ESSAI SDR L*IM DIFFÉRENCE
» SocRATE. Donc , celui qui s'éloigne de la vé- » rite, viole la loi(i). »
Socrate continue de montrer, par différens exemples que ce qui est juste et vrai , est partout . et toujours le même. Puis il reprend :
« Ce qui est légitime (2) ne varie donc pas?
» MiNOS, Non certes.
(1) Ôç av oipoL ToO ovt&>ç oftapTY], toû vo^ipou àyMproLvet, Voici le raisonnement de Socrate : « La distinction du » juste et de l'injuste est invariable comme la vérité, ou » plutôt est la vérité même ^ puisque la vérité n'est autre » chose que ce gui est , to ov. On reconnoît donc ce qui » est juste ou injuste 9 comme on reconnoît ce qui est vrai » ou taux 9 par le consentement universel et perpétuel » des peuples. Or, il n'y a de véritable loi que celle qui » est conforme à la justice ou à la yérité immuable : » donc , quiconque s'éloigne de ta vérité , viole la loi, » — -Lex tua veritas. Ps. CXVIIIy i4a. — Pindare dit, dans le même sens, que la vérité souveraine est le principe de toute vertu ; et il appelle la loi , la reine des mortels et des immortels,
Prlncipium magnae virtutis , Regîna veritas. Ap, Stoh, Serm, , LIX » pag, 23o. IVech,
Nôpoç 0 TravTCJv ^affiXeùç dvaT&>v re xai àGavaTuv.
Lcx omnium Rex est mortalium et immortalium.
Schol. Pindari ad Ncm., /X, 35.
. (2) Nd^tfiov ce qui a force de loi.
^) SocRATE. Et si nous voyons des gens qui » changent et qui ne ne sont point d'accord entre j> eux , dirons-nous qu'ils savent , ou bien qu'ils » ignorent?
» MiNOS. Nous dirons qu'ils ignorent.
» SocRATE. Ce qui, en toute chose, est juste » et vrai (i) , ne doit-il pas être appelé loi?...
» MiNOS. Sans aucun doute.
» SocRATE. Ce qui n'est ni juste ni vrai , est « donc contraire à la loi ?
» MiNOS.' Nécessairement.
» SocRATE. C'est pourquoi dans les ordon- » nances tpuchant les choses justes et injustes', » et généralement en tout ce qui concerne l'ordre » et le gouvernement des cités , ce qui est équi- » table et vrai , est la loi souveraine (2) ; ce qui » n'a pas ce caractère vient de l'ignorance , et, » loin d'être la loi souveraine, est l'opposé de la » loi (3).
» MiNOs. Il est ainsi (4). »
Cette loi souveraine , loi non écrite , loi €0171--
{1) OpOov renferme cette double signification, comme le mot latin rectum,
{2) NofAOç gart pctvîkvioç, .
(3) Littéralement, est une anti-loi, sari Top âvoftov.
(4) Platon, Minos. Oper., tom. VI, p. i29-r-i53. Ed. Bipont.
mtinej loi divine, comme l'appellent Aristote (i) et Cléanthe (2), en ajoutant qu'on la reconnoît à son universalité; cette loi qui a existé toujours, qui est la justice, la vérité, Tordre par excellence, et qui oblige tous les hommes , dans tous les temps et dans tous les lieux , qu'est-ce autre chose que la religion? Si vous en doutez, Socrate lui-même va vous le dire expressément.
« Connoîssez-vous , Hyppias , des lois non » écrites? — Assurément, celles qui régnent dans » tous les pays (3). — Direz-vous que ce sont » les hommes qui les ont portées? — Et com- » ment le dirois-je, puisqu'ils n'ont4)u se ras- » sembler tous en un même lieu , et que d'ail- » leurs ils ne parlent pas une même langue? » — Qui croyez-vous donc qui ait porté ces lois? » — Ce sont les dieux qui les ont prescrites aux
(1) Nofxo; ^' èortv , opsv, ISioç' 6 êkj xotvdç. Aé^w Se , t^iov pgv , xaQ' ov -yspaixpgvov TroXtTSuovTaf xotvôv ^è, oo-a aypcitfa nocpx
frâfftv ôjxo^oyfitaÔat ^o/et. Lex verô est, una propria; altéra communis. Voco propriam , secundum quam scriptam civiliter agunt ; communein , quœcumque non scrlpta apud omnes cônstare videntur. Kristot, y Rhetorlc.^ lib, I , cap, X. Oper.j t, II , p. 4*3. Edit, Aurellz Allobrog.^ i6o5.
