formoit antre eux cette union intime, indissoluble^ qu'il demandoit aussi pour les siens {2) : union sainte qui consomme notre régénération, comme elle consommera notre félicité , et qui devient plus étroite et plus douce, à mesure que, crois-r sant dans la foi et dans l'amour (3) , tious mou-

(i) Traduction de Sacy. — Videte ne quis vos decipiat per philosopfaiam, et inanem fallacîam, secundum traditionem hominum , secundum clemcnta mundi , et non secundum Ghristum. Ibld., Il , 8.

(2) Pro eis rogo..., ut omnes unum sint, sicut tu Pater in me , et ego in te, ut et ipsî in nobis unum sint... , : ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Joan,^ XV^II ,

(5) Finis autem prœcepti est charitas de corde pure, et conscientia bona , et ûde non ficta.\E^. /> ad Tint, l, 5.

' EN MATIÈRE DE KELIGION. l^^O

rons à nous-mêmes pour ne plus vivre que de la vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu ( i ) , par le sacrifice perpétuel de notre esprit, de notre cœur, dé tout notre être.

Tout notre être en etfet étoit dégradé par le péché ; la chair avoiî aussi corrompu sa voie (2), et les désordres des sens dévoient être expiés commeles désordres de l'intelligence. L'Homme- Dieu accomplit en son corps cette expiation nécessaire (3) : il prêche la pénitence plus encore par son exemple que par ses discours. Né dans la pauyreté, il supporte toutes les privations qui l'accompagnent. En entrant dans le monde il verse son sang pour rendre témoignage à l'ancienne alliance , comme il le versera plus tard pour établir la nouvelle.' Il se prffpare à exercer sa mission publique par le jeûne et les veilles. L'abattement, la fatigue , la faim , la soif, il a tout éprouvé. Sa nourriture est de faire la volonté

(1) Mortui estis, et vita vestra est àbscondita cum Christo in Oeo. Ep. ad Coloss. III , 5.

(2) Omnis caro corruperat viam suam. Gènes,, VI, la.

(3) Nunc uutem réconcilia vit in corpore carnis ejus per moftem. Ep. ad Coloss, I, 22. Et quidem^ ciïm esset filius Deî, dedicitexcis quee passus est obedîe'ntiain : et consummatus , factusest omnibus obtemperantihus sibi, causM saiutis a&ternœ. Ep. ad Hehr. V, % et <^

434 ESSAI SUR l/hXDlFfÊREKCE

de celui qui l'envoie (i). Il instruit le peuple durant le jour , et la nuit il se retire sur la montagne pour prier. Il ne cesse de s'offrir en holocauste à son Père, de lui présenter ses souffrances pour apaiser sa justice; pour expier nos plaisirs et nos voluptés. Nous avons été guéris par ses plaies (2}. Sans cesse il rappelle sa passion , il s'en occupe sans cesse 3 jusque sur le Thabor , c'est d'elle qu'il s'entretient avec Moïse et Elle (3) . Son amour est avide de douleurs. « J'ai désiré » d'un grand désir de célébrer cette Pâque avec » vous (4) ! » ,Et cette Pâque est celle qui précède immédiatement son immolation; celle' où l'agneau sans tache est substitué à l'agneau figuratif : cette Pâque, c'est le calice d'amertume , c*est l'agonie, 4es défaillances, la sueur de sang de Gethsemani, les tortures du Prétoire , la mort de la croix.

Et à présedit je comprends l'Âpôtre : oui,

(1) Meus cibus est, ut faciam voluntatem ejus, qui misîl me, ut perficiam opus ejus. Joan,^ IV 9 ^4.

(a) Livore ejussanati sumus. Isa.^ LUI , 5.

(3) Dicebant excessum ejus, quem completurus erat in Jérusalem. Lue,, IX ^ 3i.

(4) Desîderio desîderayî hoc Pascha manducare vobiscum anlequàm patian Luc, XXII , 1 5.

