DE L’INTESTIN GRÊLE
Précédé de Considérations anatomiques et physiologiques sur cette portion du conduit alimentaire, et suivi de quelques Propositions de pathologie.
Le long canal cylindrique, dont les flexuosités nombreuses occupent la plus grande partie de la cavité abdominale, a reçu des anatomistes le nom A' intestin grêle j le duodénum supérieurement, inférieurement le cæcum, forment ses limites ( Bichai ). Il tient le milieu pour le volume entre ces deux portions du conduit alimentaire. Au premier coup-d’œil, son aspect est celui d’une masse mobile, lisse, composée d’un grand nombre de replis flottans, désignés sous le nom de circonvolutions; adroite, en haut et à gauche, il est circonscrit parle colon; en bas, il se répand dans le bassin, où il occupe l’intervalle et les côtés des organes qui y sont renfermés; au-devant de lui se déploie le grand épiploon ; il correspond en arriére à la colonne vertébrale , à l’aorte , à la veine-cave inférieure, au mésentère, et aux portions ascendantes et descendantes du colon: sa direction paraît d’abord assez difficile à indiquer; mais, en considérant le point où il commence et
celui de sa terminaison , on voit qu’il se porte obliquement de gauche à droite; son calibre est un peu plus considérable à son origine qu’à l’endroit où il se plonge dans le cæcum. Les caractères sur lesquels on s’est fondé pour le diviser en deux parties désignées sous le nom de jéjunum et d'iléon étant extrêmement vagues, et cette division , qui d’ailleurs ne présente aucune utilité, n’étant point tracée par la nature, on s’accorde assez généralement aujourd’hui à le regarder, ainsi que l’a fait Haller , comme un intestin unique; il est disposé de manière à représenter en avant une convexité libre, en arrière une concavité embrassée par le bord antérieur du mésentère, large repli du péritoine , clans l’épaisseur duquel sont renfermés les troncs de ses vaisseaux et les rameaux de ses nerfs. Ce repli contient en outre un grand nombre de ganglions lymphatiques, et du tissu lamineux plus ou moins pénétré de graisse . qui est destiné à unir toutes ces parties entre elles. Soutenir l’intestin grêle sans legêneren rien dans ses mouvemens, se prêter a son ampliation au moment de l’abord des matières alimentaires, tels paraissent être les usages auxquels la nature a destiné le mésentère.
Trois membranes forment les parois de l’intestin; la moyenne est essentiellement composée de fibres charnus disposés sur deux plans; les unes, superficielles, sont longitudinales , d’une étendue variable; elles finissent après un certain trajet. Des intervalles qui séparent leurs extrémités en naissent d’autres qui se comportent de la même manière , et ainsi des suivantes. Même disposition pour les profondes , qui forment plusieurs couches et qui représentent des arcs de cercle plus ou moins étendus, sans jamais former des cercles entiers. Quoiqu’un peu plus multipliées vers la grande courbure, elles sont assez uniformément réparties sur toute la surface de l’intestin; les mouvemens qu’il exécute se font en vertu des propriétés dont cette membrane est douée.
La membrane externe, portion du péritoine, offre une surface libre, lisse, humectée d’une vapeur séreuse destinée à favoriser le glissement des divers replis de cette partie du canal alimentaire les
uns sur les autres; l’autre surface adhère à la membrane charnue au moyen d’une couche de tissu lumineux, excepté en arrière, où existe un espace triangulaire propre à loger l’intestin dans son état de distension ; d’où il résulte que cette membrane n’a pas des dimensions invariables, puisqu’une portion qui, quand il est vide, concourt à former le mésentère, vient le recouvrir lorsqu’il se dilate.
