‹ Essai sur l'organisation charitable des paroisses de Paris aux 17e et 18e sièclesChapitre 2 sur 5 · ESS-^I · texte numérisé non relu

ESS-^I

AUXXVir ET XVIll- SIÈCLES (1) ..OC

Vincent de Paul a été proclamé par l'Eglise l'apôtre et le patron de la charité. Si je ne craignais de draper cette grande et sainte figure sous un voile aux couleurs pâlies, je me plairais à le pré- ,senter comme l'iuspirateur de l'initiative privée en matière charitable.

(1) La communication faite au Congrès de la Société d'Economie sociale de 1894 par le vicomte Pierre de Pelleport-Burète, vice président du groupe bordelais des Unions do la paix sociale sous le titre : « Essai sur l'organisation cliaritable des paroisses de Paris aux xvii« et \viii« siècles » a été le point de départ d'un ou-

Ciii'é (le r;iiàiillon-los-Doml)e.^ dans lo Forez, Vincent de Paul voit ses modestes ressources insuffisantes pour subveuiiaux besoins des pauvres, et un jour que sa bourse vide ne lui permet plus d'assisté)- une famille à laquelle il a voué un in- .térèt particulier, il appelle l'attention des fidèles sur la misère qu'il est impuissant à soulager et les prie de subvenir aux malheurs dont il leur fait un touchant tableau. Son appel est entendu et lorsque

viage qui sera prochainement pul)li<^ ot dans lequel notre confrère étendant le sujet qu'il avait primitivement traité, d('veloppe l'historiouo des compagnies de charité de 1G17 à ITOv! (d'après des recherches à la Bibliothèque et aux Archives nationales, dans les archives du séminaire de Saint-Sulpice, de l'Institut des Frères et des Lazaristes, ainsi que dans la bibliothèque de M. I.éon Lallemand, correspondant de l'Institut) et fait ressortir que l'origine des sociétés charitables d'initiative privée remonte à ces associations laïques dues au zèle de saint Vinc3ut de Paul. L'ouvrage comprendra r-'3 chapitres dont nous extrayons quelques passages qui nous ont paru plus particulièrement intéressants.

(Xolo (In Scciu-laridlJ.

lo soii' il va visilor la pauvre maison, il la (l'ouve remplie des dons apportés par ses pai'oissieus dans des proportions qui dépassent les besoins de la famille.

Le pasteur avait demandé l'indispensable, son appel a produit le superMu; la charité industrieuse et mesurée du saint saura en disposer avec une sap;e prudence pour secourir d'autres malheureux privés du nécessaire. Celles qui, émues par la voix du pasteur, ont trouvé le chemin de la maison où l'on souffre seront les naturelles dispensatrices de la charité commune ; il les réunira, leur adressera de nouveaux appels, leur demandera de pratiquer avec discernement l'assistance dont il a été l'inspirateur. La première compagnie de charité de dames est fondée.

Ses règlements sont approuvés par l'archevêque de Lyon, le 24 novembre 1617. Cette œuvre se répand rapidement dans le Forez, dans le diocèse de Lyon, dans celui d'Amiens en 1G20, d?ns les vastes domaines de la famille de Gondi ; en 1629 une compagnie est établie dans la paroisse Saint-Sauveur à Paris, Bien-

tôt les plus grandes dames tiennent à honneur de faire partie de ces associations qui se formentjusqu'au pied du trône.

Les compagnies de dames avaient pour but d'aider les mères nourrices, de soigner les malades, de nourrir les pauvres et de les assister à leurs derniers moments. Elles ouvraient des magasins charitables pour centraliser les dons eu nature, plus tard elles prendront à leur charge et entretiendront des écoles gratuites pour les filles.

Dans les compagnies de la campagne, le bouillon des pauvres, dont les éléments sont acquis sur les fonds de l'œuvre, est fait successivement par les soins d'associées et distribué par elles. Plus tard, quelques filies ou femmes veuves chargées de ce soin formeront, pour ainsi dire, le cadre permanent des compagnies; elles seront le noyau de la congrégation des filles de la Charité fondée en 1633, qui tiendra dans chaque paroisse l'école des filles et assurera les besoins des pauvres dans une maison appartenant à la compagnie de charité paroissiale.

riasieui-s do ces maisons, conlisquoes ou vendues à la JlévoluUoa, furent resliluées plus lai'd aux pauvres et l'ornièrenl les premiers éléments des maisons de secours des bureaux de bienlaisauce.

Les compagnies de charité des hommes furent plus difficiles à constituer, et néanmoins, après un premiei- essai eu KvJO à Folleville dans le diocèse d'Amiens, elles se développèrent avec une égale rapidité.

Les compagnies de Messieurs de la charité avaient plus particulièrement pour objet la distribution de secours aux invalides, aux prisonniers, aux enfants oi'phelius ou pauvres, l'entretien d'asiles de nuit ; dans les villages, les associés s'engageaient à nourrir dans leurs bassecours ou avec leurs troupeaux des animaux dont ie produit était appliqué à l'œuvre. Dans les villes ils organisaient des m.anufactures.

C'est dans la paroisse de Saiut-Suipice que les compagnies de charité obtinrent le

plus rapide el le plus complet développement; nous avons été assez heureux poui' retrouver des comptes qui nous ont permis de reconstituer sous forme d'états les détails de lem^ assistance pour les périodes de 1651 à 1663 et de 1777 à 1787.

Pendant la première période, nous relevons pour un budget moyen de 11,695 livres les destinations suivantes :

Enfants orphelins, — mis en métier, placés aux hôpitaux, — envoyés aux écoles.