« Tamour de Jésus-Christ nous presse : consî- • dérantque si un seul est mort pour tous , doue 9 tous sont morts; et Jésus-Christ est mort » pour tous 5 afin que ceux qui vivent ne vivent » plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui 9 eht mort et qui est ressuscité pour eux (i). » Ignorez-vous que nous tous qui avons été bap- » tîsés en Jésus-Christ , nous avons été baptisés » dans sa mort? Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort ; afin que , comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père, nous marclrîons aussi dans une nouvelle vie : sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit détruit , et qtie désormais nous ne soyons plus asservis au péché : carceJ uî qui est mort, est délivré du péché. Que si nous sommes morts avec Jésus-Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec Jé- » sus-Christ. Il est mort seulement une fois pour » le péché, et à présent il vit pour Dieu. Çonsidé- > rez-vousdeméme comme étantmorts au péché,

(i)GharitasGhristi urgetnos : aestimanteshoc, quonîam si unus pro omnibus mortuus est, ei'gp omnes mortiii sunt : él pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui Tîvont , jàm non sibi rivant , sed ei qui pi'o ipsls mortuus est et resurrexit. Ep, Il ad Corinth, , F, t4, i5.

n et comme ne vivant plus que pour Dieu en Jé- » sus-Christ notre Seigneur. Que le péché donc » ne règne point en votre corps mortel, en sorte » que vous obéissiez à ses convoitises (i). Faites » mourir les membres de Thomme terrestre ; la » fornication , l'impureté , les mauvais désirs. » Dépouillons-nous du vieil homme et de §è» » actes, et revêtons-nous de l'homme ôou-' » veau (s) , portant toujoif rs en notre corps la

(i) An igûoratia quioumque baptizati sumus in Ghristo Jesu, in morte ipsius baptixati sumus ? Consepuiti enim sumus cum illo per baptismum in mortem : ut quomodo Cbristus surrezit àmortuis per gloriam t^atris , itàet nos in novîtate vilœ ambulemns.... Hoc scientes, quîa vêtus homo noster crucîfixus est, ut destruatur corpus peccati , et ultra non serviamus pecoato. Qui enim mortuus est , justificatus est à pecoato. Si autem mortui sumus cum Ghristo, credimus quia simul etiam vivemuscum Ghristo. . . Qu6d enim mortuus est pecoato , mortuus est semel : .qu6d autem vîvit , vivit Deo. Ità et vos existimate , vos moctuos quMem esse peccato, vî ventes autem Deo in GhrîBto Jesu Domino nostro. Non ergo regnet peccatum in vestro mortali corpqre, ut obediàtis concupiscentîis ejus. Ep. odRom.y Vï ^'5 et seqq.

(2) Mortificate ergo membra vestra, quae sunl super terram ; fornîcationem , immunditîam , libidinem , con-

cupisoentiam malam Exfoliantes vos vetercm homi-

ncm cum actibus suis, et induQntes novum. Ep. ad Colass,^ III f 5,9.

» mort de Jésus , afin que la vie de Jésus soit 9 aussi manifestée dans nos corps (i). »

Ainsi , outre le sacrifice dé l'esprit et du cœur, nous devons encore à Dieu le sacrifice du corps dans lequel nous avons péché , et c'est en immolant par la pénitence les convoitises de la chair , que notre régénération s'achève. Car , ne nous y*tromp(^ns pas, lorsque le Sauveur^ a dit : « Il falloit que le Christ souffrit , et qu'il entrât n ainsi dans sa gloire (2) ; » il représentoit toute l'humanité. Il a sanctifié nos souffrances par les siennes , mais il ne nous a point dispensés de souffrir. Il nous a montré le chemin , pour que nous marchions sur ses traces (5) : et telle est la puissance et l'onction de sa grâce , que la voie rude est la voie de la paix« Heureux les pauvres ! Heureux ceux qui pleurent (4) ! Heureux ceux

(1) Semper mortificatîonem Jesu în corpore nostro circuinferentes , ut et yita Jesu manifestetur in corporibus ' nostris. Ep. II ad Corinth,^ IV ^ 10.