(2) Aùo-popoi... out' édopùiGi ©soûxoevov vofxov. Miseri... Legem Dei communem spectare non curant. Cleanth. inter GnomiCs p* i4^* Edit. BrunckU.
(3) Touç 7' îv TrâoTî x^P? y^ctxèc TaOrà vo/xiÇo|xivou;.
JSN IIATIÂRE DJE RELIGION. 4?
j» honunes ; et la première de toutes , reconnue # » dans le monde entier, ordonne de révérer les » dieux (i). — N'est-il pas aussi partout or- » donné d*honorer SCS parens? — Sans doute. — » Et les mêmes lois ne défendent-elles pas aux » pères et auxmères d'épouser leurs enfans, aux 9 enfans d'épouser les auteurs de leurs jours? — » Oh ! pour cette loi-ci , je ne crois pas qu elle » vienne de Dieu (2). — Pourquoi? — C'est que » je vois des gens qui la transgressent. — On en » transgresse bien d'autres : mais les hommes » qui violent les lois divines, subissent des châ- » timens auxquels il est impossible qu'aucun » d'eux échappe (5).»
Il n'y a sur ce point qu'un langage parmi les anciens, lorsqu'ils ne parlent pas d'après un système particulier de philosophie; car alors, comme l'observe Diodore , ils ne sont d'accord sur rien, et ils se contredisent en des choses de la plus haute importance (4).
( 1 ) È7Û) fx,£v S^fiovç ût|xat Toûç vdfjtouç TOUTOuç Totç àvÔûWTTOtç ^etvaf . Kai yàp Trocpà Trâfftv àvôpwTTOtç TrpwTov vo^i^STCU roùç 5"soùç fféSstv.
(2) OvTOç è)soû vôfxoç gtvai.
(3) Xenophont., Memorab. Socrat., lib. IV, cap. IV.
(4) Si quis maxime insignes philosophonim sectaa diligentcr expendat, plurimùm inter se discrepare , et in gravissimis sententiis sibi invicem adyersari comperiet^ Diodor. Sicul,^ lib. II , p» 82.
Fondé sur l'antique tradition (i), Plutarque enseigne « que non seulement la justice accom-' m pagne le Dieu suprême , mais qu'il est lui- » même la justice , la plus ancienne et la plus » parfaite loi (2). Les limites de notre patrie , » dit-il ailleurs 5 ce sont les bornes du monde ; » nul nedoit s'estimer étranger, ou banni, là où » sont le même feu, la même eau, le même air, » le même soleil , les mêmes lois pour tous , le » même chef qui préside au même ordre , le » même roi et le même souverain , Dieu , qui » tient en sa main le commencement, le milieu » et la fin de toutes choses ^ que la justice ac- » compagne, et qui punit les violateurs de la loi » cjii^ine , loi commune à tous les hommes , et » qui les unit entre eux comme les citoyens » d'une même ville (3). »
(1) Ot TraXatoi outu Xiyoïio't xai ypà^ouci xai ^i^àorxoDO't : Sic veteres dicunt, scribùnt atque docent. Plutarch. ad Princip* indocU Oper,, tom. II , pag, 781.
(2) O fxsv Zevç ovx e/Bt rhv SiTtriv Trdépe^pov , dcXX' avroç SL7.V1 xai ^Épç èoTt , xai yd|Xûi)v 0 TrpeŒêuTaroç xat Te^etoTaroç. Id,^ ibid. — In Pétri autem prœdicatione inveneris Dominum vocari legem et rationem. Clem. Aleœandr,, Strom», lib» I y pag. 357.
