‹ Essai sur l'indifférence en matière de religion (volume 4)Chapitre 20 sur 23 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Autorifé du, C^rUtiamspui m tfitnps, de Jé$iur

CkrUu

Ç'eât i^ne dea, graphies aiiaèrea 4e VJ^pmfn^ , ^t 1^0^ suite de cett^ fifiiQ$tf3.iiM}ui^tudQ d'e$prU qui le tourooente 4epuji3 sa chuté , ^e d'4^ teiube toujours sa ci^ripsjiji;^ au del4 die ce. qu'i^ .luiestutijbe de saroi^ Layérité.de la religion chfi^iesm^ uqus est-içUe iwpuvca ? P^iJ raMoijir pable,:esjlril nécess^ir^ d'y croire? Son auto^it(^ ^Sft-elle spUd^meu,t établi^? Ypilà les questiou^ qui nous intéressf^^ y ^t qui soi>t aussi bientôt réspluiçft.. Mais nous voulo]p« aller plus }oin : il faut qu'on i^pns appcenne encore sur qiAel fon-r dément Içshon^niiQSi qui riyoient il y a dix-Jb^uit cents ans ont cru' à cette même religion , quelles pre^uY^a iU ayoîentdç sa vérité, dç quelle opa-» ' 9J^e çpp atrtodté se manifestoijt à eux* A ippins d^ cela, que de gens s'obstineront à demeurer dans une coupable indécision ! sem)[)Jal^Içs à Tinsisnsé'

/|84 sssAi SUR l'indifférence

qui refuseroit d'avouer Texistence du soleil en son , mtdî , jusqu'à ce qu'on lui eût expliqué les moyens qu'avoîent de le reconnoître ceux qui furent témoini de son lever. .

Si le christianisme est vrai maintenant, il le fut toujours , et dès lors qu'importe les motifs quf jpôt'tè'rent les premiers chrétiens à l'embrasser? Qu'importe que nous sachions comment * leur raison fut frappée de son autorité divine ? N'auroient-ilspas pu demander aussi comment, dix-huit siècles après eux , nous en serions frappéd««0(lftLfcfttoè8r?'tl y a aii fondîde'tontes ces pietiBéiekutië'iëferèlè^dhiîntfe d fait

q«Hôn"'>Semblé sùi' sbî'i 'i-ar* ëlllê j^art'ti'àù ^Ifltîî>è dé coi' Wfltià^ dbirt' rii^l^n'èSt ëkeni jilt.

Que' ceux iquîchericKerit dés prétextés' porur justifier ieiîit In'eîiùHfànce, et*â quitbut pVéVextètest boû,pôu<TU qu'il lès d'éliVl-éde la diirè obligation de àë siUfer, rie sïmâgîrient pas cependant qtfilsôît difficile' de' nâontrer que le chrîstîanîstfiè reposa toujouïS'sùrla plus grande- îaùtbrîté vlsiMeV Pour ¥eti<*rê? c6tte vërfté parfa'îterneat^'eVideùte, il suffit de rappeler te qui a'été établi précédemment. ' ' ' '• ' ' ^ '

Et d'abord nous avons fait vôii» que i'idolâtKe tf eut jamais aucune iautcfrîté réelle fl). ^La règlte

(i) Chapitre XXIV.

die la foi et des mœurs étoit , avant Jésus- Christ, la trajlitioQ universelle et perpétuelle qui , au milieu des erreurs de la philosophie et des superstition^ du paganisme ^ conservoit les dogmes et les préceptes de la révélation primitive; et partout cette révélation avoit ap|>ris aux peuples à attendre un Docteur , un Libérateur, un Homme-Dieu, qui devoit naître à Fépoque où Jésus-Christ çst né.|

La veûue de ce Libérateur , de cet Hommc^ Dieu^dont les enseignemens confirmoient et déreloppoient les dogmes et les préceptes de la révélation primitive , prouvoit donc la vérité des croyances du genre humain. Le christianisme , à son origine, loin d'être opposé à la tradition universelle et perpétuelle , n'étoit donc que cette tradition même accomplie dans ce qu'elle contenoit de prophétique ; le christianisme reposoit donc sur l'autorité du genre humain. ^

Que disoit la tradition ? EUeproi^lamoit la doc^ trine que nous avons montré ava^r été toujours universellement connue. Elle disoit qu jl viendroif , vers le temps où Jésus-Christ parut,, un Envoyé de Dieu pour sauver et instruire les hommes , et qu'il faudroit le croire.

