CHAPITRE IV
T'INDUSTRIE A DOMICILE SALARIÉE ET L'AVENIR DE LA CONCENTRATION INDUSTRIELLE
Quel est le sens de l’évolution industrielle ? Assistons-nous à un achèvement du type moderne de la fabrique, ou bien assistons-nous, comme certains le croient, à sa transformation en fabrique collective ? En un mot, l’évolution remonte-t-elle vers les anciennes formes d’industrie ou parfait-elle Le cycle commencé ?
I — Il est difficile de répondre absolument à cette question. Il est certain que l’évolution que nous voyons s’accomplir sous nos yeux est caractérisée par une concentration de plus en plus large, et par le développement croissant de la fabrique au cours du XIX: siècle; et cet accroissement est suffisamment justifié par toutes sortes de raisons déterminantes.
La fabrique offre, en effet, aux patrons d’industrie des avantages énormes, qui leur assurent une supériorité écrasante sur le travail dispersé. D'abord, une plus grande productivité : l’usine,
en effet, là même où elle utilise des engins qui ne différent pas de ceux qui sont employés par l’industrie à domicile, emploie, pour les actionner, une force mécanique qui se substitue à la force musculaire de l’homme. De plus l’usine à aussi «son outillage propre, très différent de celui de la manufacture à domicile, d’une productivité supérieure et remarquable, le plus souvent par son extrême spécialisation !. » Mais, lors même que le travail est purement manuel, la même observation peut encore être faite. A domicile, en effet, l’ouvrier, homme et femme, est fréquemment détourné de son travail par les mille incidents de la vie quotidienne ou par les soins du ménage ; il en résulte une perte de temps forcée,que ne connaît pas le travail en atelier. Une perte de temps semblable se ‘retrouve chaque fois que l’ouvrier s’absente de chez lui pour aller chercher de l’ouvrage ou remettre l’ouvrage fait. Enfin et surtout peut-être, le zèle, l’émulation et l'entraînement manquent absolument au travail en chambre: l’industrie des perles d’Argences offre à cet égard un exemple typique; tandisqu’uneouvrière àdomicile,travaillant 10 heures par jour, n'arrive pas à fabriquer plus de 4.500 ou 5.000 perles, certaines contremaîtresses ont pu faire faire en atelier jusqu’à 7.500 et 8.000