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Essai sur l'indifférence en matière de religion

En publiant cette nouvelle édition du second volume de l'Essai sur V Indifférence, nous ne rentrerons pas dans les discussions que cet ouvrage a fait naître. Le temps, qui juge tout, parce qu'il interroge la raison de tous, décidera la question qu'on a si vivement agitée. Quelques éclaircissements, quelques réflexions courtes, c'est à cela qu'en ce moment nous avons résolu de nous borner. Du reste, nous renvoyons les lecteurs à notre Défense, qu'il est nécessaire de lire, si l'on veut bien connoître tous les vices et tout le danger de la philosophie cartésienne, l'une de celles que nous avons combattues; et, en même temps, mieux comprendre la méthode que nous y substituons, méthode simple, à la portée de tous les esprits, et la seule certaine et universelle, il. 1

â AVERTISSEMENT.

parce qu'elle n'est que la méthode de la société universelle ou catholique,

La méthode opposée est celle de tous les ennemis du christianisme, des hérétiques, des déistes, des athées. Tous cherchent la vérité en eux-mêmes, et n'admettent comme vrai que ce qui paroît vrai à leur raison particulière. Or, comment le moyen donné à Fhomme pour parvenir certainement à la vérité, seroit-il précisément celui qu'emploient tous ceux qui nient quelque vérité ? Comment la méthode qui conduit au scepticisme absolu, conduiroit-elle à la foi parfaite.^ En dernière analyse, que fait-on, lorsqu'on admet quoi que ce soit pour vrai sur le témoignage de sa seule raison? On croit en soi. Il en faut donc toujours revenir à une croyance dénuée de preuves. Or quel est le plus raisonnable, le plus sûr, de dire : Je crois en moi^ ou de dire : Je crois au genre humain ? En cas de conflit entre ces deux autorités, quelle est celle qui doit prévaloir, la vôtre ou celle de tous les hommes? Si c'est la vôtre, tous les hommes ne seront raisonnables qu'autant qu'ils croiront en vous : si c'est la leur, vous ne serez raisonnable qu'autant que vous croirez en eux, que leur raison sera la règle de la vôtre. Dans la nécessité où nous sommes de croire, il faut absolument faire un choix. Or partout le sens commun appelle folie la préférence qu'on accorde à sa raison sur la raison de tous • et pour peindre en un seul mot la stupidité opiniâtre ou Fobslination insensée de l'orgueil, que -dit-on? G est un homme qui ne veut croire que soi.

On n'a pas assez remarqué la liaison nécessaire

AVERTivSSEMENT. S

qui existe entre la certitude et l'infaillibilité. Une > chose qui peut être ou vraie, ou fausse, n'est pas certaine. Tout ce qu'affirme comme vrai une raison qui peut se tromper, peut être faux; tout ce qu'elle affirme comme faux peut être vrai. Donc, rien de ce qu'affirme une raison qui peut se tromper ou une raison faillible, n'est certain, Donc, chercher la certitude, c'est chercher une raison infaillible ; et son infaillibilité doit être crue^ ou admise sans preuves, puisque toute preuve suppose des vérités déjà certaines, et par conséquent l'infailbbilité de la raison qui les affirme.

Forcés de croire à l'infaillibihté d'une raison quelconque, ou de renoncer à toute certitude, à toute vérité, sera-ce notre raison individuelle ou la raison de tous, la raison humaine, que nous supposerons infaillible?

Si chacun se suppose personnellement infaillible, les opinions les plus opposées, les jugements les plus ■ contradictoires, sont également vrais, également certains ; c'est-à-dire qu'il n'existe ni vérité, ni erreur, ni sagesse, ni folie, ni bien, ni mal : d'où il suit, que supposer la raison particulière infaillible, c'est détruire la raison, les lois, les devoirs, la société.

Si nous supposons au contraire que l'infaillibinté appartient à la raison humaine, aussitôt tout renaît : la raison individuelle trouve un fondement solide et une règle invariable, les lois reprennent leur autorité, l'homme reconnoît ses devoirs, la société s'affermit, parce que l'ordre a recouvré ses droits. Et qu'estce que cet ordre ? la nature même, ce qui a été, ce

qui est, ce qui sera toujours, malgré nos vains systèmes, nos erreurs et nos passions. Toujours les hommes ont cru, toujours ils croiront au témoignage ; leur raison chercha toujours un appui dans une raison plus élevée ou plus générale, et on ne montrera pas un moment, dans la durée des siècles, où l'autorité ait cessé d'être le principe conservateur de la foi et de la vérité, le lien qui unit les esprits, et la base de la vie humaine.