Que disoit le christianisme? Ilproclamoit-la même doctrine que la tradition. Il disoit que ' l'Envoyé de Dieu étoit venu , au temps marqué,

486 tèskl Sun L'iNDTFIléREKGE

pour sauver et instruii'e les hommes , et ^'il M- Idît ié croire. •

DoQc la même Religion , dootc la même atr* foritè.

Il exiisrtoit encore cheib les Juifs une autorité {yafn^ulîère à ce peiliple , rantorité de la Synir- ^a^ùe V gardienne et inteiprète infaillible de la LQi et dés )Prqphéti6s.

Sa doctrine étpit la lïidttie t[iie celle de la tradition universelle , et tout le peuple Juif attendoit te If êsMé à répète où haquit JéftuM::hri^. . • Què^itoit-là SynàgôgûèPSllepinoclàtooit pttr- ^tuc^iemcfnt les dbgntés ^t lès ^(«fëcfeptes dé là rév^)afî«»i primitive ^oWfii'tDféb {4r^ia l'ëVétatidà tiiosàiqiïe.' Elle dîsoit^^ù'fl viendrôît , à^ tetnpis èù Jésus-Gferist partit , un EhToyé île Dtéd^oui HlruVelr et instruire lès hothmés , et qu'il ïaudixrft le croire. ^

Que<lisoit le ^hristîanistoe ? Il pr6clateôit la mètne doctrine qUê la Sjrnagogne. H diSôSt que ITEnVoyé de Dfeu étoît vefeu , au tètofpfs marqué , pfôùr sauver et instrèitelefe bonfiiiïè's , 'et qu'il falloit lé croire.

DbiKî fa inêtne Religion , klonc la méïne autorité.

* AînS*,^sùpposé que îésus-:Christ tûtle Rédempteur promis dès Tèrî^ne ^ annoncée dé siècle en ^îècle tèt^o^ts ^îûs daîtënieiit , le c^hrls-

tianisme n'étoit que la religion une , universelle et perpétuelle, plus développée et dès lors plus évidemment divine , puisque ce développement futur étoit lui-même un dogme de cette religion.

Le christianisme n'avoît donc à prouver qu'un seul fait , la mission de Jésus-Christ. Ce fait est prouvé pour nous

Par laccomplissement en la personne de Jésus-Christ des prophéties qui concernoierit le Messie ;

Par raccomplissément des prophéties de Jésus-Christ lui-même, et de celles qui regard oient la société qu'il devdît établir ;

Par la propagation de FEvangile et par ses effets; ^ .

Par le témoignage universel et perpétuel de l'immense société chrétienne ;

Enfin, parce que si Jésus-Christ n'étoit pas l'Envoyé de Dieu que tous les peuples attendoient, il n'existeroit.plus aucune raison de Tattendre-; le genre humain auroit été le jouet de l'erreur pendant quatre mille ans ; la religion primitive eût été fondée sur^ une illusion ; le fondement de toute religion et dé toute certitude seroit détruit.

Mais ces • preuves , par leur nature même, dévoient être le produit du temps. Résultat nécessaire de la mission de Jésus-Christ , elles ne

pouvoient servir à le faire reconnoître au commencement de sa prédication.

La sainteté de sa vie , la sublimité de sa doctrine , conforme à la prenaîère révélation et à la révélation mosaïque , l'hommage que lui ren- . doit publiquement le Précurseur distingué luimême par tant de hautes vertus , formoient en sa faveur une présomption assez forte pour couimaftder au moins Fexamen le plus attentif. Cependant ces motifs de croire en lui rie sufl&soient pas encore pour ôter toute incertitude. Que falloit-il donc pour que la vérité de sa mission fût certaine? le témoignage d'une autorité infaillible.

