COURTISER, POPULACE, ARBORER, CONTRASTE, CONCERT
PÉDANT, PÉDANTESQUE , ctc . Il obscrve qu'il n'a pas lu encore possibilité , dérivant de possible , que nous employons si volontiers aujourd'hui.
Le même écrivain reproche à Montaigne ^ l'emploi de plusieurs mots inusités , tels que gendarmer pour braver^ enfantillage, etc. , « et surtout, ajoute-t-il, je
' Recherches de la France, li\. vm, chap. 3. ■■' Épîlres, liv. X.VIII, lettre première.
« n'ay sçeu jamais entendre ce qu'il vouloit dire par ce « mot de DIVERSION, sur lequel il a fait un chapitre. «
Ronsard rappelant (ce qu'il faisait volontiers) les services qu'il a rendus à l'idiome national, s'exprime ainsi: «J'osay,le premier des nostres, enrichir nostre langue du mot ode. « Il dit ailleurs :
Je fis de nouveaux mots, j'en condamnai de vieux.
On lui doit encore celui de pindariser , que Malherbe a depuis parodié, en quelque sorte, contre Ronsaid lui-même, en disant, au sujet de quelques vers faibles qu'il se reprochait : ici , je ronsardisais.
Henri Estienne , dans son Traité de la Précellence etc. , que nous avons cité ailleurs, compte douze mots français signifiant avare , parmi lesquels se trouve TAQUIN, qui a singulièrement changé de signification. On voit, dans le même livre, qu'on commençait à dire pasteur , au lieu de pastre ou pâtre.
Dans le livre du même auteur (publié en iSjp) , dont nous avons donné ci-dessus un extrait (voyez note D), on trouve les expressions suivantes, indiquées comme récemment introduites dans la langue et encore peu usitées ' : charlatan, bouffon, tapis, milort; bouquin, rosse , roussin ; ( ces dernières dérivées de l'allemand: roussin signifiait alors un bon cheval de guerre ) ; faire carousse , carousser ( d'où
' Presque tous ces mots, comme on le remarquera, dérivent de l'italien, et se sont introduits dans la langue à 1 époque des guerres du Piémont et du Milanais, sous Charles VIII, Louis XII et leurs successeurs. (Voyez ce qu'en disait Henri Estienne, note H ci-dessus.")
carrosse), poltron, police (celui-ci signifiant un mémoire, un acte, etc. , ce qui est encore une de ses acceptions actuelles )j risque (employé alors au fe'minin: il l'a été de même par Pascal); fantasie, ( depuisy««^«w/e) ; CASANIER, captiver (ce dernier pour capter , déjà ancien alors , et qui est redevenu à la mode); faire profection (depuis, profession) '^
PALEFOURNIER et PALEFRENIER ( àepalefroî)', JALOUSIES
(aux croisées, qu'on nommait encore videre et non 'vider i)', courtiser (pour cowtisanner , et pris alors en mauvaise part); baller et bal, rétrograder, BUSQUE ( aujourd'hui husc ) ; des personnes en bon pomcT et grasses ( d'où embonpoint ; on trouve encore, dans Bussy-Rabutin , en bon point ); tailleur ( commençant à remplacer couturier ) ; nonce ( pour légat ) ,
ASTRE , DÉSASTRE , SALVE ; CAPORAL ( pOUP CO/pO/'al) ; cavalerie, infanterie OU FANTERIE, FANTACHINS ,
( depuis fantassins ) ; squadron ou escadron ; patrouille , SCARPE, contrescarpe, PARAPET, CASEMATE, EMBUSCADE , SENTINELLE , RONDE , ESCALADE ; faire
FACTION ( signifiant alors , faire une action d'éclat à la guerre); factieux (pour homme d'entreprise et de résolution ) ; halte ( de hault le bois ! de la lance ) , DRAPEAU , RESTE ( pris au féminin ); le grand seigneur (pour le Turc ); bionarque ( pour les rois , jusques-là appliqué à Dieu seul ) ; faveur ( pour un objet donné par une dame); supercherie, a l'improviste, etc. , etc. On commençait, alors, à dire la reine, au lieu delà rojne ^ et à prononcer français, allait , tenait, etc., comme nous le faisons aujourd'hui. On disait aussi
