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l'objet de leur foi *. Us comioissenl ce qu'ils croyoient, de môme que nous connoissons ce qui étoit seulement cru avant Jésus-Christ ^ : et c'est ainsi que, les degrés de l'intelligence étant infinis, la foi cependant demeure une, éternellement une comme la vérité ^.
Disons-le donc avec Bossu et : « Si on ne découvre pas « ici un dessein toujours soutenu et toujours suivi, si on (( n'y voit pas un même ordre des conseils de Dieu qui « prépare, dés l'origine du monde, ce qu'il achève à la f.n (I des temps, et qui, sous divers étals, mais avec une suc- (( cession toujours constante, perpétue aux yeux de tout « l'univers la sainte société où il veut être servi, on mérite « de ne rien voir et d'être livré à son propre endurcisse- (( ment, comme au plus juste et au plus rigoureux de tous « les supplices *. »
La loi évangélique ne diffère non plus que par une perfection plus grande de la loi morale universellement reconnue des anciens. Celle-ci pénétroit moins avant dans l'homme, parce que l'homme, connoissant moins Dieu, se connoissoit moins lui-même. D'une connoissance plus haute dévoient naître de plus hautes vertus; et la rédemption n'étant qu'une sublime manifestation de l'amour infini, lo précepte de l'amour s'est surtout développé ^. Je suis homme; rien de ce qui touche V homme ne m'est étran-,
* S. Ircn., cont. Hœres., lib. IV, c. xxi, n. i, p. 258.
^ Antc Cliristiadventum fides Trinîlatis erat occultatain fidemajorum : scd por Chiistum manifeslala est mundo, et per apostolos. S. Tliom., 2a; 2»= qtiœst. II, art. 8.
^ Quod autem quidem ingcnio ac scientiâ piaeslare, aut inferiores esse dicantur, non eo lit quod argumenlum ipsum mutent, ac praeter eum qui hiijusce univorsitatis architectus et- conservator est, alium quenidam fieum aut alium Cliristum, aut alium unigenitum excogitent. S. Iren., coutr. Hœres., lib. I, c. x, n. 5, p. 50.
* Disc, sur riiist. univers.., II« part., cli. xxm.
^ Plénitude legis est dilectio. Ep. ad Ilomanos, xj!i, 10.
ger * ; voilà la règle antique. Mais écoutez celui qui est mort pour l'homme. « Je vous donne un commandement (( nouveau ; que vous vous aimiez les uns les autres, comme « je vous ai aimés ; que vous vous aimiez ainsi les uns les « autres. En cela tous connoîtront que vous êtes mes dis- « ciples, si vous avez les uns pour les autres- l'amour que « j'ai eu pour vous ^. »
Tout ce qui, pour les anciens, étoit un devoir, en est également un pour les chrétiens ; mais ces devoirs ont plus d'étendue, doivent être remplis avec plus de rigueur et de pureté, depuis que les hommes ont eu sous les yeux le modèle de toute perfection ^.
(c Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne « tuerez point; mais celui qui tuera sera condamné par le « jugement. Et moi je vous dis : Quiconque entre en co- « ière contre son frère sera condamné par le jugement*. »
« Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous ne
* Homo sum, liiimani nihil à me alienum puto. Térent. Communis hominu minier homines naturalis estcommendatio, utoporteat hominem ab homîne, ob id ipsum quod homo sit non alienum videri, Cic, de finib. bon. et mal., lib. III, c. xix.
- Blandatum novum do vobis : ut diligalis invicem, sicut dilexi vos, ut et vos diligalis invicem. In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dileclionem habuerilis ad invicem. Joan. xni, 54 et 55.
5 (( Ce don inestimable de celle adoption toute divine oti la foi nous « élève nous oblige à une fidélité à laqy^lc les Juifs n'étoienl point « obligés. Nous nous engageons à vivre cbréliennement, c'est-à-dire à « garder l'Évangile dès que nous sommes chrétiens. Ce qui faisoil dire « autrefois au Sauveur du mondCj parlant à ses disciples : Si votre jus- « tice ne surpasse celle des Scribes et des Pharisiens, qui éloient les « plus réglés parmi les Juifs, vous n'entrerez point au royaume des a cieux. » La Foi des derniers siècles, par le P. Rapin, ch. iiî, pag. 26.
* Audislis quia diclum est antiquis : Non occides : qui aulem occident, reus eriljudicio. Ego autcm dico vobis quia omiiis, qui irascitur fratri suo, reus eriljudicio. Mat., v, 21 et 22.
« coinmellrez point d'adultère. Et moi je vous dis : que « quiconque regarde une femme avec un mauvais désir a « déjà commis l'adultère dans son cœur ^ »
On voit ici tout ensemble et l'unité de la loi et son développement 2; et ce développement lui-même est une loi immuable, la loi de la perfection ^., en vertu de laquelle tout ce qui est tend à l'état le plus parfait que comporte sa nature : et l'homme aussi, à moins qu'il ne viole la régie à laquelle il doit obéir librement, l'homme immortel croîtra durant l'éternité en intelligence, en amour, en toutes perfections, parce que, fait à l'image de Dieu, et devant se rapprocher sans cesse de son modèle, il lui est ordonné d'être parfait comme Dieu même est parfait *.
L'unité de culte, dans la vraie Religion, n'est pas moins
' Âadistis quia diclum est antlquis : Non mdschaberis. Ego aulem dico vobis, quia omnis qui viderit mulierem ad concupiscendum eam, jam ma3cliatus est eam in corde suo. Matth., v, 27 et 28.