(a) Haec oportuit pati Christum 9 et ità Intrare li> ^loriam suam. Lac^ XXIV , a6.

(5)'Ipse enim Spiritus testîmonium leddit spiritui nostro , qu6d sumus filii Dei. Si autem filii ^ et bœredes ; haeredes quidem Dei 9 cohœredes autem Chrîsti : si tamen comp^timur, utetconglorificemur. Ep. odRoman.^ VIII, 16, 17. Vid. et. Ep. ad Hebr, XII , 6 seqq

(4) Beati pauperès... Beati qui lurent. Matt ^Vj'b, §.

/|j8 KSSAI sur l'iNDIFI'ÉRIlNCË

qui , comme TApôtre , cliâtient leur corps sans relâche, et le réduisent en servitude (i)! Heureux ceux qui s'écrient , en contemplant Jésus : J'ai désiré d'un grand désir de céù^brer cette Pâque avec vous ! Tôt ou tard il arrive ce moment si horrible à la nature , et si consolant pour la foi ; ce moment qui consomme notre révolte ou notre sacrifice , notre perte ou notre salut. Et nous aussi 'nous tremperons nos lèvres dans le calice qui parut si amer à THomme-Dieu ! Et nous aussi nous connoîtrons les transes de Tagonie, et les sueurs de Tangoissé, et le travail du dernier passage ! Nul n'échappe à l'arrêt prononce contre la race humaine. Mais en montant au calvaire, lechrétien sait que son Libérateur 1 Y a précédé ; il y trouve encore sa croix ; il jette sur elle un regard d'amour, et tout se calme en lui, hors le désir d'être avec Jésus (2). On l'entend qui l'appelle d'une voix toujours plus foible ; elle s'éteint , la prière cesse , et réternel cantique de joie commence dans les oîeux !

En rétablissant les rapports de l'homme avec

(1) Castigo corpus meum , et in servitutem redigo. Ep. 1 (fd Corinth.y IX , 27.

(2) Desiderium habens dissolvi , et esse cuuî Christo» Ep, ad P/dlip. /, 25.

EN MATiÈHli DE RELIGION^ 4^9

Dieu et avec les autres hommes , Jésus-Christ a rétabli Tordre que le péché avoît troublé; et le fondement de cet ordre est une obéissanceparfaite, ou lesacrifice entier de soi-même. Tout péché en effet est une rébellion contre la souveraineté de l'Être infini ; tout péché naît donc de l'orgueil, et l'orgueil est la source de tout mal, puisqu'en nous séparant de Dieu, il nous sépare de tout bien. Il nous concentre en nousmêmes, et parla il viole notre nature , et tend à la détruire; carleprincipede notre vie n'est pas en nous. Dépendans dès lors de la cause par laquelle nous existons , la première loi ae notre être est l'obéissance. Tout ce qui est en nous doit obéir, tout ce qui est en nous doit être soumis à quelque chose hors de nous : c'est ce que Jésus-Christ est venu nous apprendre , c'est par cette doctrine qu'il nous a sauvés , et qu'il nous régénèr.e. La foi est la vie de l'intelligence ; et croire c'est obéir, c'est être soumis à une raison supérieure, à une autorité qui commande. L'ainour est la vie du co&ur ; et aiifier ce que l'ordre nous ordonne d'aïmer , c'est obéir , c'est être soumis à une volonté supérieure , à une autorité qui commande. Le corps même ne vit ^ et il n'atteindra un jour la perfection qui lui est propre , qu'en obéissant à des lois opposées iV ses convoitises.

44^ ESSAI SUK LINDIFFÉUENCE

Le christianisme , loi d'obéissance 9 loi de sacrifice , est donc yéritablement la loi de vie , l'expression parfaite de la nature de Thomnie et de la nature de Dieu. £t remarquez dans la Ré-< demption, comme dans le christianisme dont elle est la base , les éclatans caractères auxquels on reconnoit tout ce qui est divin.