Considérez toutes les erreurs qui ont jamais existé dans le monde, vous verrez qu'elles se réduisent à la négation de l'autorité. L'hérétique nie l'autorité de l'Église, le déiste celle de Jésus-Christ et de toutes les sociétés chrétiennes, l'athée celle du genre humain. 11 en est ainsi dans l'ordre politique, et dans les sciences même ; et le fou qui s'imagine avoir découvert ou le grand œuvre, ou le rapport rationnel entre la circonférence et le rayon, que fait-il autre chose que nier l'autorité propre à la science, en mettant son 'jugement particulier au-dessus de celui de tous les savants?

Que si chacun des hommes dont nous venons de parler, fidèle au principe qui leur est commun de ne pas reconnoilre d'autorité supérieure à celle de leur raison individuelle, en fait l'unique règle de ses actions; à l'instant même la société, avertie du désordre de Fintelligence par le dérèglement de la volonté, le punira comme rebelle ; ou, le supposant privé de. raison par cela seul qu'il manifeste une opposition invincible à la raison générale, elle l'enfermera comme insensé. Qu'un grand nombre d'hommes

atteints à la fois de cette maladie terrible, se révoltent contre l'autorité qui prescrivoit des lois à leurs pensées et à leurs actions, alors on a le spectacle non pas d'un individu, mais d'un peuple en délire; et comme rien ne peut alors ni le contenir ni lui résister, l'État, en proie à tous les désordres, à toutes les calamités, périt bientôt, si le malheur, ou une force étrangère, ne ramène les esprits à l'obéissance.

Dieu, en effet, les a formés pour obéir; c'est tellement leur nature, que, ne vivant que par la foi, ils ne croient néanmoins d'une foi constante, que ce qu'ils croient sur l'autorité. Nos sociétés modernes en offrent une preuve frappante. Elles renferment dans leur sein une race d'hommes inconnus aux siècles précédents, et dont l'apparition inspire tout ensemble et de la tristesse et de l'effroi, parce qu'elle montre combien la vie sociale est épuisée, et la raison humaine affoiblie. Ces hommes ne sont pas irréligieux; au contraire, leurs pensées, leurs désirs les portent vers la Religion, et néanmoins quelque chose les empêche d'y arriver ; les forces leur manquent, ils tombent de langueur, et ne sauroient parvenir à une croyance ferme et imperturbable. Ils regardent, ils voient, puis leur vue se trouble, et la vérité disparoit. Vainement ils tâchent de sortir d'un doute qui les fatigue; la certitude les fuit. Cependant ils connoissent les preuves de la Religion ; elles leur paroissent solides, du moins ils n'essayent pas d'y rien opposer. L'inquiétude qui les tourmente vient de plus haut. Un instinct vague les presse de chercher sans fin ; ils voudroient qu'on leur prouvât les preu-

ves mêmes. Qu'est-ce, en effet, qu'une preuve par rapport à nous? Est-ce autre chose que la conviction de notre esprit? Et qui nous assure que notre esprit ne peut être trompé par ses convictions? Croire à la Religion uniquement parce que notre esprit est convaincu, c'est croire en soi-même. Or l'auteur de notre nature ne permet pas que cette foi solitaire soit jamais parfaite et inébranlable. Aussi inconstante que les pensées de l'homme, elle n'est pour lui que comme un songe de vérité, à peine différent des chimères qui le séduisent tour à tour ; et par là Dieu nous rappelle à la société pour y trouver un point d'appui, la sécurité et le repos de l'âme; il nous force à reconnoître l'incertitude de nos jugements individuels ; et le doute qui désole les infortunés dont nous parlons, n'est qu'un témoignage perpétuel que la raison se rend à elle-même de sa foiblesse et de son impuissance.

Qu'on y prenne garde cependant, cette impuissance et cette foiblesse, résultat inévitable de l'isolement de la raison, viennent de ce qu'en s'isolant elle viole les lois de sa nature. Dès qu'elle y obéit, sa force reparoît : en rentrant dans la société, elle se retrouve elle-même. Et qu'on ne croie pas qu'en cet état de dépendance d'une plus haute raison, elle soit inerte et passive. Non certes ; elle ne perd pas plus la faculté de penser, de juger ou d'agir selon le mode d'action qui lui est propre, que le cœur ne perd la faculté d'aimer, en se soumettant aux lois qui règlent ses affections. Elle peut chercher la vérité, la découvrir ; seulement elle n'est certaine de l'avoir décou-

verte que lorsque le jugement d'une raison supérieure ou plus générale confirme le sien ; parce que Dieu, qui s'est plu à l'enrichir de ses dons, lui a refusé le plus élevé de tous, VinfailUbiUté. 11 a voulu qu'elle n'appartînt qu'à la raison universelle. Sans cela, comment la société se seroit-elle établie? comment subsisteroit-elle? Pour qu'elle fût possible, il falloit que l'homme pût parvenir à la certitude, et n'y pût parvenir seul. S'il étoit infaillible, il se suffiroit à lui-même. Retiré dans son orgueil, il passeroit sa vie entière à se contempler et à s'adorer. Tout l'ordre moral seroit ébranlé, et peut-être anéanti. Les anges mômes n'étoient pas personnellement infaillibles, puisqu'un grand nombre d'entre eux espérèrent vaincre le Tout-Puissant ; et je doute qu'aucun être créé, et dès lors nécessairement imparfait, pût éviter le sort de ces esprits superbes, §i réellement il possédoit l'infaillibilité. Sa nature fléchiroit sous le poids de cette divine prérogative.

