‹ Essai sur l'inflammation aiguë de l'intestin grêle ... thèseChapitre 4 sur 5 · IL® OBSERVATION · texte numérisé non relu

IL® OBSERVATION

Entérite aigue } ulcères avec perforations.

Invasion par une affection des premières voies , administration d’un émétique le troisième jour, suivie d’abord de la diminution, puis de l’exaspération des symptômes; entrée du malade au commencement du deuxième septénaire, emploi rationnel des antiphlogistiques , amélioration sensible vers le milieu du troisième septénaire, qui permet d’accorder deux soupes ; le surlendemain , invasion d’une péritonite à laquelle il succombe en trente heures. A l’ouverture du cadavre on trouve deux ulcères avec perforation cà la fin de l’intestin grêle.

Le nommé Le Jeune, ébéniste, âgé de dix-sept ans, assez bien constitué, d’un tempérament lymphatique sanguin, jouissant habituellement d’une bonne santé, fut pris, à ce qu’il paraît, sans cause connue, le i.er juin 1820, de céphalalgie susorbitaire, d’anorexie, d’enviede vomir, de douleurs abdominales , de dévoiement et de fièvre: on lui donna l’émétique ; il vomit de la bile et se trouva soulagé. Quelques jours après les symptômes prennent une nouvelle intensité, et le malade entre à l’Hôtel-Dieu le 9 juin , neuvième jour de la maladie.

État. Forces abattues, céphalalgie, langue sèche, soif vive , nausées , abdomen douloureux , dévoiement, pouls un peu serré, pas fréquent, respiration facile. ( 20 sangsues â l’anus, orge, lavemens émolliens , diète. )

Le soir, délire, agitation. ( 12 sangsues derrière les oreilles. )

Le 10 juin, région épigastrique très-douloureuse. ( Application de

20 sangsues. Le soir, i5 sur chaque région iliaque , où des douleurs vives se font sentir.)

Le i [ , diminution du dé ire , langue toujours sèche, soif vive, abdomen un peu moins sensible à la pression. On y applique 20 sangsues pour dissiper entièrement la douleur.

Le 12, la céphalalgie et le dévoiement persistent seuls. (Orge émuls. diète. )

Le i3, pouls plus développé, pas fréquent, épigastre douleureux. ( 3o sangsues sur celte région. )

Le 14, même état. ( 20 gangsues à l’anus, bain. )

Le 1 5 , langue plus humide, état général en apparence meilleur.

Le 16, pouls fréquent, quatre selles liquides, langue un peu sèche, désir, de prendre des alimens. (Décoction de riz pour boisson. )

Les 17 et 18, la langue s’humecte, le ventre indolent, le dévoiement moindre, la figure calme; le malade désire ardemment des alimens. ( Décoct. blanche. )

Le >9, le malade se lève pendant la nuit; il raconte le lendemain qu’il est somnambule, et qu’il lui est arrivé plusieurs fois de sortir de chez lui la nuit pendant qu il dormait.

Le 20, état général assez satisfaisant; on accorde une soupe aux pleurs et aux instances réitérées du malade.

Le ai , langue sèche, cependant pas de chaleur; on supprime la soupe.

Le 22 ,face décolorée, contractée, exprimant de vives douleurs , langue sèche, ventre volumineux, tendu, douloureux au plus léger contact; pouls fréquent, petit, extrémités refroidies; ces symptômes se sont développés depuis que le malade a mangé des confitures, des cerises et autres alimens, si on en croit le rapport du voisin. On met des sangsues à l’anus, on porte ensuite le malade au bain vers le milieu de la journée : il expire en entrant dans la baignoire.

Ouverture. Le cerveau et ses membranes sont sains; rieli de remarquable dans les viscères thoraciques.

Six à huit onces de sérosité trouble, jaunâtre, avec quelques flocons albumineux dans la cavité du péritoine, qui, dans toute son étendue, offre une couleur ronge -marbrée; circonvolution des intestins, réunies par d’autres flocons de même nature, plaque rouge assez étendue à l’estomac , vers l’ouverture cardiaque; les dernières circonvolutions de l’iléon offrent dix à douze ulcérations à bords épais et à surface d’un gris foncé, qui toutes avaient détruit au moins la membrane muqueuse; deux d’entre elles., situées à un pouce et demi deux pouces de la valvule iléo-cœcale, présentent une perforation complète des tuniques intestinales; la membrane muqueuse est détruite dans une plus grande étendue que la musculeuse; celle-ci dans une plus grande étendue encore que la péritonéale; cette dernière membrane offre une perte de substance circulaire du diamètre de six lignes environ pour la plus grande ulcération, et de trois pour la plus petite. Le contour de ces perforations n’adhère point aux parties voisines ; pas de débris notables d’alimens dans le canal intestinal, pas d’épanchement de matière dans la cavité du péritoine; ganglions mésentériques volumineux, rouges et assez consislans.