^ Hœc aulem non quasi contraria legi docebat: sed adimplcns legcm, et infigens justifîcationes legis in nobis, lUud autem fuisset legi contrarium, si quodcumque lex vetasset fieri, idipsum discipulis suis jussisset lacère. Et hoc autem quod prœcepit, non solùm vetitis à lege, sed etiam concupiscentiis eorum abstinere, non contrarium est, quemadniodùm diximus; neque solventis legem, sed adimplenlis, et extendentis, et dilalantis. S. Iren., conlr. Hœres., lib IV, cap. xni, p. ,242. Edit. Benedict.
^ Cela est vrai pour les sciences comme pour tout le reste. Prenons pour exemple les mathématiques. Les éléments en sont d'abord révélés à chacun de nous ; on nous apprend à compter ou à connoître les nombres et leurs propriétés le plus habituellement utiles pour ainsi dire en naissant. Tout ce qu'on sait de plus n'est que le développement de ces premières notions : elles renferment toute la science, qui, en se développant, ne cesse point d'être une; et on la détruiroit également, soit en niant les premiers principes aussi simples qu'universels sur lesquels elle repose, soit eh niant les dernières conséquences justes qu'on tire de ces principes, ce qui seroit nier les principes mêmes. ,
* Estote ergo vos perfecti, sicut et naler vester cœleslis perfectus est. Matth., v, 48.
incontestable ni moins évidente que l'unité de morale et l'unité de dogmes. Le culte ancien s'adressoit au même Dieu que le nôtre, et comme le nôtre il se composoit essentiellement de deux choses, de l'adoration et du sacrifice. L'adoration est due à la suprême grandeur, le sacrifice est dû à la souveraine justice. La prière et l'offrande, voilà l'adoration : elle est l'acte par lequel l'homme reconnoissant sa dépendance infinie et l'autorité infinie du Créateur à qui tout ce qui est appartient en propre, se déclare son sujet, et lui fait hommage de tout ce qu'il a reçu de lui, dp son corps et des fruits de la terre qui le nourrissent, de ses pensées, de ses sentiments, de son être tout entier.
L'oblation de la victime et sa destruction, voilà le sacrifice; et on le trouve partout, dés l'origine du monde, comme partout aussi on l'a supposé d'autant plus efficace, que la victime étoit plus parfaite et plus pure. Par une horrible conséquence de cette idée vraie en elle-même, et qui tient à la croyance antique et universelle que l'innocent peut satisfaire pour le coupable % tous les peuples idolâtres ont immolé des victimes humaines ^ , et même en plusieurs Heux les pères dévouoient leurs propres enfants pour apaiser la colère divine par ces exécrables sacrifices. Toujours en abomination aux adorateurs du vrai Dieu, ces meurtres sacrés épouvantèrent souvent les nations même qui honoroient de fausses divinités ^. Mais il n'est point de
* Dans un de ses plus beaux ouvrages, les Soirées de Saint-Pétersbourg, M. le comte de Maistre a mis cette vérité hors de toute atteinte.
2 Vid. Gensius, De victimis humanis. — Plin., Hist. nat., lib. XXX, cap. I. — Bryant, Observât, and Inquiries relating to various parts of ancients history, p. 267 et suiv.
^ Gelon, vainqueur des Carthaginois, fit avec eux un traité de paix où il stipula l'abolition des sacrifices humains. Les Romains les abolirent aussi dans les Gaules. « Si des diables ou des géants, ayant chassé « les dieux, avoient usurpé l'empire et la seigneurie de ce monde, de « quels autres sacrifices, dit Plutarque, se réjouiroient-ils, ni quelles
pays, il n'est point d'époque où l'on n'ait offert des sacrifices sanglants ; et ces sacrifices étoient partout le fond essentiel du culte ^
Cependant, chose remarquable, on reconnoît universellement l'indispensable nécessité du sacrifice propitiatoire : l'idolâtre égorge des troupeaux entiers pour etiacer ses crimes; il se soumet aux rites dégoûtants des tauroboles ; il se baigne dans le sang des victimes; et confessant ainsi qu'il ne peut être purifié que par le sang, il avoue néanmoins que ce sang, où il se plonge, est sans vertu pour le sauver ^.
De semblables sacrifices sont offerts au vrai Dieu. Il demande lui-même le sang des génisses et des brebis ^; et en même temps il déclare qiiil ne veut pas de ce sang '\ 11 ordonne de sacrifier pour le péché ^ ; et par la bouche du prophète-roi, Celui qui devait venir *, lui dit : « Vous « avez refusé les oblations et les victimes, mais vous m'a- « vez formé un corps. Vous n'avez demandé pour le péché (( ni holocauste ni sacrifice ; alors j'ai dit : Me voici "'. »
Le vrai culte, avant Jésus-Christ, consistoit donc dans
« autres offrandes pourroient-ils demander aux hommes? » De la Superst., trad. d'Amyot.
* Voyez, à la suite des Soirées de Saint-Pétersbourg, Y Éclaircissement sur les sacrifices, t. II, p. 571 et suiv.
* Atvero scelèrum in bomines, alque impietatum nulla expialio est. Cicer., de Legib., lib. I.
^ Exod. Lcvit. Numer. ctDeuteron. passini. lliEc dicil Domlnus Deus; Hi sunt ritus altaris... ut ol'feratur super illud holocauslum, et effundatur sanguis. Ezech., xiv, 18.
* Quo mihi maltitudinem victimarum veslrarum , dicit Dominus? Plenus sum..Holocausta arietum et adipem pinguium, et sanguinem vitulorum, et agnorum, et hircorum, nolui. Isa., i, 11.
^ Ipse faciet pro peeçato sacriiiciuni, et holocaustum, et pacifica ad expiandum pro domo Israël. Ezech., xlv, 17. ^ Gènes., xlix, 10.