Mais veut-on voir tout ensemble et la force de la raison particulière et ses limites, que l'on considère Bossuet, Descartes, Malebranche, Fénelon, Pascal^ pénétrant dans les profondeurs des dogmes chrétiens, et recueillant, pour ainsi dire, tous les rayons qui s'échappent de leur sainte obscurité, afin qu'ainsi réunis ils pussent frapper les yeux - les plus foibles. Quelle vigueur de raisonnement 1 quelle fécondité! quelle sublimité de vues ! Est-il rien qui montre davantage la grandeur de l'esprit humain? Et cependant ces puissants génies ne s'appuyoient que sur la foi, pour s'élever à cette hauteur qui nous étonne;

et Tautorité, leur juge et leur règle, les assuroit seule qu'ils ne s'égaroient pas dans l'espace immense en croyant s'approcher de la source de la lumière, et qu'en développant les conséquences de vérités certaines^ en cherchant les rapports qui les unissent, ils ne s'écartoient point, à leur insu, de ces vérités. Car, du reste, tous pouvoient- se tromper, et il n'est pas un d'eux qui ne se soit en effet trompé bien des fois ; et n'est-ce pas Bossuet qui a dit : « A « peine crois-je voir ce que je vois, et tenir ce que je « tiens, tant j'ai trouvé souvent ma raison fautive * 1 » Après cela nous pouvons tous, je pense, faire le même aveu sans rougir.

Il nous reste à rendre compte de cette nouvelle édition de notre ouvrage. On s'est plaint qu'il manquoit quelquefois de développements nécessaires, et nous sommes déjà convenu, dans notre Défense, de la justice de ce reproche. Nous avions trop abrégé ce qui devoit être traité avec plus d'étendue, et la clarté en a souffert. Pour réparer, autant qu'il est en nous, ce défaut très-réel, nous avons étendu le texte en beaucoup d'endroits, et ajouté un grand nombre de notes, soit pour éclaircir ce qui a paru obscur, soit pour montrer, par des passages des Pères et d'autres écrivains anciens, que notre doctrine n'est pas aussi nouvelle qu'elle avoit d'abord semblé l'être à quelques personnes. Nous aurions pu aisément multiplier ces citations, mais c'eût été une surcharge à peu

* Sermon pour la fête de tous les raints. Tome I, p. 70. Étlit. de Versailles.

près inutile, et d'ailleurs elles trouveront leur place, au moins les plus importantes, dans le volume suivant.

Deux théologiens étrangers, aussi savants que modestes, ont bien voulu nous indiquer, dans le chapitre xv*" S deux passages où l'expression n'étoit pas assez exacte. Ils nous ont fait observer, avec une parfaite raison, qu'en parlant de la nature divine il ne suffisoit pas que la pensée fût orthodoxe ; mais qu'en un sujet si élevé, et où la moindre erreur pouvoit être si dangereuse, il falloit encore avoir soin de ne s'écarter en aucune façon du langage théologique consacré, et qui est comme la sauvegarde de la pureté du dogme. Nous avons corrigé les passages qui ayoient donné Heu à cette juste observation, et nous aimons à offrir ici l'hommage de notre reconnoissance aux hommes respectables qui, par leurs doctes conseils, nous ont aidé à nous réformer.

*• m» du lome II de cette édition.

La première partie de VEssai sur V indifférence en matière de Religion parut il y a deux ans. La bienveillance avec laquelle elle fut accueillie montre combien les peuples sentent le besoin de la vérité ; et combien il seroit facile de rétablir son règne, si les gouvernements secondoient cet heureux mouvement des esprits, s'ils connoissoient leur force, s'ils avoient foi dans la puissance que Dieu leur a donnée.

Mais, au contraire, ils se croient plus foibles que toutes les erreurs, plus foibles que toutes les passions. Ils ont des désirs, et point de volonté. Irrésolu, craintif, le pouvoir demande grâce, comme s'il ignoroit que le peuple ne l'accorde jamais. La royauté descend de peur d'être précipitée, et on la voit partout occupée d'écrire son testament de mort. Hélas ! elle auroit pu s'épargner ce dernier soin ; elle n'a pas d'espérances à léguer

On s'est imaginé de nos jours que Tart de gouverner consistoit à tenir le milieu entre le bien et le mal, à négocier sans cesse avec des opinions, et à composer avec le désordre. Dès lors plus de principes certains, plus de maximes ni-de lois fixes; et comme il n'y a rien de stable dans les institutions, il n'y a rien d'arrêté dans les pensées. Tout est vrai, et tout est faux. La raison publique, fondement et règle de la raison individuelle, est détruite. Qui pourroit dire quelles sont les doctrines des gouvernements, quelles sont les croyances des peuples ? On n'aperçoit qu'un chaos d'idées inconciliables ; et dans les peuples une violence, et dans les souverains une foiblesse, présage d'un sinistre avenir.