Familles, relevées, — assistées. — Mariages.

Bureau de consultations judiciaires gratuites, — nécessités diverses.

Secours à domicile : Malades, convalescents.

Distributions en nature : Lils, liabils, potages.

Pendant la deuxième période, l'assistance est plus étendue ; elle s'exerce d'après des principes analogues et vise les mêmes catégories d'assistés. Une nouvelle œuvre, celle du Prêt gratuit, est venue se greiler sur celles qui existaient

;ui Wll siècles ; 11 écoles sout on ibiictionnemeul. Le budget annuel atteint 181,758 livres pour l'année 1783-84, non compris les distributions de pain. Cl)

L'étude des documents qui nous sont parvenus fait revivre toute une époque avec ses passions et ses luttes, ses aspirations généreuses et ses inconséquences.

L'initiative privée se débat au milieu de l'organisation vermoulue qui l'enserre de toutes parts ; elle cherche à arracher le vêtement qui paralj'se ses efforts et forme enfin après une lutte persistf^nte de deux siècles un ensemble d'institutions aussi complet que pourraient le rêver les plus puissants organisateurs.

L'application du principe général de la distribution des secours en nature et en échange du travail ressort de la simple lec-

(1) Dans son Tableau de Paris, Mercier en donnant quelques aperçus sur les œuvres de la paroisse de Saint-Sulpice, témoigne de l'admiration que les contemporains professaient «pour l'ordre qu'on y avait établi >>. Rioa de plus intéressant, dit-il, que ce qu'on voit s'exécuter journellement dauscette paroisse.

Lure de l'ordre d'administraliuu de 1777-78.

Après une expériecce d'un siècle el demi, les œuvres paroissiales sonl arrivées par une organisation i-emarquable à distribuer aux déshérités et aux impuissants l'assislance utile pour établir l'équilibre entre leur salaire ou leurs moyens d'existence et le coût de leur vie.

La charité chrétienne n'a pas redouté de poser ainsi en grand la problème délicat de l'assistance par le travail ; ou peut dire qu'elle l'a résolu dans la limite des forces humaines.

La même pensée d'obliger les assistés à un travail proportionné à leurs forces et d'eu faire la piei-re de touche de l'assistance revient sous toutes les formes el s'applique, avec une unité et un aspect de suite très remarquable, aux diverses catégories de malheureux ou de patronés. — L'ouverture d'atehers de travail, le placement gratuit , l'apprentissage , la fourniture d'instruments de travail , le prêt gratuit, la vente du pain à prix réduit répondaient à cette préoccupation. Le travail était ainsi la condition de l'as-

sislanco (lotinoe fi ceux qui poiivnioiil le pi'ali([uer, f{uel(fue modesle qu'il pût être. Ceux ffui ue pouvaient s'y livrer recevaient le^< secours de la charité; les malades, des soins temporaires à domicile ou dans un hôpital; les enfants, les vieillards, les incapables, des secours permanents. Celte organisation qui revêt dans tous ses détails les formes les plus délicates, est inspirée par les sentiments les plus élevés et les plus purs; elle constitue un ensemble d'assistance qui peut élre examiné dans toutes ses parties et ilont le fonctionnement n'aurait rien à envier aux prétendues innovations dont nous sommes si fiers.

Les compagnies se i-épandirent dans les diverses paroisses de la capitale; l'exposé de leur action dans les paroisses de Saintl'iustache et de Saint-Germain-l'Auxerrois nous pai-ait intéressant à relever (1 ).

(1) Nous avons pu reconstituer le fonctionnement des Compai^nies de chnrité dnns 24 paroisses de Pa;Ms.

L'organisation charitable de la paroisse de Saint-Eustache était très développée : ce fut une des j^remières dans lesquelles se fondèrent les compagnies de charité ; le caractère de leur assistance ressort très nettement dès le début de l'œuvre et se maintient exactement dans la suite.

Le passage suivant de l'un des nombreux règlements que nous avons retrouvés caractérise les principes que se sont imposés les compagnies, k Gomme les assistances qu'on donne aux pauvres valides ne sont que pour les aider à gagner leur vie par le travail, ceux qui n'ont point actuellement de profession ni de talent pour gagner leur vie ne doivent être assistés qu'en cas qu'ils se déterminent à quelque genre d'occupation et cela pendant quelque temps que la prudence déterminera en leur donnant seulement pour chaque semaine quelque chose pour vivre pendant qu'ils tâchent de trouver un emploi. »

C'est en 1630 ou 1653 (1) que fut fondée

(1) Les règlements signalent l'une et l'autre de ces dates.

la compagTiie poui' le rétablissemênl des pauvres familles houleuses de la paroisse de Saint-Euslache. Sou règlement porte la date de 1654. Celte compagnie fut autorisée par lettres patentes d'avril 1662, confirméee en 1721; elle portait aussi le nom de compagnie des quin.:;e jours, ses membres se réunissant deux fois par mois.

« Cette société, est-il dit dans les documents qui ont passé sous nos yeux, est composée d'ecclésiastiques et de laïques, ils entrent dans les maisons sans y être appelés et n'ont point d'yeux pour ces serviteurs inutiles qui croupissent dans l'oisivelé et qui comme les frelons veulent vivre aux dépens des abeilles; mais quand ils rencontrent un sujet rempli de bonne volonté à qui il ne manque pour travailler que de la matière et des facultés, c'est alors qu'ils lui ouvrent leur sein, qu'ils lui donnent les moyens de se rétablir en l'exercice de son métier et de subsister avec sa famille. »

Le curé est le chef né de la compagnie; il est secondé par deux assistants et un secrétaire.

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