NOTES. 4^ï
courtais pour courtois ; mais la bizanerie de l'usage a conservé celui-ci, de même que roi, au lieu de rey que l'analogie avec reine semblait indiquer. Henri Estienne s'élève fortement contre cette innovation, qu il trouve, comme Pasquier, tout-ù-fait ridicvde. «Ni vous ni uioy , je m'asseure, écrit ce dernier à « Ramus (Epîtres, liv. III, lettre 4 ) 5 ne prononce- « rons et moins encores escrirons ces mots de rejne , n altet ^ tenet , etc.» 11 revient encore ailleurs sur ce sujet. On voit précédemment , dans sa correspondance (liv. Il , lettre 12,) « qu'il a admis , avec peine , accort et RÉUSSIR, dérivant de l'italien , et qu'à son grand regret, il dira: infanterie, enseigne, escadron,
COLONETXE , CtC. »
On appelait depuis peu, le roi, votre majesté, et les frères du roi sans apanage, monsieur, en y ajoutant, devant, leur nom de baptême : Louis Monsieur, François Monsieur , etc. On voit, dans beaucoup d'anciens actes, qu'autrefois on donnait ce dernier titre au roi lui-même, ainsi que celui d'AUTESSE. Nous citerons, entre autres exemples, un traité de Charles-le-Téméraire et de Louis XI ; cette expression : Monsieur le roi, se présente plusieurs fois, dans les pleins-pouvoirs donnés par le duc de Bourgogne. (V. Gaillard , Hist. de François 1% tom. 8, pag. 23o et 281.)
Vers la fin du seizième siècle, on trouve le mot pré généralement usité au féminin : la prée (Mém. de Bayard, Poésies de Ronsard, du Bellay, Belleau, etc.) ; on l'emploie encore ainsi , dans beaucoup de nos provinces de l'ouest. On mettait au même genre, poison ,
/[2Ql NOTKS.
NAVIRE, COMTÉ, i>uché, et VICOMTE. Parmi les trois (lernieis, le premier est demeuré féminin, seulement quanti on désigne la province de Fianche-Cointé; le second, quand on le joint au mol pairie.
On a attribué, à Pliilippe Desportes qui vivait sous Henri IV, l'introduction heureuse du mot pudeur, à l'époque même où le sentiment délicat que ce mot exprime, commençait à se faire jour dans notre poésie, à travers les débris de l'ancienne grossièreté du moyen âge. Malherbe, qui a créé très-heureusement plusieurs mots, nous a donné entr'autres, celui d'iNsiDiEux. Suffisance est employé par les écrivains de cette époque, comme l'équivalent de science, capacité. Dans le roman de La Rose, il a le sens qu'indique son étymologie, la propriété de suffire. On sait qu'il est pris tout autrement aujourd'hui.
Du temps d'Amyot et de Montaigne, on disait encore un FOURMY, comme on le fait aujourd'hui dans plusieurs de nos provinces ; art, mensonge , étaient féminins,* ÉTUDE, ERREUR, ÉPITHÈTE , AFFAIRE, OEUVRE,
étaient masculins '.(On a dit long-temps : pour les exprès affaires du roi , de même qu'on disait lettres royaux ^1 comme dans les Plaideurs 5 œiwre est encore masculin dans certains cas; \e grancl-œui>re et Vœiwre du Poussin, de Raphaël, etc.)
Le P. Bouhours rapporte un grand nombre de mots qui étaient nouveaux, ou qui avaient reçu une
' Voyez l'Essai sur les langues un général, et sur la langue française (Il pavliculier, par M. Sablier, Paris 1777, i vol. in-S".