(5) OuTOi TYiç TtonpiSoq Yi^uiv opot elfft, xai oxtSeiç ours «puyàç sv TOUTOtç , oîÎTe Çsvoç , ovre àWoScunôç , ottOu to auTO nvp , {Jiîwp , àrjp... îî^toç, ffeXijvïj , yw^yôpoç* ot avroi vôjwt 7râ<Tt v^'
Quel témoignage plus précis , plus formel , pourroit-on désirer? L'antiquité de la loi divine son universalité , sa sanction , tout s'y trouve. Quand les païens transgressoient cette loi, est-ce la lumière qui leur manquoit? Ecoutez encore Cicéron.
c La loi est une raison conforme à la nature » des choses, qui nous porte à faire le bien et à » éviter le mal (i) : elle ne commence pas à » être loi au moment où on l'écrit , mais elle est » loi dès sa naissance, et elle est née avec la » raison divine : c'est pourquoi la loi véritable » et souveraine , à laquelle il appartient d'ordon- » ner et de défendre, est la droite raison du » Dieu suprême.... Elle établît la distinction du » juste et de Tinîtiste conformément à la très-an-
©eoç , àp;^v re xitt {Agaa xat TeXeii-n^v 8;^wv toG rravro?, sùôeta ttcoot(.vei xarà cpvffiv TTEptTropsifOfASVoç. T&> ^s insrca ^ixti tûv dt7ro)|L- 7ropévai>v tod BeioM Nôjxou T(|xoi)poc ? ^ ypâiiieOct Tràvrsç avOpGJrrot ^ u- «"Ct irpoc Tràvraç àvdpÛTroDç , Sitnzep nokiroLç, Id, De Exsul» « ibid.s p(tg. 601.
(1) Hicautem est îUe finis, qui à prsBStantissîiîiîs philosophis celebratur, videlicet juxta naturam vîvere. Id fit quando mens, îngressa-virtulis semitam , incedit perrectae rationîs vestîgia , et Deum sequitur inemor ejus praeceptorum , habens ea rata dictis factîsque omnibus. Philo J udœus^ De migrai. Ahrah.^Oper.p. 407. Francofiirti^ i^^-
50 ESSAI SIJU L'LNDlFt^RËNCK
» tique et souveraine nature de toutes chosos ( i ) , » et c'est d'après elle que les lois des homipes » punissent lesméchans , protègent et défendent » les bon? (2). »
Est-ce par la seule force de son génie, que Cicéron s'ctoit élevé à cette sublime doctrine? Non certes. De qui donc la tenoit-il?De la tradition, conune il nous l'apprend lui-mcmc. « Je vois que » c'étoit le sentiment des sages , que la loi n'est » point une invention de l'esprit de l'homme, B ni une ordonnance des peuples , mais quelque
(1} Cicéron ne distingue point la nature des choses de la loi divine ; ces deux expressions pour lui sont synonymes. I psa naturœ ratio s qaœ est lex divina et humana , dit -il dans le Traité des devoirs^ iiù, III , cap, V ,
(2) Ratio profecta àrerum naturâ , et ad rectè faciendum impellens, et à delicto avocans : quœ non tùni deniqiie LQcipit lex esse , qunm scripta est, scd tum quum orta est ; orta autem simulest cum mcnfc divina : quamobi^m lex vera atque princeps , apta ad jubendum et ad yetan-
dum, ratio est recta summi Jovis JDrgo est lex justo-
runi injustorumque distinclîo , ad illam antlquissiniam et rerum omnium principem expressa naluram, ad quam leges hominum diriguntur, quaî supplicio improbos afficiunt , defendunt ac tuentur bonos. Cicer, ^ De Legib., iib, II ^ cap, IF et V, Conf. cum, Clem, Alex, Sirom,, lih, 1 3 /?• 55 1. Lutet,, Paris ^ 1G41.