La membrane muqueuse ( folliculeuse de M. C haussier ) présente également une surface adhérente à la membrane musculeuse, par l’intermède d’une couche de tissu lamineux serrée, d’où dépend sa force, ainsi que le démontrent les expériences de Bichat. Cette disposition fait quelle éprouve des mouvemeus habituels qui concourent à faciliter ses fonctions; sa surface libre est hérissée de villùsjjés nombreuses , et lubrifiée par un fluide visqueux; elle offre en oVre un grand nombre de replis perpendiculaires ( valvules conniventes) qui n’embrassent qu’une partie de la circonférence du canal; ces replis SJnt plus nombreux vers sa partie supérieure; ils diminuent à mesure qu’on s’approche de sa terminaison ; une couche moins épaisse qu’à l’estomac, désignée sous le nom de corion murjueux , les villosités que nous avons indiquées , un épiderme qu’on n’admet que par analogie, des follicules, de petites glandes, telles sont les parties propres à cette membrane. Le corion mucueux s’offre au premier aspect sous l’apparence d’une pulpe consistante; c’est un tissu mollasse, velouté, spongieux, peu résistant, qui. sous tous ces rapports, présente unegrandc différence avec le corion cutané. Bichat avait avancé que les boutons varioliques ne s’y montraient jamais; c’est une erreur que détruisent complètement les observations qu’on a été à même de faire depuis. Les villosités sont extrêmement ténues et rapprochées; de sorte que leur présence n’empêche pas que la surface de l’intestin paraisse uniforme. Diverses opinions ont été émises sur leur nature. Maintenant on pense assezgénéralemenl qu’elles sont formées par lesextrémités nerveuses entourées d’un réseau vasculaire, d’où dépend la couleur rouge qu’elles nous présentent; les follicules de forme variable s’offrent en général sous l’aspect de petits corps arrondis logés dans l’épaisseur de
la membrane; ils versent à l’intérieur de l’intestin les fluides qu’ils sécrètent par une ouverture extrêmement étroite; enfin on trouve dans presque toute son étendue de petites glandes de forme ronde ou ovale, situées entre la tunique celluleuse et muqueuse, et par lesquelles cette dernière est légèrement soulevée ; elles sont connues sous le nom de glandes de Peyer\ on en observe un grand nombre à son extrémité inférieure; elles se trouvent surtout rassemblées vers la convexité, et occupent l’intervalle des valvules conniventes. Ce fait anatomique m’a paru avoir quelque rapport avec le développement des ulcérations qu’on rencontre si souvent dans cet endroit , comme j’en ferai la remarque par la suite. Si ce que j’ai cru observer venait à être constat^ uiiérieurement, peut-être pourrait-on trouver dans la présence Je ces glandes la solution de cette question , que j’ai souvent entendu faire par des médecins , en voyant les ulcérations du canal digestif des phthisiques : quand les anatomistes nous feront-ils connaître des caractères d’organisation qui puissent nous en donner une raison satisfaisante ?
Les artères de l’intestin grêle viennent toutes de la mésentérique supérieure. Les veines qui ont une marche et une distribution analogues vont se rendre médiatement ou immédiatement dans la veineporte; les vaisseaux lymphatiques encore appelés lactés se rendent au réservoir de Pecquet après avoir traversé les nombreux ganglions qui occupent le mésentère. Tous les nerfs tirent le^r origine d’un plexus qui accompagne l’artère mésentérique , et qui porte le même nom ; ils sont exclusivement fournis par le grand sympathique. ( nerf trisplanchnique. )
Considérations physiologiques. Les matières alimentaires élaborées par l’estomac sont poussées dans le duodénum , où elles se mêlent à la bile et au suc pancréatique; de là elles passent dans l’intestin grêle, où la partie nutritive est absorbée; celle qui doit être rejetée au-dehors à l’état d’excrément est chassée par le mouvement péristaltique dans le gros intestin. Au moment où le chyme arrive au pre-
inier de ces intestins, il en écarte les parois; l’irritation que sa présence détermine sur la membrane interne y fait affluer une plus grande quantité de mucus. Bientôt cette irritation, ressentie par la membrane musculeuse la fait entrer en action ; elle se contracte sur la matière qui la distend ; d’où résulte la progression de celle-ci. Une fois que cette action a été mise en jeu, elle continue sans interruption , mais d’une manière successive ; le canal change ses courbes en lignes droites ; sa forme cylindroïde en une multitude de cônes, de base tournée vers le cæcum. Ces mouvemens de l’intestin sont désignés par les physiologistes sous le nom de mouvemens péristaltiques} mouvemens vermiculaires ; ils sont tout - à - fait indépendans de la volonté. Le trajet du chyme a lieu avec assez aé^pidité par rapport à la longueur de cette portion du conduit alimémaire , et malgré les nombreux obstacles qu’il rencontre dans l’existence des valvules conniventes : on conçoit d’ailleurs qu’il doit être favorisé par le ballottement continuel de l’intestin résultant des mouvemens qu’exécutent les parois abdominales.