^ Sacrificium et oblationem noluisti : aures [Hebr. corpus) nutem
l'adoration d'un seul Dieu, et dans les sacrifices qu'on lui offroit, en confessant leur insuffisance ^ . Le salut par le sa?îg éioii un dogme du genre humain; et le sang qu'on versoit, dépourvu d'efficace, ne pouvoit ni purifier l'homme, ni apaiser Dieu.
Et maintenant qui ne reconnoît dans le culte chrétien la consommation du culte antique, expression de la foi et de l'espérance dont nous possédons la réalité? Le monde qui attendoit son libérateur attendoit en lui la victime seule agréable à Dieu, seule capable de satisfaire à sa justice et d'expier tous les crimes des hommes. Elle est venue cette victime sainte, il est venu ce Libérateur, il a dit : Me voici! et tous les sacrifices figuratifs ont disparu, lorsque s'est accompli le grand, l'unique sacrifice ; et le genre humain, selon sa croyance, a été sauvé par le sang! Ce sacrifice consommé une fois continue toujours ; le sang mystique ne cesse point de couler. Perpétuellement offerte au vrai Dieu, l'hostie de propitiation est immolée chaque jour, et chaque jour se renouvelle, sur tous les points de la terre, pour le salut des hommes, l'oblation ^ de celui
perfecisti mihi. Holocaustum et pro peccato non poslulasti : tune dixi : Ecce venio. Ps. xxxiv, 7 et 8.
* Le pécheur ne pouvoit éviter la mort qu'en subrogeant à sa place quelqu'un qui mourût pour lui. Tant que les hommes n'ont mis en leur place que des animaux égorgés, leurs sacrifices n'opéroient autre chose qu'une reconnoissance publique qu'ils méritoient la mort ; et la justicQ divine ne pouvant pas être satisfaite d'un échange si inégal, on recommençoit tous les jours à égorger des victimes ; ce qui étoit une marque certaine de l'insuffisance de cette subrogation : mais depuis que Jésus- Christ a voulu mourir pour les pécheurs. Dieu, satisfait de la subrogation volontaire d'une si digne personne, n'a plus rien à exiger pour le prix de notre rachat. Bossuet, Exposition de la doctrine de V Église catholique, ch. xv.
2 Ab ortu enim solis usque ad occasum, magnum est nomen ineum in gentibus; et in omni loco pacrificatur, et offertur nomini mcoobla-
qui, en mourant, a vaincu le péclié et détruit la mort* .
Ainsi l'unité de dogmes, l'unité de morale, l'unité de culte, voilà le caractère immuable de la vraie Religion, toujours fondée sur la croyance et l'adoration d'un seul Dieu, par un seul médiateur^, attendu pendant quarante siècles, salué de loin par les patriarches et par les prophètes ^, et venu au temps marqué pour accomplir l'espérance des justes et les figures du culte ancien ; de sorte que, toutes les ombres étant dissipées, il n'existe plus et il n'existera éternellement qu'un seul sacrifice et une seule victime d'un prix infini.
Si l'on considère sous le point de vue le plus général les deux âges du Christianisme ou de la vraie Religion, on voit qu'avant Jésus-Christ, elle étoit l'ensemble des vérités et des lois nécessaires à l'homme pour exister comme être physique, moral et intelligent. Depuis Jésus- Christ, qui nest pas venu détruire la loi, mais V accomplir'^, elle est l'ensemble des lois et des vérités nécessaires pour la perfection de l'homme moral et intelhgent^ Et le
tio munda ; quia magnum est nomen meum in gcnlibus, dicit Dominus exercituum. Malach., i, 11.
* Manifeslata est autem nunc (gratia] per illuminationem salvatoris nostri Jesu Christi, qui destruxit quidem mortem, illuminavit autem vitam et incorr iptionem. Ep. II ad Timoth., i, 10.
'^ Unus enim Deu^ unus et mediator Dei et hominum homo Christ us Jésus : qui dédit redemptionem semetipsum pro omnibus, testimonium temporibus suis, Ep. I ad Timoth , ii, 5.
^ Juxta fidem defuncli sunt omnes isti, non acceptis repromissionibus, sedà longé eas aspicientes, et salutantes. Ep. ad Ilebr., xi, 15.
* NoUite putare quod veni solvere legem, aut prophetas : non veni solvere, sed adimplere. Matth., v, 17.
^ Voie enim... ut consolentur corda ipsorum, instructi in charitate, et in omnes divitias plenitudinis inteUectûs, in agnitionem mysterii Dei patris et Christi Jesu; in quo sunt omnes thesauri sapienlise et scientise absconditi... Quem nos annunliamus, corripientes omnem hominem, et docentes omnem liominem in omni sapientiâ, lit exJiibea-
passage de l'un de ces âges à l'autre ne s'est pas opéré sans préparation, caria suprême sagesse ne fait rien brusquement ; mais peu à peu k lumière a brillé d'un plus vif éclat. Les prophéties chaque jour plus nombreuses et plus claires, et qui, pénétrant chez tous les peuples S y réveillèrent le souvenir des traditions antiques ; la dispersion des Juifs ^ mille autres causes dont la Providence s'est réservé le secret, disposèrej^t le genre humain à la prédication évangélique ^ ; et le rejeton de Jessé ne sortit pas d'une tige flétrie, comme les feuilles de la verge d'Aaron. Sauveur annoncé par Adam, législateur prédi
7nus omnem hominem perfectum in Chrislo Jesu. Ep. ad Coloss., ii, 1 et 2; I, 28.
* Elles y éloient portées par les prosélytes, qui venoient de tous les pays se faire initier aux mystères des Juifs. Dans le dénombrement qui eut lieu sous Salomon, il se trouva dans la terre d'Israël cent cinquante-trois mille six cents prosélytes. // Paralipom., ii, 17.