EN 3ÏATIÈRE DE RELIGION. 5l
» chose d'éternel qui régit tout l'univers , par » des commandemens et des défenses pleines.de » sagesse. C'est pourquoi ils disoient que cette » loi première et dernière , est le jugeaient » même de Dieu , qui ordonne ou défend selon » la raison (i) ; et c'est de cette loi que vient » celle que les dieux ont donnée au genre hu- » main (2). »
Cicéron , comme Socrate , attribue primitivement à Dieu rétablissement de la loi (5) ; et, comme Socrate , il ajoute qu'elle a été donnée p2iT les dieux 9 au genre humain. Confucius dit dans le même sens que « le prince sage se règle
(1) C'est aussi l'idée que les Juifs avoicut de la !oi : Lex porrô niliil aliud est procul dubio, quàmdivinum eloquiarris faclenda prœcipiens ^ vitanda prohiùens. Philo JudaBÙs^ De migrât. Abrah,^ Oper,, p, 4o8.
(2) Video sapientissimorum fuisse sententiam , legem neque homiaum ingeniîs excogitatam , nec scitum aliquod esse populorum, sed aeterauua quiddam, quod unîversum muudum regeret, iinperandi, prohibendique sapicntiâ: îtà princîpem legem illam et ultimam^ mentem esse dicebant , omnia ratione aut cogentis, aut vetantis Dei, ex quâ illa lex, quam dii humano generi dederant. De Legib,, lib. II ^ cap, IV.
(5) Ille (Deus) legîs hujus inventor, dispeptator, lator. De repubt,^ lib, II ^ ap. Lactant, Divin, Instit. 9 lib, VI3 cap, VIII,
5â £SSAi SUR l'indifférence
» surle témoignage des esprits (i). » On ne doit pas se presser de juger que ces grands hommes se trompent en cela. Ils semblent au contraire se rapprocher de la doctrine antique consacrée dans nos livres saints. Qu'on se sourienne que leurs dieux n'étoient que des puissances ministérielles^ ainsi que nos anges appelés par saint Paul des esprits administrateurs ; et que le même apôtre enseigne que la loi a été donnée par les anges (2) : on sera, nous n'en doutons point, extrêmement frappé de ces rapports. « Ceux qui » violent les lois données par les dieux sont »» justement punis (3) , » dit Socrate. Et saint
(1) L'Invariable Milieu^ etCj ch. XXIX ^ S 3^ 4 9 p. 101^ 102, 159.
(2) Ordinata per angelos in mauu Mediatoris. Ep, ad Galat.^ III j 19. — Quid autem est, sienim qui per angelos dictus est sermo, factus est firmus ? In epîstolâ quoqae ad Galatas sic dicit : Dlsposita per angelos in inanu Mediatoris, Et rursÀs : Accepistis legem in positione angeto-rum^ non cnstodiistis; et ubîque eani dicit dari per angelos. NonnuUi quidem dicunl Moysem tacite sîgnîficarî , sed non est consentaneum. Multos enim hic dicit angelos. S. Joan. Chrys. in Epist, ad Hœbr.^ c, II ^ H omit, III ^ Oper. tom. XII ^ p. 3o. EdiU BenedicU — Vid. et. S, Hilar. Tract., in LXVII. Psal, , n. 17. Oper. , col, 200. — Athavtas. Orat, II , contra Arian,
(3) Atryiv $k tw ^i^oatxtv ot 7rapa6atvovT«ç toÙç vttÔ -^wv ^ewv x£t|xsvo'jç vcît/oyç. Xenoph. hoc, ,^up, cit.
Paul : « Si la loi qui a été annoncée par les » anges (i) est demeurée ferme , et si tous » les violemetis ( de ses préceptes ) et toutes les » désobéissances ont reçu la juste punition qui » leur étoit due : comment pourrons-nous Tévi- » ter, si nous négligeons (l'Evangile) du véri- » table salut (2)? »> Il nous paroît difficile de ne pas voir dans ces deux passages un fonds commun de vérités dérivées d'une même tradition. "" Ce n'étoient pas seulement les philosophes qui attistoient l'existence de la loi divine , immuable , donnée aux hommes dès le commencement : les anciens poètes la rappeloient au peuple (3) , qui n'en perdit jamais le souvenir.
(1) Traduction de Saci.