Elle est une : // n'existe qu'un Dieu et un seul Médiateur de Dieu et des hommes , Jésus-Christ ( 1 ) ; il n'y a de salut qu'en lui (â) : il a été offert une seule fois (5)^ et par cette unique oblation il a satisfait pour les péchés du monde entier (4) 9 ^t oonsomrMé notre étemelle sanctification (5).

Elle est universelle : Le Christ est mort pour tous (6) , et tout nous a été donné en lui (7).

(1) Unus enitQ Deus, uous et Mediator Dei et hominum homo Christus Jésus. Ep. I ad Timoth. ^ II , 5.

(2) Non est in alio diquo salus. Apt. IV j 12. .

(3) Christus 5emel oblatus est. Ep. ad Hebr, IX , a8. Ib., VII ,^^ ;Xy 10. Ep. I Petr.:, III, 18.

(4) Ipse est propîtiatio pro peccatis nostrîs ; non pro nostri autem tantùm , sed etîam pro totius mundi. Ep» I Joan.f II f 2.

(5) Unâ enîm oblatîone» consummayit în aeternum sanctîficatos. Ep. ad Hebr» X s ^^'

(6) Pro omnibus mortuus est Christus. Ep. II ad Corinth, , V , ib.

(7) Qu^ etiam proprio filio suo nou pepèrcit ^ sed pro

Elle est perpétuelle : U agneau immolé dès l'origine du monde (i)^ n'a jamais cessé , ne aes- §era jamais de se présenter à son Père en état de Victime ; et bien qu'accoiïiplîe une seule fois au milieu des temps , la Rédemption sera éternelle comme THomme-Dieu , et comme la félicité de ses élus.

Elle est sainte, puisqu'elle est la source de toute sanctification, puisqu'elle a expié tous nos crimes, effacé toutes nos souillures, réconciliéla terre ai^ec le ciel; puisque les puissances mêmes de l'enfer ont été forcées de rendre hommage à la sainteté du Rédempteur : Je sais que vous êtes le saint de Dieu (2) !

Frappés de ces divins caractères , les peuples sont venus au pied de la croix sur laquelle la Rédemption a été consommée; ils ont cru à l'a-mour que Dieu a pour nous (3) , et ils ont dit comme Saint-Paul : « C'est sans doute quelque » chose de grand que ce mystère d'amour , qui » a été révélé dans la chair, justifié par l'esprit,

nobis omnibus tradidit illum : quomodo non etiaoi cum iilo omnia donavit. Ep. ad Rom. , VIII, 5a.

(1) Occtsus est ab origine mundi. A^iocaL , XIII » 8. ' (a) Scio te quis sis, sanctus Dei. Lac, IV ^ 54*

(5) Et nos cognoviinus, et credîdimus charitati , quam habet Deus in nobis. Ep* I Joan,» IV, 16-

};f!2 ESSAI Sun L INDIFF£R£NC£

» manifesté aux anges , prêché aux nations , » cru dans le inonde , reçu dans la gloire (i). « Qui donc nous séparera de l'amour de Jésus- » Christ ? La tribulation ? l'angoisse? la faim? la » nudité? le péril? la persécution? le glaive? » Mais nous triomphons en toutes ces choses , n à cause de celui qui nous a aimés. Ni la mort» » ni la vie, ni les Aqges, ni les Principautés, ni » les Vertus , ni le présent , ni l'avenir , ni la » force, ni ce qu'il y a de plus haut , ni ce qu'il » y a de plus profond , ni aucune créature ne » pourra nous séparer de l'amour de Dieu, qui » est en Jésus-Christ notre Seigneur (2). » Nous avons vu ce qu'il a fait pour justifier

(i)Et manifesté meigaum est pietatis sacramentum , quod manifestatum est in oarne, justificatum est în spirttu , apparaît angelis, prœdicatum est gentibus, creditum est in mundo^assumptum est in glorîâ. Ep. I ad Tim,, III, 16.

