ART. XIII. CROYANCE A ÜW PREMIER HOMME
lustre par sa naissance , par ses biens qu’il abandonna à sa famille , et par t'étude des sciences naturelles. Plutarque (i) explique très-bien son sistème en ces termes.
« Anaxagore de Clazomène admettait les homéo- « méries-n, c’est-à-dire des parties similaires,» pour « principe de toutes choses. Il lui paraissait im- « possible d’expliquer autrement comment ce qui Œ n’est point, peut donner l’existence à quelque «chose, ou ce qui existe, se réduire au néant. « nous prenons , » disait-il , « une nourriture simple « et uniforme, comme du pain et de l’eau; et cette « nourriture donne de l’aliment à nos cheveux, « à nos veines, à nos artères, à nos nerfs, à nos « os, et à toutes les autres parties de notre corps. « D’après cela, il faut reconnaître que cette uour- « riture contient des substances de toute espèce j « qui donnent l’accroissement à tous les corps; que « par conséquent elle renferme des parties propres « à produire du sang, des nerfs, des os, et toutes « les autres substances que la raison nous fait aper- « cevoir en nous ; car il ne faut pas nous borner « aux parties sensibles qui sont formées par le pain « et l’eau ; il y en a qui ne sont connues que par
(i) Livre I , cbap. 3 ilc cet ouvrage. Voyej la Vie d'Anaxagore, trcs-detaillée par Heinius , dans ^Histoire de l’acade'mie de Berlin pour y p. 3 i 3 . Seulement il faut corriger les années aTantnotre ère y qui doivent y être avancées de deux imités , le commencement de Tan \ delà i'* olimpiade correspondant à Tan 776 avant notre ére^ et non à l’an 774 comme l’a cru Heinius. f
46 ÜSAGE DE l’ÉCHITHRE EK GRÈCE.
K l’intelligence : comme il y a donc dans les ali- « mens des parties semblables à celles qui sont « produites dans nos corps , il les a a p pelées /iomeo- « méries, et en a fait les principes de tous les « êtres.' Ces parties similaires sont la matière d’oii « les corps sont tirés, et l’intelligence suprême qui' « donne à tout l’ordre convenable, est la cause ef- « fîciente. Voici comment il débute dans l’expo- K sition de son sistème : tontes choses étaient dans « un état de confusion ; l’intelligence les a divisées a et les a mises en ordre. Par ces mots, toutes choses, « il entend les êtres qui ont été formés. Anaxagore «a eu raison de joindre à la matière une intelli- « gence qui l’a mise en ordre. «
Quoiqu’on dise Diogènes Laérce, Anaxagore n’avait pas été le premier qui eût reconnu cette cause intelligente, distincte du principe matériel et passif des êtres; mais il l’avait mieux fait connaître que ses prédécesseurs, ce qui lui en avait fait attribuer l’invention (i). Tbalès, chef de l’école ioniène, à laquelle appartenait Anaxagore, pensait que l’eau était l’élément ou le pnucipe qui avait produit tous les êtres et qui les conservait (a), mais principe matériel ou passif, différent d’un principe actif que Thalès adni'ettait aussi ; être intelligent qui donnait à tout la forme et la vie (3).
(i) M. Ricard, note sur sa traduction des OEuvrc.s morales de Plutarque. XII , 88,
(a'j Voyi*7 Aristote , Uv. 1, c. 3, où il expose la doctrine
de Thalès.
(3) ÜEuvres moi aies de Plutarque, trad. par Ricard. XII , 20 .
ART. XIII. CROTAWCE A Ü» PRKMIER HOMME. 47
Cicéron ( i ) dit que Thalès âidmettait l’eau comme principe de toutes choses, et un dieu, être intelligent, menteni, qui tirait de l’eau tous les êtres. Aristote ( 2 ) reconnaît qu’aucun des philosophes qui avaient précédé Ânaxagore , n’avait pu penser que la matière fût seule cause productrice de l’univers; Thaïes était phénicien (3) et avait puisé ce dogme cfiez les philosophes* de sa nation , plus ancienne que la nation grecque. On a vu dans l’article précédent qu'Ocellus Lucanus, qui a cru à l’éternité du monde, n’a vécu qu’après lui, et n’était pas Grec, mais natif du pays qu’on appelait la grande Grèce au raidi de l’Italie.
Imcrèce, qui dans la suite adopta les principes d’Ocellus, exposa le sistème d’ Anaxagore , et le réfuta (4) quant à ses parties similaires.
«Approfondissons maintenant, » dit-il, « l’in- « génieux sistème d’Anaxagore , que les Grecs ont « revêtu du nom ù'Homceomérie, et pour lequel « la stérilité de notre langue (patine) n’en fournit « point; mais il est facile de donner une idée claire « de l’hipothèse de ce philosophe grec: les corps « résultentdeprincipesanalogues; les os se forment « d’un nombre infini de petits os; pour former
( 1 ) Livre I. De natunî C. 10 .
(a) Mélaphys. Livra f, c. 3.
(3) Hérodote , livre 1 , § i^o.
(4) Dit naturd rerum Livre i , c. 83 , p. 69 du tome 1 dan.s Tédilion de Pancktmke, ! 8 '-« 9 . Trad. de M. <le Ponj'crville, vers 8*19 du texte.
- 4^ USAGE OÇ EN GBÈGE.
« l’intestin, mille iatestilts'se rassemblent, > et la « réunion de principes sanguins donne naissance a à ce fluide coloré qui coule dans nos veines; des ■ a molécules d’or forment ce métal ; le feu ‘naît de a particules ignées, et l’eau de principes aqueux;
« tous les corps, en un mot, sont le résultat d’é- » « lémens similaires. »
La réfutation que Lucrèce donnei ensuite est fort longue , et je ne la rapporterai jK)int ici. Cependant les parties similaires d’Anaxagore ne différaient pas beaucoup des atomes d’Épicure dont Lucrèce a défendu le sistème. L’opinion des deux philosophes grecs n’était cependant pas la même, et Diodore de Sicile semble expliquer celle d’Épicure dans le chapitre qui va suivre (i).
§ IV
Formation du monde, selon les Égyptiens.