(2) Si enim qui per angelos dictus est sermo, factus est firmus ^ et omnis praevaricatio et inobedientia accepit justam mercedîsretribatienem : quomodô nos effugiemus, ôi tantam neglexerimussalutem. Ep. adHebr.^ 11^ 2etZ.
(3) Tôv Sk yxp àv0pw7rot<rt vcJpov SUroLÏe Kpovtwv. Hamano geoeri lex namque est à Jove lata.
Hesiod, ap. Clem. Alexandr. Strom. j, lib. I ^ p, 556. Lutet, Paris ^ i64i» — Pindare parle aussi d'une loi divine :
Int. fragm,, torn. 111, p, 160. Edit. Heyne. Mi dans la Iir Pytbiq*ue : « Si quelqu'un des mortels connoîl la
54 ESSAI SLR l/lMJ)FFÊRENCE
Dans la Grèce idolâtre, il applaudissoit à ces paroles prononcées sur le théâtre d*Athcnes :
« Puissé-je jouir du bonheur de conserver » toujours la sainteté dans mes actions et dans » mes paroles , selon les lois sublimes descen- » dues du plus haut des cieux. Le roi de » rOlympe en est le père , elles ne viennent » point de lliomme , et jamais l'oubli ne les » effacera. En elles est un dieu , le grand
» Dieu qui ne vieillit point ! 0 Dieu ,
» je vous invoque ! je ne cesserai jamais de » mettre en Dieu mon appui. Souverain maître » de l'univers , dont l'empire est éternel, mon- » trez que rien n'échappe à vos regards péné- » trans (i). »
» route de la rérité , qu'il jouisse de ce bonheur qu'il doit
» aux dieux. » '
El
As vdw Ti; éy^st
Ovarcov àÀaOâta; oSo'j ,
lùid.y iom, I ^ p, lôfi,
(ï) Et pot Ç'JvetTî oioovrt
iMotoa Tav evffETTTOv cr/vetav /o'/wv Kpywv T£ TravTWv , wv vcuot TrcoxstvTat V^ÎTTO^fi; , oùpavtav ^t' aïOipa
Que ces maximes fu^seiit conformes aux croyances vulgaires , le genre même du poëme où elles se trouvent en est la preuve. Euripide d'ailleurs les proclame ainsi que Sophocle, et toujours par la bouche du chœur , qui^ dans les tragédies grecques, repTcisente le peuple.
« La puissance divine s'exerce avec lenteur , » mais son effet est infaillible. Elle poursuit » celui qui, par un triste égarement, s'élève » contre le ciel , et lui refuse son hommagie ; sa* » marche détournée et secrète atteint l'impie » au milieu de ses vains projets. 0 fol orgueil , » qui, prétend être plus sage que les sages et » antiques lois ! Doit -il coûter à notre foi- » blesse d'avouer la force d'un Être suprême ,
' Il ■ • • ■-..#
'P'jGiç àvic(t:i'j STtXTSv , o\iSs 'My,v ttots ^dtOa xaraxoiptao-if Méyaç gv toOtoéç 0ccç , 0\)$s yspoitTY.ei,,.
0ftôv aiTOÛ^t 0sôv où VîÇw TTorè
Upodràrav ta;^wv. . .' ÂAA &) xpaT'JVWv j EtTTsp 00 tf axoustç ,
Zgû , Tràvr' àvxcffwv', ^vi "kiByi 2g , râv TS oràv àOxvarov àtsv àp-^i-j,
Sophocl, jEdip. Rex., v. 865 et seq, Edit. Brunck, tom, /, p. 4i ^ /'p-
» quelle que soit sa nature, et de reconnoître une » loi sainte , antérieure à tous les temps ( i ) ? »
Hélas ! après dix-huit siècles de la plus pure lumière , le poète , s'il revenoit au monde , ne pourroit-il pas adresser les mêmes paroles aux hommes de ce temps , et leur demander raison de leur révolte contre Dieu et contre sa loi? Étonnant abaissement ! Ce sont les païens qui nous instruisent , les païens qui nous accusent, et qui nous condamneront au dernier jugement. L'impie, dans le sein du christianisme, a su trouver un crime plus grand que l'adoration de la créature, et des ténèbres plus profondes que celles de l'idolâtrie.
