‹ Essai sur l'industrie à domicile salariéeChapitre 86 sur 99 · Edgard Azxrx, loc. cût., p · texte numérisé non relu

Edgard Azxrx, loc. cût., p

2. Les industries à domicile en Belgique, xx, p. 89. 3. Les industries à domicile en Belgique, 111, p. 90.

d'ordre technique que je viens de décrire,il faut joindre encore d’autres facteurs d'ordre économique et commercial, qui ont contribué dans une très large mesure à favoriser le mouvement de concentration et le développement corrélatif de la fabrique.

L'augmentation de la consommation, résultat de l’énorme extension des besoins, a rendu possible l’établissement et le maintien de vastes établissements de production centralisée. Il est hors de doute,en effet,quelafabrique a un coût de production plus élevé que celui de la fabrique collective ; il est donc nécessaire, pour qu’elle puisse prospérer, qu’elle atteigne un chiffre d’affaires qui lui permette de compenser ses frais avec bénéfice. En accroissant sans cesse la demande, la clientèle du marché a permis à la fabrique de se développer et de s’agrandir sans discontinuer, parce que, au souci primitif de compenser un prix de revient élevé, est venue ensuite s'ajouter la préoccupation d’abaisser celui-ci de plus en plus par une meilleure organisation technique et commerciale de l’entreprise. Il semble ainsi qu’un mouvement fatal,interne et spontané entraîne la fabrique vers une concentration de plus en plus accentuéeet vers une«intégration»totale du type.

Puis, tandis que la production s’accroissait ainsi pour répondre aux exigences de plus en plus grandes de la clientèle, une véritable révolution

s’opérait dans le goût et dans les mœurs générales, qu’on a appelée assez justement la « démocratisation du luxe». Par un double mouvement de bas en haut et de haut en bas de l’échelle so-. ciale, la préférence des classes populaires s’est marquée de plus en plus dans la seconde moitié du XIX: siècle, notamment en ce qui concerne l'habillement, vers des articles moins grossiers et moins informes, tandis que, dans le même ordre d'idées, le goût des classes riches s’abaissait des objets de haut luxe à leur contrefaçon. M. Aïtalion a très bien décrit la psychologie du mouvement observé : « L'augmentation du bien-être des classes laborieuses, le sentiment égalitaire qui les pousse à adopter les mêmes modes d’habillement que les classes moyennes leur fait délaisser les vêtements informes, les lourdes chaussures les bas et les chaussettes à grosses mailles du travail à domicile,et préférer les produits plus seyants d’un aspect plus satisfaisant et guère plus coùûveux de l’usine. D'autre part diminue, sinon peut-être de manière absolue, au moins de manière relative, le nombre des ïfervents du haut luxe,augmente la proportion de ceux qui, à défaut de l’article rare, impeccable, se contentent de la contrefaçon, des marchandises de prix abordable, dont on peut renouveler fréquemment l’acquisition de façon à suivre les fluctuations de la

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mode’. » Or, dans ce fait général, réside peutêtre la cause prépondérante du développement de la fabrique moderne. La fabrique, en effet, ne peut guère s'organiser qu’en vue de la production des objets d’une large consommation et d’un prix moyen, c’est-à-dire des objets de qualité et de perfection moyennes. D'autre part, il est certain que les produits de l’usine sont en général de qualité bien supérieure à celle des produits similaires du travail en chambre,parce qu’ils bénéficient des avantages de la surveillance et de la direction patronales. « L'usine fait assez bien, il lui est moins aisé de faire très bien ou de faire économiquement très mal”. » C’est ainsi que le développement de la fabrique à permis à la bonneterie de Falaise de relever son article sur le marché et de le hausser aux goûts du jour. C’est ce que l'Exposition universelle de 1900 a très bien fait ressortir. « Nous devons au groupement de l’ouest trois exposants seulement : celui de Falaise, en raison de l’ancienneté et de l’importance du centre qu’il représentait mérite le premier rang. L'article de Falaise, en effet, article de premier prix et de qualité ordinaire, autrefois très répandu dans la consommation ouvrière, où il servait de vêtement de dessous à la blouse ou au pantalon de toile,

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