Terminaisons. Lorsque , après avoir fourni aux frais du développement des phénomènes inflammatoires, la membrane muqueuse intestinale revient, par leur diminution successive, à son état primitif, on dit que l’entérite s’est terminée par résolution : celte issue favorable s’observe quand la maladie est légère , qu’elle est soumise à un traitement convenable , et que sa marche ne se prolonge pas au-delà du terme ordinaire aux inflammations de ce genre; l’expression du visage change d’une manière remarquable; le teint s’éclaircit , l’oeil devient plus mobile , les traits s’épanouissent, les lèvres , les dents, la langue, s’humectent ; les plaques fuligineuses disparaissent , la soif devient moins vive ; l’appétit reparaît : il n’est pas rare que les malades conservent quelques jours un défaut d’appétit qui contraste avec le rétablissement des autres fonctions ; d’autres fois il revient brusquement. Il faut bien se garder, dans ce cas, de permettre d’y satisfaire, sous peine de voir renaître les accidens.

Quelqucfois l'inflammation des voies gastriques se termine par une éruption boutonneuse qui se développe sur les parties latérales du bassin, ou sur les parois de l’abdomen , et qui semble lui former une véritable crise; dans d’autres circonstances, l’amélioration coïncide avec le développement d’un érysipèle. Deux malades, qui sont maintenant traites dans les salles de clinique, à l’Hôlel-Dieu , offrent chacun un exemple de ces deux phénomènes. Il n’est pas rare de voir des parotides survenir dans le cours de l’entérite ; elles sont toujours fâcheuses, à cause de l’étendue et de la profondeur de l’inflammation : on doit tout faire pour s’en rendre maître.

Enfin l’entérite peut se terminer par l’inflammation d’un autre viscère : on conçoit que le danger de cette nouvelle affection sera subordonné à l’importance de l’organe.

Si la maladie e^l plus violente, et qu elle ne cède pas à une certaine époque de l’invasion, la membrane muqueuse est détruite dans plusieurs points : c’est la terminaison par ulcération. Quand les ulcérations attaquent seulement la superficie de cette membrane , rien n’annonce leur présence à l’extérieur de l’intestin. Dans beaucoup de cas, lorsque l’altération est plus profonde, des engorgemens nodulcux, disséminés çà et là avec rougeur ou teinte noirâtre du péritoine correspondant, indiquent que la membrane intérieure est ulcérée; quand les progrès du mal continuent, il n’est pas rare devoir le péritoine participer à l’inflammation ; et, par suite, des adhérences s’établir entre les anses intestinales qui se touchent. Leurs parois finissent par être détruites dans ces points; il en résulte des communications plus ou moins nombreuses par où les matières peuvent passer de l’une dans l’autre; alors la portion malade du canal digestif représente une sorte de masse aréolaire : on ne rencontre ce genre d’altération que quand la maladie est devenue chronique.

Ganglions lymphatiques plus ou moins nombreux et volumineux dans l’épaisseur du mésentère , suivant le degré et l’époque de l’inflammation; lorsqu’elle a été vive, on les trouve d’un rouge livide,

dans les cas d’ulcéralion , ils s’offrent sous l’aspect de corps tirant sur le gris: les uns sont durs, résistans , présentent à la coupe l’apparence d’un tissu homogène; d’autres fois ils sont ramollis et dans un état plus ou moins \oisin de la suppuration. Quelle est la cause de cet engorgement? La môme, sans doute, que celle sous l’influence de laquelle nous voyons se tuméfier les ganglions de l'aine et de l’aisselle, c’est-à-dire l’irritation portée à l’extrémité des absorbans.