La loi divine qu'il r^lte, Confucius recom-'
IIio'TOv TO ^6 ^etov iQsvQç' à7rsv6uv£( Si BpoTWv Toùç T aYvwptOffûvav TijxwvTccç , xat fiii rà 3'ewv AuÇovraç , orùv fxaivopiéva $6^a' KpyJTtzeùoxKTi is Trotxt^wç Aapôv }^ôvdu TTO^a , xat
0>îpWfflV TOV affgTTTOV * oO Vàp XpStdddv TTOTS TWV vôjxwv
rtyvwoxetv XP^> ^^^ pie^STçëv.
xnandoit de l'avoir sans cesse présente à l'esprit (1). On ne lira point sans quelque étonnement ses paroles, qui montrent d'une manière si frappante l'uniformité de la tradition générale.
t L'ordre établi par le ciel s'appelle nature; ce » qui est conforme à la nature s'appelle bi; l'é- » tablissement de la loi s'appelle instruction (2).
» La loi ne peut varier de l'épaisseur d'unche- » veu (3) ; siellepouvoit varier, ce ne seroit point » une loi (4) . »
« La vérité c'est la loi du ciel (5). »
Euripid. Bacchœ^ v, 870 et seq, Edit, de Bruncky p. 256. — Nous nous sommes servis de la traduction du P. Brumoy.
(1) Morale deConfucius, p. io3, 104» i48-
(2) Documentum.
(3) Admirez la puissance de la vérité qui , à deux mille quatre cents ans de distance , met le même langage dans la bouche de Confucius et de Montesquieu. « La nature » des lois humaines est d'être soumises à tous les accîdens » qui arrivent , et de varier à mesure que la volonté des » hommes change ; au contraire , la nature des lois de \d. » religion est de ne varier jamais. » Esprit des lois, ih. XVI , chap. XXVI,
(4) L'Invariable Milieu ^ etc,^ ch. I, § i, 2, p. 53. (5)îbid., ch. XX, § 18, p. 81.
58 ESSAT SUR l'indifférence
Le commentateur chinois observe , sur ce passage, que « la loi céleste est cette raison , cette » vérité que le ciel a imposée aux hommes ( i ) . »
« Se réglant sur les esprits sans avoir de sujet » de doute, ajoute Confucius, le sage connoît le » ciel; attendant sans inquiétude le saint homme » qui doit venir à la fin des siècles , il connoît les » hommes (2). »
«Le commentaire original, qui est particu- » lièrement destiné, dit M. Remusat, à faire sen- » tir la suite et renchaînement des idées , et les » rapports symétriques que les phrases ont les » unes avec les autres, fait observer ici les quatre » choses qui, suivant le texte, concourent à for- » mer la vertu du sage : la première Kliab^ Texa- , » men ou la règle de conduite, qu'on prend chez » les anciens ; Kiào^ rétablissement ou la con- » formité avec le ciel et* la terre ; Tclii^ ou le té- » moignage qui se tire des esprits; et Ssè ^ l'ex- » pectation qui fait que Ton compte sur la venue » du saint homme (3). »
Ainsi partout on retrouve la même règle des croyances, les mêmes devoirs, la même loi, qui
(1) Ibid.,not., p. i53.
(2) Ibid., ch. XXIX, § 4? P» 102.
(5) Ibid., not.,p. i58.
£N MATIËRH DE n£LlGION. 69
tire de Dieu son origine; et cette loi céleste est reconnue par les habitans du Japon comme par tous les autres peuples de la terre. «Leurs prîncî- » paux comrïiandemens, qu'ils appellent divins, » sont, dit Voltaire, précisément les nôtres (i). » D'Herbelot fait la même remarque au sujet des Tartares et des Mogols (2).
Qu'elle est belle cette tradition qui commence avec le monde, et qui , malgré d'innombrables erreurs, se perpétue sans interruption chez tous les peuples 1 Qu'elle est imposante cette parole que Dieu a prononcée à Torigine des siècles , et que tous les siècles redisent avec un saint respect! Sortie deFéternité, le temps, comme un long écho
( 1 ) Essai sur l'histoire générale et sur les mœurs et l'esprit des nations, cli. CXX, tom. III, pag. 193. Ed. de 1756.