NOTFS. 4^^
acception nouvelle ' , au temps où il écrivait. Hon- NESTETÉ s'employait alors pour politesse, usage du monde; finesse, usitée autrefois pour artifice^ commençait à signifier délicatesse ^ perfection; pruderie,
BRUSQUERIE , DÉSINTÉRESSEMENT , INTRÉPIDE , INSURjMONTABLE 5 FÉROCITÉ, EXACTITUDE, ESTROPIER, ( ppis
au figuré), connaisseur, emportement, habileté, DISCULPER, insoutenable, étaient des termes assez nouveaux. « On dit depuis peu, ajoute-til, avoir des « ÉGARDS, A CET ÉGARD j jusqu'alors OU disait seulement « avoir égard. On ne trouve pas , au temps de Mal- « herbe et de Coeffeteau, raisonner juste , chanter " juste. Avoir des ménagements s'emploie à la cour , « mais n y est pas fort établi , et les plus savants ne le « peuvent ouïr qu'avec peine, ce qui fait croire qui! « ne durera pas ^ non plus qu' avoir de la considéra- « tion , etc. Tour et tournure ( pour le visage , les «vers, etc.) sont nouveaux, de même que prendre
«SES MESURES, faire DES AMITIÉS, DES HONNESTETÉS , "FAÇON, FAÇONNER, ENGAGEMENTS, PARTI (prendre
« un); s'embarquer est fort de la cour, dans le sens « métaphorique; manière a été plus à la mode qu'il « ne lest : on abandonne de la belle manière au «peuple. » Suivant le même, bon office est mieux dit que service ; savoir faire , tout nouveau , ne durera pas, et est peut-être défa passé. Il se scandalise beaucoup de ce qu'on dit fête dans le sens
' Eiitrelien; d'ArisIc ei d'Eus;c'iie, F.iiliclitn liciivirine, de la l<iiii;ue rraiicaisc.
L\l[\ NOTES.
profane : la fête de Verscdlles ^ etc. Il blâme avec une aigreur (d'ailleurs facile à comprendre) ces tournures des écrivains de Port-Royal : acquérir de l'éclat , l'enivrement de l'amour, complaire a dieu; et les mots : irréligieux , intolérance , inexpérimenté , inattention, désoccupé, brisement, déchirement, etc., qu'il leur reproche d'avoir créés. Il se plaint de ce que des particuliers^ des solitaires ^ s'arrogent un droit que les rois mêmes liront pas ; et dans sa prévention contre ces solitaires , il ne se rappelle plus que, quelques lignes plus haut , il n'a pas contesté ce droit à Malherbe , à Balzac , et à plusieurs autres.
La Bruyère' dit que, de son temps, certes avait beaucoup vieilli , et qu'il fallait quelque courage pour l'employer en prose: car avait été, dit le même, au moment d être banni de la langue. Cil , qui avait seulement vieilli alors , a tout- à -fait disparu; et, au contraire , gentil , qui semblait abandonné , est redevenu français.
Rencontre est masculin, clans les œuvres du comte de Bussy-Rabutin. On disait alors plaisant pour une chose qui plaît, et pitoyable pour ce qui excite la pitié (prise en bonne part).
Molière emploie, avec doute, le mot pantomime. Il j a bien des gens qui ne me le pardonneraient pas (les Amants magnifiques, act. I" , scène 6). Celui de sollicitude a éprouvé un sort très-singulier : il
' Chajiitie XIV, de f|uclqiies usages.
>^ïl^
NOTiiS. 4 "^5
était déjà vieux au temps de Molière , et a repris pour nous toutes les grâces de la jeunesse :
sollicitude à mon oreille est rude,
Il put étrangement son ancienneté !
(Les Femmes Savantes, Act. II, se. 7.)
Le même écrivain a introduit le mot rivalité (le Dépit amoureux, act, I", scène 4)- H ^ hasardé ailleurs OBSCÉNITÉ , qui , à ce qu'il paraît , était encore bien nouveau. (« Je ne sais ce que ce mot veut dire, mais, etc. " Critique de l'Ecole des Femmes, scène 3.) On trouve dans la même pièce s'encanailler , donné pour nouveau, et ordure, comme équivalent à'obscénité ( qui ne se dit plus en ce sens ). Précieuse , (une ) paraît être dii aussi à Molière \ il est au moins du même temps.
