‹ Essai sur l'instruction des aveuglesChapitre 28 sur 48 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Du Tricot.

Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit ailleurs de la facilité que les aveugles ont à s'instruire, les uns les autres, et de leur supériorité, à cet égard, sur les clair- voyans; mais nous ferons seulement remarquer qu'outre la consolation qu'ils éprouvent à être réunis , l'émulation est beaucoup plus forte chez eux que chez les enfans ordinaires. Nous avons vu des aveugles instruits isolément , qui n'ont jamais réussi dans aucun travail manuel. Il nous arrive, chaque jour, des sujets de 12 à 14 ans, qui n'ont pu apprendre, au sein de leur famille, à faire une seule maille, tandis qu'ici les plus jeunes parviennent , en très - peu de jours , à faire des jarretières*

On ne saurait imaginer combien sont pénibles et fastidieux les commencemens de l'instruction des aveugles en générai ; cette difficulté est doublée encore, lorsqu'on a à leur enseigner

des travaux mécaniques. Le tricotage, qui est une chose en apparence fort simple, que les clairvoyans apprennent facilement, ne laisse pas d'offrir de grandes difficultés aux aveugles. C'est cependant le travail le plus propre à développer l'adresse de leurs doigts. On leur fait faire des jarretières pour les exercer à tenir les aiguilles, qu'ils poussent toujours trop avant, dans la crainte de laisser échapper leurs mailles. Il faut que l'aveugle qui donne la leçon se place derrière l'élève, et lui tienne les mains pour diriger le mouvement des doigts ( Voyez planche XL ). On lui explique la raison de tous les mouvemens , et on ne cesse de lui tenir les mains que lorsqu'il sait relever les mailles, ce qui est difficile pour lui, parce qu'au lieu d'introduire l'aiguille droite entre deux fils, il la fait passer au milieu du fil qu'il divise souvent en plusieurs faisceaux; voilà d'où vient que leur tricot va toujours en s'élargissant , jusqu'à ce qu'ils aient la main réglée. On leur donne, pour éviter cette division, du fil très-gros , bien tordu, et des aiguilles émoussées. Quant à la largeur , aux décroissemens et aux augmentations du bas , ils ne peuvent bien les faiie qu'en calculant le nombre de tours; lorsque, par

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l'habitude, ils sont parvenus à prendre leurs mailles et à les jeter avec l'aiguille de la main gauche sans les serrer, ils vont extrêmement vite, tricotent très-fin, font des points à jour et des coins très-agréables, avec autant de dextérité que les clair-voyans. Plusieurs élèves de la maison confectionnent, pour des bonnetiers* de Paris, des gilets, des camisoles, des jupons, en tricot élastique, dont on est très-satisfait.

Tous les aveugles n'ont pas le tact également sensible; il en est qui sentent à peine l'extrémité des aiguilles, qui sont très -mal -adroits à tourner leur fil et à prendre les mailles; on est dans l'usage de faire commencer ceux-là avec des aiguilles de bois, de la grosseur de celles qu'on emploie pour le tricot en laine.

DES AVEUGLES. l8l

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