L'INTERVENTION DE L'ÉTAT
On peut légitimement penser que la pratique législative des Etats s’inspirera de plus en plus dans l’avenir de la double considération suivante:
D'une part, en effet, la faveur croissante avec laquelle ne cessent d’être accueillies les idées d’hygiène individuelle et publique devra fatalement conduire les gouvernements à prendre les mesures nécessaires pour que la santé des travailleurs, ainsi que la santé publique, soit efficacement garantie et sauvegardée. Cette tendance s’est fait jour à différentes reprises dans les lois ouvrières, et le développement des idées et des mœurs semble bien faire prévoir qu’elle doive s’accuser encore davantage dans l’avenir. Il est impossible que n’apparaisse pas aux législateurs futurs la nécessité d'intervenir dans ces foyers d’épuisement pour les individus et de contamination générale que représentent la plupart des ateliers en chambre.
Aussi bien une considération plus haute doitelle certainement appuyer celle-ci. Les Etats ne
manqueront pas d’être de plus en plus frappés dans l’avenir du rapport que l'observation constate partout entre le salaire, la durée du travail ebsa productivité. Les pays qui ont atteint la plus grande prospérité économique sont précisément ceux où les salaires sont le plus élevés et la durée du travail la moins longue : telles l’Angleterre et PAmérique du Nord. « La journée de neuf heures a été,en Angleterre,plus productive que celle de douze heures ’. » C’est dans l’industrie cotonnière de ce pays que la remarque à été surtout faite : la hausse des salaires et la réduction de la journée de travail ont immédiatement communiqué à cette industrie «une productivité qui dépasse de beaucoup celle de tous les pays du continent ?».
M.Luio Brentano a très bien rendu compte de cette idée,que les faits économique font apparaître nettement : « Quand, en conséquence de l’élevation des salaires et dela réduction de la journée de travail, a lieu une amélioration dans la manière de vivre, elle excite, comme le prouve l’expérience, à une plus grande intensité de travail, parce que des individus ayant plus de besoins et étant astreints à une journée de travail moins longue sont excités à faire plus d'efforts, en même temps
1. Walther Lorz. Le rôle social de la grande industrie. Revue d'Economie politique, 1892.
2. Lujo BRENrANO, Des rapports entre le salaire, la durée du travail et sa productivité. Revue d'Economie politique, 1893, p. 284.
qu’elle leur rend possible un travail plus intense, attendu que des causes corporelles et plus de plaisir au travail le leur rendent plus facile qu’à ceux qui ont moins de besoins, qui sont plus mal nourris, sont plus fatigués et de moins bonne humeur». Le même économiste décrit ensuite,d’une façon plus précise encore, comment l'amélioration du sort des ouvriers doit accroître la productivité des industries : « Cela conduit ensuite à un progrès technique, soit que cela soit la cause de nouvelles inventions, soit que cela rende possible l’application de celles qui étaient faites depuis longtemps ; ou bien aussi, cela conduit à des améliorations dans l’organisation de l’économie, qui, sans ce stimulant, n'auraient pas été réalisées.... L’exemple de lAmérique,pays des plus hauts salaires et des plus grands progrès dans la technique des machines en dit autant que toute une bibliothèque.... Mais, inversement, cette technique perfectionnée n’est possible physiquement qu'avec des ouvriers plus exercés, bien rétribués et bien nourris, intelligents, capables de beaucoup de travail et pleins d’ardeur *. »
Cette considération est appelée sans aucun doute à influencer les expériences législatives de l’avenir, parce que les Etats, de plus en plus absorbés