L’absorption du chyle paraît avoir lieu par un mécanisme analogue à celui qu’on observe dans les autres parties; il est pris à la surface de la matière chymeuse par une multitude de radicules lactées ouvertes à l’intérieur de l’intestin dans l’intervalle et à la surface des valvules; mais ici cette fonction importante est remarquable par la rapidité avec laquelle elle s’accomplit , rapidité dont il est facile de se rendre compte, si on réfléchit au nombre prodigieux des vaisseaux qui y concourent. Nous parlions il n’y a qu’un instant de l’influence des mouvemens des parois de l’abdomen sur le trajet du chyme; elle paraît être beaucoup plus marquée sur l’absorption ; tous les physiologistes savent que , quand on attire au-dehors, à travers une plaie faite au ventre une portion d’intestin et de mésentère, les vaisseaux chylifères qui se montrent sous l’aspect de stries blanchâtres disparaissent au bout d’un certain temps d'exposition à l’air, quoique l’intestin contienne encore du chyle , et que, si on vient à le replacer dans l’abdont les parois sont ensuite mnnrochées , la fonction ne tarde
pas à reprendre. Une chose remarquable , c’est qu’elle continue assez long-temps, même lorsque la vie a cessé. M. Magendie dit avoir vidé par compression, deux heures après la mort, les vaisseaux chylifères , et les avoir vus se remplir immédiatement. Avant d’arriver à son réservoir , le chyle traverse les ganglions mésentériques : y éprouve-t-il quelque changement? et s’il en éprouve, quelle en est la nature? Ce sont des questions auxquelles on ne peut point, ce me semble, répondre dans l’état actuel des connaissances.
Dans les sympathies de l’intestin, c’est tantôt la membrane muqueuse qui agit sur les autres organes; d’autres fois elle est le centre où vient se réfléchir leur action. Les diarrhées qui surviennent à la suite de ^impression du froid sur les pieds, sur les membres inférieur^ Jsur l’abdomen; les divers dérangemens de ses fonctions qu’on voit succéder à certaines affections morales; les hémorrhagies supplémentaires, dont elle paraît avoir été quelquefois le siège, sont des exemples du second mode : au premier appartiennent les nausées, les vomissemens, quelquefois même peut-être la douleur épigastrique qu’on observe à l’occasion des affections de cette membrane; les douleurs rapportées à l’extrémité du nez, dans le cas où elle est irritée par la présence de vers; les diverses lésions qui surviennent dans les fonctions du cerveau et du système musculaire , et la diminution de l’absorption cutanée pendant la digestion , circonstance importante qu’il ne faut pas oublier dans la pratique toutes les fois qu’on veut se servir de celte voie pour porter quelque médicament dans l’économie.
Ce que nous venons de dire des fonctions de l’intestin grêle et des relations qu’il entretient avec les autres parties, joint à ses traits d’organisation, suffit, je pense , pour donner une idée de l’énergie de ses propriétés vitales, et pour faire prévoir d’avance combien doivent être fréquentes ses irritations.
Entérite,
Considérations générales. On n’en trouve qu’une description insuffisante dans la plupart des auteurs modernes : ils en parlent vaguement,comme d’une inflammation occupant non seulement toutes les membranes de l’intestin, mais encore ce canal dans la presque totalité de son étendue. Je pense qu’on a eu tort de suivre dans son étude cette marche collective. Des exemples nombreux d’inflammation des intestins grêles sont rapportés dans les ouvrages des médecins qui se sont occupés des ouvertures de cadavres; dans celles en assez grand nombre que j’ai vu faire ou que j’ai été à même de bure moi-ÎKiême, j’ai été frappé de la fréquence des cas où ils offrent des traces* u ‘altération; c’est ce qui m’a donné l’idée d’établir la distinction que je présente , et d’en faire l’objet du travail que je soumets aux illustres professeurs de cette école : on sait d’ailleurs que ce n’est point une distinction nouvelle, puisqu’on la retrouve chez beaucoup d’anciens; Celse et Arétée l’établissent d’une manière positive; ce dernier entre même dans le détail des signes distinctifs de l’inflammation du colon. Boerhaave dit que l’inflammation des intestins grêles est très-fréquente : Intestina maxime, tenuia. et / requenlissimè acuta inflammatione. . . . infsstantur. Van Swiéten fait la remarque que celte assertion semble parfaitement d’accord avec les observations des praticiens. Je puis encore citer en faveur de mon opinion la remarque des chirurgiens qui , dans l’histoire de l’étranglement, n’ont pas manqué d’indiquer la différence de$ symptômes de la maladie , quand elle occupe l’une ou l’autre de ces portions du canal intestinal.
