jn
assez vives, qui se prolongeaient encore deux heures après. La naalade cependant ne perdit pas courage, et, au neuvième pansement, toutes les ulcérations étaient toutji fait cicatrisées, les bourrelets charnus en grande partie réduits, l’ongle redressé'; les douleurs alors étaient très-supportables. La malade, sur ma recommandation, porta encore pendant un mois l’appareil, afin d’assurer à l’ongle, qui avait été cassé et qui n’avait pas encore eu le temps de repousser, une direction définitivement bonne, et au bout de ce temps, pendant lequel elle ne fut pansée que tous les six ou huit jours, elle était complètement guérie. Je l’ai revue dans les mois de novembre et d’octobre 1836, et le gros orteil ne présentait plus de traces de l’affection grave dont il avait été atteint, et dont j’avais presque désespéré de pouvoir jamais obtenir la guérison. Un de mes collègues, élève des hôpitaux, comme moi employé à l’hôpital des cliniques, M. Charles Merdier, vint un jour avec moi, et constata la guérison de la malade,qu’il avait vue au début du traitement.
Quatrième observation.— M.. J, Robert, étudiant en médecine, d’origine belge, âgé de vingt-cinq ans, d’une bonne constitution d’ailleurs, avait, depuis plusieurs années, une disposition vicieuse des ongles des deux gros orteils : il n’avait jamais essayé de se guérir, quand il vint me trouver à l’hôpital dé clinique, dont il suivait les leçons; il avait, comme il le dît dans la lettre qu’il m’écrivit avant son départ, toujours coupé ses ongles, incurvés chacun sur les deux bords, de manière à en réduire peu à peu la largeur. Ses ongles, qui ne présentaient pas, quand je le vis, de bord antérieur, avaient absolument la forme d’un triangle, dont le sommet était en avant et la base en arrière : il souffrait beaucoup alors, et ne pouvait pousser plus loin son système de sections latérales, Je transcris ici son observation telle qu’il me l’a adressée : «Je souffrais depuis longtemps de l’ongle rentré dans les chairs, et je me guérissais, pour quelque temps, par le moyen vulgaire, c’està-dire en coupant l’ongle sur ses côtés. Mais, à mesure que j’avançais dans mes section.s, mon mal devenait de plus en plus incurable ^ les
ongles des orteils étaient considérablement incurvés, etpresque entièrement recouverts par d’énormes bourrelets charnus, lorsqu’à la clinique de M. le professeur J. Cloquet je fus témoin de l’application de l’appareil de M. Labarraque. A l’inspection, le succès ne me parut pas douteux ; aussi n’hésitai-je pas à me soumettre, moi-même, à son application. En moins d’un mois, mes ongles furent complètement redressés, et les bourrelets charnus déprimés. Si je l’ai porté un second mois, c’était pour donner à l’ongle le temps de pousser sur les côtés. Maintenant, fin du second mois, les ongles sont revenus à une belle largeur, et à un état tel que je suis pour toujours à l’abri de récidive. L’application de cet appareil n’est nullement douloureuse. 11 n’empêche aucunement la marche , et ne manque que d’être connu pour être généralement employé. Paris, 8 septembre, 1836. S.Robért. »
Cinquième observation. — Adèle Lemur, âgée de vingt ans, domestique, habituellement d'une bonne santé, et d’une très-forte constitution, entra à l’hôpital des cliniques, le 18 octobre 1836, pour se faire traiter d’un ongle incarné, qui la faisait beaucoup souffrir, et l’empêchait tout à fait démarcher. Le lendemain, 19, à la visite, elle présentait au {gros orteil du pied droit une déviation très-prononcée du bord externe de l’ongle , qui se courbait brusquement en bas et pénétrait profondément dâifô les chairs; un bourrelet charnu considérable, tuméfié, rouge, enflammé, ulcéré, et très-douloureux, faisait encore paraître plus grande la profondeur du sillon dans lequel était plongé le bord externe de l’ongle. Interrogée sur Pépoque à laquelle avait commencé sa maladie, elle nous dit qu’elle avait toujours souffert, des deux gros orteils; qu’il y a un an, à pareille époque, les chairs s’étant entamées aux deux pieds, et la marche étant devenue absolument impossible, elle-était entrée a l’Hôtel-Dieu, où on M avait arraché successivement les deux ongles par un procédé qui, sur la description qu’elle en fit, nous parut être celui de M. Dupuytren. Après cette double opération, et un mois de séjour au lit, elle était îsortie guérie, et avait pp marcher sans aucune douleur pendant six
mois ; mais à cette époque elle recommença à souffrir de nouveau dit pied droit, d’abord peu, puis davantage; puis enfin, les chairs s’étant ulcérées, il lui fut impossiblfe de marcher, et même de s’appuyer sur sa jambe droite, à moins qu’elle ne portât le poids du corps uniquement sur le talbn. Elle patienta encore quelques mois, et fut enfin consulter de nouveau le savant et habile chirurgien qui l’avait déjà traitée; et n’ayant pas voulu se soumettre de nouveau à l’arrachement de l’ongle repoussé aussi vicieux qu’auparavant, elle entra à l’hôpital des cliniques. Malgré l’inflammation vive des parties, et leur extrême sensibilité,, je la pansai comme il a été dit plus haut. Le pansement fut renouvelé tous les deux jours, et le 8 novembre 1836, après vingt-deux jours de traitement, et onze pansements, l’ongle était redressé, et beaucoup élargi; le bourrelet charnu n’existait plus; le sillon du bord latéral externe était entièrement cicatrisé; la malade ne souffrait plus, marchait facilement; elle était guérie : j’aurais bien voulu lui faire porter l’appareil vingt ou trente jours de plus, pour assurer une direction définitivement bonne à l’ongle, en le dirigeant pendant ce temps dans sa pousse, et mettre la malade à l’abri de toute récidive; mais on fut obligé d’ordonner sa sortie en raison de son indocilité à se conformer aux règles intérieures de la maison.
