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temps de Paris, les parades élégantes de Chantilly et du Bois, les chapeaux pareils à des bouquets qui donnent aux femmes jolies des airs de conquête et de triomphe. Elles nous surprennent et nous mélancolisent sur cette table boiteuse dont un journal cache la crasse, dans cette lumière blafarde qui tombe comme d’une cour de prison dans ce logis de misère à perpétuité, Malgré soi, tandis que les doigts tremblants de la mère vieillie avant l’âge, les mains décha&rnées des troi: filles les préparent, les assemblent, ies fignolent, ces roses France nacrées et languissantes, ces grappes de cytises et de glycines, ces œillets de pourpre, l’on se prend à songer aux heureuses de la vie qui ex seront parées, quelque jour prochain, qui paieront si cher l'ouvrage sur quoi quatres créatures douloureuses ont peiné durant des heures pour un salaire dérisoire. Mais elles n’ont jamais pensé à cela , les pauvres femmes. Ce qu’elle sait seulement, la vieille, ce qu’elle nous dit, sans se lasser, avec de grosses larmes qui coulent, une à une, dans les plis de ses joues, c’est que son mari est mort, c’est qu’elle à eu onze enfants et qu’elle n’en a plus que quatre, un garçon qui est en apprentissage et ces trois filles qui l’'aident dans son travail. De tout son passé, de toutes les fatigues qui ont fait de son pauvre corps une loque, elle ne se rappelle rien que des dates de décès, que des épisodes funèbres.
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« Des trois filles, l’une complètement sourde, paraît murée dans l'examen minutieux d’une détresse personnelle, égoïste et farouche ; la seconde est anémiée par l’excès de fatigue et le défaut de nourriture, et la troisième tousse à perdre haleine.
€ Or, à elles quatre,ces femmes,qui sont en leur métier d'incomparables ouvrières, en travaillant dix heures par jour, gagnent quatre francs ! »
Et encore, à l’insalubrité du local doit s'ajouter celle qui résulte des conditions mêmes dans lesquelles s'exerce l’industrie. Ainsi, les poumons des ouvrières plumassières de Paris s’emplissent à la longue des débris des plumes qu’elles manient tous les jours. Ainsi, l’industrie perlière d’Argences doit s’exercer dans un local complètement clos, où ne pénètre aucun air, pour que la flamme des lampes à essence qui servent à mettre le verrre en fusion ne cesse pas d’être immobile. De même la nécessité pour les ouvriers tisseurs de Flers de maintenir leurs fils perpétuellement humides leur impose de travailler dans leur cave, etc., ete.
Il va de soi que, dans ces conditions, l’atelier de famille doit être la cause fréquente de multiples maladies engendrées par le surmenage, linsuffsance des salaires, l’insalubrité du local et de l’industrie. Il ne faut pas chercher ailleurs la cause de l'extraordinaire développement de ce fléau, qui tend à prendre des proportions gigantesques, la tuberculose, résultat le plus souvent des agglo-
mérations d'individus et de mauvaises conditions d'hygiène et d'alimentation.
Et ainsi, on ne tarde pas à se persuader de la vérité de cette assertion du docteur Fauquet, que « l'amélioration des conditions d'existence de la classe ouvrière apparaît de plus en plus conime l’un des problèmes les plus importants de l’hygiène publique ‘».
À ce point de vue,en effet, le travail en chambre pose un double problème, par rapport à toute une partie de la race menacée d’un prompt et total épuisement, et par rapport encore à la contamination générale. « La présence dans une ville, écrit le D: Fauquet, d’une population mal nourrie, logée dans des conditions insalubres, est un danger permanent pour le reste des habitants ?, »
Il s'établit naturellement une espèce de « solidarité sanitaire » par le contact et la contagion, par le «coudoiement de la rue et des, magasins Ÿ», mais surtout peut-être par « l’intermédiaire des objets fabriqués ‘ ». Le même écrivain ‘explique ainsi ce phénomène de solidarité sanitaire, que l'observation a révélé maintes fois : « Supposons,
1. Dr FAwquET, Essai sur le travail en chambre, considéré au point de vue sanitaire, p. 21.