Tantôt la nécessité de la Religion se fait sentir, et l'on protège la Religion ; tantôt on s'effraye des cris de fureur que poussent ses ennemis, et l'on se hâte de la bannir des lois, et de désavouer Dieu comme un allié dont on rougiroit. Si l'État déclare qu'il est catholique, les tribunaux décident qu'il est athée. Que croire au milieu de ces contradictions ? Quel effet doivent-elles produire sur le peuple ? Les bons sont ébranlés ; les méchants, avertis de leur force, se flattent d'un triomphe complet; ils redoublent d'audace et d'activité. N'est-ce pas là ce que nous voyons? Une nouvelle société se constitue secrètement au sein de l'ancienne, et deviendra bientôt peut-être la société publique. Le mal régnera : on a douté de l'ordre, on aura foi dans le crime. Ceci n'est point exagéré, l'expérience ne le prouve que trop. Quand les esprits sont dans le vague, ils s'inquiètent; dans leurs

ténèbres et dans leur effroi, ils se font des croyances terribles ; et déjà n'avons-nous pas une religion secrète qui se révèle par le nieurtre?

L'athéisme aussi a la sienne, froide comme l'orgueil, ce qui n'exclut pas le fanatisme. On adore sous le nom de sd^nce la raison humaine : la science, pour certains esprits, est le Dieu de Tunivers ; on n'a foi qu'en ce Dieu, on n'espère qu'en lui; sa sagesse et sa puissance doivent renouveler la terre, et, par de rapides progrès, élever l'houime à un degré de bonheur et de perfection dont il ne sauroit se faire une idée. Cette religion se développe, elle a ses dogmes, ses mystères, ses prophéties même et ses miracles ; elle a son culte, ses prêtres, ses missions, et ses sectateurs se flattent de la substituer à toutes les autres.

En considérant la société sous un point de vue plus général, il est impossible de n'y pas remarquer un principe de division qui en pénètre toutes les parties, et par conséquent une cause très-activede dissolution. Deux doctrines sont en présence dans le monde : l'une tend à unir les hommes, et l'autre aies séparer; l'une conserve les individus en rapportant tout à la société, l'autre détruit la société en ramenant tout à l'individu*. Dans l'une, tout est général, l'autorité, les croyances, les devoirs ; et chacun n'existant que

* Hors de la société, l'homme ne peut ni se conserver ni se perpétuer. Se perpétuer, c'est se conserver toujours, et le désir de se perpétuer, de même que le désir de se perfectionner, n'est que le désir de vivre; car être plus parfait, c'est vivre davantage; la perfection est le développement complet de la vie.

L'esprit, le cœur, les sens môme ou le corps, en un mot, l'homme tout entier désire naturellement se conserver ou se perpétuer, parce

pour la société, concourt au maintien de Tordre par une obéissance parfaite de la raison, du cœur et des sens à une loi invariable. Dans Fautre, tout est particulier ; et les devoirs, dès lors, ne sont plus que les intérêts, les croyances que des opinions; l'autorité n'est que l'indépendance. Chacun, maître de sa raison, de son cœur, de ses actions, ne connoît de loi que sa volonté, de règle que ses désirs, et de frein que la force. Aussi, dès que la force se relâche, la guerre

que naturellement il veut vivre, et qu'il n'est point en son pouvoir de ne pas vouloir vivre.

Mais, dans l'isolement contre nature où le place la philosophie tous les efforts qu'il fait pour se conserver tendent à le détruire. Seul, l'homme ne produit rien; la vie est un don du souverain Être, les créatures la transmettent, et voilà tout. Or, transmettre, c'est communiquer ce qu'on a reçu. Recevoir et rendre, voilà donc en quoi consiste la vie, et le moyen par lequel elle se conserve : donc, point de vie hors de la société; et la société, considérée dans son existence intellectuelle, se compose essentiellement de trois personnes, celle qu reçoit, celle dont elle a reçu, et celle à qui elle rend ou transmet ce qu'elle a reçu.

Tout ce qui, dans l'homme, a un mode de vie particuUer, l'esprit, le cœur, les sens ou le corps, est soumis à cette loi universelle d'union et de dépendance.

Qu'arrive-t-il donc quand l'homme est seul?