Les ulcérations occupent ordinairement la fin de l’intestin grêle, et sont surtout très-développées aux environs et sur la valvule iléocoeeale ; quelquefois on les rencontre dans l’étendue de quelques pouces seulement; d’autres fois elles occupent un espace beaucoup plus considérable, un ou deux pieds; assez rarement on les trouve disséminées dans toute l’étendue de ce canal. J’ai vu son commencement et sa fin n’en point présenter, et la partie intermédiaire en être parsemée. Voici une disposition que j’ai souvent rencontrée : au-dessus du siège et dans l’intervalle des ulcérations, petites éminences multipliées , de forme arrondie , par lesquelles la membrane muqueuse paraît simplement soulevée; elles sont plus ou moins rapprochées, mais d’abord irrégulièrement disséminées : même aspect à la section que celui des ganglions mésentériques divisés; même sensation pour le doigt qui les comprime; d’autres ont un volume plus considérable, que j’ai vu approcher de celui d’un gros grain de variole; elles sont agglomérées par plaques à surface anfractueuse; dans leurs intervalles, la membrane muqueuse ne paraît que peu altérée; le sommet de chacune , frappé de mortification, de couleur jaune de matière fécale, ou d’un gris sale, donne un aspect hideux à cette surface , d’où s’exhale une odeur infecte; si on vient à fendre ces éminences audessous du sommet ramolli, on trouvecette apparence homogène que nous avons indiquée dans celles qui ne font que soulever la membrane muqueuse. Voici l’idée qui m’est venue en réfléchissant à cette sorte d’altération : j’ai pensé que dans ce cas il y avait d’abord engorgement des petites glandes qui existent dans l’épaisseur de l’intestin, et qui sont parfaitement distinctes des follicules muqueux; que ces glandes,

parvenues au summum de développement, frappées de mort à leur sommet, éprouvaient un ramollissement progressif vers’la base; que, lorsqu’elles venaient à suppurer, elles entraînaient les portions de membrane muqueuse qui les séparaient; quand l’ulcération est touià-fait formée, sa surface grise, la matière pultacée qu’on en détache en la raclant légèrement, me paraissent tenir à une sorte de détritus de ces petits corps; il me semble qu’il se passe ici quelque chose d’analogue, jusqu’à un certain point , avec ce que nous voyons arriver à l’extérieur, dans le cas d’anthrax; ceci peut n’être qu’une conjecture; mais le fait pathologique est si fréquent, qu’on ne peut guère croire qu’il n’est pas lié à un caractère d’organisation, quel qu’il soit. Cette opinion sur l’origine des ulcérations intestinales se trouve énoncée dans l’histoire des phlegmasies chroniques de M. Broussais ( pag. 241) : il dit qu’elles ne surviennent guère avant deux mois, à moins d'affections antérieures. Les observations que j’ai rapportées, et d’autres que j’ai pu faire , prouvent qu’elles peuvent être beaucoup plus promptes dans leur développement. Aspect : tantôt les ulcérations sont rondes, comme si la membrane muqueuse eût été enlevée avec un emporte-pièce; elle est engorgée, épaissie tout autour ; au fond, on aperçoit à découvert la membrane charnue : dans ces circonstances, elles sont nombreuses et de peu d’étendue; d’autres fois elles sont aux bords coupés à pic, ou un peu renversés en dehors, à la circonférence irrégulière , à la surface grise ; leur plus grand diamètre est quelquefois de quinze à dix-huit lignes , et même au-delà ; quelques observations prouvent qu’elles peuvent se cicatriser; mais les faits de ce genre sont -extrêmement rares.

Gangrène. Elle a lieu tantôt sous forme d’escharre, tantôt sous forme de sphacèle; l’escharre peut se borner à la superficie de la membrane muqueuse, ou comprendre toute son épaisseur, et alors elle prend le nom de sphacèle , lorsqu’ele porte sur une certaine étendue ; toutefois celte dénomination est plus souvent employée pour désigner la gangrène de toute l’épaisseur des parois intestinales. Voici les signes

auxquels on peut reconnaître la gangrène : cessation subite des symptômes; concentration de la chaleur dans les principaux foyers de la vie; refroidissement des extrémités; figure pâle, recouverte d’une sueur froide , ainsi que le reste du corps ; tremblement de la langue ; lipothymies, mouvemens convulsifs, obscurcissement de la vue, délire; absence du pouls, disparition de la rénitence de l’abdomen, quelquefois épanchement de matières dans la cavité du péritoine, qui fait que le ventre, au lieu de diminuer, prend plus de volume : on en trouve plusieurs exemples dans les auteurs. Morgagni (liv. 3, épît. 55 , art. i4) parle d’un jeune homme adonné au vin et aux liqueurs spiritueuses, qui, les premiers jours de sa maladie , ayant éprouvé des douleurs au ventre, succomba le onzième. Au moment où il en fit l’ouverture, écoulement par la bouche d’une matière sanieuse et stercorale, de couleur de tabac, répandant une odeur infecte ; à peine eut-il incisé les parois abdominales , qu i! vit s’écouler une grande quantité de liquide semblable; en poursuivant ses recherches , il trouva les intestins grêles sphacelés ( tam atrci quant carho est ). Des faits de ce genre se trouvent dans fVepfer. Lorsque l’inflammation a été très-vive, et que le malade vient à succomber sans avoir présenté les signes de la gangrène, on trouve la membrane muqueuse épaissie, rouge, plus ou moins injectée.

