‹ Essai sur l'indifférence en matière de religionChapitre 25 sur 51 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

* Il résulte de là que les Juifs ne peuvent plus s'assurer du vrai sens de l'Écriture. Ils sont, à cet ôgard, dans le même cas que les protestants. Aussi varient-ils sans cesse dans l'interprctalion des prophéties qui regardent le Messie. Chacun les entend à sa façon, et il leur est impossible de s'accorder même entre eux.

' Cùm ergo natus esset Jésus in Bethlehem Judœ in diebus Herodis régis, ecce Magi ab Oriente venerunt Jerosolymam, dicentes : Ubi est qui natus est rex Judœorum? Vidimus enim stellam ejus in Oriente, et venimus adorare eum. Audiens autem Herodes rex, turbatus est, et

liculîère de Moïse, mais encore la loi universelle du genre humain, laquelle devoit avoir en lui, et ne pouvoit avoir qu'en lui son dernier et parfait accomplissement : et quand lui-même il expira, non pour toujours comme la synagogue, mais pour revivre bientôt après, parce qu'il étoit la résiurection et la vie^, il annonça du haut de la croix à l'univers sauvé, ce grand et éternel accomplissement do la loi éternelle : coiNsum matum Est* !

Alors tout fut aussi consommé pour le Juif. Un sceau fut mis sur son cœur, sceau qui ne sera brisé qu'à la fm des siècles. Son existence tout entière n'avoit été qu'un long prodige : un nouveau miracle commence, miracle toujours le même, miracle universel, perpétuel, et qui manifestera jusqu'aux -derniers jours l'inexorable justice et la sainteté du Dieu que ce peuple osa renier. Sans principe de vie apparent, il vivra, rien ne pourra le détruire, ni la captivité, ni le glaive, ni le temps même. Isolé au miheu des nations qui le repoussent, nulle part il ne trouve un lieu de repos. Une force invincible le presse, l'agite, et ne lui permet pas de se fixer. 11 porte en ses mains un flambeau qui éclaire le monde entier, et lui-même est dans les ténèbres. Il attend ce qui est venu; il lit ses prophètes et ne les comprend pas; sa sentence, écrite à chaque page des livres qu'il a Tordre de garder, fait sa joie. Tel que ces grands coupables dont parle l'antiquité, il a perdu

omnis Jerosolyma cum illo.Et congregans omnes principes sacerdolum, et scribas populi, sciscitabatur ab eis ubi Christus nasceretur. At illi dixerunt ei : In Bethlehem Judae : sic enim scriplum est per proplictam : Et tu, Bethlehem, terra Juda, nequaquam minima es in principibus Juda ; ex te enim exiet dux, qui regat populum meum Isracl. Matth., Il, 1-6. Erat autem Caïphas, qui consilium dederat Judae-b • Quia expedit unum hominem mori pro populo. Joatu^ xviii, 14.

*Ego sum resurrectio et vila. Joan., xr, 25.

^ Joan., XIX, 30.

l'intelligence ; le crime a troublé sa raison. Partout opprimé, il est partout. Au mépris, à l'outrage, il oppose une stupide insensibilité : rien ne le blesse, rien ne l'étonne ; il se sent fait pour le châtiment ; la souffrance e l'ignominie sont devenus sa nature. Sous l'opprobre qui l'écrase, de temps en temps il soulève sa tète, il se tourne vers l'Orient, verse quelques pleurs, non de repentir, mais d'obstination ; puis il retombe, et courbé, ce semble, par le poids de son âme, il poursuit en silence, sur une terre où il sera toujours étranger, sa course pénible et vagabonde. Tous les peuples l'ont vu passer ; tous ont été saisis d'horreur à son aspect : il étoit marqué d'un signe plus terrible que celui de Gain : sur son front, une main de feravoit écrit: DÉICIDE!

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