L'esprit veut vivre ou se conserver; vivre pour lui, c'est connoître, ou posséder la vérité. Quand il la reçoit, il est passif; quand il la communique ou la transmet, il est actif; mais, dans ces deux étals, toujours faut-il qu'il soit uni à un autre esprit qui agisse sur lui, ou sur lequel il agisse. Ne pouvant, lorsqu'il est seul, ni recevoir, ni transmettre, et néanmoins voulant vivre, il essaye de se multiplier ou de créer en lui les personnes sociales nécessaires pour conserver et perpétuer la vie : vain travail, stérile effort d'un esprit qui, cherchant à se féconder lui-même, veut enfanter sans avoir conçu. Ce genre de dépravation, ce vice honteux de l'intelligence, l'alfoiblit, l'épuisé, et conduit à une espèce particulière d'idiotisme qu'on appelle idéologie.

Il en est ainsi du cœur; il veut vivre; et vivre, pour lui, c'est aimer

commence aussitôt; tout ce qui existe est attaqué ; la société entière est mise en question.

On se tranquillise sur les suites d'un pareil état en se disant qu'il y eut toujours des troubles et des crimes dans le monde. Sans doute, il y a toujours eu des désordres parmi les hommes, parce qu'il y a toujours eu des erreurs et des passions : c'est le perpétuel combat du mal contre le bien. Mais autrefois on savoit ce que c'est que le mal, et ce que c'est que le bien ; aujourd'hui on ne le sait plus, on doute.

Autrefois encore les plus pervers s' attachoient uni-

on s'unir à un autre être. Quand il n'a point au dehors un objet d'amour ou de terme de son action, il agit sur lui-même; et que produit-il? de vagues fantômes, comme l'esprit qui est seul produit de chimériques abstractions. L'un se nourrit de rêves, l'autre de rêveries; ou plutôt ils essayent inutilement de s'en nourrir. Dans sa solitude et dans ses désirs, le cœur se tourmente pour jouir de lui-même. C'est l'amour de soi ou l'égoïsme à son plus haut degré. Ce genre de dépravation, ce vice honteux du cœur, l'affoiblit, l'épuisé, et conduit à une espèce particulière d'idiotisme qu'on appelle mélancolie.

Un désordre semblable dans l'homme physique affoiblit, épuise le corps, dégrade toutes lec facultés, et conduit à l'idiotisme absolu, qui est la mort des sens, du cœur et de l'inteUigence.

Il est à remarquer que, chez les anciens, l'idéologie proprement dite, et la mélancolie considérée comme passion, étoient inconnues, et que le vice des sens qui correspond à ces vices de l'esprit et du cœur étoit beaucoup moins commun qu'il ne l'est devenu de nos jours. L'homme alors ne se séparolt point de la famille et de la société; il ne cherchoit point à vivre seul. Mais trop souvent des opinions et des institutions fausses établissant de faux rapports entre les personnes sociales, il en résultoit, dans les esprits et dans les mœurs, des désordres analogues. Il y avoit, sous ce rapport, entre les anciens et les disciples de notre moderne philosophie, la différence de l'erreur à l'idiotisme. Le mot même ^idiotisme, selon son étymologie, désigne l'état d'un être séparé de la société, ou qui vit à part, qui vit seul.

quoment au mal particulier dont le fruit étoit présent pour eux. Le crime n'étoit qu'un moyen, et jamais un but. On assassinoit par vengeance ou par cupidité, mais personne ne songeoit à proscrire par système ; et, en assassinant, on ne nioit pas la loi éternelle qui dit : Tu ne tueras point. La dépravation du cœur s'étendoit rarement à l'intelligence. Les mots de vice et de vertu avoient un sens, et le même pour tous. 11 existoit un fonds commun de vérités reconnues» des droits avoués, un ordre général que nul n'ima* ginoit qu'on pût renverser. Lors même qu'on le violoit partiellement, on en respectoit l'ensemble. La guerre se faisoit à l'extrême frontière, ou dans l'ombre contre quelques individus isolés, et les tribunaux suffisoient pour défendre l'État et chacun de ses membres.

Maintenant tous les liens sont brisés, l'homme est seul, la foi sociale a disparu; les esprits, abandonnés à eux-mêmes, ne savent où se prendre; on les voit flotter au hasard dans mille directions contraires. De là un désordre universel, une effrayante instabilité d'opinions et d'institutions. Las de l'erreur et de la vérité, on rejette également l'une et l'autre. Il y a au fond des cœurs, avec un malaise incroyable, comme un immense dégoût de la vie et un insatiable besoin de destruction. Ce besoin se manifeste de mille manières et dans toutes les classes. Riches et pauvres, peuples, grands, rois même, tous, comme s'ils se sentoient poursuivis par les siècles qu'ils ont reniés, se hâtent, se précipitent vers un avenir inconnu. Les gouvernements, pressés de finir, s'altèrent eux-mê-

mes, mais pas assez peut-être et pas assez vite à leur gré, et au gré de la multitude. On aperçoit encore dans le présent quelque chose du passé, et cette ombre fugitive inquiète. Plus de bornes, plus de barrières que les esprits ne franchissent. On ne rêve rien moins que des révolutions totales dans chaque État et dans le monde que l'entière abolition de tout ce qui est, sans s'occuper même d'y rien substituer. On veut une nouvelle religion, mais on ne sait quelle ; une nouvelle forme de société* mais on ne sait quelle; une nouvelle législation et de nouvelles mœurs, mais on ne sait quelles : déplorable symptôme de la perte de tout sens et de l'extinction delà raison sociale?