Quelquefois les phénomènes de la phlegmasie, après avoir diminué, persistent d’une manière sourde, les parois de l’intestin perdent leur souplesse et s’épaississent : c’est là la terminaison par induration. Lorsqu’on examine le point affecté, souvent il est difficile de faire la distinction des trois membranes; l’organisation y est plus ou moins altérée.

Complications. Afin de ne pas trop dépasser les bornes du travail que je me suis imposé, je me contenterai de les énumérer : une des plus fréquentes est la coïncidence de la gastrite ; la phlogose du colon n’est pas rare non plus; après cela vient l’inflammation de la vessie, celle d’une grande partie ou de la totalité du péritoine , qui s’observe

surtout dans les cas de hernie étranglée : on sait que c’est là une des causes qui s’opposent le plus souvent au succès de l’opération qu’on est si souvent obligé de pratiquer dans ces circonstances. Quelquefois l’entérite se développe dans le cours des inflammations de poitrine, et un traitement dirigé à la fois contre les deux maladies peut être suivi du plus heureux succès. La présence de vers, de corps étrangers, de matières stercorales ou autres, doit être rangée au nombre des complications de la phlegmasie qui nous occupe.

Diagnostic. Le médecin instruit saura toujours distinguer l’entérite des maladies qui peuvent affecter les autres organes contenus dans la cavité de l’abdomen; il est vrai de dire pourtant que quelques cas,, présentent des difficultés qui pourraient induire en erreur sans une attention scrupuleuse. Je crois lout-à-fait inutile de parler des phlegmasies du péritoine, du foie et de la rate; leurs signes me paraissent trop évidens pour qu’il soit besoin de nous y arrêter.

Lorsque la gastrite est portée à un certain degré, rien de plus facile que de la distinguer de l’entérite; mais , comme celte dernière est quelquefois accompagnée de vomissement, le diagnostic peut devenir très-difficile; alors on ne peut guère affirmer que l’estomac ne soit pas malade. Cependant, lorsqu’il supporte les boissons douces, quelles ne sont pas tout de suite rendues par le vomissement, qu’il n’y a pas de douleur à l’épigastre, on peut juger que l’affection se borne à l’intestin grêle.

Si l’on n’avait que le siège de la douleur pour distinguer l’inflammation qui nous occupe de celle du gros intestin, je ne tiouverais point extraordinaire qu’on se fût accordé à renoncer à la division de# anciens; les faits anatomiques signalés par Sylviuscl Morgagm s raient sans doute de nature à jeter trop souvent de l’incertitude sur le véritable siège de la maladie ; mais je pense que, dans l’état actuel de la science , c’est une raison insuflisante pour confondre ainsi dans une même description ces deux phlegmasies. Un sentiment de constriction dans l’abdomen, sans tension et sans qu’il soit augmenté par la

ression, après un ou deux jours de constipation opiniâtre ou de diarhée, des ténesmes , des déjections d’une petite quantité de mucosités, î plus souvent sanguinolentes, l’etat de la langue, du pouls, etc., omparés aux symptômes (le la phîogose des intestins grêles que nous ivons indiqués, ne pourront guère permettre de méprise en pareil cas.

Personne non plus, je pense, ne sera tenté de prendre pour l’entérite une inflammation des reins, le caractère de la douleur qui est >lus forte, son siège à la région des lombes, la diminution de l’urine, jueîquefois sa suppression entière , un sentiment de pesanteur qui se propage à l’aine et au testicule du même côté , l’engourdissement de la cuisse, des hoquets, des vomissemens bilieux , etc. , forment un ensemble de signes très-faciles à reconnaître. *

Dans le cas d’inflammation de la vessie , si la tension de l’hypogaslre.la douleur qu’on excite en comprimant celte région , pouvaient être la cause de quelque incertitude , le besoin fréquent d’uriner, la difficulté qui accompagne l’émission des urines, les caractères du fluide, etc., mettraient facilement à même de prononcer sur la nature de la maladie.

Si c’était l’utérus qui fût malade et qu’on fût tenté de croire à une affection de l’intestin, outre l’examen des symptômes, qui fournirait des données utiles, le toucher, à l’aide duquel on pourrait reconnaître le développement et la sensibilité de l’organe, ramènerait bientôt sur la véritable voie.

