CHAPITRE X
Réflexions sur les Statuts fondamentaux , fise$ par l'Université en 1810.
JNous avons vu que plusieurs dés articles énoncés dans la bulle , et recommandés comme tous les autres à l'exacte observance des Frères, à la protection de toutes les autorités, au respect de tous les hommes , n'étaient pas reproduits dans les statuts de 1810.
Nous aurions pu observer encore que tout au contraire ces dcrniersstatuts rétablissent une disposition capitale que la bulle de 1724 avait prescrite contre l'usage établi, mais qu'un rescrit postérieur, accordé en 1786, avait modifiée, conformément à l'usage toujours subsistant : nous voulons dire, la disposition qui réservait l'élection du supérieur général et des assistans aux direc-
( 56) ïeurs assemblés des principales maisons (i). On se rappelle que, pour des raisons qui parurent excellentes en France et à Rome , ces élections avaient été expressément attribuées au chapiire général, formé de quinze directeurs et de quinze anciens Frères.
Nous allons maintenant rapprocher les statuts actuels de ceux qui furent publiés en 1787, et représentés comme éminemment propres à conserver parmi les Frères le premier esprit que le vénérable serviteur de Dieu avait introduit dans la société.
Parmi un grand nombre de dispositions que contient le recueil de 1787, et qu'on ne trouve point répétées dans les statuts de 1810, nous avons distingué celles qui suivent ; elles nous ont paru dignes d'attention, sous plus d'un rapport.
Eecture de V Ecriture sainte. «Pour entrer et vivre dans l'esprit de l'Institut, les Frères auront un très - profond respect pour la sainte Ecriture; et, pour en donner des marques, ils porteront toujours sur eux le Nouveau Testament, et ne passeront aucun jour sans en faire quelque lecîure, par un sentiment de
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(1) Art. 4 des statuts ac uels.
(57) foi, de respect et de vénération , le regardant comme leur première et principale règle. Pendant le souper, on fera lecture, i° du Nouveau Testament, des Epîtres des saints apôtres et de l'Apocalypse; 2° d'un chapitre de l'histoire de la sainte Bible; 5° d'un livre de piété, et, sur la fin , de quelques versets de l'Imitation de J. C. » (chap. 2 et 29.)
Point de dévotions particulières, ce II ne sera permis à aucun Frère d'avoir des pratiques de piété particulières. Ils ne seront d'aucune confrérie ni congrégation, quelque pieuse qu'elle soit... Ils conformeront toutes leurs dévotions à celles qui sont communes et ordinaires dans l'Institut. » (ch. 4.)
Point de mortifications corporelles. « Il n'y aura aucune mortification corporelle qui soit de règle dans cet Institut. Ou y fera cependant abstinence de viande les samedis depuis Noél jusqu'à la Purification (î), aussi 'bien que le lundi et le mardi avant le carême ; excepté dans les voyages. x> (ch. 5.)
(i) À celte époque - l'abstinence du samedi cesse dans les diocèses dont les églises métropolitaines sont sous l'invocation de la Vierge,
(58) Estime et surveillance réciproques, « Les Frères auront une affection cordiale les uns pour les autres, mais ils ne donneront à pas un aucun signe ni témoignage d'affection particulière, PAR RESPECT POUR NoTRE-SeIGNEUR ,
qu'ils doivent honorer également dans tous comme animés de lui, et vivant de son esprit. ))
« Tous les Frères auront autant de respect pour les Frères servants, que pour les Frères d'école. »
« Il n'y aura aucun rang parmi les Frères dans les exercices ordinaires, excepté le Frère directeur et le sous-directeur, qui y auront les premières places. »
« Les Frères s'avertiront charitablement de leurs défauts les uns les autres... Ils seront dans des classes contigues l'une à l'autre : ils seront toujours placés de telle manière qu'ils puissent se voir l'un l'autre , et ne changeront point leurs sièges , ni les bancs, ni les tables , ni autres meubles de place , sans l'ordre du Frère directeur. Le Frère d'une classe n'aura point d'égard à ce qui se passera dans une «utre, à moins qu'il ïi'en soit chargé de îa part du Frère directeur. Si cependant, il se
fait dans une classe quelque chose cîe mal a propos, et qu'un autre Frère de la même école Je voie ou le sache , il ne manquera pas, le jour même, d'en avertir le Frère directeur, sans que celui que cela regarde ait droit de s'en faire aucune peine. » (ch. 4, 9 et i3.)
Point d'enseignement -prive, « II ne sera permis à aucun Frère, non pas même au Frère directeur, d'aller enseigner en ville, pour quelque raison que ce soit. » (ch. 9.)