Cette autorité ne pouvoit étre,celle de la Synagogue/puisqu'il étoit prédit qu'elle rejeteroit le Christ, et qu'elle seroit , à cause de cela , rejetée elle-même. *

Ce ne pouvoit être non plus l'autorité du genre humain, puisqu'il étoit impossible que le genre humain connût ce qui se passoit alors en Judée.

Mais au-dessu^ de ces deux autorités, n'y avoit-il pas toujours celle de Dieu , qui en étoit le principe? Ne pouvoit-il pas rendre lui-même directement témoignage à son Envoyé ? On demande quelle étoit, au temps de Jésus-Christ, la plus grande autorité visible? Est-il donc néces-

âaire de le dire? c'étoit sans aucun doute celle de Jésus-Christ même , puisqu'il étoit visibiement le dépositaire du pouvoir divin (r).

Et", comme tout ce qui vient de Dieu est un , remarquez que l'autorité divine de Jésûs-Christ , loin d'être en opposition avec l'autorité de la tradition universelle et l'autorité que la Synagogue de voit posséder jusqu'à lui , servoît au contraire à constater un fait qui prouvoit la vérité de la doctrine de la Synagogue et de la tradition.

Les Prophètes avoient annoncé que le Christ opéreroit des oeuvres miraculeuses , et c'étoit là le signe auquel on devoit le reconnoître d'abord. Cependant ses miracles ne pouvoient être vus de tous les hommes; il falloit donc qu'ils fussent attestés à tous les hommes , par une autorité à laquelle tous les hommes fussent obligés de croire ; et c'est pourquoi Jésus-Christ envoyasses disciples pour lui rendre témoignage à Jérusalem et dans toute la Judée , ^ Samarie^ et jusqu'aux extrémités de la terre (2). Doués eux-mêmes du don des miracles , ils convertirent en peu de temps au christianisme une multitude innom^

(1) Voyez lé chapitre XXXIV.

(a) Eritis mihî testes in Jérusalem , et in omni Judaeâ , . et Samariâ , et usque ad ultiinum terras. Jet. I ^ 8.

brable de Juifs et de gentils dans toutes tes contrées alors connues , et ainsi se forma cette grande société qu'on appelle TEglise , dont le témoignage universel et perpétuel n'est que la continuation du témoignage des didciples de Jésus-Christ 5 et dont Tautorité est l'autorité de •Jésus-Christ même.

Mais quelle que fût la rapidité des progrès de rÊyangile , rien ne se fait dans le monde instantanément : tout est préparé de loin , et tout se développe selon des lois qui ne permettent pas de fixer rigoureusement l'époque précise où s'achève le passage d'un état à un autre état. L'autorité de la Synagogue a cessé-, nul doute; l'autorité de l'Église chrétienne s'est établie, nul doute encore ; mais ni l'une ne s'est établie , ni l'autre n'a cessé , de telle sorte qu'on puisse assigner avec exactitude le moment où ce fût pour tous un devoir absolu de rompre avec la Synagogue , et d'erttrer dans l'Eglise chrétienne. C'est ce que Bossuet explique admirablement. Il montre d'après les Acte% , que les Apôtres ne se séparèrent pas , immédiatement après la mort de leur divin Maître, de la communion du peuple juif et de son culte public. « C'étoît , dit-il , un » temps d'attente , où plusieurs gens de bien , » qui pouvoient n'tfvoîr pas vu les miracles de » Jésus-Christ demeuroient comme en suspens.

EN BfÀTTÈKE DE RELIGION. 4^*

» On venait cependant de toutes tes villes à Jéru- » salem , 'pour y apporter les malades aux Apôtres ; » on les exposoit à l'ombre de saint Pierre (i) : » et la Synagogue, quoique déjà sur le penchant » de 8a ruine , n'ayoît pas encore pris absolu- » ment son parti (â). Pendant ce temps-là , les » gentils Tenoîent en foule à l'Eglise, qui se » fornïoît tous les jours de plu^ en plus (3).