Synonymie . Indifféremment désignée dans les auteurs latins par les mots miserere , iliaca passio , volvulus , celte maladie a depuis reçu des médecins diverses dénominations. Lînnée, Saüvages, Sagar, Cüllen, l’ont appelée enteritis j Boerhaave, Sennert , intestinoruni inflammation Hoffmann, foi ris intestinoruni inflammatoria. Qüarin l’a dé-
crîle sous le nom de colique inflammatoire ; M. le professeur PnvEI, sous celui d’ entérite : cette dernière expression est celle qui est le plus généralement consacrée aujourd’hui par les pathologistes, mais tous n’y attachent pas la même idée : les uns regardent l’entérite comme une inflammation commune à toutes les membranes de l’intestin ; les autres, comme appartenant spécialement à la membrane muqueuse. Quoique, dans certains cas, la phlogose puisse se transmettre aux autres membranes, cette dernière manière de l’envisager, fondée sur des faits journellement observés, et sur les connaissances physiologiques , nous paraît la plus exacte ; c’est celle que nous adoptons.
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Causes. Ordinairement distinguées en prédisposantes et déterminantes , ces dernières ont pour effet d’élever pendant un certain temps au-dessus du type physiologique les forces toniques de la membrane muqueuse , et d'amener une congestion soutenue des capillaires sanguins qui entrent dans sa composition.
Tout ce qui a trait aux causes prédisposantes se rapporte à des considérations relatives à l’âge, au tempérament, à certaines habitudes, aux influences passagères et répétées de l’atmosphère; celle d’un air froid et sec, ou bien d’une température basse et humide, est facile à prévoir dans ses résultats. Dans ces cas, les fonctions des exhalans cutanés sont suspendues ou plus ou moins troublées , une moindre quantité de sang aborde à la peau ; de là résulte une congestion sur le canal intestinal, en raison des connexions sympathiques qu’on sait exister entre ces deux parties de l’économie. L’air chaud et humide agit par les émanations dont il peut se charger avec la plus grande facilité, soit que ces émanations proviennent de la décomposition de matières végétales ou animales; une augmentation dans la susceptibilité générale, produite par un air sec et chaud, par l’accumulation d’une grande quantité de fluide électrique dans l’atmosphère doit encore être rangée parmi les causes prédisposantes de l’entérite. La jeunesse, le tempérament sanguin et nerveux , un état d’excitation.
habituelle, entretenu par des alimens trop stimulans ou trop abondons, par l’abus des liqueurs spiritueuses , y prédisposent également: ou la voit souvent succéder à l’inflammation de l’estomac.
Causes déterminantes. Les diverses influences atmosphériques que nous avons indiquées peuvent très-souvent devenir des causes déterminantes de l’entérite. Elle peut être produite par l’immersion dans un bain froid pendant que le corps est en sueur, par des applications réfrigérantes faites sur les parois abdominales; par l’ingestion de bois* froides, d’alimens âcres, épicés, trop copieux, ou d’une mauvaise nature; par des liqueurs spiritueuses trop fortes ou prises en trop grande quantité; par différens poisons; par des purgatifs yjolens ou même légers, donnés à contre-temps. La présence de matières Endurcies dans le canal intestinal, ou de corps étrangers venus du dehors, ou développés à son intérieur, peut encore y donner lieu : on a vu, dans certains cas, des vers en déterminer la perforation; une compression insolite, des coups, des chutes sur le ventre, des invaginations de l’intestin, des passions tristes, dont l’effet est, comme l’on sait, de concentrer les forces sur les organes abdominaux; la suppression d’évacuations habituelles, telles que la transpiration, les menstrues, les hémorrhoïdes , un exutoire, etc.; le refroidissement des pieds, des jambes; la répercussion d’un exanthème, des dartres, de la gale, etc.; l’étranglement dans les hernies, sont aussi susceptibles de produire le développement de l’inflammation des intestins. Il en est de même des altérations de la bile : on l’a vue, dans certaines circonstances, déterminer les accidens .de l’empoisonnement. Hoffmann rapporte le cas d’un individu qui, après avoir pris un bouillon, eut un choléra-morbus si violent , qu’il mourut au bout de six heures. On trouve dans l’ouvrage de Morgagni le fait suivant. Chez un homme mort subitement, la bile avait contracté une âcreté telle, que deux pigeons, piqués avec une lancette imprégnée de ce fluide, succombèrent en un espace de temps très -court. M. le professeur Orjila (Ghitn. méd.) parle d’un sujet mort d’une fièvre bilieuse grave, dont
il soumit la bile à l’analyse : il trouva la matière résineuse si âcre, que, si on venait à l’appliquer sur les lèvres, bientôt on voyait naître une ampoule à l’endroit touché. Ces faits me semblent mettre hors de doute que quelquefois la bile peut produire l’inflammation des intestins; d’ailleurs, ceci n’a rien qui doive plus nous surprendre que l’effet de l’altération des larmes, qu’on a vue produire des ophthalmies, des sillons enflammés sur les joues.