(a) Quis ergo nos separabità charitate Ghristi ? tribulatîo? an angustia ? an famés? an nuditas? an periculum, an persecutio P an gladfiis ?.... Sed in bis omnibus superamus.propter eum qui dHexit nos. Certus sum enim, quia neque mors , neque Tita , neque angeli , neque prîncipatus , neque virtutes , neque instantia , neque futura , neque fortitudo^ neque altitudo , nequt profundum , neque creatura alia poterit nos separare à cbaiîtate Dei » quae est in Ghristo Jesu Domino uostro. Ep» ad Rom., Fin y 35 et scq.

EN MATIÈRE DE PiELIGIUN. /|/|5

riiomme , pour réparer la nature dégradée. Mais ëa mission n'est pas épuisée par ces immenses bienfaits : il devoit encore fonder son Eglise contre laquelle les portes de l'enfer ne pré^ vaudront point (i); et cette société divine devoit à son tour servir de modèle , et communiquer sa force et sa vie aux sociétés purement humaines qui s'établiroient parmi les chrétiens. Jésus- Christ est roi , il l'a dit lui-même (2) , et son royaurpe est dans ce monde , quoiqu'il ne soit pas du monde (3)^ parce que tout ce qui est du monde est convoitise de la chair ^ et convoitise des^ yeuxj et orgueil de la vie (4). A l'empire du monde, qui appartient à l'esprit mauvais (5) , il a op-

(1) Portœinfe^i non prœvalebunt adversùseam. MatUs XXI, 18.

(2) Dixit ei Pilatus : Ërgo rez es tu P Respondit Jésus : Tu dîcis, quia rex sum ego. Joan,^ XVIII , 57.

(5) Non ait ^ Regnum nieum non est in hoc mundo ; ised , non est de hoc mundo. Et^cùm hoc probaret dicens j Si ex hoc mundo esset regnum meum, ministri mei utiquè decertarent , ut non traderer Judœls : non ait, Nunc autem regnum meum non est liic ; sed non est hlîic. Hic est enim regnum ejus usque in finem ssculi. S. August., in Joan., Evangel. Tract., CXV ^ n. 2. Oper. port. Il , t. III , coi.. 792.

(4) Joan. I Ep», II ,16.

(5) Mundus totus in malîgno positus est. Ibid., V, 19.

444 ^SSM SUR l'indifférence

poçé un autre empire, qui est réternelle cité de Dieu. Moïse avoit annoncé qu'il seroit législa-^ teur comme lui; mais la loi mosaïque, particulière au peuple juif, n'étoit que la figure de la loi universelle du Messie, loi parfaite qui règle tout l'homme, ses pepsées, ses sentimens , ses actions , et qu'une autorité également parfaite conserve et promulgue perpétuellement. Le pouvoir qu'il avoit reçu de son Père , il le transmit à ses Apôtres , et principalement au premier d'entre eux, poui; enseigner les nations (i), pour les unir dans la même foi , dans le même amour, et pour conduire en son nom tous ceux qui croiroientenlui , promettant d'être jusqu à la fin des siècles (a) avec les pasteurs qu'il chargeoit de continuer sa mission (5). C'est lui qui parle , qui instliiit , qui commandepar leur bouche; et ,

(ij Erat decens eos sicut potestatem habens , et non sicut scribœ eorum et pharisaci. Matt., VII y 2^, Et stupebant in doctrinâ ejus , quia «n jpotestate erat sermo ipsius. Luc.j IF, 5î*. — H»c loquere, et cxhortare, et argue cum omni imperio. Ep> ad TU* II , i5.

(2) Data est mihi omnis potftstas in cœlo et in terra. Euntes ergo docete ômnes gentes. ... Et ecceego vobiscum sum omnibus diebus, Qsque ad corïsummationem sieculi. Matt, XXVIII, 18, 19, ao. •

(5) Sicut misit me Pater, et ego mitto vos. Joan.y XX j ai.