On arriye ainsi, sansquela rupture fût entièrement consommée, jusqu'à la ruine de Jérusalem par Titus, « où Ton sait que la cité sainte » fut mise en feu aTcç son tejmple, avec toutes » ]*es marques de la dernière extermination que » Daûièl avoit prédite. Ce fut alors que le peuple >* juif cessa absolument d'être peuple, conformé- » tnent à ce i^u'î^voit dit le même prophète : Et » il ne sera plus le peuple de Dieu (4).

» Dans cet interralle l'Église chrétienne com- » mençoît par la prédication de la vérité, que » Jésus^hrist et ses Apôtres établirent par tant » de miracles , et surtout par celui de la résur- » rection de Jésus-Christ, qui étoit , qu'il le fal-

fi) Act. V, i5, 16.

(a) Méditât sur l'Éyang., LIV*jour, tom. II, p. i5. Edit. de Parid , 1731.

(3) Ibid.,p. 17. ^ .

(4) Ibid. ,p. 18.

loitreconnoître pour le vrai Christ. Alors cependant la SynagOigue n'.étoit pas encore entièrement répudiée , ni n'avoit pas tout-à-fait perdu ' le titre d'Eglise ; puisque les Apôtres cQmmuniqnoient encore avec elle , à son temple et à son service. G'étoit comme un temps d'at- -tente , durant lequel se faîsoit la publication de rÉvangile. Il y en avoit alors qui peut-être n'avoient pas vu par eux-mêmes les miracles de Jésus-Christ et de ses Apôtres , et ne sachant encore que penser , voyant aussi qu'il se remuoit dans le monde quelque chose d'extraordinaire , demeuroient comme en suspens, attendai)t du temps le dernier éclaircissement, et disant comme Gamaliel : Si ce conseil n'est pas de Dieu , il se dissipera* de luimême ; s'il est de Dieu ^ vous ne pourrez pas le dissiper (i). Ceux qui demeuroient dans cette attente sembloient être en état de redevoir la vérité , quand elle seroit entièrement certifiée ^ et pouvoient encore être sauvés, comme leurs prédécesseurs , en la foi du Christ à venir ; parce qu'encore qu'il fût arrivé , la promulgation de sa venue n'avoît pas encore été faite jusqu'au point que Dieu avoit marqué , et » après laque'lle il ne vouloit plus tolérer ceux

(i) Aci. V, 38, 39.

> qui n'ajouteroîent pag une foi entière à l'É-

• vangile.

» En attendait, TÉglise judaïque demeuroît » encore en état. Le Fils de Dieu lui dôhhoit

• toujours la même autorité qu'elle avoit, pour » soutenir et instruire les enf ans de Dieu : ne lui » changeant la créance , que dans le point que » Dieu avoit révélé pat tant de miracles. Car la » croyance qu'elle donnoit par ces miracles à » rÉglise chrétienne J 'ne dérogeoit qu'à cet égard )» à la foi de l'Église' judaïque. L'Eglîèe chré- » tienne haissoît encore ,- et se formôit dans le » sein de l'Église judaïque , et n'étoit pas encore » entièrement enfantée y ni séparée de ce sein 9 maternel. Ç'étoît comme deux parties de la » même Église, dont Tune plus écîairéerépandoit 'i' jpieu à peu la lutaière;suf l'autre. Ceux qui ré* » sistoient . ouvertement et opiniâtrement à la » lumière , përissôient dans leur infidélité ; ceux » qui demeuroient comme en suspens en atten- » dant le plein joufr , disposés à le recevoir aus- 1^ sitôt (Ju'il leur apparoitroit , se sauvoient à la i faveur de la foi au Christ futur , à la manière >^ qu'on a va: La Synagogue leur servoit encore V de mère, et tenoit encore la chaire de Moïse i' jusqu'à un ceitain point Qu'on demandât, » quel Dieu faut-il croire? les docteurs de la Loi » répondoient : Celui d'Abraham , qui a fait le

494 insja SUR l'indifférence

» ciel-, la terre. Que faut-il faire pour son cglte f » et qu'en ordonne Moïse ? Telle et telle chose.