Caractères. Ceux qui ont vu cette maladie sentiront comme moi l’insuffisance de ceux donnés par Cullen , qui les fait consister dans une douleur fixe de l’abdomen, accompagnée de pyrexie, de constipation et5.“k> vomissement. Je pense que les signes propres à mettre sur aie de son existence sont un développement plus ou moins marqué du ventre, quelquefois une simple rénittence accompagnée do constipation ou de diarrhée, d’une altération particulière de la face , et d’une faiblesse générale plus ou moins prononcée.
■ Symptômes des auteurs. Douleurs fixes dans un des points de l’abdomen , avec le sentiment d’une chaleur brûlante; tumeur formée parfintestin vers le point souffrant ; soif, vomissemens, constipation , accompagnés de fièvre ; hoquets , anxiété, prostration de forces , et par intervalles mouvemens convulsifs; quelquefois refroidissement des extrémités. Tels sont les symptômes que nous trouvons retracés dans leurs ouvrages.
Cherchons à apprécier à leur juste valeur les deux principaux, la douleur et la fièvre , en prenant le mot entérite dans l’acception que nous avons indiquée.
La douleur doit-elle être considérée comme inséparable de cette phlegmasie? Je pense qu’on peut raisonnablement en douter. Mais , avant de faire connaître les motifs sur lesquels je me fonde, je dois faire observer que, dans les cas où elle existe à un haut degré, il n’est guère permis de croire que la membrane muqueuse est seule affectée. On sait en effet que la douleur , dans l’inflammation des mem-
branes de cet ordre , a pour caractère d’être sourde. S il en est ainsi, on conçoit qu’en raison de la susceptibilité différente des individus, elle pourra exister chez certains , tandis que d’autres en seront toutà-fait exempts. Cette simple réflexion ne me semble pas aussi indifférente qu’elle pourrait paraître au premier abord ; en la prenant pour point de départ dans la question dont il s’agit , on est naturellement conduit à l’idée que je cherche à établir.
Ceci posé , consultons l’observation de tous les jours et les faits rapportés par les auteurs.
Dans le coryza , l’angine , T inflammation des bronches , on n’éprouve pas une véritable douleur; elle ne se fait sentir que lorsqu’un mucus plus abondant agace les surfaces phlogosées; dans l’angii'V^Ia principale source d’incommodité sont les mouvemens de déglutition que provoque à chaque instant la salive; c’est un fait confirmé par l’aveu de Monro , qui dit qu’étant affecté d’une maladie de ce genre , ce qui le tourmentait le plus, c’était la nécessité d’exécuter les mouvemens dont nous parlons. Qui n’a pas observé le soulagement qu’on éprouve dans le coryza immédiatement après s’étre mouché ? Le calme bienfaisant qui a lieu dans l’intervalle des quintes de toux, au moyen desquelles les personnes attaquées de catarrhe pulmonaire sont débarrassées du mucus qui surcharge leurs bronches? N est-ce pas au moment de l’émission des urines ou de f érection que la blennorrhagie devient douloureuse? Les auteurs qui ont donné la douleur comme un caractère constant de l'entérite se sont . accordés à dire qu elle se faisait surtout sentir à l’occasion du passage du gaz ou des matières contenues dans l’intestin. Ces rapproche mens , puisés dans l’analogie , ne paraîtront peut-être pas concluans aux yeux de tout le monde; mais les ouvrages des auteurs ne laissent aucun doute à cet égard. Celse , que nous avons indiqué comme ayant établi la distinction de l’inflammation de l’intestin grêle , n’a pas admis la douleur comme essentielle, mais seulement la rénitence du ventre. « Si ml tumeL . dit-il , duas manus imponere vportet supra summum «. ventrem paulatimque deduccre j inveniunl euim malt locum quo
« renititur.b Ainsi, non-seulement l’entérite peut être indolente par elle-même , elle peut l’être encore au moment du passage des matières, et lorsqu’on exerce une compression même assez forte sur les parois de l’abdomen.
Différens faits consignés dans l’ouvrage de Moi'gagni établissent cette proposition d’une manière incontestable ; il rapporte ( épit. 54 , art. 1 1 ) l’observation d’une femme de cinquante ans qui , depuis trente-deux, portait deux hernies; elle fut prise de vomissement et de constipation , et succomba le cinquième jour, sans que pendant ce temps il y ait eu apparence ni de convulsion, ni de douleur , ni de fièyve» A l'autopsie, on trouva les intestins grêles rouges presque partout, surtout à leur partie inférieure. La douleur peut avoir paru les premiers jours , et disparaître ensuite, ainsi que la fièvre, sans que la maladie suspende sa marche; c’est au moins ce qu’on peut inférer d’une observation qui se trouve dans l’épître 35 , art. 20. Il est question d’un cas de gangrène où il n’y eut de marque de douleur que le premier jour; dans ceux qui suivirent, jusqu’au treizième, il n’y eut pas d’autre signe de phlegmasie que la soif et la sécheresse de la langue.
