CHAPITRE XXIII
Des Tapis de paille , de jonc et de peluche d'Espagne.
Nous lavons dit souvent : plus les métiers que l'on donne aux aveugles sont faciles, plus ils leur, sont avantageux. Rien n est plus aisé que de leur faire faire des tours de force, en les habituant à vaincre des obstacles en apparence insurmontables; mais de quelle utilité pourraient être pour ces infortunés d'aussi stériles travaux ?
Tous les élèves indistinctement apprennent cette partie de la sparterie , qui consiste à fabriquer des tapis de paille et de jonc , parce que ces paillassons sont d'un débit assuré dans presque toutes les parties de la France, où l'usage en est introduit.
Paillassons. On les fabrique avec de la paille de seigle; ceux qu'on fait avec de la paille de blé, qui est beaucoup plus difficile à travailler, sont moins solides. On commence par mouiller la paille et la battre avec une masse , pour qu'elle soit plus flexible •> la tresse se fait à trois brins ;
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elle doit être plate et bien lisse. On exerce , de bonne heure, les aveugles à ne faire de reprises qu'en dessous, afin qu'il n'y ait jamais de bouts qui dépassent, sur la face supérieure de la natte. Il ne faut pas qu'ils attendent d'avoir entièrement employé un faisceau pour en prendre un autre ; sans cela la natte serait inégale. La paille est accrochée à un tréteau ( Voyez pl. XXI, fig. a ), au-devant duquel le tresseur est placé , assis ou debout.
Tapis de jonc. On les fait avec du jonc qu'on récolte sur les bords des rivières, qui conserve
.toujours une couleur verdâtre qui dispense de le teindre. On mouille ce jonc, comme la paille, avant de s'en servir, pour le battre et le travailler plus aisément; mais lorsque les nattes sont faites, on a soin de le faire sécher, pour éviter que l'eau, retenue par la partie pulpeuse de l'intérieur du jonc, ne le fasse pourrir. Les tresses en jonc sont beaucoup plus faciles à faire que celles en paille, parce qu'il n'y a que trois parties à enlacer.
Tapis de peluche. Ces tapis qu'on appelle aussi gazon, à cause de leur couleur verte, se font avec un jonc très-fin , qui croît en Espagne sur les rivages de la Méditerranée. On
s'en sert, dans le pays, pour faire des nattes
grossières , avec lesquelles on enveloppe les
balles qui renferment la soude d'Alicante. On
achète ces nattes aux droguistes, pour en avoir
le jonc; on fait plusieurs choix du jonc, selon
sa grosseur et sa longueur; on le réunit, par
bottes assorties, lorsqu'on veut le travailler; il
faut le lier fortement, afin d'avoir la facilité de
le battre, avec une masse en fer, pour écraser
chaque brin et le diviser en filamens pelucheux.
On fait avec ce jonc , ainsi préparé , des tresses
à cinq branches; mais comme il a ordinairement
une couleur jaunâtre , il est indispensable de le
teindre (i), pour lui donner la couleur verte. Les
tresses étant agrafées à des crochets fichés dans
deux longues traverses (bè>), l'aveugle s'asseoit
sur ces nattes, et avec une longue aiguille et du
cordonnet ciré, il réunit les nattes, les unes avec
les autres, en les cousant d'abord deux à deux,
puis quatre à quatre, et ainsi progressivement. . , - - — —
(i) On fait cette teinture avec trois onces d'indigo délayé dans une pinte d'acide sulfurique affaibli; ce qui donne d'abord une couleur bleuâtre : on ajoute à cette solution, pour la rendre verte, une livre de ta racine jaune de curcuma lonça pulvérisée , qu'on délaie à froid dans sept seaux d'eau, avec lesquels on peut teindre environ trente -huit; toises de nattes.
DES AVEUGLES. 209 vvvv\>u\n\uvmmvi\tvw\\ivvu\ mw\ %/V\ W\ W\ Vk"W