L'isolement absolu, effet immédiat de l'indépendance absolue à laquelle tendent les hommes de notre siècle, détruiroit le genre humain, en détruisant la foi, la vérité, l'amour, et les rapports qui constituent la famille et l'État. Dieu même n'est pas indépendant, selon le sens qu'aujourd'hui l'on attache à ce mot ; il est soumis aux lois qui dérivent de sa nature, lois parfaites comme lui, immuables comme lui. Dans l'unité de son être, il n'est point isolé ; et dès qu'altérant sa notion réelle, les déistes le représentent éternellement seul, l'athée le cherche en vain dans cette vaste solitude.

Bien moins encore, l'homme peut-il subsister isolé; essayez de le concevoir affranchi de toute dépendance, vous concevrez le néant; car, hors du néant, tout s'enchaîne, tout s'appuie mutuellement. Les esprits comme les corps n'ont de vie que celle qu'ils reçoivent à condition de la communiquer. Pas un

être qui ne se doive aux autres êtres, parce qu'il leur doit tout ce qu'il est.

De ces relations réciproques naît l'ordre, qui se maintient par l'autorité et l'obéissance. Mais, fatigué d'obéir, l'orgueil ne veut plus reconnoître d'autorité. L'homme s'est dit : Je serai mon maître. On ne croit que soi, on n'aime que soi, on ne rapporte rien qu'à soi ; et qu'est-ce que cela, sinon le renversement de la société? car la société consiste dans la croyance de certaines vérités sur le témoignage général, dans l'amour des autres, et dans le dévouement qui produit cet amour. Société signïûe union, et là où tout se sépare et devient individuel, chacun dès lors se trouve dans l'impossibilité de se défendre contre tous, ou dans l'impossibilité d'exister : d'où il suit que le sacrifice de soi, seul principe d'ordre, est aussi le seul moyen de conservation.

Ceci nous conduit à examiner, sous un nouveau rapport, les deux doctrines dont nous avons exposé les effets divers. L'une, commeon l'a dû remarquer, n'est que le christianisme ou la Religion traditionnelle que tous les peuples ne connoissentpas, ou n'admettent pas dans son entier développement, mais à laquelle cependant ils doivent ce qu'il y a de vrai, et par conséquent, d'utile dans leurs Religions particulières. L'autre est cet assemblage d'opinions incohérentes qu'on a nommé philosophie, et qui, par une pente plus ou moins rapine, viennent se perdre dans l'athéisme.

Nous montrerons ailleurs que chaque croyance ou chaque opinion produit un sentiment qui hii est ana-

logue,. Prenons pour exemple cette grande loi sociale: Tu fio7ioreras ton père et ta mère \ De ce précepte admis résultent le respect et l'amour des parents, des supérieurs, de Dieu même, de qui toute paternité tire son nom^, dit saint Paul. De cette maxime, Tu ne dois rien qu'à toi, dérive au contraire l'amour exclusif de soi-même. Si l'on considère les hommes en masse et non tel individu, et dans chaque homme l'ensemble des actions et non telle action particulière, la règle que nous venons d'établir est sans exception.

Nous l'avons appliquée à une seule loi ; mais elle s'applique bien mieux encore à un système entier de doctrine ; et comme toute doctrine découle d'un principe général dont les autres ne sont que des conséquences, à ce principe général répond toujours un sentiment général aussi, qui manifeste le caractère de la doctrine.

La souveraineté de Dieu, raison suprême, est le principe général du christianisme ; et il en résulte un devoir général, qui est une obéissance libre à Dieu premièrement, et ensuite au pouvoir politique et au pouvoir domestique, à cause de Dieu. Or, une obéissance libre est une obéissance d'amour ; c'est un sacrifice, et point de sacrifice sans amour. L'amour est donc le sentiment général des chrétiens.

Que voyons-nous, en effet, chez les hommes qui adorent Jésus-Christ, qui l'adorent en esprit et en

* Exod., XX, 12.

^' Ex quo omnis paternilas in cœlis et in terra nominatur. Ep. ad

Ephes., m, 14.

vérité ^1 A quel caractère les rcconnoît-on? N'est-ce pas précisément à cet amour immense, universel, qui, chaque jour, sous nos yeux, inspire tant de nobles dévouements et produit tant de merveilles? Amour de Dieu, amour du Roi, amour plus inflexible que r enfer et jjIus fort que la mort ^; amour du prochain toujours prêt à se répandre en bienfaits, en services, en consolations ; amour des ennemis même, qui consiste, non dans ToubU des torts, car l'oubli n'est pas une vertu ', mais dans une disposition constante à les pardonner; amour de l'ordre, et dés lors aversion de la licence et amour de la liberté, qui n'est qu'une pleine conformité à l'ordre ; amour des lois qui maintiennent cet ordre; amour des magistrats qui font régner les lois; en un mot, amour dans l'État, dans la famille; amour de tous les hommes, civilisés ou sauvages, jusqu'à mourir pour les sauver ; amour sans réserve et sans bornes, parce que la perfection où l'homme social est appelé n'en a point.