il est un autre genre d’affection qu’il importe de distinguer de l’entérite; ce sont les diverses espèces de coliques. Observons en passant que ce terme, dans le sens de son étymologie, devrait être réservé pour les douleurs qui ont leur siège dans le colon; mais l’usage en a décidé autrement : on l'applique indistinctement â toutes les douleurs vives qui se développent dans l’abdomen sans symptômes inflammatoires, quelle que soit d’ailleurs la région qu’elles occupent ; les coliques peuvent être produites par l’accumulation de la bile, de gaz, de matières stercoraîes ; elles sont très-communes chez les personnes

qui, par leurs professions , sont exposées aux émanations de certains métaux ; la présence des vers y donne souvent lieu ; il en est de même de l’abus de certaines boissons, telles que le cidre, le vin nouveau, etc. Dans la plupart de ces cas, l’absence de la fièvre et des autres phénomènes sympathiques propres à l'inflammation de l’intestin pourront suffire pour établir un diagnostic certain ; dans la colique bilieuse, l’observation de la constitution du malade, la connaissance des maladies auxquelles il a pu être exposé , la saison , le caractère des affections régnantes , fourniront des inductions trèspropres à diriger dans le jugement qu’on devra porter; la maladie se développe-t-elle chez des individus qui travaillent sur le plomb, ou ou c^ui font usage de quelqu’une de ses préparations, c’est déjà un puissant motif pour en soupçonner la nature; dans la colique métallique, ainsi que dans l’entérite, il y a constipation, nausées, vomissemens ; mais la douleur existe constamment vers l’ombilic, est plus forte , revient par accès , n’augmente pas par la pression, l’abdomen n’est point développé; ses parois sont au contraire rapprochées de la colonne vertébrale; le pouls est dur, lent; quelquefois il y a destremblemens, surtout dans les membranes supérieures.

Ici me semble devoir trouver place un fait que j’ai eu occasion d’observer. Une fille de province, d’une constitution assez forte, âgée de trente-cinq ans, depuis dix jours à Paris, était malade depuis sixlorsqu’elle entra à l’hôpital; depuis quatre ans elle portait un catarrhe pulmonaire qui était sujet à s’exaspérer pendant les temps froids et humides, sans que cependant elle fût obligée de suspendre ses occupations. À son entrée à l’Hô’tel-Dieu, le i5 mars 1819, symptômes de recrudescence vers la poitrine, accablement général, langue un peu sèche, légèrement fendillée , pas de selle , légère douleur au côté droit de l’abdomen, entre la crête de l’os des iles et l’ombilic; rénitence marquée dans ce point, pouls fréquent, assez développé. (Saignée au bras, application de sangsues sur le ventre, boissons adoucissantes. Cette médication produit un soulagement marqué vers la poitrine; la douleur abdominale reste la même. Deux jours après, elle devient

plus vive; nouvelle application de vingt sangsues, qui l’enlève en partie ^affaissement progressif cle la malade les jours suivans jusqu’au sixième , où elle meurt : c était le douzième de la maladie. Quelques personnes pensaient qu’on trouverait des traces d’inflammation du côté des intestins ; autopsie trente heures après la mort ; rien dans la tête; rougeur des bronches, où l’on trouve des mucosités purulentes; poumons engorgés postérieurement, unis en avant aux plèvres costales par des adhérences celluleuses anciennes; deux à trois onces de sérosité citrine dans la cavité du péricarde; la section des parois abdominales à la partie inférieure donne issue à du sang noir; entre le point de cette section et l’ombilic le péritoine est soulevé sous forme de tumeur oblongue par des caillots; il en existe aussi au-dessous jusque sur la face antérieure de la vessie; le tissu cellulaire ^souscutané est également infiltré de sang; les muscles droits ramollis se réduisent parla pression à une sorte de pulpe analogue au tissu de la rate; du côté droit l’altération du muscle remonte jusqu’à la base de la poitrine; elle cesse au niveau de l’ombilic du côté gauche; pas de traces d’altération dans les intestins.

Prognostic. L’entérite est une de ces maladies où l’on doit être très-réservé dans son prognostic, surtout si elle se présente avec un certain caractère de gravité. La nature des causes , l’intensité des symptômes, l’étendue, l’importance des complications, le caractère de la constitution régnante, etc., sont autant d’objets que l’homme de l’art doit chercher à apprécier avec une attention scrupuleuse avant de porter un jugement quelconque.

Nature des causes. Il est clair que le danger sera plus grand lorsque l’entérite proviendra de l’action de substances vénéneuses et corrosives ; on conçoit qu’il devra en être de même dans les cas d’intussusceplion de l’intestin, d’étranglement dans les hernies. Quant à celle qui résulte de la présence de corps étrangers, tels que calculs stercoraux, vers, corps portés dans les voies digestives , on sera à peu près

assuré de s’en rendre maître, si on peut parvenir de bonne heure à eu provoquer l’expulsion. Lorsque l’entérite est le résultat d’une métastase , elle est toujours très-fâcheuse. On peut bien fonder quelque espérance sur la possibilité de rappeler la cause à l’extérieur; mais des faits malheureusement trop nombreux attestent 1 insuffisance des dérivatifs dans un grand nombre de cas.