Bossuet a dit (dans son Histoire des Variations, etc., V. i8)' : « Je voudrais qu'il me fût permis d'employer le terme démagogue. » ( Il est remarquable qu'il n'est devenu français , que plus d'un siècle après lui. ) Bourdaloue a risqué , l'un des premiers, sagacité: '•■ si j^ ose employer ce terme. " (Sermon sur la parfaite observation de la loi , i" partie). On trouve les exemples suivants dans les Lettres de madame de Sévigné : ESPRIT lumineux," commc disent nos amis. » (De Port- Royal; lettre du 27 septembre 1671 ). L'éclat des PENSÉES (Nicole, cité par la même , 4 novembre, même année). Effervescence : « comment dites-vous
' Ces derniers exemples sont empruntés de l'ouvrai^e déjà cilé de M. le comte de Maistre, intitulé : les Soirées de Saint-Pétersbourg, tom. I , pag. 196-197.
cela, ma fille? voilà un mot dont je n'avais jamais ouï parler. » ( 2 août 1689 : elle y revient encore ailleurs. ) La même souligne aussi bavardage ( i i décembre 1695), et AiMABinTÉ (preuve qu'amabilité n'existait pas : 7 octobre 1676).
On trouve , dans un livre assez curieux , imprimé à Bruxelles vers le même temps ' , l'indication d'un certain nombre de mots récemment introduits dans la langue, tels que les suivants : sacrifice, religieux, DONNER DANS, CHEMIN (au figuré: faire son, etc.); GRACE A, SENSIBLE, SE FAIRE ( un plaisir , uu malbeur, etc. ) ; bravoure , venu , dit l'auteur, avec Mazarin , parut d'abord très - bizarre , et mit un grand désordre dans la république des lettres. On sait que BRAVE , dérivé de l'italien , a eu long - temps , chez nous, un sens tout différent de celui qu'on lui donne aujourd'hui. Il désignait, sous Louis XIII et pendant la minorité de Louis XIV , de même qu'en Italie et en Espagne , des hommes qui vendaient leur épée à la vengeance du premier venu, ou plus simplement des assassins gagés. On voit un exemple de ce reste de barbarie, dans quelque comédies du temps, et en particulier dans le Dépit amoureux (act. V, scène 3. Voyez la remarque de Bret à cet égard , édition de 1786, 8 vol. in-i8. ) Se mettre en tète a été employé , dit l'auteur que nous citons , par Balzac et Voiture ; tête a tête lui paraît bizarre , de^même
' Le Génie, la Politesse, l'Esprit et la Délicatesse de la langue fran- «;aise, etc., Bruxelles 1701 , r vol. in-i8, par l'auteur de l'Élocpience du temps.
que SAVOIR-FAIRE et RAHAT-JOiE ( qu'oii trouve dans les Mémoires de l'abbé de Ghoisy), qu'il appelle iVhorribles expressions , des mots a faire peur ; il cite encore patienter et batonner , qui ont, dit-il, vieilli. Ils sont pourtant très-employés aujourd hui.
Dans un autre ouvraqe , à peu près de la même époque', on voit qu'on disait alors, indifféremment,
BIENFACTEUR , BIENFAICTEUR , OU BIENFAITEUR : OU disait aussi BIENFAISANT, et MiEuxFAiSANT qui ne s'emploie plus. Doute avait été pris au féminin , par Voiture et Balzac. Fastidieux n'était pas bien établi : il paraissait trop étranger et trop romain. Futile n'était pas reçu; inaction, i.mprobation , sagacité, ne l'étaient que depuis quelques années. Inaccoutumé, attribué à Ronsard, avait vieilli, mais revivait. (Pascal l'a employé dans ses Pensées. ) le P. Boubours et riéchier ont fait insulte masculin. L'usage avait banni naguères. ( Il est redevenu à la mode de nos jours. ) On ne disait pas 'inlle natale ; obscène n'était pas établi , mais paraissait devoir réussir : ( nous avons vu que Molière avait employé , un des premiers , OBSCÉNITÉ ) ; TRANQUILLISER parut ridicule à sa naissance, et toute la cour s'en moqua.
Nous trouvons encore quelques autres exemples , dans un traité publié un peu avant le précédent , sur les nombreuses difficultés de la langue française * :
' Réflexions on Remarques critiques sur l'usage présent de la langue française, par M. A. D. R., Paris, Laurent d'Houry, 1692, 2 vol.in-ia.