• Faut-U attendre un Christ? Sans doute. Où

• doit-îl naître ? En Bethléem ( i ) ; tout d'unç » Toix* De qui doit-il être fils? De David ; sans » hésiter. Mais ce Christ est-ce Jésus ? Dieu Iç » déclaroit ouvertement ^ et on n'avoît pas b^soia

• à cet égard de l'autorité de la Synagogue; car » il s'élevoit une autorité au-dessus de la sienne » » qu'il n'y avoit pas moyen de méconnoître Bhr

• solument. Cçux qui attendoient néanopoins » ce, que le temps, devoit faire , pour la dëclarer » davantage , et qui se çardoient en attendant , » à l'exemple d'un G^maliel; , de participer au^ I complots des Juifs contre Jésus-TIhrist et ses » Apôtres , faisoient ce que disoit le Sauveur :

» Faites ce qu'ils disent; suive:& ce qui a pa^sç > en dogme constant; Hiais ne faites^ pas ce qu'ils ' font. Ne sacrifiez pas le ju^t^ à la passion ejt ^ l'intérêt de vos docteurs corrompus. L'autorité naissante de VÉglise chrétienne suffit pour vous en empêcher. La Synagogue eUç-n^ême n'a pas encore pris^paiti en cojrps , puisqu'elle écoute tous les jours les Apôtjces de Jé^sr Christ , et demeure c(xmme en attente : Dieu le permettant pour ae laisser pas tomber, toujt

(i) Maldï. 11,5.

» à coup dan6 la Synagogue le titre d'Eglise , 9 et pour donner loisir à l'Église chrétienne de se » fortifier peu à peu. La Synagogue s'aveugle à B mesure que la lumière croit ; les eofans de » Dieu se séparent. La lumière est-elle venue à » son plein par la destruction du saint lieu, par 0 l'extermination de Tapeien peuple , et Tentriée » des gentils en foule ^ avec un manifeste ac-** » complissement des anciens oracles : la Synan gdgue a perdu toute son autorité , et . n'est » pluis qu'un peuple manifestement réprouvé. « C'est ce qui devoM arriver selon les conseils de • Dieu, dan^cet ent{Q-temps qui se.devoit écou- » 1er entre la naissance de Jésus^Christ ^ et *la » réprobation déqjarée.du peuple juif, (i). »

On voit que , selon Bossuet , l'obligation géqérale et absolue d'eatrer dans l'Église chrétienue , ne commeinça qu'il époque où elle s'étoit assez fortifiée , assez, étendue , pour que tout le monde dût cédex à son autorité pleinement établie; et ce qu'il dit des Juifs s'applique également à ceux d'entre les gentils qui, s'étant préservés de l'idolâtrie f ne rendoîentde culte qi^'au seul vrai Dieu.

Ces principes posés , rien n'est plus facile que

(i) Médk. sur i'Évang., LV* jour, tom. II, p. 19 et suivantes.

49^ *^^^^ ^^^ l/lNI>lFFÉRENC£

de résoudre une difficulté que propose Rousseau , et qu'on il depuis souvent reproduite. Après aroir supposé qu'il existe des millions d'hommes, qui jamiais n'entendirent parler de Moïse ni de Jésus-Christ , il ajoute :

t Quand il seroit yrai que l'Évangile est an- 9- nonce par toute la terre , qu'y gagneroit-on ? '» La veille du jour que le premier missionnaire » est arrivé dans un pays , il est sûrement mort » quelqu'un qui n'a pu l'entendre. Or^ dites- 9 moi ce que nous ferons de ce quelqu'un-là f » N'y eût-il dans l'univers q^'un seul homme i » qui l'on n'auroit jamais prêché Jésus-Christ , » l'objection seroit aussi forte pour ce seul » homme , que pour le quart du genre hu-

» main (î)* **

Nul n'est obligé de croire ce qu'il ne peut connoître , et nul ne peut connoître , à moins d'une révélation spéciale , Jésus-Clhrist et sa doctrine , s'ils ne lui sont point annoncés (2). Avant donc l'arrivée du premier missionnaire dans un pays , les habitans de ce pays sont précisément dans

(1) Emile , liv. IV , tom. III , p. 33. Ed. de 1793.