SOUS rautorîté souveraine du chef qui , dans la plénitude de sa puissance, représente Timmortelle royauté du Christ , sa loi prêchée en tous lieux multiplie les fruits de la Rédemption , en propageant sur la terre le règne de Tordre et dé la vérité. '

Unis ainsi dans une société dont la durée sera éternelle, et où l'enseignement de Jésus^Christ se perpétue sans altération , les hommes remontent par Tobéissance à Tétat de perfection dont ils étoient déchus. La foi élève leur raison à une hauteur infinie, puisqu'elle leur donne de Dieu la même idée qu'il a de lui-même ; et en l'aimant d'un amour sans bornes (i) , leur cœur se purifie et devient digne de le posséder.

Mais Jésus-Christ n'est pas seulement législateur et roi, il est encore pontife; et comme pontife il achève de sanctifier par un culte parfait la société qu'il a établie. Le sacrifice qui a sauvé le monde, se renouvelle^ sur l'autel d'une manière non ssffîglante, et manifeste perpétuellement la sainteté de Dieu , sa justice et sa miséricorde. Toujours vivant pour intercéder en notre faveur , le souverain Prêtre selon l'ordre de Melchisédech[2) , , — I — — ^i— »— — 1^— ^-i ■■■ I ■ , I ..

(i) Modus amandi Deum, sine modo amare. S, Ber-nard.

(a) Ep. ad Hebr. VU , 25 ; et VI , 20.

/|/|6 ESSAI StU L INDIFFERENCE

s'offre pour nous à son Père , et nous offre avec lui. Sa grâce , en aidant notre volonté , en Tinclinant au bien comme la nature corrompue l'incline au mal , nous rend véritablement libres d'obéir à ses préceptes^ et de concourir ainsi à notre régénération. Il fait descendre en nous l'Esprit sanctificateur, qui nous éclaire intérieurement y nous fortifie, nous console ; et de même que , dans l'ordre général , la vérité nous est donnée , et le Verbe , qui est notre lucpière , s'unit à nous par un moyen extérieur et sensible, ou par la parole; la grâce aussi nous est donnée, et l'Esprit saint, qui est notre amour (i), s'unît à nous par un moyen- extérieur et sensible, ne par les sacremens. « Il vient au secours de » notre foiblesse , car nous ne savons pas prier » comme il faut; mais l'Esprit lui-même de- » mande pour nous avec des gémissemens inef- » fables. Et celui qui scrute les cœurs sait ce » que demande l'Esprit ,1. parce qu'il demande » selon Dieu pour les saints (2). » En priant

(1) Charitas Dei diffusa est in cord|bus nostris per Spiritum sanctum qui datus est nobis. Ep. ad Rom, V , 5.

(a) Similiter autem et Spiritus adjuvat infirmitatem nostram , nam quid oremus, sicut oportet , nescimus : sed ipse Spiritus postulat pro nobis gemitîbus inenarrabilibus. Qui autem scrutatur corda, scit quid desideret Spi-

EN MATIÈRE Ï)E RELCGION. 44?

pour nous, il nous apprend à prier (i), à adorer^ et nos adorations , nos prières, ne foraient avec celles de rEgli3e qu'une même prière, une même adoration , qui reçoit de Jésus-Christ tout son prix. « C'est par lui que nous avons accès près » du Père, que nous devenons ses serviteurs et j» les concitoyens des élus ; c est par lui et en lui » que la société qu'il a fondée , *croît en un » temple saint consacré au Seigneur (2). » Présent au milieu de nous , présent en chacun de nous , par le jsacrement de son corps et de son

sang, il divinise notre culte, il donne à notre obéissance , à nos hommages , quelque chose d'infini; il est en nous , et nous sommes en lui; son sacrifice est notre sacrifice , ses mérites sont nos mérites , et sa gloire aussi sera notre gloire, si nous persévérons jusqu'à la fin (3) dans cette

ritus; quia secundum Deum postulat pro sanctis. Ibèd.^ r//I,a6,27.

(1) Accepistis Spiritum adoptionis filiorum, in quo clamamus : Abba (Pater). Ibid, , i5.