C’est surtout dans l’élude approfondie des symptômes qu’on doit chercher les bases du prognostiç. Si on n’a pas été témoin du développement de la maladie , il faut s’informer avec soin depuis combien de temps elle a commencé, quels sont les moyens qu’on a mis en. usage, si cette inflammation n’a pas été précédée de quelque autre. On conçoit que, dans ce dernier cas , l’extinction des forces , déjà épuisées par la maladie antérieure, sera beaucoup plus à redouter. Si le malade n’a été soumis à aucun traitement, si, trompé par les conseils de personnes étrangères à l’art, ou par une sorte d instinct funeste , il a cherché à relever scs forces par des moyens plus ou moins excitans, le danger pourra être très-grand : je n’ai pas besoin d’ajouter que plus il s’est écoulé de temps depuis l’invasion, plus on aura à redouter la suite d’un appareil fâcheux de symptômes. Une constipation opiniâtre est un plus mauvais signe que le dévoiement, surtout lorsqu’elle s’accompagne de vomissemens contre lesquels les moyens indiqués restent impuissans. La petitesse , l’irrégularité, l'intermittence du pouls, la teinte terreuse que prend la peau, la prédominance des symptômes nerveux, qui tantôt sont avec exaltation, tantôt avec prostration, annoncent un état sur lequel on ne peut porter qu’un fâcheux augure. La cessation subite de la douleur, quand elle existe; l'affaiblissement progressif du pouls, des sueurs froides, des déjections noirâtres et fétides, des lipothymies, etc., forment un ensemble de symptômes regardé depuis long-temps par lés auteurs comme un indice certain d’une fin prochaine: ce sont ceux que nous avons notés en parlant de la gangrène.

Survient-il des intervalles dans les douleurs, deviennent-elles vagues et plus supportables, la tuméfaction du ventre diminue-t-elle,

ainsi que la fréquence el la petitesse du pouls, sans que la convalescence se décide d’une manière tranchée , on doit craindre que l’entérite ne passe à l’état chronique. Lorsqu’elle s’associera à d’au i res phlegmasies , le danger sera relatif à l’importance de l’organe affecté en même temps; la coïncidence de la gastrite sera plus fâcheuse que celle d’une inflammation du gros intestin ; il en sera de même de l’affection concomitante des organes de la poitrine, comparée à celle de la vessie , etc.

On doit s’attendre à une marche plus rapide chez les enfans, chez les personnes d’un tempérament sanguin , dans les cas où la constitution agit sur les viscères abdominaux. Il ne faut pas oublier, chez les premiers, la fréquence des phénomènes sympathiques du côté du cerveau, lesquels ne doivent pas beaucoup ajouter à la gravité du prognostic, si la maladie est soumise à temps au traitement convënable. Chez le vieillard , où le consensus des organes participe à l’état de langueur de toutes les fonctions , l’entérite, plus rare, est ordinairement longue et insidieuse ; aussi doit-on toujours craindre une issue funeste. Je ne pense pas toutefois qu’on doive prendre à la lettre le prognostic porté par Arétée : Ileo senes non sæpè tenta nlur , ditil, sed ex eo minime ad snnitatem perveniunt.

Si la concentration, la fréquence du pouls diminuent ; si à la chaleur et à la sécheresse de la peau succèdent une température douce et une transpiration égale ; si les évacuations par le bas deviennent faciles, les urines abondantes; si la figure s’épanouit et se ranime; si enfin l’appétit, le sommeil, les forces reviennent, on aura tout à* espérer pour un rétablissement prompt. Dans ie cas où une évacuation périodique viendrait à se manifester pendant le cours de la maladie, elle pourrait en amener la solution. J’ai vu nombre de fois, chez les femmes , l’apparition des menstrues faire avorter brusquement des inflammations de ce genre.

Traitement. Soustraire le malade à l’influence des causes occasionnelles, favoriser la terminaison de l’inflammation par l’emploi de

médicamens convenables , telle est la double source d’où doivent découler toutes les indications curatives. Tout ce qui est relatif aux conditions de l’appartement où il doit être couché , aux attentions qu’on doit avoir dans la manière de le couvrir, est trop connu pour avoir besoin de nous y arrêter. Contentons-nous de dire qu’il faut faire choix , autant que possible , d’un lieu où l’air puisse être renouvelé convenablement; qu’il doit être maintenu dans une température douce; que le médecin doit veiller à prévenir les inconvéniens de la pratique vulgaire , qui consiste à accabler le malade sous le poids des couvertures.