^ Dispersit vos inter gentes, quoc ignorant eum, ul vos enarretis mirabilia ejus, et facialis scire eos, quia non est alius deus omnipotens prgeter eum. Tob., xni, 4.
^ Quod enim quemadmodùm Judœos Deus salvos esse voluit dans eis prophetas, ita eliam Grsecorum spectatissimos propriœ suse linguie prophetas excitatos, prout poterant capere Dei beneficentiam, à vulgo secrevit praîter Pétri prœdicationem, declarabit Paulus apostolus di- C€.ns : Libros quoque grœcos sumite, agnoscite sibyllam quomodo unum Deum significet, et ea quœ sunt futura : et Hydaspen sumite et legite, et invenietis Dei lilium multo clariùs et apertiùs esse scriptum, et quemadmodùm adversùs Ghristum multi reges instruent aciem, qui cùm babent odio, et eos qui nomcn ejus gestant, et ejus fidèles, et ejus tolerantiam et adventum. Deindè uno verbo nos interrogat ; Totus autem mundus, et qua) simt in mundo, cujus sunt, nonne Dei? Proptereà dicit Petrus Dominum dixisse apostolis : Si quis ergo velit ex Israël duci pœnitentià, et propter nomen meum credere in Deum, re-
miltenlur ei peccata Egredimini in mundum, ne quis dicat, non
audivimus ; sed ut in tempore nunc venit prœdicalio, ita in tenq)ore data quidem est lex et prophelse barbaris : philosophia autem Graecis, aures assuefaciens ad prgedicationem. Clément. Alex. Stromat.f lib. YI, p. G?)6 etr)")7. Edit. Paris, 1641.
par Moïse * ; avant sa naissance, toujours vivant dans la foi et l'espérance des hommes, il paroît ; et le salut, la loi, les promesses de la Religion, ses mystères, son culte, tout est consommé.
Quel magnifique spectacle nous offre le développement de cette Religion divine ! Semblable à un fleuve qui prend sa source dans une montagne élevée, elle descend des cieux, répand de tous côtés la vie et la fécondité en traversant les siècles, s'étend et s'accroît dans son cours ; et enfin, s'épanchant au sein de l'éternité, ses rives disparoissent, et elle devient comme un océan immense de vérité et d'a> mour.
Quoique la tradition du médiateur par qui le genre humain devoit être sauvé fût répandue par toute la terre, et que nul homme n'ait jamais pu parvenir au salut que par l'application de ses mérites et de son sang % il n'étoit pas nécessaire néanmoins que tous les hommes en eussent une Cl nnoissance explicite et parfaite ; et c'est ce que saint Augustin explique admirablement.
« Quand nous parlons de Jésus-Christ, il faut entendre « le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, et par consé- « quent le Fils, puisqu'il est la parole du Père, non pas {( une parole prononcée une fois et qui passe ; mais demeu-
* Prophetam de gente tuâ et de fratribus tuis sicut me, suscitabit tibi Dominus Deus tuus : ipsum audies. Deuteron., xviii, 15.
s Ne quisquam diceret posse esse sabitis viam in bonâ conversalione et unius Dei omnipotentis cuUu, sine participatione corporis et sangiûnis Christi : Unus enim Deus, inquit (aposlolus), et unus mediator Dei et hominum homo Christus Jésus : ut illud quod dixerat omnes hommes vult salvos fieri, nullo alio modo intelligatur proestari, nisi per mediatorem, non Deum, quod semper Verbum erat, sed homincm Christum Jesum, cùm Verbum caro factum est, et babitavit in nobis. S. August. Epist. GXLIX, ad Paulin., t. IL Oper. Col., 510. Ed.-Bencdict, Id. De peccat. meritis et remissione, lib. I. cap. xxviii. t. X, col. 30.
« rant éternellement dans le Père immuable, et immuable « lui-même, il régit et administre toutes les créatures spi- « rituelles et corporelles, selon les convenances des temps « et des lieux. Ce qu'il doit faire pour elles, quand, où, il « le sait, et cette science ainsi que la sagesse qui dispose « toute l'économie de ce vaste gouvernement, sont en lui- « môme. En effet, avant de propager le peuple hébreu,' « par qui son avènement devoit être annoncé sous des « figures convenables, et au temps du royaume d'Israël, a et lorsque s' étant fait chair dans le sein d'une vierge, il « se montra aux mortels sous une forme mortelle, et en- « suite, quand il accomplit tout ce qu'il avoit auparavant « prédit par les prophètes, et maintenant, et jusqu'à la fin « des siècles, lorsqu'il séparera les saints des impies, et « qu'il rendra à chacun ce qui est à lui : il est le même « Fils de Dieu, coéternel à son Père, la sagesse immuable « qui a créé la nature entière, et qui rend heureuse toute « âme raisonilable en se communiquant à elle.