Sixième observation.. —Jean-Nicolas Pelletier, menuisier, âgé de vingt ans, d’une assez bonne constitution, d’un tempérament un peu lymphatique, mais n’ayant jamais eu de maladie grave, entra, le 28 janvier, à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Jeanne, ri° 23, pour y être traité d’un mal qu’il portait au gros orteil du côté gauche. Il raconta que, sans cause à lui connue, vers le 4.5 du même mois de janvier 1837, il avait été pris d’un gonflement douloureux des chairs qui forment le bord externe du gros orteil du côté gauche; que, deux jours après, ayant remarqué dans le sillon qui loge le bord latéral de l’ongle, un point légèrementblanc et transparent, il y avait enfoncé une épingle, et quun peu de pus était sorti par la piqûre; qu’à partir de ce moment, 1 ulcération avait fait des progrès, s’était étendue tout du long
de ce bord externe, et que la suppuration était devenue assez abon* dante, et la marche impossible.
M. Robert, agrégé à la Faculté de Paris, chargé par intérim du service de M. le professeur Breschet, examina, le lendemain, de son entrée le malade, et constata une maladie de la moitié externe de la matrice de l’onglelaquelle fournissait un pus assez abondant, et permettait d’apercevoir et le bord externe de l’ongle dans, toute son etendue, et les trois quarts de son bord postérieur, qui était à.nu. Le sillon qui enchâsse le bord postérieur était ulcéré dans ses trois quarts externes, ce qui, avec l’ulcération du sillon, pouvait bien représenter, en longueur, à peu près, quatorze à quinze lignes de surface suppurante. En dehors, enfin, un gonflement violacé occupait les chairs de cette portion du gros orteil.
Le 5 février sur l’invitation obligeante de M. Robert, je vis le malade; et, ayant reconnu que la maladie ne dépendait pas de l’excessive convexité transversale de l’ongle, puisqu’il présentait une conformation normale; que, d’autre part, le malade ne présentait sur sa personne aucune trace d’affection scrophuleuse ou syphilitique, et niait, absolument avoir eu aucune maladie de ce genre, je renonçai à l’emploi du procédé préeédemmentindiqué.^yiais, comme les deux habiles chirurgiens précités paraissaient d’accord sur la nécessité ou d’enlever l’ongleavec sa matrice, par l’instrument tranchant, ou de l’arracher par le méthode de, Dupuytren, j’entrepris de traiter le malade sans opération , ce qui était beaucoup plus de son goût. Pour cela, je commençai, le, lendemain, a le panser avec des plumasseaux de charpie imbibée d’eau chlorurée, renfermant un quinzième de chlorure de soude, eh ayant soin de tamponner légèrement, et autant que le permettaient les excessives douleurs du malade, quelques brins de charpie dans le sillon courbe que représentait la double ulcération et du bord postérieur de l’ongle et «du bord latéral externe du gros orteil. Sous l’influence de ce traitement continué pendant vingt jours, la suppuration diminua, et successivement la douleur et le gonflement (disparurent entièrement, et, le 27 février, M. le professeur Brescheti
constata qu’il n’y avait plus d’ulcérationque la cicatrisation était complète, qu’un nouvel ongle, fort mince, mais sain et adhérent à l’ancien, poussait rapidement, en remplacement de celui-ci, qu’enfin le malade était parfaitement guéri. C’est ce qui m’a fait conclure que l’on ne doit pas toujours, et dans tous les cas d’onyxis où la matrice de rpngle est le siège de la maladie, arracher l’organe par la méthode de Dupuytren, ou l’enlever par l’instrument tranchant aveé les chairs qui le supportent
Jlij. /*,*
I, i v^r^lwca^L
t Xi- ioMx^iù/u cfe<vimi-A,tvvw>MtciH.)^
Jig. 5-.^