‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 12 sur 62 · XIV. a Toute la’nature , » selon ces derniers · texte numérisé non relu

XIV. a Toute la’nature , » selon ces derniers

« ayant été dans le chaos et la confusion , le ciel « et la terre mêlés ensemble , ne fesaient qu’une a masse informe; mais les corps s’étant séparés « peu à peu les uns des autres , le monde parut « enfin dans l’ordre où nous le voyons. L’air de- « meura dans une agitation continuelle; sa partie

(i) Bibliothèque , livre 1 , chap. vu dans l’édition de Wesscliog; n dans la trad. de Terrasson.

ART. XIV. FORMAÿii^DU MOJVDE. 4C)

« la plus vive et la plus légéÔfS’éleva au plus haut « lieu <le l’univers, et devint un feu pur et sans a mélangé. Le soleil et les astres formés de ce * « nouvel élément sont emportés par le raouve- « ment perpétuel de la sphère du feu. I..a matière « terrestre demeura encore quelque tems mêlée « avec rhumide, par la pesanteur de l’une et de «l’autre; mais ce globe particulier roulant sans « ce.sse sur lui-même, se partagea par le i moyen « de cette agitation,, en eau et en terre; de telle «sorte pourtant, que la terre demeura molle et « fangeuse. Les rayons du soleil donnant sur elle « en cet état, causèrent différentes fermentations « à sa superficie; il se forma dans les endroits les « plus humides, des excroissances couvertes d’une « membrane' déliée, ainsi qu’on le voit encore* «arriver dans les liens marécageux, lorsqu’un « soleil ardent succède immédiatement à un air « frais. Ces premiers germes reçurent leur noiir- « riture des vapeurs grossières qui couvrent la « terre pendant la nuit., et se fortifièrent insensi- «blement par la chaleur du jour.. Étant arrivés « enfin à leur point de maturité , et s'étant déga- « gés^des membranes qui les enveloppaient , ils*

« parurent sous la forme de toutes sortes d’ani- « maux. Ceux en qui la chaleur dominait, s’éle- « vèrent dans les airs; ce sont les oiseaux. Ceux, «qui participaient davantage de la terre, comme «les hommes, les quadrupèdes, et les reptiles, «demeurèrent sur sa surface; et ceux dont la

5u OSA.GR DR l||tib^DItF. EN GRÈCE.

tf substance était plttS^aqueuse, c’est-à-dire les s poissons, cherchèrent dans les eaux le séjour * O qui leur était propre. Peu de. tems après , la « lerre s’étant entièrement desséchée, ou par l’ara ëeur du soleil , ou par les vents , perdit la faa culté. de produire des animaux parfaits , et les a espèces déjà produites ne s’entretinrent plus n que par voie de génération. Euripides, disciple « du phisicien Anaxagore, paraît avoir adopté sur « l’origine des êtres le sentiment que nous ve- « nous d’exposer ; car il parle ainsi dans sa Ménao lippe , » tragédie de laquelle Denis d’Halicar- «asse fait une mention assez étendue dans sa Rhétorique (i), mais qui est aujourd’hui perdue :

(i Tout était confondu; mais le seul mouvement « Ayant db noir chaos tiré chaque élément ,

« Tout prit forme; bientôt la nature féconde « Peupla d’êtres vivans le ciel, la terre et l’onde,

(1 Fit sortir de son sein les omemens divers,

« Et donna l’homme enfin pour maître à l’onivers.

On voit que co sistème est bien analogue à celui d’Anaxagore dont Euripides était disciple. Mais ce même «istème se trouve aussi -conforme à celui d’Épicure , tel que Plutarque l’explique (a). .On observera qu’Euripides est né l’an 4S0 avant

( 1 ) Dionjrsii Halic. opéra , édition de Reiske, Rhet. , cbap< lo, p. 3oo.

( 3 ) Chapitre 4 du irailé intitulé : Opinions des ptnhwo|>hes.

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ABT. XIV. FORMATION DU MONDE. 5i

notre ère (i), et Ëpicure l’an 34 1 (a), c’est-à-dire i3g ans après le poète tragique, et i5t ans après Ânaxagore. Ainsi Euripides a pu connaître Ânaxagore, mais non Ëpicure.

Si Euripides a cru que les êtres animés étaient sortis du chaos, il n’a pas révoqué en doute que l’intervention de Dieu ne fût nécessaire, puisqu’il dit ailleurs (3) :

Ces globes dont l’éclat pare le firmament ,

Annoncent aux mortels un être intelligent (4).

Le poète latin Manilius a très-bien développé cet argument d’Euripides , au premier Jivre de.. son poème sur l’astronomie (5), où il dit :

« Les étoiles fixes ne varient jamais sur le lieu O de leur lever et de leur coucher; l’heure de leur « lever est pareillement, déterminée pour chaque «jour de l’année; le tems de leur apparition et* « de leur disparition est réglé sur des lois invaria- « blés. Dans ce vaste univers , rien n’est si éton- « nant que son uniformité et l’ordre constant qui « en règle tous les ressorts ; le nombre des parties « ne cause aucune confusion , rien ne se déplace;

« les raouvemens ne se précipitent jamais , jamais a ils ne se ralentissent, ilç ne changent jamais de « direction. Peut-on concevoir une machine plus

(i) Histoire de la littdraturc grecque , par Schnll. 11 , 44-

(a) Id III, 3ai.

(3) Fragment du Sisyphe , t. II , p. 4?2 dans l’ëdition de Leipsick.

(4) Plutarque , Opinions des philosophes , livre I , ch. 6.

(5) Vers 463 et suivans.

5i USAGE DE l’écriture EW GRÈCE.

« composée dans ses ressorts, plus uniforme dans « ses effets? je ne pense pas qu’il soit possible de « démontrer avec plus d’évidence que le monde « est gouverné par une puissance divine , qu’il est «dieu lui-ménae, que ce n’est point un hazard « créateur qui l’a produit, comme a prétendu « nous le persuader ce philosophe (i), qui s’ima- <f gina le premier que ce bel univers n’était dû « qu’au concours fortuit d’atomes impercepti- « hies , dans lesquels il devait un jour se résoudre ; « qui enseigna que ces atomes étaient les vrais « principes de la terre , de l’eau, des feux célestes, « de l’air même-, qui , par cela seul , avait la puis- « sance de former une infinité de mondes , et d’en ((détruire autant d’autres; qui ajouta que tout (( retournait à ces premiers principes , et chau- (( geait sans cesse de forme. A qui persuadera-t-oii (.' que ces masses immenses sont l’ouyrage de lé- (( gérs corpuscules, sans que la divinité s’en soit. (( mêlée, et que le monde a été créé par un aveugle «hazard Psi c’est le hazard qui l’a formé, qu’on « dise dope que Vest le hazard qui le gouverne. <c Mais’ pourquoi le lever successif des astres est-il « si régulier? comment leur marche est-elle assort jétié à des lois .si coiLstantes? pourquoi aucun ((d’eux ne hâte-t-il le pas ? ‘pourquoi les nuits «d’été sont -elles constamment éclairées par les «jnêmes étoiles; et pourquoi en est -il de même

(i) li|)ic»r((, en cel.T eepcnilant précisé (>ar Démocrile.

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