» Le Génie de la langue française, par le Sieur D.*** (d'Aisy). Laurent d'Houry, 2 vol.in-i2, i685.
l'auteur, qui prononce , en général , d'après les autorités de Ménage , de Vaugelas et du P. Bouhours , prétend qu'on doit dire : je haj , et non pas je hais. Ivoire est , dit-il , féminin , malgré Marot , de même que BRONZE , ébène et opuscule. ( L'usage a décidé le contraire. ) On commençait à prendre enfant au féminin ( a/ze belle enfant^ etc.). Sphinx était des deux genres; sécurité, employé par Malherbe , était tout nouveau : les daines ne savent^ dit l'auteur, ce que c'est. Avidité paraît à\i à Ronsard. Sagacité était de la façon de Balzac ' , aménité de celle de Charpentier- ce dernier a employé fatal, dans le sens d'illustre {des personnes fatales)., et impertinent pour hors de propos ou indiscret , comme beaucoup d'auteurs du temps. ( Voyez les anciennes traductions de Don Quichotte: le Curieux impertinent, etc. ) On ne dit pas, suivant le grammairien que nous avons cité , efficacité ni fratricide ; on se sert de parricide pour désigner le meurtrier du frère , comme on emploie patrimoine pour désigner le bien de la mère de même que celui du père ^. Savoir faire ne s'écrit pas : il est opposé , par sa composition , au génie de la langue, et ne se dira peut-être plus dans quelques mois.
' Les nombreuses acquisitions dues à Balzac et à Malherbe, ont pu donner lieu à ce vers des Femmes Savantes :
Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots , etc.
* L usage a consacré ce dernier emploi , qui est assurément très-impropre. Ou ne dit plus aujourd'hui /JrtrntvV/e pour le meurtre d'un frère, mais on l'emploie pour celui d'un fils par son père, ce qui ne vaut guère mieux.
Intoléra:vce , inexplicable, n étaient pas reçus par tout le monde. Balzac disait, plaisamment, de féliciter : si ce mot n'est pas français^ il le sera r année prochaine.
Bienfaisance, si naturel à employer avec bienfaiteur et bienfaisant ^ était pourtant tout nouveau du temps de \ oltaire , à en juger, du moins, par ces vers si connus :
Certain législateur ' , dont la plume féconde Fit tant de vains projets pour le bien de ce monde, Etcpii, depuis trente ans, écrit pour des ingrats. Vient de créer un mot qui manque à Vaugelas. Ce mot est bienfaisance ; il me plait, il rassemble. Si le cœur eu est cru , bien des vertus ensemble.
Pareille expression vous semble hasardée, etc.
(Septième Discours sur l'iiomme, à la fiu.)
L'auteur de la Henriade se plaint ailleurs ( article Français de l'Encyclopëdie ) , que l'on commence à introduire dans la langue une foule de locutions étranges , telles que : persifler quelquuti ; avoir un GOUT DÉCIDÉ; réaliser (Ics promessôs , récolter du grain, etc. Toutes ces expressions sont reçues aujourd'hui, et, sans doute, il en sera bientôt de même d'uTiLisER , que quelques grammairiens s'efforcent de repousser, et qui est pourtant d'un usage si commode et si habituel. On attribue à l'abbé Raynal le mot acclimater , aujourd'hui si bien établi dans la langue.
" L'abbé de St.-Pierre , antein- du Projet de paix perpétuelle et de quelques autres ouvrages, que l'on a appelés les rêves d'un homme dt bien .
43o NOTES.
Celui de mélodrame, qui désignait du temps de Sedaine un opéra comique, a bien changé, comme on sait, de signification. Chevaleresque, comme le remarque M. le comte Rœderer, est très-nouveau. ( Du temps de Furetière on disait che^'aleureux). Il n'est pas dans Voltaire, ni dans les premières éditions du Dictionnaire de l'Académie. Cécité a été long-temps repoussé. Latouche , dans son yit^t de bien parler y le regardait comme barbare, quoique utile pour suppléer (iveuglement ^ au figuré. Buffon l'a employé un des premiers, et Delille après lui. Immoral n'a été adopté par l'Académie, que dans l'édition de 1798 de son Dictionnaire , qui offre de même , pour la première
fois, IMBERBE ^
Des circonstances, qui n'ont agi pourtant que d'une manière accidentelle, ont encore introduit dans notre langue, à diverses époques et même de nos jours, beaucoup d'expressions empruntées des idiomes étrangers. C'est ainsi que les croisades , et nos relations postérieures avec l'Afrique et même avec l'Espagne, nous avaient donné un certain nombre de mots dérivés de l'arabe , tels que : assassin , amiral , magasin, CHIFFRE, TRUCHEMENT (le même c\\\edrogniaTi)^ avanie,
CAFÉ, TAMBOUR, BAI, ALEZAN 3 AZIMUTH , ZÉNITH, NA- DIR, etc. L'italien, comme on l'a déjà fait observer, nous a donné, pendant les guerres du seizième siècle, la plus grande partie des mots techniques de l'art mili-
» Voyez la Grammaire des Grammaires, de M. Giraiill-Diivivier, 6' édition, tom. II , 1827.