Les doctrines philosophiques, toutes négatives, ou, ce qui est la môme chose, toutes destructives, ont pour principe général la souveraineté de l'homme, li'hommc qui se déclare souverain se constitue, par cela seul, en révolte contre Dieu et contre tout pouvoir établi de Dieu. Or, qui se révolte hait; la haine

* Jean, iv, 25.

* Fortis est lit mors dilcclio, dura sîciit infernus îcmulatio. Cant. VIII, C.

^ Among our crimes oblivion may be sel.

l'oubli peut être compté parmi nos crimes.

Sur le couronnement de Charles IL par Dryden.

PRÉFACE. 'l)

est donc le sentiment général qu'enfantcnMes doctrines philosophiques.

Et qui pourroit en douter après notre révolution ! Que s'est-il passé depuis trente ans : qu apercevonsnous encore? Ces passions qui se remuent, ces soulèvements, ces forfaits inouïs, n'est-ce pas la haine dans ce qu'elle a de plus violent et de plus atroce? Haine de Dieu : on voudroit abolir, non-seulement sa Religion, son culte, mais jusqu'à son nom ; haine des prêtres, qu'on calomnie, qu'on insulte, qu'on opprime dans l'exercice de leurs fonctions, et que déjà certains hommes proscrivent en espérance; haine des rois, des nobles, des institutions établies ; haine de toute autorité, haine de l'ordre, et dès lors amour de la licence, et haine de la liberté qui n'existe que sous le règne des devoirs, lorsque tous les droits, et principalement ceux du souverain Être, sont reconnus et respectés; haine des lois qui conservent la paix en réprimant les passions, haine des magistrats qui défendent ces lois; haine dans l'État, dans la famille '; haine universelle qui se manifeste par la rébellion, par le meurtre et par un désir ardent de destruction.

Quelle étoit la doctrine du monstre qui vient do ravir à la France un fils, sa dernière espérance peut-

* Les crimes domestiques, les parricides, l'assassinat des femmes par leurs maris, des maris par leurs femmes, les empoisonnemetils, sont devenus presque aussi communs que le simple vol l'étoit autrefois. Et le suicide, ce crime de l'homme seul, cet horrible et dernier effort d'un être qui, après s'être séparé de ses semblables, voudroit se séparer de lui-même, combien ne s'cst-il pas multiplié depuis trente ans?

être? Cet homme dont /^ crime étoit toute l'âme^ cet homme qui vouloit aller dormir^ après avoir versé le sang innocent, étoit athée ^

Des sentiments que produisent les deux doctrines opposées, résultent deux genres de sacrifices : le sacrifice de soi aux autres, ou le sacrifice d'amour ; le sacrifice des autres à soi, ou le sacrifice de haine. Mais la haine a divers degrés ; moins terrible là où subsiste la notion de la Divinité,elle est contenue dans certaines bornes, parce qu'on reconnoît certains devoirs. Ainsi, dans les Religions païennes on sacrifioit l'homme individuel à la société ; dans la Religion philosophique, on sacrifie la société entière à l'individu.

Le sacrifice volontaire de chaque homme à tous les hommes, qui constitue l'ordre parfait, ne se trouve que dans la Religion chrétienne ; et ce sacrifice est celui de tout l'homme : sacrifice de ses opinions ou de ses pensées particulières, sacrifice de ses penchants ou de ses intérêts particuhers, sacrifice de sa vie même, quand le bien général l'exige. Voilà l'unique fondement d'une société durable, et la société, en Europe, ne renaîtra que par la Religion. Aussi le mouvement qui entraîne vers elle est-il bien sensible en tous ceux que des principes de vertu et de nobles

* Dieu n'est qu'un mot; il n'est jamais venu sur la terre. Celte parole est bien propre, sous plus d'un rapport, à foire naître de profondes réflexions. Dans l'esprit de ce misérable, l'existence de Dieu se lioit à sa venue sur la terre. Il n'étoit pas venu, selon lui, donc il n'cxisloit pas. Tant il est vrai qu'il faut aux peuples un Dieu réellement présent , un Dieu qui se soit manifesté d'une manière sensible , qui ait vécu parmi les hommes et conversé avec eux. Il n'y a point de déisme pour les nations.

