I. — Idées de négation
Les idées de négation dont l’étude permet d’infirmer la formule de ScHoPENHAUER d’après laquelle «la santé des organes s’aflirme par leur négation
même », se mamifestent dans bien des formes de maladies mentales. Qu'il s'agisse des négations de Ja sénihté démentielle, de la démence précoce, de la paralysie générale ou de tout autre délire mélancolique ou hÿpocondriaque on voit ee thème prendre des aspects très variés.
Aussi les traces que l’on en trouve dans la littérature médicale depuis la folie d'opposition de GuisLaIn jusqu’à la Démonomanie de KrarFr-EBING en passant par l’œuvre de Leurer, d’Esquiroz, de PErrr, de Macario, de Morez, de BaArLLARGER sont-elles la preuve que les idées de négation des malades n’ont pas passé Inaperçues.
Mais c’est CorarD qui, par une série de communications et d'articles parus entre 1880 et 1891 a attiré l'attention sur un syndrome où les idées de négation révêtent un caractère très particulier et qu'il avait observé dans certaines formes de mélancolie. Sous le nom de délire des négations 1l décrivit en effet un ensemble de symptômes dont les caractères, accompagnant l’anxiété mélancolique qui est à la base, peuvent s’énoncer : idée de négation et de possession, propension au suicide et aux mutilations volontaires, idée de non-existence où d’obstruction de divers organes, du corps entier, de lâme, idée de ne pouvoir jamais mourir et enfin manifestations analgésiques. En réalité, il y avait plus qu’une simple négation dans le thème délirant de tels malades. Le mélancolique après avoir nié l'existence du monde extérieur, ou celle de son corps, ou d’une partie de celui-ci en arrive
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à penser qu’à la place de ce qui était, quelque chose s’est formé. Ses organes lui semblent avoir un autre aspect, une autre composition, une proportion nouvelle. Et l’on peut aboutir ainsi à des idées de changement somatique. De plus, certains malades se disant morts et continuant cependant à éprouver des douleurs dont ils n’entrevoient pas la guérison, finissent par se croire immortels puis damnés.
Ainsi, à la négation primitive s'ajoutent des idées de transformation corporelle dont le caractère peut
être l’occlusion, l’énormité, le rapetissement, la mul- \ tiplicité, la vacuité, la diaphanaëéité, la désagrégation,
la liquéfaction, la putréfaction, pouvant entraîner des idées d’immortalité et de damnation.
Pour Corarp, ce syndrome serait une complication venant se greffer sur la forme anxieuse de la mélancolie, et dans la mesure où il en a ébauché la pathogénie, résulterait une perte de la vision mentale.
Parallèlement à ces travaux, M. SéGLras, à parti de 1887 étudia ces divers symptômes et pour les différencier de ceux que l’on retrouve dans les délires de persécution, fit observer que les idées de négation du mélancolique sont toujours secondaires, ayant leur origine dans des modifications de la personnalité. Ce sont des troubles de la sensibilité interne viscérale qui constituent pour SÉGLAS, le point de départ des idées de damnation hypocondriaques dont la cause doit être recherchée dans une perturbation de la synthèse des sensations brutes.
Enfin, en 1892, au Congrès de Blois, Camuseær fit
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un rapport sur le « délire de négation » qui, sur la proposition de Régis devint alors « le syndrome de CorarD » et donna lieu à toute une série de travaux dont il serait sans très orand intérêt de dresser la liste, mais dont cependant il est indispensable de citer l’un d’entre eux : ia thèse de Jules Ferdinand Coran», parue en 1904. ;
Nous aurions pu étudier aussi les idées de négation dans d’autres maladies si notre dessein n’était de ne les préciser justement qu’en ce qu’elles forment le thème essentiel d’une obsession dont le contenu rappelle celui du délire de Corarp. Aussi pensons-nous rester plus directement dans notre sujet en parcourant rapidement l’évolution des théories relatives aux
obsessions.