CHAPITRE PREMIER
JLi'Épo^UE actuelle a vu éclore de nombreuses recherches sur la doctrine des phlegmasies. En offrant aujourd'hui un aperçu sur l'inflammation de l'utérus, je ne paie point un tribut au goût, ni aux dispositions que les candidats en médecine ont, depuis quelques années, de ne disserter que sur cette classe de maladies (les phleg-masies ) ; je suis uniquement guidé par mon devoir, et par l'ambition de présenter aux savans professeurs de cette Faculté qui ont usé à mon égard de tant de bienveillance, le fruit de mes réflexions sur une maladie de la matrice. D'autres pourront travailler ce sujet avec plus d'éiVidilion et de discernement, mais non pas avec autant d'efforts. Puissent ceux-ci me mériter l'indulgence de mes juges ?
L'inflammation de l'utérus a reçu diverses dénominations: metritis^ par Sauvages ; hjsteritis, par Vogel, Linn/Eus , Cullen • injlammalio et febris ulerina ^ par F. Hoffmann et Sennertmélrite, par Bichat et Pi.nel : c'est par ce dernier nom que ces
deux oulcurs désignent rinflammation qui a son siège dans le tissu propre ou nuisculairc de l'utérus, réservant le nom de catarrhe utérin , aigu ou chronique, à la phlegmasie de la membrane muqueuse, et cchii de péritonite puerpérale à l'inflammation de la portion du péritoine qui recouvre la matrice. Etudier en particulier les afTcctions des difTcrcns tissus qui composent un organe, c'est isoler souvent la même maladie et suivre trop rigoureusement la marche descriptive des anatomistes. On ne possède pas encore sur l'inflammation de la matrice un assez grand nombre d'observations précises et assez bien détaillées pour croire qu'un tissu seul participe aux divers degrés de l'inflammation, et que ceux qui lui sont unis d'une manière si intime et qui sont soumis à l'influence des mêmes causes morbides, restent préservés et ne se ressentent point de l'afléclion inflammatoire. L'ouverture des cadavres a prouvé souvent que le tissu charnu de l'utérus est intact dans la péritonite puerpérale ; cependant il existe quelques observations d'inflammation simultanée des membranes ou tissus de la matrice : aussi quelques auteurs ont cru devoir comprendre dans leurs écrits sur la fièvre puerpérale, l'inflammation qui affecte le tissu séreux, le tissu propre , et même la muqueuse de l'utérus ; et de ce nombre se trouvent BosguiLLON ', Boer, de Vienne 2, et Guillaume Hey. 3 A l'exemple des autres phlcgmasies , l'inflammation de la matrice peut être divisée en aiguë et en chronique : souvent c'est la même maladie à des degrés différens. Quelques cas démontrent pourtant que l'état aigu peut exister indépendamment de l'état chronique. Certains auteurs ont reconnu une inflammation idiopathique, une symptomatique. Cousin établit cette distinction dans une Dissertation présentée à la Faculté de Paris , en 1783, sur l'hydropisie de
1 BosQuiLLON, Traduction de la Médecine de Cullen.
a Naturalis medicina obstetricia. Viennœ ., 1812, in-S." (1 vol.)
5 W. Hey, Journal universel des sciences médicales, année i8i8.
la matrice et sur rinnammation de cet organe dans l'ctat de grossesse. D'autres la distinguent en partielle et générale (Rostagny, du Metritis, Montpellier, an XIII). F. Hoffmann divise celte maladie en légère ou superficielle, grave ou profonde. M. Burns admet, dans un Traite' d'accouchemens récemment publié à Londres, la même distinction, sans y ajouter trop d'importance pour le mode de traitement.
L'inflammation de la matrice a été connue et décrite par les anciens, quoique M. Gardien prétende le contraire. Arétée en parle de la manière suivante, c. LXIV : InJlam/?ialio uteri Jii ex pluribus causis, ex phga , ex ?ncnsium suppressione , et frigiditate, et injlatione , non minus eliam ab ortu, et parlu, propter malam parlas editionem. ScquUur ad uteri injlammationem febris acuta, doîorque capitis , ac ejus tcndinum et bash oculoruin , juncturœque manuum et digitorum^ et colli detractio et declinalio , stomachi per consensum a/feclio, oscull uteri concîusio,pulsus parvi, densi. Si totus est injlammatus , totus vehementius puîsatorio motu docet; si posleriores ipsius partes solum injlamniatœ fuerint , dolor circa lumbos Jit^ et stercora supprimuntur ex recti intestini compressione ; si partes ejus anteriores dolor circa pectinemjit, et urinœ. stillicidium ac emittendœ difficultas exvesicœ compressione, at lateribus injlammatis et ino-uina lenduntur, et crura gra^antur; si vero fundus ipsius fuerit injlammatus, circa umbilicum maxime dolor consislit cum tumore ; at si circa osculum est inflammatio , circa supernum ventrem dolent, et digito immisso durum ac renitens osculum occurrit.
Quelques passages d'HippocRATE, rapportés par F. Hoffmann, prouvent encore en faveur des anciens, touchant leurs observations sur cette maladie: ils confondirent, il est vrai , sous le nom d'inflammation de la matrice, la phlegmasie de tous les tissus de cet organe, et même des parties qui l'environnent.
CHAPITRE IL Causes de l injlammation aiguë de la matrice. I.cs causes qui déterminent la phleg-masic aiguë de l'utérus peuvent être locales ou générales : telles sont la suppression ou la dlniinullon des menstrues ou des lochies; une menstruation difljcilc; l'habitude de la masturbation; l'abus des plaisirs vénériens; un coup, une chute sur la région hypogastrique ; une plaie de l'utérus; l'opération césarienne; l'extirpation d'un polype; une marche forcée ; le refroidissement subit des extrémités; un bain froid, des boissons à la glace; le toucher pratiqué avec mal-adresse ou brusquement chez les femmes en couches ; l'avortement. jNIorgagni et Mauriceau rapportent des cas où l'extractipn prompte du placenta , opérée par des mouvemens violens de traction sur le cordon, ou par la main portée dans la matrice a été suivie de mélritls. On a vu aussi cette maladie résulter de l'emploi de la glace appliquée sur l'abdomen dans l'intention d'arrêter une hémorrhagie. Les auteurs qui ont appelé cette inflammation hystéritis, ont prétendu qu'elle se rencontroit souvent dans les cas d'hystérie et de manie avec fureur utérine. Une frayeur subite peut aussi causer cette affection. Lamotte rapporte un cas de suppression des lochies chez une nouvelle accouchée, à la suite d'une frayeur. Il survint au bas-ventre un gonflement avec tension considérable et douleur très-vive; la tuméfaction de l'abdomen étoit énorme. On ne parvint pas à calmer les symptômes par des fomentations émollientes , des clystères, des saio-nées au bras : vers le quarantième jour de l'accident, les douleurs augmentèrent, et il se forma spontanément à côté de l'ombilic une ouverture par laquelle s'écoula une grande quantité de pus. La métrite reconnoît aussi des causes purement mécaniques : Selle en rapporte quelques exemples dans sa Médecine clinique. Un des plus remarquables est le suivant.