CHAPITRE VIII
Suite des réflexions sur la Bulle de 1724»
lii est remarquable que toutes les dispositions contenues dans la bulle ne se retrouvent pas dans les statuts fondamentaux présentés , en 1809, par le vicaire-général de l'institut , au visa du grand-maître de l'Université ; notamment celles qui concernent l'habillement, les vœux perpétuels, et l'obligation d'être au moins deux dans chaque école.
Il est vrai cependant que, sur ce dernier point, les Frères sont fidèles à l'ancien usage, aujourd'hui même où la moisson est grande et le nombre des ouvriers petit ; souvent ils sont au nombre de trois.
Rien n'est en effet plus conforme aux institutions du fondateur, du moins à l'égard des villages. (( Là , dit naïvement l'auteur clesaivie, « les dangers de perversion et de relâchement lui <c paraissaient évidcnspour des Frères solitaires,
(47) «c laissés à eux-mêmes, sans témoins, sans bons «exemples, et presque sans secours» (t. I, p. 279). Mais on peut donner, de cette coutume, une raison plus honorable pour les Frères : tout l'ensemble de leurs règles exige ou suppose une association.
Quant aux vœux perpétuels, il y a lieu de penser que soumis, comme les autres Français, aux lois générales qui ne reconnaissent plus de vœux de cette nature (1) , ils ont regardé cet article comme définitivement abrogé par la puissance civile (2).
(1) Ni même aucune sorte de vœux religieux. ( Loi constitutionnelle de 1791. )
(2) La soumission des Frères aura été d'autant plus facile à cet égard, que les vœux perpétuels n'étaient point entrés dans le plan de leur pieux fondateur. Les premiers Frères ne s'engageaient que pour un an, pour trois au plus. Quelques-uns, plus fervens ou plus présomptueux que les autres , s'aOli gèrent de ce qu'ils recouvraient si facilement leur liberté, ouvrière de déréglemens. Ils représentèrent à M. De La Salle qu'il leur était pénible de ne tenir autrement à Dieu, que comme des valets de laboureur au maître qu'île servent, un pied dedans , un pied dehors, toujours prêts à sortir ou à rester , selon que leur intérêt le demande , sans que leur maître puisSi Rassurer de leurs, serviees au-delà du ternit convenu M De 1 a
(48) À Fégard de la forme, de la couleur et de la qualité des vêlemens, les staluts actuels ont retenu le principe d'un extérieur modeste $ et sans doule, en pareille matière, c'est le principe qui est la chose essentielle.
Ce ne seraient pas, au surplus, les seules modifications qui auraient été faites aux dispositions de la bulle de Benoist XIII. L'expérience et la nécessité, ou même une plus grande utilité , ont amené des changemens importans.
Ainsi , ou n'avait point tardé à reconnaître
Salle, dit l'auteur de sa vie, « était ravi de voir dans ses « enfaus un si grand zèle de la perfection et un si grand « empressement d'être à Dieu sans réserve/ Mais comme « l'expérience apprend que les vœux perpétuels , qui « sont de leur nature des engagemens de perfection, de- « viennent souvent des occasions de damnation pour ceux « qui les font avec témérité, il craignait de voir ses discih pies s'enchaîner eux-mêmes avec légèreté. »
Après bien des épreuves, des prières ferventes, des retraites particulières faites par lui-même et par douze Frères anciens > qii il avait choisis et qu'il jugeait seuls capables dy engagemens perpéluek , il céda, mais en exigeant que leur promesse lut restreinte aux vœux d 'obéissance et de stabilité.... 11 n'y en eut que six qui persévérèrent. ( Vie de M. De La Salle , tom. 1 , p. 54a et 343).
f49) que le troisième article , consigné dans la bulle,
exposait la congrégation à de graves incon-
véniens.
11 exigeait la réunion et les suffrages secrets de tous les directeurs des maisons principales (j) pour l'élection du supérieur général et de ses deux assistans, et ces directeurs seuls avaient droit de voter : Ejus electiojiatscrutinio ac secretis suffragiis per directores prœcipuarum domorum congregatos.
D'un autre côté, suivant l'article i3, le chapitre général, qui devait se tenir tous les dix ans, se composait et d'anciens Frères et de directeurs des principales maisons, au nombre de trente seulement: Triginta, tàm ex antiquis fratrlbus , quant ex directoribus prœcipuarum domorum.
On sentit qu'il valait beaucoup mieux s'en tenir à cette dernière forme, et d'autant plus que, depuis l'établissement de l'institut, l'élection du supérieur général et des assistans avait
(1) On appelle ainsi les maisons où les Frères sont réunis au nombre tic sept. Domus prœcipuœ rejmiantur, in quibus septeni Fratres degunt. (Recueil des llègles et Constitutions, pag. i38. )
( So)
eu lieu dans les chapitres généraux composés de la sorte ; et cela, sans trouble ni réclamation quelconque : Arinno uno , sine contentione vel minimâ.
On continua donc sur le même pied ; et soixante ans s'étaient déjà écoulés dans une harmonie parfaite, sans qu'aucun directeur de maison principale eût songé à se prévaloir de la bulle du souverain Pontife, lorsqu'en 1786, non la nécessité d'un mal présent, mais la défiance de l'avenir fit prendre la précaution d'une nouvelle bulle, qui confirmerait cette dérogation à la première.
Le frère Agathon , alors supérieur général , du consentement et d'après l'avis de ses assistans, représenta au pape Pie VI, que l'institut avait pris de grands accroissemens; qu'il était à craindre, qu'aux termes de la bulle de Benoist XIII, les directeurs des maisons principales ne voulussent jouir désormais de leur droit exclusif de procéder entre eux à l'élection des supérieurs; que s'il en arrivait ainsi, il résulterait de là des querelles, des dissensions, des révoltes fréquentes (1)3 les anciens Frères
(1) Necnon seditiones permultœ. ( Loc. cit.)
(Si )
étant accoutumés à faire ces élections , en nombre égal avec les directeurs, sans contradiction aucune.
Il cita paiticulièrement le dernier chapitre général, où s'étaient trouvés quinze directeurs de maisons principales et quinze des anciens Frères : tous avaient donné leurs suffrages, sans que personne s'y fût opposé.
Il demandait, en conséquence, au nom de la paix et de la concorde, qu'il était si important de maintenir, qu'il plût au Saint-Père approuver et confirmer pour toujours le mode usité pour les élections. Le 11 août de la môme année, la Congrégation des cardinaux fut d'avis que cette demande fût accueillie favorablement, et Sa Sainteté donna en effet son approbation.
Dès 1777, d'autres changemens aux dispositions de la première bulle avaient été sollicités et obtenus par les Frères des écoles chrétiennes : ils avaient désiré que le supérieur général eût quatre assistans au lieu de deux , et que dans l'intervalle de la convocation des chapitres généraux, une commission, formée dans le sein du Chapitre , pût , de concert avec les supérieurs, remplacer les assistans qui viendraient à manquer, par mort ou par démission. Le pape n'avait fait non plus aucune difficulté.