La première chose à faire après cela est de prescrire une abstinence rigoureuse; assez souvent la personne conserve encore quelque appétit , ou éprouve une espèce de malaise qu elle espère faire cesser par l’ingestion d’alimens : il serait extrêmement dangereux de suivre cette fausse indication. Si l’homme de l’art avait la faiblesse de se laisser aller aux sollicitations qui lui sont faites , l’augmentation des accidens ne tarderait pas à lui montrer l’inconséquence de sa conduite. Combien de fois n’ai-je pas été à même de vérifier cette importante vérité à l’Hôtel-Dieu ! J’ai vu des individus en

voie de guérison d’affections du système gastrique par les bienfaits d’un traitement sagement dirigé, éprouver des récrudescences pour avoir pris un simple bouillon. La sévérité du régime doit durer autant que la persistance des accidens. A cet égard, il faut bien se rappeler le précepte suivant de Celse : Optimum vero medicamentum est opportune cibus datas. Lorsqu’une amélioration sensible, le désir du malade, indiqueront de revenir à l’usage desalimens, il faudra le faire avec beaucoup de prudence. M. Broussais recommande d’essayer d’abord les décoctions de graminées , celle des fruits sucrés , puis les bouillons de veau ou de poulet; les soupes, les potages, ne seront permis que quelques jours après : on ne devra passer aux alimens solides qu’après s'étre assuré que la digestion n’amène aucun trouble dans le bon état des malades : les substances légères, tirées du règne

végétal , les poissons blancs , les chairs tendres des jeunes animaux , voilà ceux qu’il sera convenable de permettre.

Quant aux boissons, on donnera la préférence à celles qui sont adoucissantes et mucilagineuses, telles que les décoctions de graine de lin, déraciné de guimauve, de chiendent et de réglisse, de feuilles de mauve et de pariétaire, etc. ; on les édulcorera légèrement; les émulsions, les potions de même nature, conviennent également. M. Renaudin (Dict. des sciences méd.) indique la suivante comme une

des plus avantageuses:

Décoct. d’orge mondé 5 ij.

Sirop d’orgeat § j.

Sirop de gomme arab § j.

Au commencement de la convalescence, il ne faudra donner que de l’eau pure, légèrement chargée de substances adoucissantes ; plus tard seulement ou pourra se permettre de l’animer avec un peu de vin; c’est encore un précepte qui se trouve dans Celsej il avait remarqué que toute liqueur vineuse ou acide était contraire dans cette maladie.

Evacuations sanguines. Tantôt elles consistent à attaquer la circulation générale; d’autres fois elles portent sur celle des capillaires. La saignée générale paraît bien indiquée dans les commencemens de l’entérite : on conçoit qu’en diminuant la masse du sang, et par suite la force d’impulsion des mouvemens du cœur, on doit faire beaucoup pour suspendre les progrès de l'affection ; plus tard, elle présente moins d avantage, et l’on doit rarement y recourir. Deux médecins dont l’autorité est du plus grand poids, Albert/nus e t Valsalva } s’en abstenaient alors, parce qu’ils avaient observé que, loin d’être utile, elle ne faisait que hâter le terme fatal. Dans les cai ordinaires, on pourra saigner au bras ou au pied indifféremment. S’il existait des symptômes de congestion vers la tête , la saignée du pied serait peut-être mieux indiquée.

La saignée locale , qu’on opère au moyen de sangsues ou de

ventouses scarifiées , a le double avantage d’agir par la déplétion des capillaires, et par l’irritation qui en résulte dans l’endroit où on la pratique. Les sangsues sont d’un usage fréquent aujourd’hui : on peut en faire l’application sur le lieu douloureux, comme on la fait à l’épigastre dans le cas d’épigastralgie dépendante d’une gastrite aiguë ; j’en ai fréquemment observé de bons effets. Je dois faire observer toutefois , et c’est une remarque pratique, que, lorsqu’on les place à l’anus , elles produisent une amélioration plus prompte et plus marquée; il paraît qu’en allant ainsi dégorger les veines hémorrhoïdales inférieures, et médiatement le système de la veine-porte, on agit plus directement sur la partie malade. Je pense donc que le médecin ne doit pas se montrer indifférent sur le lieu vers lequel ce moyen doit être employé : si on avait affaire à une femme qui fût à l’époque menstruelle, il faudrait faire l’application à la vulve.

Les ventouses scarifiées ne me paraissent convenir ici, comme en général dans les autres cas où elles sont indiquées, que comme moyen secondaire, à moins que l’entérite ne soit extrêmement légère. Les auteurs qui en ont fait mention conseillent de les placer aux environs de l’ombilic.