Point de pensionnaires, « II ne.sera point permis dans les maisons d'école d'avoir des pensionnaires. » (ch. i4«)
Précautions à l'égard des étrangers. « On 11e laissera entrer dans l'école que MM. les ecclésiastiques, ou quelque personne d'autorité qui voudrait voir les écoles (1), et l'inspecteur ou le premier maître les accompagnera toujours pendant tout le temps qu'ils y resteront. »
« Les Frères ne parleront point de leurs
(1) Les statuts ajoutent cette autre exception : « On laissera aussi entrer </uelqae maître qui viendrait appi
die la manière de faire C école , pourvu qu'il ait par écrit la permission du Frère directeur. »
Frères, que par nécessité; ils n'en diront jamais que du bien, et n'en parleront qu'avec estime et beaucoup de respect en toute occasion , surtout lorsqu'ils seront obligés de converser avec les personnes externes : ils témoigneront par toute sorte de marques extérieures le respect, l'estime, et l'union sincère, véritable et intérieure, qu'ils ont avec leurs Frères, et ne feront jamais paraître , ni par leurs gestes ni par leurs paroles, qu'ils ont delà peine contre quelqu'un d'eux. »
« Lorsque les Frères converseront avec des personnes de dehors, ils garderont un silence très-exact sur tout ce qui regarde l'Institut , n'en faisant rien paraître ni connaître au-dehors et ne leur disant point en quel lieu sont les Frères, quand même ils le leur demanderaient, à moins qu'ils ne puissent faire autrement. Ils pourront seulement leur parler et leur rendre raison de l'esprit de l'Institut, des emplois extérieurs auxquels on s'y applique, et de ce qui se pratique dans ces emplois, sans qu'il leur soit permis de rien dire de plus. » (ch. 9, i3 et i/f.)
Soumission due au Frère directeur. « Les frères regarderont toujours Dieu dans la
( 6i ) personne de leur directeur (1) , et auront égard de ne s'adresser à lui que comme revêtu de l'autorité de Dieu : ils se mettront dans cette disposition avant que de se présenter devant lui. y>
« Ils auront une humble et entière confiance à son égard, et lui découvriront toutes leurs infirmités tant du corps que de l'esprit, leurs peines, leurs tentations, l'affection, la facilité ou la difficulté qu'ils trouvent dans la pratique de la vertu ; ils auront même un trèsgrand soin de lui faire connaître simplement et en particulier tout ce qui se passera en eux. »
«Ils recevront les avis qui leur seront donnés, dans la reddition de compte et en tout autre temps, avec beaucoup de respect, comme étant donnés de Dieu même, ne regardant le Frère directeur que comme l'organe et la voix de Dieu, qui leur fait connaître, par le Frère directeur, les moyens dont ils doivent se servir pour aller à lui. »
(1) Le Frère directeur a intendance sur toutes les écoles dépendant de la maison dont il a la régie; il réunit ordinairement les fonctions d'inspecteur* ( Conduite des écoles } pag. 338. )
(6a ) «Ils recevront, dans le même sentiment de respect et de soumission , tous ses ordres et commandemens, n'envisageant en lui que Pm*totité de Dieu qui lui est communiquée, et sa divine majesté qu'il leur représente.
« Ils ne donneront aucune réplique dans tous les avertissemens, les représentions et les commandemens qui leur seront faits, soit par le Frère directeur, soit de sa part ; et ils se mettront en état d'abord d'exécuter sur-lechamp ce qu'il leur aura ordonné ou fait ordonner, quoiqu'ils y trouvent de la peine et de la difficulté : il suffira qu'une chose leur soit commandée , pour ne la trouver ni difficile ni impossible , A MOINS QU'ELLE NE SOIT CONTRAIRE AUX COMMANDiMENS DE DIEU, (ciiap. 12.)
Correspondance avec le Frère supérieur général. « Les Frères écriront tous les deux mois au Frère supérieur de l'institut. Le Frère directeur écrira tous les mois, rendra compte, le premier mois, de sa conduite comme directeur, de chacun des Frères en particulier, et des écoles; l'autre mois, il rendra compte de sa conduite particulière et de la régularité, et enverra le mémoire de la dépense et des reçus. (chap. 27.)
On ne peut disconvenir qu'une pareille société ne soit fortement et énergiquement constituée. Il y avait du Lycurgue ou du Lainez dans ce bon prêtre qui sut à ce point domter la rebelle volonté de l'homme . immoler sans cesse l'individu aux intérêts du corps , et faire trouver des charmes dans l'éternelle dépendance.
On dira que tel a été l'objet , que tel a été le savoir-faire de tous les fondateurs d'ordres religieux.
Sans doute; mais on avouera qu'il est bon et juste qu'un Gouvernement veuille savoir et sache en effet à quelles conditions des sociétés semblables entrent dans la grande société qu'il est chargé de maintenir; où elles s'établissent ; de quels élémens elles se composent; par quels ressorts elles se meuvent; par quelles routes, et vers quelles fins gouvernent ces vigoureux rameurs.
Mais n'anticipons point , et revenons aux pieuxetmodestes Frères des Ecoles chrétiennes*