Spigel ( de semi-tertianâ) dit avoir trouvé souvent les intestins grêles enflammés à l’ouverture de personnes qui ne s’étaient jamais plaintes de douleur au ventre.
Plus fréquente que la douleur, la fièvre est un symptôme qui cependant peut aussi manquer. Le plus souvent on trouve le pouls petit, serré, fréquent; d’autres fois il ne paraît pas différer sensiblement de l’état naturel. Ce fait, tout extraordinaire qu’il doit sembler, n’en est pas moins appuyé sur des observations dont il suffit de nommer l’auteur pour en garantir toute l’authenticité. Morgagni , d’après ces observations , ne craint pas d’affirmer que l’entérite peut exister sans aucune trace de pyrexie. On en trouve la preuve dans les deux que nous rapportions il n’y a qu’un instant , en parlant de la douleur. Ceci se trouve encore vérifié par deux autres exemples que nous offre l’épîlre citée (art. 8 et 14 )• Voici au reste la conclusion qu’il en tire : « Qua? omnia cùm ita sir/t, cjucïndb cùm aliis inteslinorum injlam -
« matorum signis } vehementem dolorem et acutam febrem in cegro- « tantibus deprehencles , jure meritoque credes rei medicœ aucloribus , * hœc duo inter prœcipuas notas magnœ inteslinorum inflammation « nis ponentibus , nec tamen , si c/uando alterum vel utrumque horum c autabesse aut vix esse inventes } continué pulabis , aul nullam esse « inflammation em aut lèvent } ne que gangrœnani et sphacelu/n in « eorum esse intestinis non posse } in quibus duo ilia pœcecisse non « videris. »
Comment se rendre raison de l’opposition des observations que nous présentent les auteurs relativement aux deux symptômes que nous venons d’examiner? N est-ce point parce qu’ils n’ont pas distingué les cas où la membrane muqueuse était seule malade.*. v d’avec ceux où le péritoine participait à l’affection ? Que dans ce o;2snier cas la douleur soit vive et qu’elle augmente par la pression, c’est une chose qui se conçoit très-bien ; je pense aussi que le hoquet, qu’on a rangé parmi les signes de l’entérite , survient seulement dans les circonstances de ce genre : on sait en effet qu’il est loin d’être constant.
A quels signes, en général, reconnaîtra-t-on l’entérite? Voilà une question qu’amènent naturellement les réflexions précédentes. L’état de l’abdomen, le visage et le pouls sont, suivant Albertinus , une triple source où l’observateur attentif doit chercher à en puiser les traits; il suffît d’avoir observé quelques maladies de ce genre pour sentir toute l’importance de ce précepte lumineux, dont nous tâchecherons de ne pas trop nous éloigner dans l’exposition des symptômes que nous allons chercher à tracer. Nous adopterons dans cette exposition une marche opposée à celle qu’on suit ordinairement , c’est-à-dire que nous présenterons d’abord la maladie à son plus haut degré, pour descendre ensuite graduellement aux nuances plus difficiles à saisir. De cette manière notre esquisse ne formera pas une disparate aussi choquante auprès du tableau que nous en ont laissé les auteurs.