(2) Qiiomodo credent ci, quem non audierunt? Quo-

modo <autem audient sine praedicante ? Erg^o fides ex

auditu : auditus autemTper yerbum Christi. Ep, ad Rom,,

EN "matière de religion. 4i)7

rétat où se trouvoient les peuples avant la venue de Jésus-Christ : ils n'ont point d'autres devoirs que ceux qui furent toujours promulgués par la tradition générale, et ils peuvent se sauver comme tous les hommes pouvoient se sauver antérieurement à la Rédemption , par une fidèle obéissance à la loi primitivement révélée et universellement connue (i). La forte objection de Rousseau n'est donc pas même une objection. Voyons la suite.

c Quand les ministres de l'Évangile se sont fait entendre aux peuples éloignés , que leur ont-ils dit qu'on pût raisonnablement admettre sur leur parole , et qui ne demandât pas la plus exacte vérification? Vous m'annoncez un Dieu né et mort il y a deux mille ans à l'autre extrémité* du monde , dans je ne sais quelle petite ville , et vous me dîtes que tous ceux qui n'auront point cru à ce mystère seront damnés. Voilà des choses bien étranges pour les croire si vite sur la seule autorité d'un homme que je ne connois point ! Pourquoi votre Dieu a-t-il fait arriver si loin de moi les événemens dont il vouloitm'oblîger d'être instruit? Est-ce un crime d'ignorer ce qui se passe aux Antipodes? Puis-je deviner qu'il y a

(i) Voyez le chapitre XXV.

» eu dans un autre hémisphère un peuple hé-

» breu et une ville de Jérusalein ? Autant vau-

» droit m'oblîger de savoir ce qui se fait dans la

» lune. Vous venez , dites-vous , me l'apprendre ;

» maispourquoin^êtes-vouspasvenuTapprendre

» à mon père , ou pourquoi damnez-vous ce bon

», vieillard pour n'en avoir ja>mais rien su? Doît^

» il être éternellement puni de votre paresse ,

» lui qui étoit si bon , si bienfaisant , et qui ne

*» cherchoit que la vérité? Soyez de bonne foi ,

» puis mettez-vous à ma place : voyez si je dois ,

» sur votre seul témoignage , croire toutes les

» choses incroyables que vous me dites , et con-

» cilîer tant d'injustices avec le Dieu que vous

» m'annoncez (i). »

Tout ce discours reposé sur de fausses suppositions. Afin de paroître coml^attre le christianisme avec avantage , Rousseau commence philosophiquement par le calomnier.

Qui a dit à ce sophistç qu'un* homme sera damné pour n'avoir pas cru à des mystères qu'il ne pouvoit connoîtr.e? Sur quel fondement im«pute-t-il aux chrétiens une doctrine ^i absurde et si horrible? Jamais l'Eglise cnseigna-t-elle qu'un homme bon , bienfaisant , qui ne cherche que la vérité ^ dût être éternellement puni d'avoii

(i) Éinile , ibid.

EN MATIÈRE DE RELIGION. 49g

ignoré une A^érité dont il lui étoit impossible d'être instruit? Non, cet homme ne sera point damné , s'il est réellement tel que vous le dites; il se sauvera, nous n'en doutons pas, et il se sauvera dans le christianisme ; car quiconque n'a point entendu la prédication évangélique, et croit tous les dogmes que proclame la tradition universelle, tout ce que croyoîent les anciens justes , celui-là croit implicitement tout ce que nous croyons ; ce n'est pas la foi qui lui manque mais un enseignement plus développé , il est , comme* nous l'avons déjà dit ailleurs , dans la position de l'enfant qui meurt avant qu'on ait achevé de l'instruire, il est chrétien ( i ) .