>OTi:s. 4'^^
taire et de la fortification : on en doit aussi plusieurs à l'espagnol, qui remontent au même temps. Nos rapports fréquents avec l'Allemagne , surtout pendant les guerres de laRévolution qui nous ont ramenés tant de fois dans ce pays , ont fourni beaucoup de mots relatifs au matériel de l'art militaire, comme : schako,
COLBACK , VAGUEMESTRE , ETENDARD , CtC. On doit CU-
core à l'allemand : vasistas (corruption évidente de was ist da ? qui est là?); maréchal, escrime, estoc, BLOCUS, BIVOUAC, CHOUCROUTE ( corruptioii de sauerkraut^ chou aigre)-, kirschvass [ pour Airschen-wasser^ eau-de-cerise) \ meurtrier (de morder ; écrit dans les vieux auteurs, et notamment dans Y s.ncheX. ^meurdrier), et une foule de mots qui font partie du vocabulaire des forges et de celui de l'art des mines, surtout depuis un demi-siècle.
Nos relations avec l'Angleterre, qui deviennent de plus en plus fréquentes, nous ont apporté aussi beaucoup de mots empruntés à la langue de ce pays. Plusieurs sont déjà anciens, et remontent au-delà de la Révolution , au temps où la nation , et surtout la cour, étaient attaquées de cet engouement pour les usages et les productions de la Grande-Bretagne, désigné par le nom très-moderne d'ANCLOMANiE. Ainsi nous sont venus : vs^isth, jockey , boulingrin, frac , DOGUE, etc., et plus récemment, désappointement, BUDGET ( du vieux français : nous avons encore bouge, bougette, etc.); spencer, tilbury, etc., et un grand nombre de termes employés dans les arts et métiers , surtout dans la fabrication des tissus de tout £fenre. que nous ne pf>uvons rapporter ici.
JNous avons déjà fait remarquer, dans le cours de cet ouvrage, que les événements de la révolution , l'établissement du gouvernement représentatif, et l'habitude des discussions parlementaires , ont encore introduit, depuis quarante ans , un grand nombre de mots nouveaux. Nous n'essaierons pas de les indiquer tous ici; nous rappellerons seulement, à la mémoire de nos lecteurs , les suivants, dont plusieurs n'ont même pas, malgré l'emploi continuel qu'on en fait, reçu définitivement le droit de bourgeoisie : aristocrate,
DÉMOCRATE, TERRORISTE, TERREUR, CIVISME, REVOLU- TIONNAIRE, SÉIDE, SICAIRE , FAUTEUR , MANUTENTION , AMBULANCE , DISPENSAIRE , QUESTURE , CENTRALISATION, SPÉCIALITÉ, ORDONNANCER, MATÉRIEL (le), PERSONNEL (le), PRÉCÉDENTS (dcs), AMENDEMENT , SINÉCURE , NOTABILITÉ,
ROMANTIQUE, ctc. , ctc. Enfin , le vocabulaire si étendu des finances et de 1' administration, dont le nom même , pris dans son acception actuelle, est tout-à-fait de nos jours ' , ceux des arts et métiers , de la médecine , et de plusieurs sciences ( particulièrement de la chimie), sont presque entièrement composés de termes nouveaux.
' On sait que Bossiiet s'en est servi dans son oraison funèbre du grand Condé : « Heureux si , averti par ces cheveux blancs du compte que je dois « rendre de mon admiiiistralioti , etc. ■>