Symptômes. Tantôt l’entérite aiguë commence par des frissons, des douleurs vagues, un malaise général; d’autres foison la voit faire explosion brusquement, et s’accompagner en peu de temps de symptômes extrêmement graves! Dans le premier cas, aux frissons succède bientôt une ardeur plus ou moins considérable. Une fois la maladie déclarée , voici ce qu’on observe : dégoût , répugnance pour les alimens solides, appétence pour les liquides, constipation; la portion de l’intestin qui s’enflamme le plus souvent étant celle qui avoisine le cæcum, les gaz et les matières séjournent dans la portion intermédiaire à ce point et à l’estomac; dans ce cas, des nausées, des vomissemens peuvent avoir lieu. Cette portion saine, distendue, donne •ra' ventre un certain développement et une rénitence trèsimrqiice; quant à la douleur, elle présente des modifications relatives au tempérament, à la susceptibilité individuelle. Nous avons fait voir quelle pouvait manquer. Chez certaines personnes , elle est seulement sensible à la pression ; chez d’autres , elle offre des variations depuis l’état obtus jusqu’à un certain degré d’acuité , et alors elle se fait toujours plus vivement sentir quand on vient à presser sur l’abdomen. Elle est plus marquée aussi quand la maladie est produite par des poisons , par des substances âcres ; elle est ordinairement rapportée à la région ombilicale; assez souvent aussi on la trouve au-dessous et à droite. Quelquefois sentiment d’une chaleur vive à l intérieur de l’abdomen , faiblesse générale très-prononcée, coucher sur le dos, état de stupeur , immobilité des traits tirés vers la ligne médiane, regard lent, rougeur des yeux, chassie plus ou moins abondante au bord libre des paupières, pâleur répandue autour de la bouche et des ailes du nez, couleur rougelivide des pommettes, chaleuràla peau du visage, lèvres sèches, dents mates, langue recouverte d’un enduit fuligineux à son milieu , assez souvent précédé d’une teinte cuivreuse; rougeur sur ses bords ; elle est plus ou moins fendillée, pouvant â peine, dans le plus grand nombre des cas, être portée au-delà du rebord dentaire ; parole plus ou moins embarrassée, accompagnée d’un sifflement particulier qui indique l’aridité des parties traversées
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par l’air. Quelquefois céphalalgie plus ou moins violente , assoupissement, lenteur dans les réponses , facultés intellectuelles assez libres , ce qu’on reconnaît quand on vient à exciter le malade ; sentiment intérieur de la gravité du mal marqué dans ses réponses; assez fréquemment délire pendant la nuit seulement, consistant tantôt dans de simples rêvasseries , d’autres fois accompagné d’agitation. Quand la maladie est brusque et que sa marche est rapide , il peut y avoir un délire furieux , avec vocifération , œil animé , teint coloré, salivation assez copieuse. Le plus souvent les musclés sont immobiles ; le cœur lui-même est affaibli dans ses mouvemens; de là la petitesse, la concentration du pouls; la respiration se fait d’une manière assez calme , mais les mouvemens en sont peu étendus , plus précipités ; dans certains cas on observe de la toux ; sécheresse , décoloration de la peau , teiüte terreuse , chaleur âcre , surtout remarquable aux parois abdominales , où elle est réfléchie en vertu des correspondances sympathiques de la muqueuse intestinale ; paroxysmes le soir. À mesure que la maladie fait des progrès , la sécheresse de la bouche augmente, l’enduit fuligineux des lèvres, des dents, de la langue se détache par plaques et se renouvelle; l’ouïe devient dure; quclquequefois il y a des lintemens d’oreilles incommodes ; l’œil , tourné en haut, offre seulement la sclérotique entre les paupières; concentration progressive du pouls , odeur fétide exhalée par le malade , tremblement des commissures, soubresauts des tendons, mort précédée du refroidissement des extrémités, d’une petitesse et d’une fréquence extraordinaire du pouls, comme si le cœur cherchait à retenir un reste de vie qui lui échappe; d’un bruissement particulier de la respiration , produit par l’accumulation des mucosités dans les voies aériennes.
Quand la terminaison doit être heureuse, elle s’annonce par des déjections bilieuses, stercorales ou muqueuses, d’une fétidité remarquable; les fonctions des excréteurs se rétablissent, la chaleur perd son caractère morbide, se répand uniformément sur la surface du corps ; la peau reprend la teinte qui lui est naturelle, ainsi que sa sou-
(blesse; la transpiration se rétablit. Assez souvent apparaissent des sueurs abondantes ; lès urines, qui étaient en petite quantité et rouges , deviennent plus copieuses et reprennent leur qualité ordinaire.
La prédominance fréquente des symptômes nerveux chez les personnes douées d’une vive sensibilité est une chose qui n’a besoin que d’être énoncée; chez celles d’un tempérament lâche, à fibres molles, on observe des douleurs des membres ; quelquefois des gonflemens œdémateux se développent autour des articulations; la marche de la maladie est lente, la terminaison , lorsqu’elle doit être heureuse, a lieu par divers écoulemens.
Lorsque cette maladie se développe dans l’enfance, appareil de symptôm’es plus graves et plus rapides dans leur marche, phénomènes sympathiques très-fréquen’s du côté de la tête. Dans cette circonstance, il faut prendre garde de s’en laisser imposer pour une affection idiopathique qui pourrait facilement faire prendre le change relativement aux indications à remplir.
Chez les vieillards, les phénomènes sont à peu près les mêmes que ceux que nous venons de tracer, la prostration est portée à un plus haut degré, céphalalgie moindre, langue sèche, fuligineuse, assez souvent sans rougeur.
Voilà quelle est la marche de l’entérite lorsqu’elle se manifeste chez des sujets qui y sont plus ou moins prédisposés, dans les circonstances où la constitution inflammatoire porte son influence sur les viscères abdominaux.