(1) Les thé|||ogiens distinguent . comme on sait, troi^ sortes de baptême, le baptême d'eau , le baptême de désir , et le baptême de sang ou le martyre. Ceux qui insistent le plus sur la nécessité du baptême d'eau, enseignent en .même temps que Dieu feroit plutôt un miracle que de laisser mourir sans baptême un homme qui seroît dans les dispositions supposées ici. Nous inclinons à croire que ces dispositions renferment un désir implicite du baptême , qui suffit dans le cas présent : Quod pro tantadlcitur sacramentum baptisvdl ^sse de necessitate salutis, quia non potest esse homini salus y nisi saltem in voluntate hakeatur , qu(B apud Deum reputatur pro facto, S. Thom,, 5* part., vol. H y quœst. LXVIlIy art. II. La volonté de faire tout ce que Dieu yeut qu'on fasse pour être sauvé , renferme é vi- demment la Tolonté de recevoir le baptême , si Ton en

5oo EisAi Sun l'indifférence

Mais enfin, demandez-tous, sera-t-on obligé de croire sut son seul témoignage ^ un mission-^ naîre qui vient annoncer des faits extraordinaires , qui se sont passés il y a deux mille ans à Vautre extrémité du monde,, et dont on n'avoît point encore entendu parler? Nullement. Les vertus de ce missionnaire , le zèle qui Tamène , à travers tant de périls , dans un pays lointain « uniquement pour y prêcher une doctrine sainte en elle-même , et conforme à celle de la tradition : tout cela doit porter les hommes d'une volonté droite à l'écouter, mais tout cela ne crée pas l'obligation absolue de croire ce qu'il dit sur son seul témoignage. Je laisse à part l'impression intérieure delà grâce, qui produira sansdouteson effet sur quelques-uns. J'envisage

connoîssoit la nécessité. Le bienheureux Lîgori dit positivement « qu'il est de foi que le baptême d'esprit est suQi' » santpour le salut ; » et voici la définition qu'il en donne :. « Le baptême d'esprit est la parfaite conversion à Dieu » par la contrition ou l'amour de Dieu sur toutes choses, » avec le vœu explicite ou implicite du vrai baptême j» d'eau , qu'il supplée quant à la rémission de la coulpe. » De fide est per baptismum flaminis homines etiam salvarL . . » Baptismus flaminis est perfecia conversio ad Deum per » contrit ionemvet amoremDei super omnia^ cumvotoexpli^ » citovet implicito veri baptismi flurhinis eu jus vicem supplet » guoad cul pœ remiss ionem,)) Li^or.^ lib, VIL Tract, II, de sacramcnt.^ n, Q^.

EN MATIÈRE DE REUGION. 5oi

la question sous le point de vue purement philo-, sophique. Ou lé missionnaire sera doué du pouvoir miraculeux, et alors ce ne sera plus à son seul témoignage qu'on croira, mais au témoignage immédiat de Dieu mên^e : ou il ne poss^dei;a pas ce pouvoir , et dans ce cas il peut y avoir « comme un temps d'attente durant lequel se » fait la publication de l'Evangile^ Ceux qpi dxî- 1^ meurent dans cette attente semblent être en » état dé recevoir la vérité quand elle seraentiè- » rement certifiée , et peuvent encore être sauvés » comme leurs prédécesseurs en la foi primi- » tive (i). » Il faut en un mot^ qu'ils connpîssent avec certitude l'existence de l'Eglise dont le missionnaire se dit l'envoyé, pour être dfins l'obligation rigoureuse d'ajouter foi à ses enseignemens. Car on peut être trompé par un homme, et c'est à l'autorité de l'Eglise seule que s'attache le devoir d'obéir. Et certes nous " raisonnons ici suivant une supposition bien peu vraisemblable y celle d'un seul témoignage qui atteste l'existence de l'Église , de cette immense société répandue , dès les premiers siècles, par tout l'univers. En un cas aussi singulier, s'il arrive qu'il se présente, Dieu a^it lui-même sur les cœurs, et sa bonté est plus féconde en moyens

(i ) Paroles de Bossaet cilées plus baut.

502 ESSAI SUR L'iNDIFFiRENGE

de sauver rhomme et de réclairer, que rhomme n'est fécond en vains prétextes pour justifier son ingratitude et sa rébellion.