Purgatifs. Ceux qui n’ont vu dans l’inflammation des intestins que l’effet d’une matière nuisible qu’il fallait évacuer ont dû nécessairement abuser beaucoup trop souvent de ce moyen; c’est un reproche qu’on peut faire à des médecins d’ailleurs d’un grand mérite; tous les médicamens de ce genre n’agissent qu’en irritant le canal intestinal. D’après cela, il n’est pas difficile de concevoir qu’ils peuvent augmenter l’inflammation, et combien l’on doit être réservé sur leur usage; il est cependant des cas où il convient d’y avoir recours ; c’est lorsqu il y a une constipation opiniâtre , et qu’on peut soupçonner que l'affection tient à la présence des matières excrémentilieîles ou saburrales : on connaît l’emploi avantageux que font tous les jours les chirurgiens des légers laxatifs , lorsque, après la réduction d’une hernie , les évacuations ne reprennent pas leur cours.

Les astringens doivent être bannis du traitement de l’entérite aiguë ; tout le monde en sentira facilement les raisons.

Narcotiques. On les conseille dans les cir constances où , après l’emploi des premiers moyens, la douleur et le vomissement persistent. Comme les différentes préparations qu’on met en usage contiennent presque toujours quelque principe irritant, je crois qu’on doit être réservé dans leur administration à l’intérieur pour les cas dont il s’agit ; si en les juge nécessaires , ils me semblent préférables en lavemens.

Moyens externes. Ils peuvent être distingués en deux ordres. Les uns sont appliqués au voisinage du lieu malade, ou à toute la surface du corps pour seconder les effets des moyens adoucissans. Dautres sont ordinairement placés sur les membres, quelquefois sur l’abdomen , pour y produire une irritation au moyen de laquelle on espère détruire celle qui existe à l’intérieur.

Aux premiers moyens se rapportent les fomentations, les cataplasmes émolliens, les lavemens, les demi-bains, les bains entiers. Tous ont pour but de modérer la chaleur de la peau , de l’assouplir, et de tendre à en rétablir les fonctions; mais leur effet ne se borne pas là ; ils agissent encore d’une manière avantageuse sur la phlogose intérieure; c’est un fait pratique que le médeein observateur saura toujours mettre à profit auprès des malades , quels que soient d’ailleurs les raisonnemens ou les objections qu’on apporte pour ou contre, quand on voudra chercher à se rendre compte de leur manière d’agir. Les cataplasmes, les fomentations demandent à être renouvelés souvent, afin que l’abdomen soit constamment environné d’une atmosphère humide; les bains de siège sont un moyen fort commode, et qu’on pourra employer matin et soir; les bains entiers sont aussi très-avantageux, mais il faut que le malade puisse les prendre dans sa chambre; dans le cas contraire, les effets du refroidissement produit par des eourans-d’air pourraient les rendre nuisibles. J’ai

vu plusieurs fois à l’Hôtel-Dieu des accidens survenus par cette cause, quoiqu’on eût pris soin de bien couvrir les malades. Les personnes qui y ont suivi la pratique de M. Petit ont dû remarquer qu’il ne les emploie pas dans la saison froide ; il en a été détourné par le motif que nous indiquons.

Les lavemens sont une sorte de bain local fort avantageux; on peut en donner plusieurs dans le cours de la journée. On les fait avec la décoction de plantes émollientes, telles que les fleurs de bouillonblanc, les feuilles de mauve , etc.

Moyens irritons. Ceux qu’on met le plus souvent en usage sont , les vésicatoires et les sinapismes. Ils sont recommandés dans tous les cas où l’inflammation est due à une rétrocession quelconque. On les emploie encore quand la petitesse, l’inégalité du pouls, joint à un état général fâcheux, inspirent de justes craintes sur l’issue de la maladie; il est extrêmement rare qu’ils soient de quelque utilité dans ce dernier cas: ils ont reçu l’improbation d’un médecin de nos jours. Les motifs sur lesquels il se fonde pour les rejeter m’ont paru trèsspécieux ; mais comme j’ai vu leur emploi réussir nombre de fois__ dans les phlegmasies de la poitrine, et que l’irritation portée sur la peau n’a point, comme il le dit, tourné au profit de l’inflammation intérieure, je pense qu’ils ne doivent pas être abandonnés dans toutes les circonstances : on conseille le plus souvent de les appliquer aux membres. Pringle employait le vésicatoire sur le ventre, et il paraît qu’il a obtenu de nombreux succès de cette pratique. Voici ce qu’il dit à cet égard : « Je n’ai jamais remarqué que les vésicatoires locaux aient eu des suites funestes , quoiqu’ils fussent appliqués tout « de suite après la saignée. Ils sont en particulier fort utiles dans la « passion iliaque ; ils réussissent également fort bien dans les douleurs « fixes des intestins , soit qu elles tiennent à la présence de gaz ou à « une inflammation. »

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