Dans les cas contraires, il n’est point rare de voir les symptômes, exempts de ces troubles par lesquels l’existence est plus ou moins compromise, marcher avec une régularité très propre à rassurer sur une certaine apparence de gravité avec laquelle ils peuvent se présenter ; dans cette nuance il y a de moins la plupart des phénomènes nerveux; l’exsudation fuligineuse de la membrane muqueuse buccale est ordinairement moins prononcée; la langue est sèche, un peu rouge aux bords; ce n’est qu’au bout d’un certain temps quelle de-
vient brunâtre; rarement elle diminue de volume : ordinairement aussi elle perd moins de sa mobilité; le malade peut la faire sortir de sa bouche; il y a d’abord constipation ; mais bientôt la détente amène une augmentation dans la sécrétion muqueuse, d’où résulte la diarrhée. Doit-on admettre, dans tous les cas, pour expliquer ce phénomène, qu il y a phlogose de surface intérieure du gros intestin? J’en doute; il a bien pour fonction, il est vrai, dans l’état ordinaire, de donner aux matières excrémentitielles une certaine consistance propre à favoriser leur séjour; mais je conçois que , lorsque l’intestin grêle irrité y verse des matières dont les qualités ne sont plus en rapport avec ses propriétés, il peut bien leur livrer passage sans leur faire éprouver d’altération, quoiqu’il ne soit pas malade. N’est-ce pas comme cela qu’on peut expliquer les diarrhées qui suivent souvent les ic^digestions?Ona dit queces matières, devenues {dus irritantes, devaientagir sur la muqueuse du gros intestin eu raison de cette qualité, et y amener une phlogose. Est-ce que nous voyons la partie supérieure de la membrane muqueuse des voies aériennes s’enflammer parce qu’elle livre passage à un muscus altéré? Est-ce que tout changement dans la composition des larmes amène nécessairement une phlogose de la* conjonctive ou de la membrane muqueuse nasale? Ne voyons-nous pas tous les jours, dans les phegmasies, une urine enflammée séjourner impunément dans la vessie? N’a-t-on pas vu des exemples d’abcès ouverts dans les intestins sans que le passage du pus y ait déterminé d’inflammation? Personne, je pense, ne sera tenté d’attribuer le dévoiement des phthisiques à une phlogose du colon; la nature, quia destiné sa surface intérieure a être en contact avec des matières plus ou moins irritantes, l’a sans doute douée de propriétés capables de résister aux effets de leur altération. Toutefois, il ne faudrait pas prendre cette idée dans un sens trop rigoureux , parce qu’elle se trouverait en contradiction avec certains faits, tels que ceux que nous avons rapportés en traitant des causes. Revenons à l’exposition des symptômes que cette digression nous a fait suspendre un instant. Ordinairement la douleur est plus prononcée, le ventre plus développé,
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plus rénitent; il y a moins de fréquence, de concentration dans le pouls; l’altération de la figure est la même, mais elle est moindre; la peau est également sèche et chaude, la maladie se prolonge davantage; la convalescence s’annonce moins brusquement, mais elle est plus promptement suivie du rétablissement.
Une troisième nuance offre les traits suivans : soif, inappétence , flatuosité, borborygmes, constipation ou diarrhée, développement de l’abdomen , sentiment de pesanteur , embarras vers la région ombilicale, pression légèrement douloureuse , céphalalgie, expression de langueur sur le visage, moral plus ou moins abattu, lassitudes, douleurs contusives dans les membres, surtout au niveau des articulations; sécheresse de la peau, chaleur peu développée, diminution dan-s la quantité des urines, qui sont un peu rouges; le pouls diffère ordinairement peu de celui de la santé; souvent même il est plus lent que dans l’état ordinaire : rien de remarquable dans la respiration. Cet état de la maladie cède à une diète sévère, et aux moyens adoucissans ; rarement on est obligé d’avoir recours aux anti-phlogistiques; la terminaison a quelquefois lieu au bout de quelques jours; d’autres fois elle se fait attendre pendant long-temps.
On pourrait sans doute multiplier beaucoup plus les degrés de l’entérite; la distinction de ceux que je viens de présenter m’a été suggérée par le rapprochement d’un assez grand nombre de faits que m’a fournis la pratique des hôpitaux. Le premier degré constitue toujours une maladie grave, d’une issue incertaine et trop souvent fâcheuse. Dans les deux autres, lorsqu’elle n’a point été exaspérée par des moyens contraires, et surtout lorsque les malades n’ont pas trop tardé à réclamer les secours de l’art, la terminaison est ordinairement heureuse.