« C'est pourquoi, dès le commencement du genre hu- « main, tous ceux qui ont cru en lui, qui Vont connu au- « tant qu'ils pouvoient, et qui ont vécu, selon ses précep- « tes, dans la piété et dans la justice, en quelque temps « et en quelque lieu qu'ils aient vécu, ont été, sans aucun « doute, sauvés par lui. Car de même que nous croyons « en lui et demeurant en son Père et venu en la chair, les « anciens croyoient en lui et demeurant en son Père et « devant venir en la chair. Et parce que, selon la variété « des temps, on annonce aujourd'hui l'accomplissement de {( ce qu'on annonçoit alors devoir s'accompHr, la foi elle- « même n'a pas varié, et le salut n'est point différent. A « cause qu'une seule et même chose est ou prêchée, ou « prédite par divers rites sacrés, on ne doit pas s'imaginer « que ce soient des choses diverses, et des saluts divers... « Ainsi autrefois par certains noms et par certains signes,
(( maintenant par d'autres signes plus nombreux, d'abord « plus obscurément, aujourd'hui avec plus de clarté, (( une seule et même Religion vraie est signifiée et prati- « quée ^ ))
Cette doctrine est conforme à celle de saint Thomas. Suivant ce profond théologien, « Si quelques hommes ont . « été. sauvés sans avoir connu la révélation du Médiateur,
* Quamobrem cùm Cliristum dicamus Verbum Dei, per quod facla Gunt omnia, et ideo Filium, quia Verbum, nec Yerbum dictum atque incommuiabilem Palrem incommutabile transacium, sed apud ipsuni atque incommutabiliter manens, sub cujus regimine universa creatura spiritalis et corporalis, pro coigruentiâ temporum locorumque administratur, cui moderandae et gubernandœ, quid, quando et ubi, circa eam fieri oporteat, sapientia et scienlia penès ipsum est : profecto et antequàni propagaret Hebrœorum gcntcm, per quam sui adventûs manifestationem congruis sacramentis prœfiguraret, et ipsis tempoiibus israelitici regni, et deindè cùm se in carne de virgine accepta mortalibus mortaliter demonstravit, et deinceps usquè nunc, cùm bmpiet omnia, quse per prophetas antè praedixit, et ab hinc usque ad finem sseculi, quo sanctos ab impiis diremturus est, et sua cuique retribut urus, idem ipse estfilius Dei, Patri coœternus, et incommutabilis 4sapientia, per quam creata est universa natura, et cujus participatione omnis rationalis anima fit beata.
Itaque ab exordio generis humani, quicumque in eum crediderunt, eumque utcumque intellexerunt, et secundum ejus praecepta piè et juste vixerunt, quandolibat et ubilibet fuerint, per eum procul dubio salvi facti sunt, Sicut enim nos in eum credimus et apud Patrem manentem, et qui in carne jàm venerit : sic credebant inillum antiqui, et apud Patrem manentem, et in carne venturum. Nec quia, pro temporum varietate, nunc factum afinuntiatur, quod nunc futurum prœnuntiabatur, ideô fidcs ipsa variata, vel salus ipsa diversa est. Nec quia una eademque res, aliis atque aliis sacris et sacramentis, vel prsedicatur aut prophetatur, ideô alias atque alias res, vel alias atque alias saintes oportet intelligi... Proindè aliis tune nominibus et signis, aliis autem nunc, et priùs occultiùs, posteà manifestiùs, et priùs à paucioribus, posleà à pluribus, una tamen eadenique religio vera significatur et observatur. S. Âugust., Sex guxst., contra pagan. expositx; liber ad Deograt., quaest. 11, cap. xi et xii. Oper., tom. II, col. 277. Edit. Éened.
« ils n'ont pas été sauvés néanmoins sans la foi du Média- « teur; parce que, bien qu'ils n'eussent pas la foi expli- « cite, ils avoient cependant une foi implicite dans la di- « vine Providence, croyant que Dieu étoit le libérateur « des hommes, les sauvant par les moyens qu'il lui avoit « plu de choisir, et selon que son Esprit l'avoit révélé à (( ceux qui connoissoient la vérité ^ »
Nous voyons même, au Livre des Rois, que lorsque Naaman, guéri de sa lèpre, confesse le seul vrai Dieu et renonce au culte des idoles. Elisée n'exige de lui rien de plus : Allez en paix, lui dit le prophète ^.
Dieu ne redemande que ce qu'il a donné : il ne punit que la violation, ou l'ignorance volontaire de sa loi ^. Dans tous les temps, dans tous les lieux, il suffit, p.our se' sauver, d'user bien des lumières qu'on a reçues. C'est la foi de l'Éghse chrétienne, c'est l'enseignement unanime des Pères. « A moins d'avoir l'esprit aliéné, qui pensera jamais que « les âmes des justes et des pécheurs soient enveloppées « dans une même condamnation, outrageant ainsi la jus- « tice de Dieu...? 11 étoit digne de s^s conseils, que ceux « qui ont vécu dans la justice, ou qui, après s'être égarés, « se sont repentis de leurs fautes, que ceux-là, dis-je, « quoique dans un autre lieu, étant néanmoins incontes - « tablement du nombre de ceux qui appartiennent au Dieu « tout-puissant, fussent sauvés par la connoissance que
* Si qui tamen salvati tuerunt, quibus revelatio non fuit facta, non fuerunt salvati absquc fuie Mediatovis. Quia etsi non habuerunt lidem cxplicitam, habuerunt lamen fulem implicitam in divinâ Providentiâ, credentes Deuin esse libcralorcm bominum, secundum modos sibi pla- «ilos, et secundum quod a'.iquibus veritatem cognoscentibus Spiritus revelâssct, S. Tiiomas,, 2:e, 2^ part., vol. II, quaest. II, art. 8.
- Beg., lib. IV, cap. v, 45 et seqq.
"' Firmissirnè credilur Deum justum et bonum impossibilia non posse praicipere. S. August., de Nat. et Grat., cap. i.xix.