(a) Per Ipsum habemus accessum ambo in uno spiritu ad Patrem. £rgo jam non estis hospites , et ad yen» ; sed estis cives sanctorum, et Domesticî Dei.... In quo omnîs aedificatîo constructa crescit in templum sanctum in Domino. Ep, ad Ephes, II ^ 18 , 19, 21.

(3) Qui perseveraverit usque in finem , hic salrus erit. Matt.yXj 23.

448 ESSAI SUR l'inDIFFÉKENCÉ

union qui fait de nous les héritier^ de Dieu j et les co-héritiers de son Fils (i).

* Voilà ce que nous devons à Jésus-Christ, voilà comment il a, par sa mort, expié nos crimes, comment iL répare notre nature par sa 'grâce , et nous rétablit dans l'héritage que nous avions perdu en Adam. A moins de renverser la base de la raison , il faut nécessairement le reconnoître pour notre Sauveur, et rien ne sera prouvé si sa mission ne l'est pas.

La chute originelle de l'homme dégradé fut toujours une croyance du genre humain : donc la dégradation de l'homme, est certaine.

Sa Rédemption future par un Homme-Dieu a été pendant quatre mille ans un dogme du genre humain ; donc il est certain que cette Rédemption a dû s'effectuer.

Le christianisme est la seule religion qui nous apprenne que cette Rédemption s'est effectuée; donc le christianisme est la seule vraie religion..

Le christianisme nous enseigne que Jésus^ Christ est le Rédempteur qu'attendoient toutes les nations .: donc il est certain que Jésus-Christ est réellement ce Rédempteur.

(i) Haeredes quidem Dëi, coha&redes autem Christi. Ep. ad» Rom, FUI , 17.

Le christianisme , d'accord avec les prophéties et la tradition universelle , atteste que le llédempteur est Dieu et homme tout ensemble; donc Jésus-^Ghrist étoit véritablement Homme et véritablement Dieu.

Et quand je viens à considérer sa vie, ses œuvres , sa doctrine , ce mélange si merveilleux dé grandeur et de simplicité , de douceur et de force , cette incompréhensible perfection qui ne se dément pas un moment , ni dans l'intime familiarité de la confiance , ni dans la solennité des instructions qu'il adressoit au peuple entier; ni dans l'allégresse du festin de Cana, ni dans les angoisses de Gethsemani ; ni dans la gloire de son triomphe, ni dans l'ignominie de son supplice ; nî sur le Thabor, au sein de la splendeur qui: l'environne , ni sur le Calvaire , où il expire abandonné des siens, délaissé deson Père, dans d'inexprimables soufifrances , au milieu des cris de fureur et des railleries de ses ennemis : quand je contemple ce grand prodige que le monde n'a vu qu'une fois et qui a renouvelé le monde , je ne me demande pas si le Christ étpît Dieu , J€?seroîs tenté plutôt de me demander s'il étoit homme.

QueTimpic, au fond de ses ténèbres, renie, s'il veut, celui qui l'a racheté ; qu'il renonce à la vie, et qu'il s'adore lui-même ; pour nous,. 4. 29

prosternés au pied de la croix , nous adorerons notre Libérateur, notre Roi, notre Pontife, notre Dieu ; et , dans les transports de notre amour , nous répéterons sur la terre ce cri dont les anges remplissent le ciel : « L'agneau qui a été im- • mole , est digne de recevoir la vertu , la divi- » nité , la force , la sagesse , et Thonneur, et la » gloire , et la bénédiction. Saint, saint , saint, ,» est le Seigneur Dieu tout-puissant , qui étoit, » et qui est , et qui doit venir ( i ) ! »

(]) Et vidi, et.audivi vocem angelorum multorum in

circuitu throni dicentium yoce magnâ : Dignus est

agDus , qui occisus est, accipere virtutem , et diyinitatein, et sàpientiam , et fortitudinem , et honorem , et glorîam , et benedictîonem.... Sanctus, sanctus, sancius Dominus Deus oninipotens qui erat, et qui est , et qui venturup est. JpoeaLy F y ii , ia;/F, 8.

EN tf ATlénK DB BELIGION. 4^1

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