sentiments attachent encore à l'ordre social. Ce mouvement croîtra de telle sorte, que partout il se formera comme deux peuples dans le môme peuple, l'un s' enfonçant de plus en plus dans le ma]., l'autre s'élevantdansle bien de plus en plus ; et si les gouvernements persistent à chercher le salut dans les concessions faites à ce qu'on appelle les lumières du siècle, c'est-à-dire aux opinions et aux passions individuelles; s'ils refusent de s'allier sincèrement à la Religion, de la fondre dans toutes les institutions de l'État, le monde politique tombera dans une effroyable confuâon, et il n'existera plus d'autre société quel'Église, parce qu'il n'existera plus d'autorité et d'obéissance, de vérité, d'amour et d'esprit de sacrifice qu'en elle. Et, qu'on ne s'y trompe pas, la Religion qui seule peut nous sauver n'est pas cette vague Religion chrétienne que nous vantent quelques rêveurs, mais la Religion catholique, hors de laquelle le Christianisme n'est qu'un nom. De quoi s'agit-il? de reconstituer la société politique à l'aide de la société rehgieuse qui consiste dans Yunion des esprits par Vobéissance cm même pouvoir. « Les sociétés protestantes , qui ne « reconnoissent point de pouvoir spirituel, d'autorité « vivante ayant droit de commander la foi, de porter c< des lois obligatoires, mais qui laissent chacun juge « de ce qu'il doit croire et de ce qu'il doit faire, ne ^< sont donc pas une société. Elles constituent l'esprit « dans une indépendance absolue ; et l'Écriture , « livrée à l'interprétation de la raison particulière, « variable en chaque homme, ne lie pas plus que la « raison elle-même. C'est en Religion l'état de nature.

2i PRÉFACE.

« c'est-à-dire l'absence de tout gouvernement , de « toute loi, de tout tribunal, de toute police, et, par « conséquent, la destruction de toute société.

c( L'Eglise grecque, si l'on peut donner ce nom « commun à une multitude d'Églises indépendantes, « l'Eglise grecque admet un pouvoir, mais un pou- « voir particulier, et même elle confond, surtout en « Russie \ le pouvoir politique et le pouvoir spirituel. « Elle n'est donc, sous le premier rapport, qu'une c( société particulière et imparfaite ; et, sous le se- « cond, elle n'est pas même une société spirituelle : « ce qui est si vrai que. la Religion des Russes ne « pourroit devenir celle d'un autre peuple que dans « le cas où ce peuple passeroit sous la domination du « même souverain.

« Toutes les communions chrétiennes, grecques « et protestantes , portent donc en elles-mêmes un « principe de division, de désordre et de ruine. La « Religion catholique forme seule une société, puis- « qu'on ne trouve qu'en elle un véritable pouvoir, le « droit de commander , le devoir d'obéir ; société c( une, parce que ce pouvoir est un ; société géné- « raie, parce que ce pouvoir, purement spirituel, « s'étend à tous les temps, à tous les lieux, partout « indépendant du pouvoir politique, indépendant lui- « même dans les limites qui le circonscrivent, société « immuable, parce qu'elle n'est soumise ni aux voce lontés, ni aux pensées de l'homme, et que, dans ses

* Du Pape, tom, I, pag. 91. On trouve dans cet excellent ouvrage de M. le comte de Maistre des détails extrêmement curieux sur l'Église russe.

« dogmes et dans ses préceptes, elle est l'éternelle « loi des intelligences ; et tandis que hors d'elle tout « varie, tout s'altère, tout passe, immobile elle de- « meure ; et, rassemblant les peuples les plus éloi- « gnés, les plus différents de langage, de gouvernent ment, de coutumes et de mœurs , elle les unit par « la même foi, le même culte, les mêmes devoirs, et « les perfectionne sans cesse, parce qu'elle possède « en elle-même un principe infini de perfection ^ »

Autorité, amour, voilà ses deux grands caractères, et aussi plus que jamais les deux grands besoins de la société. Défendre la Religion catholique, c'est donc défendre nos dernières espérances. Elle ne périra pas ; elle est immortelle ; mais les erreurs contraires peuvent subsister, se propager, elles peuvent détruire le genre humain, et nous savons en effet qu'elles le détruiront tôt ou tard. Il vit de foi, il mourra quand la foiaffoiblie sera près de s'éteindre*.

C'est pour la ranimer, pour l'affermir que nous écrivons ; notre ouvrage n'a point d'autre but. Que nous a-t-on répondu ? rien, sur ce qui concerne les athées et les déistes ; seulement, en nous reprochant d'accuser ceux-ci d'indifférence, on nous a nousmêmes accusés d'être intolérants , et cela avec une violence que la philosophie tolèr(isans doute, qu'elle prescrit même apparemment lorsqu'il s'agit de donner à un chrétien des leçons de douceur.

* Réflexions sur Vétai de rÉglise, suivies de mélanges religieux et philosophiques, pag. 455 et 458.

* Verumiamen Filius honiinis veniens, putas, inveniet fidem in erra? Luc, xviii, 8.

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