(( chacun d'eux possédoit... Le juste ne diffère point du « juste, qu'il soit Grec, ou qu'il ait vécu sous la loi; car « Dieu est le Seigneur non-seuleinent des Juifs, mais de (( tous les hommes, quoiqu'il soit plus près, comme père, a de ceux qui ont connu davantage. Si c'est vivre selon la « loi que de bien vivre, ceux qui, avant laloi, ontbienvécu, « sont réputés enfants delà foi, et reconnus pour justes *. » Dans sa seconde apologie, publiée vers le milieu du second siècle, saint Justin tient le même langage. « Sous (( prétexte, dit-il, que Jésus-Christ, né sous Quirinus, n'a « commencé que sous Ponce -Pilate à enseigner sa doc- « trine, on prétendra peut-être justifier tous les hommes « qui ont vécu dans les temps antérieurs. Mais la Religion (( nous apprend que Jésus-Christ est le Fils unique, lepre- « mier-né de Dieu, et, comme nous l'avons déjà dit, la sou- « veraine raison, dont tout le genre humain participe. Tous « ceux donc qui ont vécu conformément à cette raison, « sont chrétiens, quoiqu'on les accusât d'être athées. Tels « étoient chez les Grecs Socrate, Heraclite "* et ceux qui
* Quis san» mentis, et justorum et peccatorum animas esse existimaverit in unâ condemnatione, injustitiae maculam inurens Providentiae?... Hoc divinum decebat consilium et Providentiam, ut qui in justitiâ majorem habuere dignitatem et mérita, et prse caeteris egregiè vixerunt et eorum quse peccârunt ducti sunt pœnitentiâ, etiamsi sint m alio loco, ciîm extra controversiam sint in eorum numéro qui sunt Dei omnipolentis, salvi fierint per proprinm unmscujusque cognitionem... Justus non differtà justo, sive is fuerit exlege, sive Graecus : non enim Judœorum solùm, sed etiam omnium est Deus Dominus, propinquiiis autem pater eorum qui cognoverunt. Si enim honestè vivere, et vitam agerc rationi consentaneam, est vivere ex lege, qui autem rectè vixerunt antè legem, in fidem sunt reputali, et justi suntjudicati. Clément. Alexandr., Slromat., lib. VI, p. 637, (58 et 659. Ed. Paris, 1641.
- Saint Justin suppose que ces philosophes n'ont point pris part à l'idolâtrie, et ont observé exactement les lois de la religion primitive, ce qui est au moins douteux. Mais la question générale est indépen- ^nte de ce fait particulier. Au reste, il est certain que Socrate ensei-
« leur ressembloient; et parmi les Barbares, Abraham, (( Ananias, Azarias, Misaël, Elie, et beaucoup d'autres dont (( il seroit trop long de rapporter les noms et les actions. « Au contraire, ceux d'entre les anciens qui n'ont pas ré- (t gié leur vie sur les enseignements du Verbe et de la rai- « son éternelle étoient ennemis de Jésus-Christ, et meur- (( triers de ceux qui vivoient selon la raison. Mais tous les « hommes qui ont vécu ou qui vivent selon la raison sont « véritablement chrétiens, et à l'abri de toute crainte ^ »
gnoit l'unité de Dieu, et Platon nous apprend sur sa mort des particularités que peut-être n'a-t-on pas assez remarquées. « Ceux, dit-il, « qui avoient dans ce temps-là l'administration de la république com- « mirent beaucoup d'iniquités; ils ordonnèrent à mon ami Socrate, déjà « avancé en âge, et je ne crains point de le dire, le plus juste des « bommes qni vivoient alors; ils lui ordonnèrent, dis-je, et à quelques « autres, de leur amener un citoyen qu'ils vouloient mettre à mort, « alin de rendre Socrate, ou volontairement ou malgré lui, complice « de leur injustice ; mais il refusa de leur obéir, et il résolut de tout « souffrir plutôt que de participer aux crimes de ces impies... Ils l'ac- « cusèrent ensuite lui-même d'impiété, de tous les crimes celui dont il a étoit le plus éloigné, et ils condamnèrent au dernier supplice l'homme « qui, pour ne pas commettre un acte impie, ou s'en rendre complice « en aucune manière, n'avoit point voulu leur livrer un de ceux qui a étoient alors exilés. » Ep. Vil, Oper., t. XI, p. 94 et 95. Ed. Bipont. * Ne qui vero pra;ler rationem, ad eorum quai nos edocti sumus cversionem dicant, ante annos centum quinquaginta nos asseverarc Cbristum sub Cyrenio natum esse ; docuisse autem quai docuit posteriùs sub Pontio Pilato ; et groindè noxâ solutos alque insontes esse, per appellationem allègent, qui ante ea tempora extitere morlales omnes : quaestionem eam anticipanter solvemus. Cbristum pdmogenitum Dei esse instituti sumus, et rationem atque Yerbum esse; cujus universum hominum genus est particeps, anteà oslendimus. Et quicumque cum ratione et Yerbo vixere, cbristiani sunt, quamvis «âîo; et nuliius numinis cultores habiti sint. Quales inier Grœcos fuere Socrates, Heraclitus, atque iis similes : inter barbares autem Abraham, et Ananias, et Azarias, et Misael, et Elias, et alii complures; quorum facta simul et nomina in priEsentiâ recensere, quia longum esse scimus, supersedemus. Pcrindè atque ex veteribis, qui itidem tempore Cbristum praî-
Saint Jean Ghrysostome, un si grand docteur, ne s'exprime pas avec moins de force. Après avoir parlé de la nécessité de confesser Jésus-Christ : « Quoi donc ! ajoute-t-il, Dieu (( est-il injuste envers ceux qui ont vécu avant son avéne- « ment? Non sans doute ; car ils pouvoient être sauvés sans « confesser Jésus-Christ. On n'exigeoitpas d'eux cette con- « fession, mais la connoissance du vrai Dieu, et de ne pas « rendre de culte aux idoles ; parce qu'il est écrit : Le Sei- « gneur ton Dieu est l unique Seigneii/i' K . . Alors donc, « comme je viens de le dire, il suffisoit pour le salut de (( connoître seulement Dieu ; maintenant ce n'est pas assez ; ft il faut connoître encore Jésus-Christ... Il en est ainsi « pour ce qui regarde la conduite de la vie. Alors le meurtre « perdoit l'homicide ; aujourd'hui la colère même est dé- « fendue. Alors l'adultère attiroitle supphce; aujourd'hui « les regards impudiques produisent le même effet. » Enfin, conclut saint Ghrysostome, « ceux qui, sans avoir « connu Jésus-Christ avant son incarnation, se sont ahste- « nus du culte des idoles, ont adoré le seul vrai Dieu, et (( mené une vie sainte, jouissent du souverain bien, selon (( ce que dit l'Apôtre : Gloire, honneur et paix à tous ceux « qui ont fait le bien, soit Juifs, soit gentils ^. »
cessêre, et absque ratione ac Veibo selalcni exegèi'e, inimici Cliristo fuerunt, eorumque qui secundum ralionem et Verbum vixerunt percussores. At qui cum Verbo et ralione vijerunt, alque cliam nunc vi- ■vunt; christiani, et extra melum atquc perlurbationem omnem sunt. S. Justin. Apolog., II, p. 83. Ed. Paris, 1516.
