‹ Essai sur l'organisation professionnelleChapitre 17 sur 54 · LM RE · texte numérisé non relu

LM RE

tion des intérêts de tous, solidaires par leur harmonie même.

Monsieur Tisserand, en général si sévère pour les institutions de 1 Ancien Droit, reconnaît lui-même que si l’on devait juger un régime par le mot qui le caractérise on appliquerait à celui-ci l’épithète de protecteur, car c'était un véritable protectorat organisé au profit de tous sous des formes multiples » et, complétant sa pensée, 1l ajoute : LE ,

« L’apprenti était protégé à la fois. cuntre lui-même ct contre son maître, contre sa propre étourderie et contre les abus de pouvoirs dont il pouvait être victime. L'ouvrier était défendu par le texte des règlements de la communauté et par les jurés, interprètes légaux des statuts de métier, contre la mauvaice foi du maître qui aurait eu la velléïité, soit de le congédier avant la fin de son louage, soit de diminuer son salaire ou d’augmenter son travail. Le maître, enfin armé au dedans contre l'insubordination ou la paresse des apprentis et des valets, protégé au dehors contre les exactions et les entreprises rivales, assuré de la vente des produits par la limitation du nombre des ateliers vaquait paisiblement aur soins de son industrie... » (1)

Les pages qui précèdent nous dispensent d’insister € montrent suffisamment combien chaque membre du corps de métier avait réellement cette possession d'état dont le nom, malheureusement le plus souvent sans la chose, est resté dans noire iurisirudence actuelle et dont il ne pouvait être débouté que par jugement.

Mais elles nous montrent également combien le régime cornoralif grarantissait le droit orovre des groupements professionnels. La corporation était une « petite répubuqre » se gouvernant elle même et dont l'amour fraternel, l'esprit de corps et le sentiment de l'honneur

(1) TISSERAND. — Avant-propos à l'édition du Livre des Métiers, publié par MM. de LEspiassEe et François BONNaRp, dans l'His'oire Générale de Paris, p. 8.

SPÉtes

étaient les ressorts cachés de la vie de la prospérité. Ge n'était pas une société privée sans liens avec l'autorité publique : elle jouait un rôle considérable dans l'organisation de la commune et sut quand la palrie était en danger fournir des milices aux rois !

Le régime corporatif a toujours reconnu la légitimité de l'intervention de l'Etat. Le pouvoir pubhe homologuait les règlements afin de les empêcher de nuire à l'utilité publique et d'en protéger l'application contre les difficultés matérielles et les oppressions du dehors.

Il est donc bien regrettable qu'une telle organisation professionnelle, au lieu d’être viciée ensuite par une malencontreuse ingérence de l'Etat, n'ait pas été plutôt vomplétée et rajeunie. La création dans chaque pruvince de conseils professionnels, élus par toutes les corporations d'une même profession, el, chargés de conformer les vieux procédés de fabrication aux progrès de l'ndustrie, eut sans doute produit d'heureux résultats. En fous cas la réalisation de quelques réformes nécessaires et même urgentes, Comme la suppression des règlements qui punissaient et décourageaient les inventeurs aurait été fort profitable au régime corporatif. Les hommes de la Révolution auraient alors hésité, malgré leur haine de l'Ancien Régime, à supprimer une organisation du travail si respectueuse des droits de r'Etat, du patron et de l'ouvrier.

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