Les industries à domicile en Belgique, tx, p
derne, cu encore que le petit moteur opère une véritable déconcentration vers l’atelier de famille en y transférant l’outillage perfectionné de l’usine,on peut tenir pour certain que l’ouvrier à domicile qui ne dispose pas des capitaux nécessaires et qui,d’ailleurs,n’a ni le temps, ni les moyens de se renseigner,sera dans impossibilité de faire subir à son matériel nouveau le perfectionnement incessant qui est une conditions indispensable de la lutte industrielle. L'atelier à domicile transformé ne conservera donc qu’un temps l'avantage qu'il aura retiré de la substitution du travail mécanique au travail manuel. Enfin, de toute façon, l'usine conservera toujours la supériorité de sa productivité et les avantages incontestibles de la surveillance et de la direction (Voir infra, p.169) au point de vue de la qualité des produits.
IV.— Au surplus, cette transformation que l’on rêve un peu inconsidérément est-elle désirable ? ‘ Je ne le crois pas non plus, parce qu’elle devra être fatalement suivie d’une autre transformation plus radicale et plus profonde qui aggravera encore, sans aucun doute, les maux du Sweatingsystem.
Si réduits, en effet, que soient les prix auxquels la force motrice peut ou pourra être louée dans l'avenir aux travailleurs, ces tarifs seront encore trop élevés en raison des misérables salaires qui
sont généralement payés aux ouvriers en chambre, et du faible accroissement de production auquel donne lieu emploi d’un petit moteur. Cette dernière proportien est beaucoup moins élevée qu’on ne le croit généralement ; ainsi, dans la rubanerie stéphenoise, le métier à moteur ne produit guère plus de 1/4 ou 1/3 en sus, ce qui paraît insuffisant pour compenser les frais de premier #tablissement et le prix de revient courant de l’énergie dépensée. Par contre,il est certain que la quantité de force nécessaire ne s’accroît pas proportionnellement au nombre des métiers qu’elle sert à faire mouvoir : à Saint-Etienne, par exemple, une force de 1/3 de cheval est nécessaire au moins pourunseul métier; tandis que uneforcedel/2cheval est très suffisante pourfaire mouvoir 3 métiers et une force de 2/3 de cheval pour trois, etc., etc. Il apparaît ainsi clairement qu’une très grande économie doit résulter du greupement des métiérs et par suite des ateliers. Le petit moteur doit ainsi logiquement conduire à constituer des ateliers d’une importance relative, mais qui ne tarderont pas à dégénérer en véritables sous-entreprises au profit de l’un quelconque des ouvriers associés. En réalité, c’est donc à une véritable concentration où se retrouveraient les inconvénients du marchandage, que l’emploi du petit moteur semble devoir aboutir. Différentes observations ont été déjà recueillies à ce sujet notamment
parmi les fabricants de canons de Saint-Etienne.
D'autre part, le moteur électrique, supprimant la nécessité de la force de l’homme qui faisait autrefois mouvoir le métier, et ne demandant guère qu’un peude surveillance,amènerait certainement l'utilisation dans une beaucoup plus large mesure qu’autrefois, de la main-d'œuvre enfantine et féminine, « L'avenir, dans le petit &telier de Saint- Etienne, ncus paraît être moins 2ux passementiers célibataires qu'aux ménages de tisseurs ou aux ménages mixtes, le mari métællurgiste, la
femme passementière À
», Qui ne voit donc qu’ainsi,c’est la honteuse exploitation de l'enfance sous le couvert de la puissance paternelle, et que l'accession des femmes et des enfants au travail industriel venant grossir les forces ouvrières disponibles, aurait pour conséquence fatale d’augmenter dans une formidable proportion la concurrence que se tont les ouvriers entre euxpour la conquête du pain quotidien, et d’avilir encore des salaires déjà avilis.
Enfin, en admettant que le petit moteur doive &ccroître dans une assez large mesure, la production de l’industrie à domicile, cette conséquence en amènerait fatslement une autre à laquelle on paraît ne pas songer : l’aggravation des chômages en temps de surproduction,
1. Henri De Boissieu, cité par le Bulletin des usines électriques, août,1903.4