‹ Essai sur l'industrie à domicile salariéeChapitre 31 sur 99 · P. BourGET, Outre-mer, x, p · texte numérisé non relu

P. BourGET, Outre-mer, x, p

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des villes de l’ancien monde et du nouveau, et qui gagnent des salaires dérisoires en fournissant un travail exténuant.

Mais c’est surtout parmi les femmes qu'il faut chercher des exemples. Sans doute, il y a des ouvrières qui gagnent des salaires fort convenables, et pour lesquelles la vie n’offre que le lot commun des misères humaines : « Ce sont celles qui gagnent dans l'exercice d’un métier de luxe un salaire suffisant, ou qui, bien qu'employées à bas prix sont certaines de trouver au logis où elles apporteront la maigre rémunération de leur travail l'assistance d’une famille, l’aide d’un père, d’une mère, d’un frère, d’un ami'.» Les autres, toutes celles qui, subissant « les impitoyables conséquences du salaire d'appoint »”, ne gagnent pas de quoi vivre, forment l’armée innombrable des ouvrières qu’une loi d’airain implacable semble à vouer à la misère et à la faim.

Et dans quel décor s’agite et vit cette population ouvrière ? Quel est donc cet atelier de famille que l’on vante. On à fait trop de fois la description de ces sordides appartements,qui servent à la fois de cuisine, d’atelier et de chambre, où s’entasse la famille, sans air, sans hygiène, dans ces quartiers populeux qui ressemblent à des ruches; mais jamais peut-être on n’a décrit ni fait

1. René Marzeroy et G. CHARLEVILLE, loc. cit. 2. Le vétement à Paris, p. 666.

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ressortir avec autant d’art que dans la page suivante de l'enquête de MM. Maizeroy et G. Charleville, l'étrange ironie de cette misère grouillante où passent quelquefois des tâches délicates et jolies, de cette sordidité qui travaille inconsciemment pour le luxe des autres.

«C’est à Belleville, au troisième étage d’une de ces casernes d’ouvriers, peuplées comme des villages, où chacun souffre sans espérer des temps meilleurs, s’use et s’épuise à gagner le pain quotidien. D’aigres relents d’évier et de graillon, des odeurs fades de soupes préparées, qui sait avec quelle graisse malsaine, quelles croûtes et quelles viandes de rebut, empu2ntissent l'escalier obscur et inquiétant. Le misérable logement dens lequel se tassent, travaillent en chambre quatre ouvrières fleuristes, la mère et ses trois filles, se compose de deux pièces. La plus large leur sert de dormoir, l’autre, qui a la dimension d’un placard, d'atelier. Au moment où nous pénétrons chez ces malheureuses, le cœur serré par une telle détresse, elles sont assises autour .d’une table de cuisine que jonchent des fleurs artificielles. Ils semblent que des doigts de fées en chiffonnèrent les pétales et les corolles, qu’elles viennent d’être eueillies dans un jardin de rêve, dans une serre fastueuse. Elles vivent, elles nous attirent et nous charment par leurs nuances harmonieuses, par leur grâce fragile et délicate. Elles évoquent le prin-

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