(a) Taourat Gcngliiz-Kaniat ^ la loi de Genghiz-Khan.
C*e8t un octologue qui contient tous les préceptes du Décalogue , à la réserve de celui qui ordonne la célébration
du sabbat. Il est certain que la religion des Mogols approchoit fort du christianisme ; car Genghiz-Khan et ses successeurs ont été toujours amis des chrétiens et ennemis des miahomctans, jusqu'à Nicoudar-Oglou qui se fit musulman , et prit le nom d'Ahmed. . . . Biblioth, orient,, arU Genghiz-Khaniah, tom. II ^ p. 56y, Quoique cette loi porte le. nom de Genghiz-Khan , il n'tjn est point l'auteur. C'est l'ancienne loi des Mogols. Ibid» , art, Jassa, tom. III , pag. 5o2.
6o ESSAI SUR l'indifférence
la répète, et la reporte dans l'éternité. Cette parole merveilleuse , image de la Parole engendrée avant l'aurore ( i ) , du Verbe qui est en Dieu et qui estDieumême (2)^ est la raison, la vérité, l'ordre, la loi, la vie; et il n'y a de vie, de vérité, de raison qu'en elle. Héritage commun du genre humain (3) , elle est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde (4) ; elle Tinstruit de ses devoirs et de ses destinées; elle fonne son entendement en formant ses croyances ; elle élève par la foi cet être d'un jour jusqu'à C Ancien des jours (5), jusqu'à l'Etre infini, seul principe de toute existence; elle purifie son cœur en lui révélant sa misère, et en lui en montrant le remède. L'homme, sans elle, ne se roit qu'un fantôme qui passe et disparoit dans l'ombne :
(i) Ex utero antc Luciferum genui te. Ps. CIX\ 3.
(2) Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Joan. , / ^ 1 .
/ (5) Admirandum est hoc principium creationem mundt complexum : utpotè cùm et inuiidus legi et lex mundo convenîat, et homo legi obnoxius mox civis mundi évadât, dirîgens sua facta ad arbitrium natures gubemantis banc reruin universitatem. Philo Judœus, de mundi O pi fie, 3. Oper.i p, 1.
(4) Lex vera , quae illuminât oiiuiem houiineiu venîenteui in hune muRdum. Ibid,^ 9.
(5) Antîquus dierum. Dan,^ ^11 9 9-
EN MATIERE DE RELIGION. 6l
«lie Tunit avec ses semblables, en l'unissant avec son auteun La vertu, Tespérance, l'amour, la pensée même vient d'elle. Où sont ceux qui disent : Nous ne la connoissons point ! Intelligences déchues , sourdes à la voix du genre humain , et condamnées dès lors à ignoi^r tout , co^/lamnées à ne rien croire; car la foi naît de l'ouie, et comment croiront-elles^ si elles n'ont point entendu (i) ? Toute parole, comme toute vérité, toute loi, procède de cette parole, de cette loi première. Où sont ceux qui disent : Nous n'en voulons point! Esprits rebelles, que lalumière importune et blesse ; qui demandent les ténèbres, et à qui les ténèbres seront données; qui repoussent la vérité , et que la vérité repoussera ; qui rejettent la loi de grâce, et qui trouveront la loi de supplice; qui, à la place du Dieu qu'ils n'ont pas voulu, et de la moit qu'ils voudroient , auront éternellement leur crime pour compagnon,
et pour roi le ver qui ne meurt point (2)!
(1) Fides ex audilu,.. Quomodô credeot ci quem non «nudierunt? Ep. adRoman,, X , ly, 14»
(2) Vermis eoruni non moritur. Marc.j, IX , 4'^*
6u ESSAI SUR LINDLFF£11B:!<Cë
iy^)»^V^^^V»%^^VVVWVVWW»VW\^VW<V»\%»'VV»^^<»V\'VVV»*<V»^»>^V»»^^VW^^^^^^^^^*^*V*^'^V*^^