Considérons maintenant le point d'où nous sommes partis, et celui où nous sommes arrivés, afin que, gliidés toujours par renchaînement des conséquences, nous parvenions au but que nous nous sommres proposé.

Du principe que l'autorité est le moyen général donné aux hommes pour discerner la vraie religion des religions fausses \ nous avons conclu , premièrement , la nécessité de la révélation : secondement, que le dhilstianisme est la religion révélée ou la vraie religion.

En effet la réunion de ces caractères, l'unité, l'universalité, la perpétuité; la sainteté, forme le plus haut degré d'autorité possible.

Or nulle religion n'eut jamais aucun de ces caractères, excepté la religion chrétienne ; elle seule estiïïanifestement une, universelle, perpétuelle, sainte; donc nulle religion , excepté la religion chrétienne , ne posséda jamais d'autorité; donc la religion chrétienne est la seule vraie religion.

Mais il existe différentes sectes, différentes communions, dans le sein de la religion chrétienne. Quelle est la véritable ? Comment la reconnoîtrons-nous ? Toujours par le même moyen , en

BN MATIÈUK DE RELIGION. 5o3

examiiûant quelle est celle à qui appartieut la plus grande autorité visible.

Fondés sur ce principe , qui est la base de la raison humaine , nous montrerons dans le volume suivant , que nulle secte séparée de TEglîse catholique , ne peut s'attribuer aucun des

caractères dont la réunion fornie le plus haut ^

(legré d'autorité visible ; qu'ils se trouvent uniquement dans l'Eglise catholique , qu'elle les possède tous , et que l'EçIise catholique est par conséquent la seule société dépositaire des dt^gmes et .de;5 précepte^ révélés , la seule qui professe la vraie religion.

Se peut-il qu'il existe des créatures inieliigentes qui ne. daignent pas même s'occuper de ces importantes questions? Quel est donc le. charme qui les fascine, et les empêche de lever leurs regards sur l'avenir inévitable vers let[uel elles s'avancent incertaines de leurs destinées , et tranquilles dan^ le sein de cette ignorance terrible? Cet aveugle oubli de soi-même seroit inexplicable sans la foi qui nous révèle le mystère de l'homme. Egalemcut incompréhensible dans sa grandeur et dans sa bassesse, il touche à tous les. extrêmes. Il ne possède pas en propre la plus petite portion du temps, et l'éternité lui appartient. Sa pensée se perd dans un atome, et franchit l'univers. Le plus chétif objet assouvit

5o4 ESSAI SUR l'indifférence

son amour que le seul être infini peut rassasier.' Nul désordre assez profond, nul ordre assez pariait pour lui. Le crime Tattire, et la^ vertu est rimmortel ravissement de son cœur. Ses désirs regardent le fond de Tabîme, et s'élancent dans les cieux. Quelquefois on diroit un transfuge du néant , et quelquefois un dieu égaré.

Interrogez la philosophie , pressez-là de vous rendre raison de ces contrastes ; elle est muette. La religion nou$ en montre la source; elle nous apprend ce que nous sommes , ce que nous fûmes originairement, ce que nous pouvons devenir encore en obéissant à ses lois. Croire, espérer, aimer, voilà ce qu'elle ordonne; et l'amour, l'espérance, la foi, nous remettent en possession de tout ce que nous avions perdu, Timmuable vérité et le souverain bien. Venez donc , et goûtez combien le Seigneur est doux (i). Dé trompez- vous du monde, de ses menteuses promesses, de ses funestes illusions : ce qui vous séduit va disparoître. Malheur à qui renferme son court espoir dans cette vie si triste , qui lui demande ce qu'elle ne peut donner ! Notis n'avons point ici de demeure permanente.

(i) Videtc, et gustale quoniam suayi» est Dominas, Ps, XXXlll , 9'

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mais nous cherchons uns autre cité (i). Gomme, au milieu d'une tempête , on aperçoit l'ombre d'un léger nuage y qui passe rapidement sur des flots troublés , ainsi passe l'homme sur la terre : ailleurs est le lieu de son repos.

(i) Non habemus hio manentemoiTitateui, sed futurain loquirimus. Ep, odHebr. XIH , i4*

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