* Deiiteron., vi, 4.
* Quid crgo, injuslè-nc agitur cum iis qui anle advenlum ejus vixerunt? Nequaquam; poterant enim nec Cbristum confessi salutem conscqui. Non enim boe ab illis exigebalur, sed ne idola colerent, et ut verum Deum noscent. Dominus enim, inquit, Deiis tuus, dominus miiis est-.. Tune enim ad salutem sufticiebat, ut dixi, Deum tantùm cognoscere, nunc vero id satis non est, sed Cbristum nosse oportet .. Sic et de vitœ instituto putandum. Tùm cardes linmicidam perdebat; nunc vel
EN MATIÈRE DE RELIGION. i^
II n'en est pas moins certain, nous le répétons, que jamais les hommes n'ont pu être sauvés que par la foi, au moins implicite, en Jésus-Christ, comme saint Irénée ledé-
irasci vclitum est. Tune msechari et cum aliéna muliere commisceri supplicium affcrebat, nuncaulem impudicis oculis respicere idem affert. Q«iod enim ii qui Christum non noverunt ante carnalem adventum, et qui ab idololatrià resilientes Deumunum adorârunt, et, probam duxere vitam, omnia bona consecuturi sint, audi quomodo dicat : Gloria autem, honor etpax, omni operanti bonum, Judœo primùm et gentili. S. Joan. Chrysoslom., Homil XXXV L al. XXXVIl. inMat.oper., t. VII, p. 411 et 412. Edit. Benedict. Sixte de Sienne explique très-bien ce passage, qu'on doit entendre, ainsi que les autres que^nous avons cités, selon la doctrine commune des Pères et des théologiens. « Je croirois, dit-il, ' « que saint Chrysoslome n'a voulu parler que de cette foi et de cette « connoisajnce que les scholastiques appellent explicite, c'est-à-dire, « une connoissance claire et distincte de tous les mystères de Jésusce Christ en particulier, que tous les justes n'ont pas eue avant la vc- « nue de Jésus-Christ ; car il sufllsoit aux Juifs simples et moins éclai- « rés d'avoir une connoissance générale de la rédemption du genre « humain, et voilée sous les significations des sacrifices et des cérémo- « nies : et à l'égard des Gentils, si quelqu'un a obtenu le salut sans la « connoissance du Médiateur, il leur a suffi d'avoir cette foi renfermée « dans la foi en Dieu, c'est-à-dire, de croire que Dieu seroit le sauveur « du genre humain, selon l'ordre secret de la Providence révélé à quelce ques personnes inspirées de Dieu, et aux Sibylles par un privilège « particulier. y>Biblioth., sancta, lib. VI, annotât. LI, p. 400. Coloniœ, 1570, On voit que Sixte de Sienne s'exprime dans les mêmes termes que saint Thomas, dont le sentiment sur ce sujet est entièrement conforme à celui de saint Bernard. « Comme plusieurs chrétiens, dit ce « Père, croient et espèrent la vie éternelle, et la désirent avec ardeur « sans en connoître la manière ni l'état, de même plusieurs, avant la « venue de Jésus-Christ, croyant Dieu tout-puissant, aimant celui qui « leur avoit promis leur salut, le croyant fidèle dans ses promesses, « espérant qu'il seroit leur rédempteur, ont été sauvés dans cette foi « et dans cette attente quoiqu'ils n'aient pas su quand, ni de quelle ma- « nière le salut qui leur avoit été promis leur arriverolt. » Quanti hodieque profecto in populo christiano vitx seternse. sxculique fiituri, quod inaubitanter credunt, et sperant, et ardenter desiderant, formam tamen ac statum ne cogitare quidem vel tenuiter nôrunt? Ità ergo multi ante Salvatoris adventum, Deum omnipotentem timentes
claroit expressément * avec toute l'Église, vers le milieu du deuxième siècle, en ajoutant que « notre foi étoit pré- (( figurée par les patriarches et les prophètes, qui avoient (( répandu par toute la terre la connoissance de l'avéne- « ment futur du Fils de Dieu ^. » Ce qui n'empêche pas le même Père d'enseigner qu'avant la venue du Sauveur, « il « suffisoit pour le salut d'observer les préceptes naturels « que Dieu avoit donnés dès le commencement au genre (i humain, et qui sont contenus dans le Décalogue ^. »
et diligentes suie salutis gratuitum promissorem, credentes in promissione fideîem, sperantes certissimum redempîorem, in hûc fide et exspectatione salvati sunt, licet qiiando, et qualiter, et quo ordine salus repromissa fîeret, ignorarent. Tract, de bapt. qui olim erat. Epist. LXXYII, cap. m. Le vcnéroblc Bède, cité par saint Bernard [eod. loc), établit la même doctrine, et le Maître des sentences l'enseigne également. « Comme dans l'Église, dit-il, quelques personnes a peu éclairées, ne pouvant distinguer ni expliquer clairement les ar- « licles de foi, croient cependant tout ce qui est contenu dans le sym- « bole, ajoutant ainsi foi aux choses même qu'ils ignorent, et ayant une « foi voilée et obscure; de même en ce temps-là, ceux qui étoient le « moins éclairés adbéroient à la révélation qui avoit été faite à leurs c( ancêtres {ou aux principaux d'entre eux, comme traduit Arnauld), « et s'en rapportoient à eux pour leurs croyances. » Ità et tune minus capaces ex revelatione sibi factû, majoribus credendo inhœrebant, quibus fidem suam quasi commitlebanl. Magist. sentent., lib. III, distinct. 25. Il résulte de ces divers passages, qu'avant Jésus-Christ comme après sa venue, les degrés de connoissance varient, la foi demeurant toujours la même; et que cette foi suffit au salut, lorsqu'elle renferme une parfaite soumission à l'autorité qu'on doit croire : Majoribus credendo initier ebant . Credentes... secundum quod aliquibus veritatem cognoscentibuSj Spiritus reveJâsset.
