LA DURÉE DU TRAVAIL
TL — La durée du travail journalier dans l’industrie en chambre varie infiniment ; elle est quelquefois à peu près nulle, ou, au contraire, elle s’exagère d’une façon anormale jusqu’à compromettre les conditions physiques du travail.
Une telle variation a certainement une cause dans l'irrégularité de la demande. Souvent, il arrive que les patrons reçoivent des commandes à exécuter dans un délai tel que le travail en atelier, avec la réglementation légale qu’il implique ne leur permettra pas d'y satistaire ; en conséquence, ils confient ce travail pressé aux ouvriers en chambre, qui n’ont pas à se préoccuper des fois sur la durée du travail,et qui,en accomplissant des journées de 13, 14, 15, 16 et 17 heures ou plus, parviendront à exécuter les commandes dans le délai imparti. Les exigences de la clientèle ont ainsi amené les patrons des industries du vêtement, par exemple, à aggraver encore une situation que suffisait à déterminer le caractère
irrégulier de la production dans la plupart des industries à domicile.
C’est en effet surtout parce que ces industries sont des industries saisonnières, et que le travail n’y afflue pas régulièrement, mais par soubresauts et par à-coups,que la durée du travail journalier offre des variations aussi considérables. Pendant la morte-saison, les journée: sont en général très peu longues, et créent de vastes loisirs aux ouvriers.L’enquête de l'Office du travail a montré que le travail d’un atelier de deux apiéceurs peut-ne pas excéder, au cours de la mortesaison,c’est-à-dire pendant 26 semaines,559 heures, ce qui fait moins de deux heures par jour et par ouvrier. Perdant la saison active,par contre,il n’y a plus d'autre limite à l’allongement de la journée industrielle que celle des forces physiques de l’ouvrier.Le « coup de feu » succè de alors,dans
es ateliers,à l’inertie des semaines précédentes,et l’on voit toute la population qui vit de ces industries adonnée presque sans trêve à des tâches qu’elle exécute inconsciemment avec un automatisme machinal. Il est peut-être assez vain de rééditer à ce sujet les nombreuses observations qui ont été faites dans certaines industries, d’abord parce qu’elles sont fort connues, ensuite parce que la réalité qu’il s’agit d'observer est tellement complexe et mouvante,qu'il est impossible de faire apparaître des faits. généraux. II
est intéressant cependant de rappeler, comme ayant une valeur symptomatique, le fait suivant : l'enquête de la Chambre des Lords sur le Sweating-system a révélé qu’un témoin a accompli l'exploit shakespearien d’une journée de travail de quarante heures sans arrêt, depuis un mercredi à 6 heures du matin jusqu’à 10 heures du soir le surlendemain.
Evidemment, des cas de ce genre ne sont encore que l’exception, et la réalité n’est pas toujours aussi affreuse ; malheureusement.il est très difficile d'établir des moyennes exactes. L'enquête de l’Office du travail révèle que le même atelier de deux apiéceurs, dont il a été question plus haut, fournissait 5.000 heures de travail pendant 26 semaines, soit une moyenne de 16 heures par jour et par ouvrier ‘, tandis qu’un autre atelier, composé également de deux ouvriers.fournissait seulement 1420 heures pendant 22 semaines, soit une moyenne de 5 heures ! par jour et par ouvrier ?.
IT est également impossible d'établir un rapport quelconque entre la durée jcurnalière du travail en saison active et en période de ralentissement. J’ai déjà mentionné, par rapport au vêtement, cet atelier qui fait en période active 5.000
1. Office du travail, Le vêtement à Paris, p. 161, Monographie n° 5.