ETUDES
On se rend facilement compte qu'ici la sousentreprise doit produire les résultats les plus fâcheux. Ne travaillant, en général, qu'une partie de l’année, gagnant eux-mêmes des salaires de famine, enfin supportant des frais généraux élevés qui grèvent d’une façon épouvantable les bénéfices qu'ils recueillent, les petits façonniers, sous-entrepreneurs forcés, font subir à leurs auxiliaires le contre-coup fatal de la dure situation qui leur est à eux-mêmes faite : l’on à pu évaluer, lors de la grève de la confection, à Berlin, en 1896, le profit brut de l’ouvrier entrepreneur à 20 % de son chiffre d’affaires.
2’ La concurrence ouvrière.
I. — La concurrence à laquelle se livrent les ouvriers entre eux doit être considérée comme la principale cause de la dépression des salaires dans les industries à domicile.
En effet, la demande de travail est toujours de beaucoup supérieure à l’offre, et les ouvriers ne font jamais défaut à l'employeur : ce fait suffit à le placer dans une situation exceptionnellement avantageuse vis-à-vis de l’armée immense de ceux qui vivent au jour le jour du travail qu’ils trouvent à faire. À ce point de vue, on peut dire que la demande de travail ne fait qu'augmenter sans cesse dans certaines professions, comme le
vêtement, du fait de l’émigration des campagnes vers les villes.
Depuis un certain nombre d’années, en effet, sous l’influence de diverses causes qu’il est inutile de rechercher ici, les habitants des campagnes, non seulement en France, mais dans tous les pays d'Europe, ainsi qu'aux Etat-Unis et en Australie, se sont portés en foule vers les centres urbains dans l’espoir d’une heureuse fortune, et sont venus en réalité, le plus souvent, accroître la quantité de misères et de hontes qui se cachent dans l’agglomération des villes. Les «déracinés » sont venus surtout des pays pauvres où la terre ne nourrit pas son homme, et ils ont demandé au travail du vêtement, parce qu'il pouvait s’apprendre sans beauccup de peine, la vie que la terre maternelle était impuissante à leur donner.
D'autre part, la législation sociale de ces dernières années à déterminé une recrudescence particulière dans là demande de travail, notamment la loi du 30 mars 1900 aux différentes étapes de son application. En rejetant les femmes et les enfants hors de l’usine, où leur présence génait les calculs des patrons, cette loi a jeté tout à coup sur le marché des forces de travail nouvelles. Il suffit de lire les rapports des inspecteurs du travail français depuis 1900 pour s’en convaincre ; ils constatent à chaque page presque de nombreux renvois de femmes et d'enfants opérés par les
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industriels pour soustraire leurs ateliers à la réglementation sur les établissements mixtes.
Enfin, les ouvriers eux-mêmes ont été quelquefois la cause inconsciente de l’avilissement des salaires,résultat d’une plus grande abondance de la main-d'œuvre. Ils ont parfois essayé de fermer l'entrée des usines aux femmes, qui leur faisaient concurrence sur le terrain des salaires, et ils ont par là même rendu disponible la force de travail que ces femmes ne trouvaient plus à louer à l’usine. Cet extrait des statuts d’un syndicat des ouvriers coupeurs, brocheurs et couseurs de la chaussure du canton de Mouy témoigne de l’état d'esprit de certains ouvriers de fabrique :
a 9. Tout adhérent conveincu de diriger des femmes dans la corporation, ou de leur montrer à travailler, sera exclu de 14 chambre syndicale.
a. 10. Tout coupeur, brocheur ou couseur qui a sa femme travaillant dans là corporation, en qualité de coupeuse, brocheuse ou couseuse, ne pourra être admis à la chambre syndicale.
II. — La concurrence s’exerce d’abord entre les ouvriers ordinaires et les ouvriers amateurs, qui ne cherchent, dans le salaire industriel,qu’un appoint destiné à compléter les ressources normales du ménage ; presque généralement, ces ouvriers amateurs sont des femmes et ils se ren-
contrent à chaque pas dans les professions de
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la couture et de la lingerie notamment. L'on a vu l'importance que prend ce «salaire d'appoint » en étudiant les salaires dans l’industrie du vêtement à Paris. « La distinction de ce salaire d’appoint et du salaire intégral (si l’en passe cette expression),écrivent MM. du Maroussem et Barrat a la plus haute importance dans l’économie politique pratique. Les ouvrières se contentent d’un salaire d'appoint dans les cas suivants :
1 Lorsque leur mari ou le chef de leur association domestique gagne un salaire personnel ;
2% Lorsqu’elles ont des revenus antérieurement acquis (pensions, rentes, ete.) ;
3 Lorsqu’elles sont soutenues par une association charitable ou une organisation publique ayant la charité pour but ; L
4 Lorsqu’elles considèrent le travail comme un simple passe-temps (les grandes au XVIII: siècle avaient ruiné ainsi l’industrie du parfilage de l'or), la langue allemande désigne le salaire d'appoint par l’expression Nadelgeld, mot à mot argent pour les épingles (ou la toilette) !,
Les rédacteurs de l'enquête expliquent ensuite d’une façon très précise et très forte le rôle de ce salaire d'appoint dans la vie industrielle. Pour ces ouvrières, «le salaire n’est qu'un salaire d'appoint destiné, non pas à subvenir à la totalité des be-