* Sanctus lrcn.,contr. Hêeres.. Vih. IV, cap. xxii, p. 259. Edit. Benedict.
* Manifestum est, quia Patriarchae et Prophetœ, qui etiam pnefiguraverunt nostram fidem, et disseminaverunt in terra adventum fiiii Dei, quis et qualis erit : uti qui posteriores erant futuri homines, habentes timorem Dei, facile susceperunt adventum Christi, instructi à Prophetis. Id., ibid., cap. xxiii.
' Deus primo quidem per naturalia praecepta, quœ ab initio infixa
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Que les impies ne demandent donc plus comment tels ou tels hommes, avant Jésus-Christ, ont pu connoître certains dogmes ; car s'ils n'ont pu les connoître, ils n'étoient pas nécessaires à leur salut, et ils les ont crus suffisamment en croyant les Yérités qu'ils connoissoient. Que ceux qui fatiguent leur esprit à inventer ces objections frivoles s'interrogent plutôt eux-mêmes, avant le jour où Dieu luimême, qui ne leur doit les secrets ni de sa miséricorde, ni de sa justice, les interrogera; et au Heu de demander comment ceux-ci ou ceux-là ont pu croire ce qu'ils ne connoissoient pas, qu'ils songent à ce qu'ils répondront au souverain Juge, quand il leur demandera pourquoi euxmêmes ils n'ont pas cru ce qu'ils connoissoient.
Toutes les vérités de la Religion s'enchaînent si étroitement, qu'on ne peut nier un seul point de la foi catholique ou universelle des chrétiens, sans être aussitôt forcé de nier toute la doctrine ancienne, ou la foi universelle du genre humain. Que la première soit fausse, celle-ci nécessairement n'est pas vraie. Si le médiateur promis n'est point venu, tous les prophètes qui l'ont annoncé, tous les peuples qui l'ont attendu, ont été lejouet d'une vaine illusion. Si la Rédemption n'est qu'une chimère, ou l'homme n'est point tombé, ou il est tombé sans retour; ou Dieu n'a point parlé, ou sa parole est menteuse. Supposer sa parole menteuse, c'est nier qu'il existe; douter qu'il ait parlé, c'est douter qu'il soit, et que nous soyons nous-mêmes, puisque notre raison n'a d'autre fondement que sa parole, et notre être d'autre cause possible que sa volonté.
Ainsi tout se lie, tout se tient dans le christianisme : unité merveilleuse qui de tant de vérités ne fait qu'une
dédit hominibus, admonens eos, id est, per Decalogum (quœ si quis non fecerit, non habet salulem) nihil plus ab eis exquiri. Sanct. Iren., co7its. Hxres., Ub. ÏV, oap. xv, p. 24i.
seule vérité! On peut la conuoître plus ou moins, mais c'est toujours la même vérité que l'on connoît, et quiconque la croit la possède tout entière. Voilà pourquoi nul ne sauroit être sauvé qu'en la croyant, et qu'il n'est pas toujours absolument nécessaire d'en connoître tous les développements.
Et remarquons encore que, par une de ces analogies sublimes que nous avons déjà plusieurs fois observées entre la Religion et son auteur, elle s'est développée selon l'ordre qui existe de toute éternité en Dieu même. Car de toute éternité le Père engendre son Fils, son Verbe, la figure de sa substance ^ ; et du Père et du Fils procède éternellement l'Esprit-Saint, l'amour substantiel, qui n'est avec le Père et le Fils qu'un seul Dieu, dans l'unité d'une même nature. Et la Religion aussi fut d'abord l'adoration de ce Dieu essentiellement un, manifesté comme Père de tout ce qui est, et qui avoit promis à l'homme coupable un sauveur. Son Fils, son Verbe prend ensuite notre nature dans le temps ; et après avoir accompli le mystère de la Rédemption du genre humain, objet de son incarnation, il promet d'envoyer aux hommes l'Esprit sanctificateur, qu'il leur avoit révélé plus clairement. Et comme le Père, le Fils, le Saint-Esprit ne sont qu'un seul Dieu, la foi au Père, au Fils, au Saint-Esprit, n'est qu'une seule foi; le culte du Père, du Fils, du Saint-Esprit, un seul "culte; et la Rehgion qui se compose de cette foi et de ce culte, une seule et unique Religion.
Il est donc incontestable que l'unité est un caractère du christianisme. Nous prouverons maintenant que l'universalité ne lui appartient pas moins visiblement.
* Figura substantisB ejus, Ep. ad Hebr., i, 5.